Qui était Mr Ferrat ?


 Un grand artiste d’origines juives  qui n’a pratiquement pas  cessé de militer au côté des communistes

Jean TENENBAUM dit Jean FERRAT, est né le 26 décembre 1930 à Vaucresson, fils de Mnacha (dit Michel) Tenenbaum, juif russe naturalisé français en 1928, et d’Antoinette MALON, française née à Paris d’une famille originaire du Puy-de-Dôme. Raymonde (née en 1916 à Paris), André (né en 1918 à Draveil), et Pierre (né en 1925 à Vaucresson) sont les frères et soeur de Jean FERRAT. En 1935, la famille quitte Vaucresson et s’installe à Versailles.

Jean FERRAT est fortement marqué par l’occupation allemande. Son père, qui est de nouveau engagé volontaire en 1939, est cependant touché par les Statuts des Juifs. En 1942, il est astreint au port de l’étoile jaune, enlevé et séquestré au camp de Drancy, puis déporté à Auschwitz où il sera assassiné.

  Après la seconde moderne, Jean FERRAT doit quitter le collège Jules FERRY pour aider financièrement sa famille.

  Sans diplôme ni expérience, Jean FERRAT est embauché comme aide-chimiste dans un laboratoire spécialisé dans le bâtiment. Pour pouvoir se consacrer pleinement à la vie artistique, il quitte définitivement en 1954 le métier de chimiste et le milieu de l’industrie pour la vie de bohème et, principalement, des cabarets de la Rive droite.

Attiré par la musique, le théâtre et le classique, Jean FERRAT entre dans une troupe de comédiens au début des années 50, compose quelques chansons et joue de la guitare dans un orchestre de jazz.

  En 1956, Jean FERRAT met en musique « Les yeux d’Elsa », poème de Louis ARAGON dont il sera toute sa vie l’admirateur. C’est André CLAVEAU, alors fort en vogue, qui interprète la chanson et apporte un début de notoriété à Jean FERRAT, qui se produit très régulièrement au cabaret parisien La Colombe de Michel VALETTE, en première partie de Guy Béart . En 1958, Jean FERRAT sort chez Vogue son premier 45 tours EP, qui ne rencontre guère de succès.

Une jeune chanteuse, Christine SÈVRES, qu’il rencontre en 1956, reprend quelques-unes de ses chansons. Il l’épouse fin 1960, après trois ans de concubinage. C’est sa rencontre en 1959 avec Gérard MEYS, qui devient son éditeur et son ami, qui lance sa carrière. Jean FERRAT signe chez Decca avec Daniel FILIPACCHI et, l’année suivante, sort son second 45 tours EP avec la chanson « Ma môme », son premier succès ; Jean FERRAT passe alors sur toutes les ondes.

En 1961, Jean FERRAT rencontre Zizi Jeanmaire, pour laquelle il écrit « Eh l’amour, mon bonhomme ». Elle l’engage comme vedette américaine de son spectacle à l’Alhambra. Jean FERRAT y restera six mois, abandonnant sa guitare. Son premier 33 tours, « Deux enfants au soleil », sort en 1961 et reçoit le prix de la SACEM.

Commence alors sa longue carrière, émaillée de difficultés avec la censure exercée par les dirigeants de la radio et de la télévision. En effet, Jean FERRAT a toujours été un chanteur engagé à l’esprit libre. Il écrit ses propres textes et met en musique ceux de ses paroliers ou amis poètes, dont notamment Henri GOUGAUD, Georges COULONGES ou Guy THOMAS.

En 1962, Jean FERRAT fait la connaissance d’Isabelle Aubret . Cette rencontre est pour les deux artistes le début d’une grande et pérenne complicité artistique puis amicale. Jean FERRAT compose, sur des paroles de Michelle SENLIS pour Jacques BOYER et Jean-Louis STAIN, la chanson « Mon vieux », laquelle, réécrite partiellement dans les années 70 pour être reprise par Daniel Guichard , connaîtra un grand succès et deviendra un classique de son répertoire.

En 1963, Jean FERRAT rejoint le label créé par Eddie BARCLAY. La même année, Jean FERRAT produit « Nuit et brouillard », une chanson en mémoire des victimes des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale, et en particulier en mémoire de son père, qui lui vaudra un grand succès auprès du public, malgré une censure non avouée des autorités qui déconseillent son passage sur les ondes. Jean FERRAT reçoit le Grand prix du disque de l’Académie Charles CROS.

En 1964, Jean FERRAT confirme son succès naissant auprès du public avec « La montagne » qui demeure l’un de ses plus grand succès. Avec ce texte, il chante – sans la nommer – l’Ardèche, région chère à son cœur.

En 1969, Jean FERRAT chante « Ma France », chanson phare de l’album éponyme.

Dans les années 70 , Jean FERRAT abandonne les concerts au Palais des Sports de Paris. Il fait ses adieux à la scène, qu’il juge devenue trop complexe techniquement et « trop dure physiquement ». En 1972, Jean FERRAT rompt avec BARCLAY et se fait plus rare.

En 1975, Jean FERRAT publie un nouvel album sous le label Temey « La femme est l’avenir de l’homme ». Un second, clos la décennie « Les instants volés ».

En 1973, Jean FERRAT s’installe définitivement à Antraigues-sur-Volane, où il possède une maison depuis 1964, et qu’il ne quittera plus, y devenant même, en 1977, conseiller municipal et adjoint au maire durant deux mandats.

Polygram rachète à BARCLAY son catalogue à la fin des années 70. Désireux alors de ne pas dépendre de la major, Jean FERRAT réenregistre la quasi intégralité de ses titres, avec l’aide de l’arrangeur et chef d’orchestre Alain GORAGUER, puis sort sous son propre label, Temey, avec l’éditeur Gérard MEYS, une nouvelle édition de onze volumes, en 1980. La même année, paraît un nouvel album « FERRAT 80 », dont le titre phare « Le bilan » ne passera pas inaperçu. Jean FERRAT y dénonce les purges staliniennes.

Son épouse, Christine SÈVRES, meurt en 1981, à l’âge de 50 ans. Elle avait eu, de son premier mariage, une fille née en 1953, Véronique ESTEL, qu’il a connue à l’âge de 3 ans et qu’il considère comme sa fille.

En 1991, Jean FERRAT dévoile un nouvel album « FERRAT 91 », mais ses apparitions télévisées sont très rares. Cet album lui vaut un spécial « Stars 90 » sur TF1. Jean FERRAT se remariera en 1992 , avec Colette, professeur d’EPS, rencontrée en 1971 et qui l’accompagnera jusqu’à sa mort.

Jean FERRAT fait ses dernières apparitions télé, en France, dans l’émission « Vivement dimanche », début 2003, sur France 2 et fin 2003, sur TV5 Monde, dans l’émission « L’invité », un entretien de 45 minutes en compagnie de Patrick SIMONIN qui reste sa dernière véritable interview télévisée.

Jean FERRAT meurt le 13 mars 2010 à l’hôpital d’Aubenas, des suites d’un cancer. Jean FERRAT est inhumé le 16 mars 2010 au cimetière communal d’Antraigues-sur-Volane près de son frère André. Lors de la cérémonie d’hommage qui précède, sur la place centrale du village, Francesca SOLLEVILLE interprète « Ma France » et Isabelle Aubret  « C’est beau la vie », avant de faire chanter « La montagne » par la foule rassemblée, constituée de plus de 5 000 personnes. La veille, plus de quatre millions de téléspectateurs avaient suivi en France l’hommage télédiffusé en son honneur.

   Côté politique, Jean FERRAT aura été candidat sur la liste PCF de Robert HUE aux élections européennes de 1999, inscrit Jean TENENBAUM dit Jean FERRAT. En 2007 , il soutiendra José BOVÉ pour l’élection présidentielle. En 2010 , Jean FERRAT apportera son soutien à la liste présentée par le Front de gauche en Ardèche aux élections régionales.

Lui et la censure :

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Nul n’en guérit….


 

Paroles :

Sans que je puisse m’en défaire
Le temps met ses jambes à mon cou
Le temps qui part en marche arrière

Me fait sauter sur ses genoux
Mes parents l’été les vacances
Mes frères et soeœurs faisant les fous
J’ai dans la bouche l’innocence
Des confitures du mois d’août

Nul ne guérit de son enfance

Les napperons et les ombrelles
Qu’on ouvrait à l’heure du thé
Pour rafraichir les demoiselles
Roses dans leurs robes d’été
Et moi le nez dans leurs dentelles
Je respirais à contre-jour
Dans le parfum des mirabelles
L’odeur troublante de l’amour

Nul ne guérit de son enfance

Le vent violent de l’histoire
Allait disperser à vau-l’eau
Notre jeunesse dérisoire
Changer nos rires en sanglots
Amour orange amour amer
L’image d’un père évanouie
Qui disparut avec la guerre
Renaît d’une force inouie

Nul ne guérit de son enfance

Celui qui vient à disparaître
Pourquoi l’a-t-on quitté des yeux
On fait un signe à la fenêtre
Sans savoir que c’est un adieu
Chacun de nous a son histoire
Et dans notre coeœur à l’affût
Le va-et-vient de la mémoire
Ouvre et déchire ce qu’il fût

Nul ne guérit de son enfance

Belle cruelle et tendre enfance
Aujourd’hui c’est à tes genoux
Que j’en retrouve l’innocence
Au fil du temps qui se dénoue
Ouvre tes bras ouvre ton âme
Que j’en savoure en toi le goût
Mon amour frais mon amour femme
Le bonheur d’être et le temps doux

Pour me guérir de mon enfance

Pour moi, parceque çà m’intêresse …….


Boris Vian : Bio ……..

Biographie : Boris Vian, une vie brève mais dense

Boris-vian photo

 Boris Vian, chacun d’entre vous, pour ceux qui le connaissent, a le sien… Pour les uns il fut un jazzman incomparable qui se produisait avec sa « trompinette » au Tabou, une cave à la mode dans les années cinquante. Pour d’autres, il fut l’antimilitariste  du « déserteur » interprété par Mouloudji. Pour d’autres encore, il fut, par ses textes, le roi de l’absurde ou encore le chantre de la dérision.

Il reste de la place ? Parce qu’en fait, il fut encore plein de choses…  Ecrivain dramaturge, scénariste, peintre, chanteur et critique de jazz. Il fréquenta Sartre, Camus, Genet, Greco, de Beauvoir, et fut même Satrape au collège de pataphysique créé par Alfred Jarry. C’est quoi ça?… Patience

Boris Vian adore les mots, il les fait sien, les malaxe, les détourne et leur rend honneur. Son écriture est d’abord une fête continuelle de ces derniers qui produisent instantanément des images à celui ou celle qui les écoute. Colorés, ces mots prendront parfois la couleur de l’amertume derrière l’humour lorsqu’il se mettra en devoir de dénoncer une société qui, par ses codes et ses raideurs, a décidé de tourner le dos au bonheur. Il utilisera sa plume pour dénoncer l’aliénation du travail (Traité de Civisme)  et l’armée (« Le gouter des généraux », « Les trois frères », « Le déserteur »)

« Vous gagnerez votre pain à la sueur de votre front. Si je ne m’abuse, c’est une malédiction et pas une promesse de plaisanterie »

« … Il y avait pour chacun d’entre eux un bon mètre de terre et une petite croix »

« Pour faire un militaire, il faut défaire un civil »

Mais commençons par resituer le bonhomme. Il est né en 1920 à Ville d’Avray dans une famille plutôt à l’aise jusqu’à ce que la vie fasse son boulot de vie, son père fut ruiné par le krach de 1929 et devint représentant. Quant à lui, il apprend qu’il est atteint d’une maladie de cœur, inguérissable à l’époque, maladie qu’il transposera dans L’écume des jours sous la forme d’un nénuphar qui pousse dans le corps de la compagne de son personnage principal, Chloé…

Mais je grille encore les étapes… Ingénieur à l’AFNOR, il écrit son premier bouquin en 1942 « Troubles dans les Andins », un polar cocasse où les mots sont le ressort même de l’histoire qui, en elle même, n’a pas grand intérêt, mais qui laisse imaginer ce que sera l’écriture de Vian. Première histoire d’amour avec le baroque, l’absurde. Vian lisait, maintenant il écrira’.

Pourtant de son vivant, ses textes resteront en retrait, comme éclipsés par leur auteur qui trainera pendant des années une réputation de potache et d’anticonformiste. Il souffrira toute sa vie de ne pas être reconnu pour son œuvre littéraire. Cet homme qui a couru durant son existence devant sa mort qu’il savait proche, semblait vouloir toucher à tout et brulait de tout connaître.

Et moi je vois la fin

Qui grouille et qui s’amène

Avec sa gueule moche

Et qui m’ouvre ses bras de grenouille bancroche

Je voudrais pas crever

Non monsieur, non madame,

avant d’avoir tâté le goût qui me tourmente

Le goût qu’est le plus fort,

Je voudrais pas crever

avant gouté la saveur de la mort

(Je voudrais pas crever)

La guerre…

Pendant cette période, Vian, s’il ne se mêle pas aux Zazous, partage avec eux le goût pour la littérature et le swing. Il vit l’Occupation dans une bulle faite de musique, ce qui lui sera reproché maintes fois.

La cheville entravée, l’épaule retombante

Le cheveu Hérissé, l’œil bleu, l’air idiot

Le zazou se redresse et son crâne grelot

Flamboie, tempes serrées par la gomme adragante

(Le zazou)

Au sortir de cette période, en 1946, il couche sur le papier le bouquin qui lui occasionnera une plainte de Daniel Parker, secrétaire du cartel d’action morale et sociale, eh oui ça existe déjà. « J’irais cracher sur vos tombes » vaut à l’écrivain une plainte pour immoralité et atteinte aux bonnes mœurs. Ce roman, qui fera l’objet d’un film, est signé Vernon Sullivan et traite du racisme dans la société américaine. Boris n’en est officiellement que le traducteur jusqu’en 1949 où il avoue l’avoir écrit. Il publiera trois autres titres sous le même nom.

Il écrira un an plus tard « L’écume des jours » et émettra le souhait de gagner le prix de la Pléiade aux éditions Gallimard, qui sera donné finalement à un ecclésiastique, pour des raisons politiques, malgré le soutien de Queneau et de Sartre. Il réglera ses comptes avec le directeur de Gallimard et ce qu’il juge être une injustice dans son roman suivant « Un automne à Pékin ». Les titres sortent ensuite à une cadence importante pendant près de cinq années sans obtenir de succès. En 1953, après le refus de l’arrache cœur par Gallimard, il renonce à la littérature.

L’auto s’était arrêtée devant un hôtel au bord de la route. C’était la bonne route, lisse, moirée de reflets photogéniques, avec des arbres parfaitement cylindriques des deux côtés, de l’herbe fraîche, du soleil, des vaches dans les champs, des barrières vermoulues…/…/… et un garçon roux ébouriffé qui conduisait deux moutons et un chien ivre …

 (l’écume des jours)

Il se tourne alors de nouveau vers la musique et le Jazz .

En 1952, il intègre le collège de Pataphysique, il rejoint ainsi Dubuffet, René Clair, Eugène Ionesco, Marcel Duchamp, Miro, Max Ernst. En 1954 Boris dépose ses textes de chansons à la SACEM.

Côté musique.

Le disque « Le déserteur » chanté par Mouloudji sera finalement interdit et on n’en mettra plus sous presse pendant la guerre d’Algérie, une censure douce mais efficace. En 1955 après que ses chansons furent chantées par d’autres, il décide de les interpréter soutenu par Léo Ferré et Georges Brassens. Il crée avec Michel Legrand qui revient des Etats-Unis et Henry Salvador le premier disque de Rock n’roll français « Rock n’Roll Mops », les paroles seront signées Vernon Sinclair. Pendant les années qui suivent, Boris créera un opéra « le chevalier des neiges », il s’occupera du catalogue de Jazz pour les disques Philips et s’attellera à un livre sur le monde de la chanson. Malgré les préconisations de son médecin, il continue à multiplier piges, traductions, écriture de chansons. En 1959, il meurt pendant la projection de la première de son livre  « J’irais cracher sur vos tombes ». Il avait trente neuf ans… Il aura écrit onze romans, quatre recueils de poèmes, des pièces de théâtre, de nombreuses chroniques musicales, des dizaines de chansons.

La politique…

Boris ne commença à s’intéresser de façon constante à la politique qu’après l’âge de trente ans, il n’aura de cesse de rattraper son absence de cette scène pendant l’occupation… Il commencera à rédiger en 1950 « Le Traité de Civisme » qu’il ne finira jamais, ce livre s’éloigne des canulars dont il est friand pour devenir une œuvre intellectuelle.

Ah oui… La pataphysique?

Le docteur Faustrop dira que « c’est la science des solutions imaginaires » ou  que « La pataphysique est à la métaphysique ce que la métaphysique est à la physique ». Bref c’est un lieu où l’on inventera la roue élastique ou la machine à couper tous les rayons sous un même angle… Vous n’avez pas compris mais ça éveille votre curiosité? Mieux,  cela vous fait sourire? Vous êtes mûr pour intégrer le collège et lire Vian, Queneau et d’autres…

.Complainte de Pablo Neruda….Hommage…


Nous parlons le même langage Et le même chant nous lie

Une cage est une cage En France comme au Chili.

                                                                          Jean Ferrat

 

Complainte de Pablo Neruda:

 

 

Nuit et brouillard:

 

 

 

 

Un hommage personnel

NN. « Nacht und Nebel ». Soit, en français, « Nuit et brouillard ». Le nom donné à un décret du Reich de 1941 ordonnant de faire disparaître certains prisonniers sans laisser de traces. Parce qu’il estime en effet qu’une condamnation pour travaux forcés constitue « un aveu de faiblesse », Hitler enjoint ses hommes à « prendre des mesures qui laisseront les familles et la population dans l’incertitude quant au sort des opposants ». Ce sera la déportation. Pour l’avoir vécue, Jean Ferrat connaît cette histoire mieux que quiconque. Né Jean Tenenbaum le 26 décembre 1930, il a grandi dans le Versailles populaire en compagnie de ses frères, d’une mère fleuriste et d’un père joaillier. Lequel est raflé en 1941, puis envoyé à Auschwitz. Jean ne reverra plus ce père dont il ne savait presque rien : « Je ne connaissais pas ses origines, sachant à peine qu’il venait de Russie. J’ai su qu’il était juif quand il a dû porter l’étoile jaune. »  ‘Nuit et brouillard’ n’a-t-elle pas été écrite « pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez » ?