C’était il y a environ 155 ans ….


Le 3 novembre 1867

Les   »chassepots  » (fusils)

( image =  » chassepot  »)

 font merveille à Mentana

Le 3 novembre 1867, Giuseppe Garibaldi  et 8 000 volontaires (les  » Chemises rouges  ») tentent d’entrer à Rome afin d’en chasser le pape Pie IX .

Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II, ériger Rome en capitale du royaume, en lieu et place de Florence, et parachever ainsi l’ unité de la péninsule . Mais le roi désapprouve cette initiative et la juge prématurée.

Image = bataille de Mantana

Humiliante défaite :

Le 15 septembre 1864, par une convention établie entre le roi d’Italie et l’empereur Napoléon III, celui-ci avait promis d’évacuer le contingent français chargé de protéger les territoires pontificaux et en échange le roi avait promis qu’il ne serait pas porté atteinte au dernier territoire relevant de l’autorité du pape.

Qu’à cela ne tienne, le fougueux Garibaldi

viole les injonctions de son roi et prépare l’invasion du Latium !

Napoléon III, bien qu’embarrassé par la défaite des Autrichiens à Sadowa et la menace allemande, ne peut faire moins que de renvoyer un corps expéditionnaire à Rome : pas moins de 22 000 hommes et 42 canons au total sous le commandement du général Pierre de Failly, aide de camp de l’empereur.

Un premier contingent quitte Toulon le 26 octobre 1867 et arrive à Civitavecchia trois jours plus tard alors que les volontaires garibaldiens ne sont plus qu’à 25 kilomètres de Rome. Dès le lendemain 30 octobre, une avant-garde aux ordres du général de Polhès entre à Rome et rejoint les troupes pontificales aux ordres du général Kanzler. Le roi d’Italie ne veut pas se tenir à l’écart et ordonne à sa propre armée d’occuper quelques points stratégiques du Latium.  

Le 3 novembre au matin, les soldats pontificaux, au nombre de trois mille, sortent de Rome par la porte Pia. Ils font leur jonction à une douzaine de kilomètres avec les deux mille soldats français. Devant eux, autour du village de Mentana, campent les huit mille volontaires garibaldiens, à l’abri au-dessus des ravins et derrière les solides maisons en pierre du village, mais mal équipés, indisciplinés et dépourvus d’artillerie.

Les zouaves et carabiniers pontificaux s’avancent vers Mentana. Craignant une sortie des garibaldiens, ils appellent à la rescousse les Français, lesquels usent de leurs nouveaux fusils. Leur feu, efficace et précis, provoque la débandade des adversaires.  

Les Chemises rouges battent en retraite, laissant sur le terrain près d’un millier de morts et de blessés, ainsi que 1500 prisonniers et 2000 fusils. Les troupes pontificales ne déplorent quant à elle qu’une centaine de tués et blessés.

Pour les militaires français, c’est un franc succès.  » Les chassepots ont fait merveille  », dit-on à l’état-major à propos des nouveaux fusils sur lesquels on avait quelques inquiétudes. La formule scandalise l’opinion libérale.

Mais les Français se sont bien gardés de poursuivre Garibaldi, personnage populaire dans le monde entier. Le rebelle sera arrêté près de Florence par les carabiniers italiens et libéré trois semaines plus tard sur la promesse de ne plus quitter son île de Caprera… promesse qu’il ne respectera évidemment pas.

Retour de bâton :

En France, ce modeste succès militaire laisse à Napoléon III

Napoléon III

un arrière-goût amer. L’empereur des Français avait jusque-là en effet soutenu la cause des nationalistes italiens et aidé le roi Victor-Emmanuel à chasser les Autrichiens de la péninsule.

Mais dans le souci de se concilier les catholiques français, le voilà obligé de se détourner de ses anciens amis !

Le roi d’Italie comprend qu’il n’a plus rien à espérer de Napoléon III. Quand celui-ci va entrer en guerre contre la Prusse, trois ans plus tard, il refusera de lui apporter son alliance et profitera au contraire de sa défaite pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

klik! Ne mérite aucun commentaire ,nul ce billet .

C’était il y a…


……120 ans! :

Décès de Monsieur Georges Brassens :

22 octobre 1921 – 29 octobre 1981

Biographie Georges Brassens

Originaire de Cette (on écrit aujourd’hui Sète), petit port du Languedoc, le futur poète  » monte  » à Paris en février 1940 ( environ à 21 ans) Il trouve asile chez sa tante Antoinette

 »tante Antoinette »

et apprend la musique sur son piano.

Anarchiste et pacifiste de cœur, il est indifférent au contexte dramatique de l’époque. En 1943, il est envoyé dans un camp de travailleurs à Basdorf, près de Berlin, au titre du S.T.O (Service Obligatoire du Travail) . Il s’enfuit un an plus tard, à la faveur d’une permission, et se réfugie chez Jeanne et Marcel Planche

Jeanne Planche (l), René Fallet (foreground on l), Marcel Planche ,Pierre Onteniente, ( 1960)

, au 9, impasse Florimont (14e arrondissement). Il y restera 22 ans. Pour Jeanne, il écrit La cane de Jeanne et pour Marcel, qui tient un bistrot dans la rue d’Alésia voisine, sa plus célèbre chanson : L’Auvergnat.

Pour sa compagne  »Pupchen  »

Avec  »Pupchen »

, rencontrée en 1947 et à laquelle il restera toujours fidèle, il écrit aussi La non demande en mariage. Ayant abandonné le piano pour la guitare en 1951, il multiplie les auditions sans succès. Au bord du découragement, le 24 janvier 1952, il obtient enfin sa chance grâce à la chanteuse Patachou

Patachou

qui l’a pris en affection et, malgré son trac, accepte de le produire dans son cabaret de Montmartre. La consécration vient deux ans plus tard, le 23 septembre 1954 ( il a 33 ans ), à l’Olympia.

quelques chansons ( textes )

Les Copains d’abord

Non, ce n’était pas le radeau
De la Méduse, ce bateau
Qu’on se le dise au fond des ports
Dise au fond des ports
Il naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

Ses fluctuat nec mergitur
C’était pas d’la littérature
N’en déplaise aux jeteurs de sort
Aux jeteurs de sort
Son capitaine et ses matelots
N’étaient pas des enfants d’salauds
Mais des amis franco de port
Des copains d’abord

C’était pas des amis de luxe
Des petits Castor et Pollux
Des gens de Sodome et Gomorrhe
Sodome et Gomorrhe
C’était pas des amis choisis
Par Montaigne et La Boétie
Sur le ventre, ils se tapaient fort
Les copains d’abord

C’était pas des anges non plus
L’Évangile, ils l’avaient pas lu
Mais ils s’aimaient toutes voiles dehors
Toutes voiles dehors
Jean, Pierre, Paul et compagnie
C’était leur seule litanie
Leur Credo, leur Confiteor
Aux copains d’abord

Au moindre coup de Trafalgar
C’est l’amitié qui prenait l’quart
C’est elle qui leur montrait le nord
Leur montrait le nord
Et quand ils étaient en détresse
Qu’leurs bras lançaient des S.O.S
On aurait dit des sémaphores
Les copains d’abord

Au rendez-vous des bons copains
Y avait pas souvent de lapins
Quand l’un d’entre eux manquait à bord
C’est qu’il était mort
Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’se refermait
Cent ans après, coquin de sort
Il manquait encore

Des bateaux j’en ai pris beaucoup
Mais le seul qu’ait tenu le coup
Qui n’ait jamais viré de bord
Mais viré de bord
Naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

Des bateaux j’en ai pris beaucoup
Mais le seul qu’ait tenu le coup
Qui n’ait jamais viré de bord
Mais viré de bord
Naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

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 » La mauvaise réputation  »:

Au village, sans prétention
J’ai mauvaise réputation
Qu’je me démène ou que je reste coi
Je passe pour un je-ne-sais-quoi

Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde médit de moi
Sauf les muets, ça va de soi

Le jour du 14 juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas

Je ne fais pourtant de tort à personne
En n’écoutant pas le clairon qui sonne

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde me montre au doigt
Sauf les manchots, ça va de soi

Quand j’croise un voleur malchanceux
Poursuivi par un cul-terreux
J’lance la patte et, pourquoi le taire?
Le cul-terreux se retrouve par terre

Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde se rue sur moi
Sauf les cul-de-jatte, ça va de soi

Pas besoin d’être Jérémie
Pour deviner le sort qui m’est promis
S’ils trouvent une corde à leur goût
Ils me la passeront au cou

Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome

Mais les brave gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde viendra me voir pendu
Sauf les aveugles, bien entendu

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Les Amoureux des bancs publiques :

Les gens qui voient de travers pensent que les bancs verts
Qu’on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c’est une absurdité car à la vérité, ils sont là c’est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des petites gueules bien sympathiques

Ils se tiennent par la main, parlent du lendemain, du papier bleu d’azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement elle cousant, lui fumant dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

Quand la sainte famille machin croise sur son chemin deux de ces malappris
Elle leur décoche hardiment des propos venimeux
N’empêche que toute la famille
Le père, la mère, la fille, le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s’conduire comme eux

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

Quand les mois auront passé, quand seront apaisés leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s’apercevront émus qu’c’est au hasard des rues sur un d’ces fameux bancs
Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

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Chanson pour l’Auvergnat :

Elle est à toi, cette chanson
Toi, l’Auvergnat qui, sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
Toi qui m’as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
M’avaient fermé la porte au nez

Ce n’était rien qu’un feu de bois
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un feu de joie

Toi, l’Auvergnat quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise, à travers ciel
Au Père éternel

Elle est à toi, cette chanson
Toi, l’hôtesse qui sans façon
M’as donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim
Toi qui m’ouvris ta huche quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
S’amusaient à me voir jeûner

Ce n’était rien qu’un peu de pain
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand festin

Toi l’hôtesse quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise à travers ciel
Au Père éternel

Elle est à toi cette chanson
Toi, l’étranger qui sans façon
D’un air malheureux m’as souri
Lorsque les gendarmes m’ont pris
Toi qui n’as pas applaudi quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
Riaient de me voir amené

Ce n’était rien qu’un peu de miel
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand soleil

Toi l’étranger quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise, à travers ciel
Au Père éternel

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Le gorille :

C’est à travers de larges grilles
Que les femelles du canton
Contemplaient un puissant gorille
Sans souci du qu’en-dira-t-on
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement, ma mère
M’a défendu d’nommer ici
Gare au gorille!

Tout à coup la prison bien close
Où vivait le bel animal
S’ouvre, on n’sait pourquoi, je suppose
Qu’on avait dû la fermer mal
Le singe, en sortant de sa cage
Dit « c’est aujourd’hui que j’le perds! »
Il parlait de son pucelage
Vous aviez deviné, j’espère!
Gare au gorille!

L’patron de la ménagerie
Criait, éperdu « nom de nom!
C’est assommant, car le gorille
N’a jamais connu de guenon! »
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau
Au lieu de profiter de la chance
Elle fit feu des deux fuseaux!
Gare au gorille!

Celles-là même qui, naguère
Le couvaient d’un œil décidé
Fuirent, prouvant qu’elles n’avaient guère
De la suite dans les idées
D’autant plus vaine était leur crainte
Que le gorille est un luron
Supérieur à l’homme dans l’étreinte
Bien des femmes vous le diront!
Gare au gorille!

Tout le monde se précipite
Hors d’atteinte du singe en rut
Sauf une vieille décrépite
Et un jeune juge en bois brut
Voyant que toutes se dérobent
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vieille et du magistrat!
Gare au gorille!

« Bah! soupirait la centenaire
Qu’on pût encore me désirer
Ce serait extraordinaire
Et, pour tout dire, inespéré! »
Le juge pensait, impassible
« Qu’on me prenne pour une guenon
C’est complètement impossible »
La suite lui prouva que non!
Gare au gorille!

Supposez que l’un de vous puisse être
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre
Lequel choisirait-il des deux?
Qu’une alternative pareille
Un de ces quatre jours, m’échoie
C’est, j’en suis convaincu, la vieille
Qui sera l’objet de mon choix!
Gare au gorille!

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l’amour vaut son prix
On sait qu’en revanche il ne brille
Ni par le goût ni par l’esprit
Lors, au lieu d’opter pour la vieille
Comme l’aurait fait n’importe qui
Il saisit le juge à l’oreille
Et l’entraîna dans un maquis!
Gare au gorille!

La suite serait délectable
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c’est regrettable
Ça nous aurait fait rire un peu
Car le juge, au moment suprême
Criait « maman! », pleurait beaucoup
Comme l’homme auquel, le jour même
Il avait fait trancher le cou
Gare au gorille!

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Je me suis fait tout petit

Je n’avais jamais ôté mon chapeau
Devant personne
Maintenant je rampe et je fais le beau
Quand elle me sonne
J’étais chien mchant, elle me fait manger
Dans sa menotte
J’avais des dents d’loup, je les ai changés
Pour des quenottes

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

J’étais dur à cuire, elle m’a converti
La fine mouche
Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Contre sa bouche
Qui a des dents de lait quand elle sourit
Quand elle chante
Et des dents de loup, quand elle est furie
Qu’elle est méchante

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

Je subis sa loi, je file tout doux
Sous son empire
Bien qu’elle soit jalouse au-delà de tout
Et même pire
Une jolie pervenche qui m’avait paru
Plus jolie qu’elle
Une jolie pervenche un jour en mourut
À coups d’ombrelle

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

Tous les somnambules, tous les mages m’ont
Dit sans malice
Qu’en ses bras en croix, je subirai mon
Dernier supplice
Il en est de pires, il en est d’meilleurs
Mais tout prendre
Qu’on se pende ici, qu’on se pende ailleurs
S’il faut se pendre

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

________________________________________

Le Bistrot :

Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un’ place,
L’est un vieux bistrot
Tenu pas un gros
Dégueulasse.

Si t’as le bec fin,
S’il te faut du vin
D’ premièr’ classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d’ici
Te dépasse.

Mais si t’as l’ gosier
Qu’une armur’ d’acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.

Tu trouveras là
La fin’ fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux,
De la place.

Qui viennent en rang,
Comme les harengs,
Voir en face
La bell’ du bistrot,
La femme à ce gros
Dégueulasse.

Que je boive à fond
L’eau de tout’s les fon-
tain’s Wallace,
Si, dès aujourd’hui,
Tu n’es pas séduit
Par la grâce.

De cett’ joli’ fé’
Qui, d’un bouge, a fait
Un palace.
Avec ses appas,
Du haut jusqu’en bas,
Bien en place.

Ces trésors exquis,
Qui les embrass’, qui
Les enlace?
Vraiment, c’en est trop !
Tout ça pour ce gros
Dégueulasse!

C’est injuste et fou,
Mais que voulez-vous
Qu’on y fasse ?
L’amour se fait vieux,
Il a plus les yeux
Bien en face.

Si tu fais ta cour,
Tâch’ que tes discours
Ne l’agacent.
Sois poli, mon gars,
Pas de geste ou ga-
re à la casse.

Car sa main qui claqu’,
Punit d’un flic-flac
Les audaces.
Certes, il n’est pas né
Qui mettra le nez
Dans sa tasse.

Pas né, le chanceux
Qui dégèl’ra ce
Bloc de glace.
Qui fera dans l’ dos
Les corne’ à ce gros
Dégueulasse.

Dans un coin Pourri
Du pauvre Paris,
Sur un’ place,
Une espèc’ de fé’,
D’un vieux bouge, a fait
Un palace.

Supplique pour être enterré à la plge de Sète

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d’un zèle imbécile
Alors cerné de près par les enterrements
J’ai cru bon de remettre à jour mon testament
De me payer un codicille

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion
Et de ta plus belle écriture
Note ce qu’il faudrait qu’il advînt de mon corps
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord
Que sur un seul point, la rupture

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des titis, des grisettes
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
Terminus en gare de Sète

Mon caveau de famille, hélas n’est pas tout neuf
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf
Et d’ici que quelqu’un n’en sorte
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens « poussez-vous donc un peu »
Place aux jeunes en quelque sorte

Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus
Creusez si c’est possible un petit trou moelleux
Une bonne petite niche
Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins
Le long de cette grève où le sable est si fin
Sur la plage de la corniche

C’est une plage où même à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
Où quand un bateau fait naufrage
Le capitaine crie « je suis le maître à bord »
Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord
Chacun sa bonbonne et courage

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus
À l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus
Je connus la prime amourette
Auprès d’une sirène, une femme-poisson
Je reçus de l’amour, la première leçon
Avalais la première arête

Déférence gardée envers Paul Valéry
Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris
Le bon maître me le pardonne
Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
Mon cimetière soit plus marin que le sien
Et n’en déplaise aux autochtones

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s’en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront « chouette, un château de sable »

Est-ce trop demander sur mon petit lopin
Plantez, je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l’insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D’affectueuses révérence

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie
Tous chargés de parfums, de musiques jolies
Le Mistral et la Tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos
De villanelle, un jour, un jour de fandango
De tarentelle, de sardane

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec moins que rien de costume
J’en demande pardon par avance à Jésus
Si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence
Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances
Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances

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Tombe de Mer Brassens (cimetière de Sète)

Pourquoi les Hollandais ont-ils échangé ….


………Manhattan contre une île indonésienne ?

Les îles Banda font partie de l’archipel des Moluques,

archipel des Moluques

qui se trouve à l’est de l’Indonésie. Cet archipel a été découvert et colonisé par le Portugal au début du XVIe siècle. Un siècle plus tard, les Anglais s’emparent de quelques îles de cet archipel de Banda.

Parmi elles, l’île de Run

l’île de Run ?

est la plus convoitée. C’est en effet le seul lieu de culture au monde de la noix de muscade

Noix de muscade

. Or celle-ci est alors considérée comme une épice très précieuse, qui se négocie à prix d’or.

En effet, on lui attribuait nombre de vertus. Elle aurait apaisé la douleur, soulagé les maux d’estomac et même guéri de la peste. Dès lors, on comprend que la possession de cette île ait été considérée par les Hollandais comme un enjeu majeur.

Un singulier échange

La possession de l’île de Run fut férocement disputée entre Hollandais et Anglais. Ces derniers y prennent pied en 1616, avant de se retirer 4 ans plus tard. Puis ils s’y établissent à nouveau, avant d’en être chassés, en 1665, par les Hollandais.

Mais la flotte britannique résiste toujours. En 1667, la situation est clarifiée par le traité de Bréda, qui met fin à la seconde guerre anglo-hollandaise. Ce traité prévoit un curieux troc.

En effet, l’île de Run devient une possession hollandaise. En échange, les Anglais reçoivent le droit de conserver l’île de Manhattan

île de Manhattan ?

. Les Anglais occupaient illégalement cette île, que les Hollandais, qui l’avaient appelée La Nouvelle-Amsterdam, possédaient depuis 1626.

Les Anglais s’empressent de rebaptiser cette île du nom du frère du Roi Charles II, le duc d’York, le futur Jacques II. Elle prend dès lors le nom de New York.??

En prenant possession de l’île de Run, les Anglais ont peut-être regretté d’avoir mis le feu aux plantations de noix de muscade

. Ils l’avaient fait dans l’intention de nuire aux Anglais, qui occupèrent l’île par intermittence au XVIIe siècle.

Aujourd’hui, les autorités de cet archipel indonésien ont décidé de commémorer l’anniversaire de ce singulier échange, dans le but d’attirer les touristes dans ces îles.

 » tout le Saint-frusquin  »?


=tout ce que l’on possède ; l’ensemble des possessions ; tout ce qu’on a d’effets et d’argent ; tout le reste….

Origine et définition:

Si la locution est attestée en 1710, d’abord sans trait d’union, le mot  »frusquin » seul est signalé en 1628 où, en argot, il désigne les vêtements, sans que l’on sache avec certitude pourquoi, son étymologie étant discutée.
Mais deux choses sont sûres :
– Il en reste le mot  »frusques » toujours employé de nos jours avec le même sens, plutôt péjoratif, appliqué à des mauvais habits, des hardes ….
– Le mot n’est plus utilisé isolément et n’apparaît plus que dans notre expression.
Au cours de la deuxième moitié du XVIIe siècle,  »frusquin », toujours en argot, a également désigné l’argent. Du coup, sa signification a finalement englobé tout ce que l’on possède, vêtements et argent.(
même les blogs !!) que j’ai bien envie d’arrêter !!!!!


Tout cela est bel et bien , mais par quel miracle le  »frusquin » s’est-il trouvé canonisé ? D’où vient donc ce  »saint » ?
À cette  »très pertinente  » question, on peut répondre par une autre : connaissez-vous  »saint Crépin  »? Il y a peu de chances, sauf si vous pratiquez un métier bien particulier en voie d’extinction. En effet, ce saint est le patron des cordonniers. Or, il se trouve que, chez ces artisans, le saint-crépin désigne l’ensemble de leurs outils

Outils de cordonnier

(tout comme, d’ailleurs, le saint-jean désigne la trousse à outils des typographes).
Donc , c’est par simple analogie que le saint-frusquin s’est mis à représenter l’ensemble de ce qu’on possède.
Et, par extension, lorsque cette locution est employée à la suite d’une énumération, précédée de  »et », elle veut dire « et tout le reste ».

Exemples :

 » Gervaise aurait bazardé la maison; elle était prise de la rage du clou, elle se serait tondu la tête, si on avait voulu lui prêter sur ses cheveux. C’était trop commode, on ne pouvait pas s’empêcher d’aller chercher là de la monnaie, lorsqu’on attendait après un pain de quatre livres. Tout le saint-frusquin y passait, le linge, les habits, jusqu’aux outils et aux meubles.  »
(Émile Zola
)

E.Zola

 » L’assommoir  » 1877)
 » (…) et que les sept oncles qui avaient juré devant Dieu, les Saintes Huiles et tout le saint-frusquin de le protéger et veiller sur lui font de nouveau serment tous ensemble de venger la victime et châtier le lâche coupable (…)  »
Claude Simon

Claude Simon ?

 » Le Palace  » 1962

 » peigner la girafe » ?


….Faire un travail inutile et très long ; ne rien faire d’efficace ; paresser ; pisser dans un violon ; perdre son temps ; ne rien faire d’intéressant ; se dépenser sans efficacité, pour rien ; effectuer en vain une tâche très longue ; travailler inutilement ; ne rien faire de son temps

Origine et définition :

L’origine de cette expression n’est pas vraiment certaine.
Il existe bien une anecdote à propos d’un gardien du Jardin des Plantes ( où arriva la fameuse première girafe en 1827, gardien qui, alors qu’il était accusé d’inactivité chronique, aurait répondu : « Je peignais la girafe »,( mais elle aurait été inventée a posteriori.)
On peut toutefois, sans grand risque de tomber, se pencher du côté des pratiques masturbatoires pour expliquer cette locution.!!!!!!
En effet, le long cou d’une girafe peut aisément (pour les dames qui rêvent un peu) être assimilé à un sexe en érection.
Et si l’on se réfère à Boris Vian

Boris Vian

dans « Vercoquin et le plancton », on constate qu’il y écrit, avec une allusion explicite à la masturbation :  » J’ai tellement peigné ma girafe qu’elle en est morte  ».
Outre peigner la girafe pour désigner ce genre d’activité, on trouve aussi se « polir la colonne » ou « s’astiquer le jonc », toutes locutions contenant des verbes liés au nettoyage.
?

Si je vous traite de branleur, vous comprendrez tout de suite (non, ne frappez pas, c’est juste pour expliquer) ! Un branleur, c’est quelqu’un qui se masturbe, mais c’est aussi quelqu’un qui traîne, qui ne fait rien.
On constate effectivement qu’il y a une assimilation très fréquente entre celui qui pratique l’onanisme à tout va et celui qui n’a aucune occupation utile, celui qui pratique l’oisiveté avec ardeur.
Pour confirmer cette relation sémantique, il suffit de se pencher sur le terme « peigne-zizi », très proche de notre expression, et qui, depuis longtemps dans le parler franc-comtois (mais peut-être ailleurs aussi), désigne un individu sur lequel on ne peut pas compter.
Donc si, à l’origine, celui qui peignait la girafe, c’était celui qui se masturbait, par glissement sémantique habituel, c’est devenu celui qui ne fait rien d’utile, qui glande, qui traîne, qui  »n’en fout pas une rame  ».
Attention : il ne faut pas ici confondre  »’peigner » et  »peindre », comme le font certains. On n’a jamais vu quelqu’un se promener avec un seau de peinture beige à taches marrons et tenter d’en appliquer sur cet animal…

Exemples:

 » D’ailleurs, je m’en fous… On verra bien… Faire ça, ou peigner la girafe !  »

Une poignée de pêcheurs …


….à la conquête du monde:billet long , trop long => commentaires inutiles ( sauf si quelqu’un est intéressé )

Dans cette épopée que les historiens ont longtemps appelé  »Les grandes découvertes  », les navigateurs et explorateurs portugais sont des pionniers. Dès le début du XVe siècle, leurs navires commencent à longer les côtes occidentales de l’Afrique pour finalement ne s’arrêter qu’après avoir maîtrisé une bonne partie de l’océan Indien.

A la même époque , en pleine rivalité avec l’Espagne, ils découvrent à l’ouest leur  » Amérique  », le futur Brésil. En quelques décennies, c’est donc une belle partie des terres nouvellement découvertes que ce petit pays va contrôler, succès inattendu largement dû à une bonne dose de pragmatisme.

4ème armada des Indes partie à  »Calicut » en 1502.

Un petit pays aux grandes ambitions :

Dans le Portugal du XVe siècle, pays à l’extrême ouest de l’Europe faisant face à l’Atlantique, il y a bien longtemps que l’on ne craint plus la mer. Ce peuple l’a apprivoisée depuis l’Antiquité pour se nourrir, notamment en traquant la morue. Mais pourquoi, à la fin du Moyen Âge ce petit pays d’à peine un million d’âmes va-t-il soudain ne plus se contenter de ses côtes venteuses pour partir à la conquête du monde ?

Il y a d’abord des enjeux économiques : les Portugais ont bien vu les bénéfices qu’ils peuvent retirer de leurs possessions de Madère et des Açores qui, depuis le début du XVe siècle, produisent la canne à sucre que la péninsule ibérique ne parvient plus à fournir. Pourquoi ne pas suivre l’exemple de Venise qui a longtemps accumulé les richesses avant que Constantinople ne soit prise par les Ottomans en 1453 ? C’est l’occasion de se lancer et de trouver une nouvelle route ! L’Inde ne doit pas être si loin

La situation du royaume est également favorable : puissance indépendante depuis 1139, le pays s’est libéré en 1249 de toute occupation musulmane et a pu imposer un pouvoir central qui s’appuie sur une noblesse hiérarchisée. L’époque est à l’optimisme et on souhaite prolonger le succès de la  »Reconquista » ( reconquête ) pour se procurer de nouvelles terres.Il est temps aussi de retrouver l’esprit des croisades et d’apporter la foi catholique en Afrique où attend, dit-on, le mystérieux royaume chrétien du prêtre Jean. Et pourquoi ne pas imaginer une alliance pour prendre en tenaille les Turcs ottomans ?

Vue de Lisbonne et du fleuve Tage au XVI ème siècle ?

La caravelle, le vaisseau idéal

Réplique de la nao Victoria, l'un des cinq navires de Magellan.

Pour réaliser leurs explorations, les Portugais mettent au point un nouveau modèle de navire : la caravelle. Cette petite embarcation de 40 à 60 tonneaux, très maniable, nécessite une vingtaine d’hommes d’équipage et peut longer facilement les côtes grâce à son faible tirant d’eau.
Elle est reconnaissable à sa voile latine frappée d’une croix rouge, emblème de l’Ordre du Christ dont l’Infant Dom Henrique

Dom Henrique ?

est le grand-maître.
Si elle est souvent vue comme le navire des grands explorateurs, elle n’est pas la seule à avoir contribué aux découvertes de l’époque : sous ce terme sont regroupés plusieurs types de bateaux qui se distinguent par des progrès technologiques permettant peu à peu aux marins de l’époque de s’aventurer toujours plus loin dans l’océan. Ainsi, la caravelle est remplacée par la nef (nau en portugais) après le voyage de Bartolomeu Dias, en 1488.

Puis vint le temps des caraques au cours du XVIe siècle. À chaque étape, les navires sont plus grands et plus gros, mais également mieux armés, ce qui s’avère décisif pour les projets portugais dans l’océan Indien.

Sous l’égide d’Henri

Pour donner l’impulsion qui doit conduire le Portugal au-delà des mers, il fallait un homme passionné. C’est l’infant Dom Henrique, futur Henri le Navigateur et fils de Jean Ier, qui va jouer ce rôle.

Fort de sa devise  »Talent de bien faire  », il se fait remarquer dès ses 20 ans, en 1415, en participant à la conquête de Ceuta sur les musulmans. S’étant retiré à Sagres, dans l’Algarve, il en profite pour organiser une véritable école navale dans laquelle il investit ses revenus de grand-maître de l’Ordre du Christ (anciennement l’ordre du Temple).

C’est ainsi que navires et matériels de navigation vont être améliorés avec l’invention de la caravelle et de l’indispensable l’astrolabe ( L’astrolabe est à la fois – un instrument servant à mesurer la hauteur des astres pour déterminer l’heure ou l’orientation, – et un instrument de calcul permettant de déterminer les directions des astres, leurs heures de lever et de coucher, la latitude du lieu d’observation etc...). Se mettent aussi en place de véritables bases de données sur les connaissances de l’époque concernant les pays lointains. Pour remplacer les cartes médiévales et se créer des portulans plus sûrs, il est fait appel à des scientifiques musulmans, à des Italiens, à des Africains qui vont s’avérer indispensables comme interprètes.

Diego Ribero, Première représentation d'un astrolabe nautique, détail d'une carte de 1529.Il est temps de partir à l’aventure ! Dès 1418, les marins portugais reconnaissent l’archipel de Madère et Porto Santo. En 1427 vient la découverte de l’archipel des Açores, au milieu de l’Atlantique nord. Mais les tentatives pour apprivoiser l’océan restent vaines : toutes échouent devant le cap Bojador, une région pleine de courants, de récifs et de coraux sur la côte ouest de l’Afrique.

En 1433, Henri le Navigateur donne l’ordre à Gil Eanes de reconnaître la côte africaine au-delà du cap Bojador, au sud du Maroc actuel. Dans un premier temps, le marin préfère s’enfuir aux Canaries car des légendes terrifiantes courent sur les contrées situées au sud de ce cap. Mais il finit par se raviser. L’année suivante, il est le premier Occidental à dépasser ce cap.

Enfin, en 1445, les navires portugais parviennent dans les régions très riches de la côte africaine avant d’atteindre le Cap Vert, au niveau du Sénégal. Mais l’année 1460 marque un coup d’arrêt à ces explorations avec la mort d’Henri. Surnommé  « le Navigateur » par un historien allemand du XIXe siècle bien qu’il n’ait pratiquement jamais navigué, ce roi n’aura pas eu le bonheur de voir l’aboutissement de ses rêves. À sa mort, les Portugais ont seulement atteint le golfe de Guinée, et les successeurs d’Henri sont loin de partager son intérêt pour ces aventures…

Bienveillante volte

Dans l’exploration de la côte africaine, les Portugais furent servis par un phénomène météorologique très particulier : la vuelta (ou volte), assimilable à une ronde des vents. Pour descendre vers le sud, il était facile aux marins de se laisser porter par les vents alizés (de l’expression portugaise  » ventos lissios  », vents réguliers) qui soufflent dans cette région du nord-est vers le sud-ouest. Le retour vent de face paraissait autrement plus difficile…
Mais des marins racontèrent sous le sceau du secret que, pris dans de terribles tempêtes au large de l’Afrique, ils avaient été déportés au milieu de l’Atlantique et là, avaient tout d’un coup rencontré des vents favorables qui les avaient ramenés vers l’Europe. Ainsi fut découvert le phénomène de la vuelta par lequel les alizés se retournent vers le nord-est au milieu de l’Atlantique sud et se transforment en vents d’ouest. Grâce à lui, les Portugais purent dès lors entreprendre sans trop de crainte l’exploration du littoral africain. Plus tard, c’est grâce au même phénomène que Christophe Colomb pourra atteindre les Antilles, via les Canaries, et surtout en revenir.

Départ de Vasco de Gama pour les Indes

Indes en vue

Heureusement, des armateurs privés prennent le relais et, d’année en année, prudemment, les  »descobriementos  » descendent le long de la côte africaine. Ils y essaiment des fortins qui vont servir d’autant de bases arrières tout en protégeant leur monopole commercial. Le premier de ces fortins est Elmina , fondé en 1482 dans le golfe de Guinée ; il s’agit du premier établissement européen en Afrique subsaharienne.

Les Portugais ont choisi de ne rien laisser au hasard, s’opposant par leur pragmatisme à la politique expéditionnaire espagnole, plus aventurière. Christophe Colomb pourra se plaindre de cette rigueur, lui dont le projet de découverte d’un continent hypothétique au-delà de la  » mer des ténèbres  » parut trop risqué et irréalisable aux experts de Jean II.

Jodocus Hondius, Illustration de la Description de la Nouvelle Guinée, 16o6.

C’est à Bartolomeus Dias que revient l’exploit de contourner, en 1488, le cap des Tempêtes, cap rebaptisé  » cap de Bonne-Espérance » par le roi Jean II, assuré qu’il lui ouvre la porte des Indes. Effectivement, le 28 mai 1498, Vasco de Gama et son équipage débarquent à Calicut (région du Kerala).

Premiers Européens à rallier le sous-continent indien en contournant l’Afrique, ils en repartent avec un traité de commerce décevant mais à la hauteur des pacotilles proposées par les Portugais. Revenus en 1502 à Calicut avec de l’or et de l’argent, ils ont la satisfaction de procéder à des échanges nettement plus intéressants qui vont marquer les véritables débuts de l’empire colonial portugais.

Manuel Ier, successeur de Jean II, va poursuivre cette politique expansionniste pendant ses 26 ans de règne sans se satisfaire des résultats obtenus par ses hommes.

Il souhaite avant tout repousser l’islam, aussi bien au Maroc que dans l’océan Indien. Pour cela il sait qu’il peut s’appuyer sur les hommes d’Église qui acceptent de prendre la mer pour aller convertir les populations du bout du monde : dominicains, augustins, jésuites vont ainsi faire œuvre missionnaire dans les terres hindouistes ou bouddhistes, avec un succès plutôt mitigé.

Leurs témoignages et leurs dictionnaires bilingues vont cependant apporter à l’Europe une connaissance solide de ces régions du monde, en remplacement de la description pleine de fantaisie faite par Marco Polo.

Un acteur méconnu du succès portugais : le  » Lion des mers  »

Portrait d'Afonso de Albuquerque, vice-roi des Indes portugaises, après 1545, Lisbonne, Musée national des arts anciens.

 » Le César d’Orient  »,  » Le Lion des mers  »,  » Le Grand  »… Ces surnoms montrent à quel point Afonso de Albuquerque joua un rôle de premier plan dans la mise en place d’un commerce à grande échelle au cœur de l’océan Indien. C’est lui qui, en effet, assura à la couronne portugaise le contrôle des épices au détriment de la république de Venise. Pour cela il commença par explorer Madagascar en 1505 avant de se lancer dans la conquête d’Ormuz, en 1507, pour bloquer la route aux navires arabes. Devenu vice-roi des Indes deux ans plus tard, il établit en Orient un réseau de forteresses qui va permettre à son pays d’origine d’assurer son contrôle sur les nouveaux territoires.
Après avoir fait de Goa, conquise et pillée en 1510, la capitale du nouvel empire portugais des Indes, il s’empare de Ceylan et de Malacca, prises qui ouvrent de nouvelles routes maritimes vers la Chine et les Moluques. À la fois fin administrateur et diplomate abrupt, il oblige les souverains de Siam, de Java et de Sumatra à devenir tributaires de Manuel Ier. Son action déterminante n’est arrêtée que par sa mort en 1515 alors qu’il partait défendre Goa contre les troupes ottomanes.

Planisphère de Cantino, 1502, Modène, Bibliothèque universitaire Estense.

Le Brésil, terre commerciale

Le Portugal ne s’est pas contenté de se tourner vers l’est puisqu’il a vite ajouté à sa chasse gardée orientale une belle possession en Amérique : le Brésil, découvert en 1500 par Pedro Alvarès Cabral.

Représentation de l'attaque portugaise de 1560 contre le fort Coligny, parue dans La Cosmographie universelle d'André Thévet, 1575.Bien qu’elle soit prometteuse, cette  » terre délicieuse et fraîche  » (Pero de Magalhaes Gandavo, Historia da provincia de Santa Cruz, 1576) n’est pas autant développée ni défendue que les régions conquises à l’autre bout du monde.

Considéré comme un endroit paisible servant avant tout à fournir du bois, elle reste secondaire, éclipsée par les richesses de l’océan Indien. Pourtant, d’autres nations ont compris tout le potentiel qu’elle renferme : la France, tout d’abord, qui y voit une source de revenus à l’heure où les caisses de l’État, en pleines guerres de religion, ont besoin de se renflouer.

Charles IX considère aussi le Brésil comme une pièce maîtresse sur le plan stratégique pour lutter contre l’hégémonie ibérique dans le monde. C’est ainsi qu’en 1554 Nicolas de Villegagnon est envoyé par Henri II pour créer une  »France antarctique  »à la hauteur de la baie de Rio, ce qui va mener à la fondation de São Sébastião do Rio de Janeiro. Mais l’établissement est attaqué en 1560 par les Portugais, mettant fin à cet éphémère Brésil français.

Les Hollandais constituent un danger plus sérieux. Profitant de l’annexion du Portugal par l’Espagne, en 1580, ils s’emparent de Bahia en 1624 mais en sont chassés à leur tour l’année suivante par une expédition luso-espagnole. Commence alors, pour le Brésil, une mise en valeur plus active qui va en faire une des cartes maîtresses du Portugal.

Carte du Brésil extraite de L'Atlas nautique portugais, 1519, Paris, BnF.

Le pactole

Petit à petit, les Portugais vont développer avec l’Extrême-Orient des échanges commerciaux à faire pâlir d’envie leurs concurrents européens. Le centre de ce commerce est Malacca (Malaisie) où l’on se procure porcelaine, pierres précieuses et épices venant des Moluques en échange d’or et de métaux.

Représentation du muscadier originaire des Moluques, fiche botanique du XVIIIe siècle, Waldersbach, musée Jean-Frédéric Oberlin.Depuis la Chine, le comptoir de Macao vend des draps écarlates, de la verrerie, toutes sortes d’objets typiquement chinois qui sont très appréciés en Europe jusqu’au XVIIIe siècle. De Macao, les expéditions rejoignent le Japon pour revendre des produits chinois afin d’en tirer de l’argent et du cuivre.

Tout ce commerce intermédiaire entre les peuples asiatiques mais aussi Perses, Arabes et Africains, procure à la couronne portugaise des bénéfices considérables qui vont vite faire de Lisbonne la première place commerciale du XVIe siècle.  Le Portugal se retrouve ainsi à la tête d’un immense empire maritime qui s’étend en Inde, en Amérique et en Afrique.

Connaissant parfaitement les difficultés économiques que représente le maintien de ces possessions maritimes, le roi Jean III refuse alors de prendre part aux guerres déchirant l’Europe et applique une politique de maintien de la paix avec les différentes cours d’Europe qui peuvent accéder sans difficulté dans les ports appartenant au Portugal.

Kano Naizen, « Vue de l'arrivée des barbares du sud », paravent, vers 1600, musée de Kobé.

Les Grandes Découvertes


Au cours des XVe et XVIe siècle, quatre puissances européennes s’engagent dans l’exploration des océans : le  »petit » Portugal et l’Espagne pour commencer, puis l’Angleterre et la France.

Vers le déclin 

Scène de rue au Brésil, XVIIIe siècle, Rio de Janeiro.

Mais le prestige de la noblesse portugaise commence à s’affaiblir au profit de gouverneurs et de vice-rois plus intéressés par leur rang et l’enrichissement de leur famille que par l’agrandissement de l’empire.

Sous le règne de Jean III, le pays entre dans une phase de déclin aggravé par la rivalité des familles aristocratiques qui cherchent par tous les moyens à affirmer leurs privilèges, n’hésitant pas parfois à rejoindre les rangs des fidèles du roi d’Espagne. Désireux de maintenir l’intégrité de l’immense empire maritime, Manuel Ier, successeur de Jean II, épuise petit à petit les ressources économiques et humaines du Portugal.

Malgré la perte de son indépendance de 1580 à 1640, et la cession de quelques territoires au profit des Anglais et Hollandais au milieu du XVIIIe siècle, le Portugal demeure une importante puissance coloniale. Dans le même temps, le Brésil s’enrichit, bénéficiant de la contrebande anglaise dans les colonies espagnoles voisines et des découvertes de mines d’or. Mais sous le règne de José Ier, Brésil et Portugal commencent à avoir des divergences d’intérêts alors que la colonie supporte de moins en moins les réformes imposées par le marquis de Pombal qui ne cesse de renforcer la mainmise de l’exécutif sur ces terres lointaines.

Vue de la Playa Grande de Macao vers 1840.

En 1807, lorsque les troupes napoléoniennes entrent au Portugal, c’est tout naturellement au Brésil que trouve refuge le régent et futur roi Jean VI. Il y crée un certain nombre d’institutions et d’administrations qui vont permettre à la région d’accéder à l’indépendance sans violence en 1822, alors que les bouleversements qui font suite à l’occupation napoléonienne (1807-1821) ont révélé une fois de plus la fragilité de la couronne de Portugal.

Les vestiges d’un empire

De son ancien immense empire, le Portugal ne conserve alors que quelques territoires aux Indes avec Goa, Diu, Damão, une partie de l’île de Timor et les territoires africains de Guinée-Bissau, d’Angola, de Mozambique et les îles atlantiques avec Madère, les Açores, les îles du Cap Vert, Saô Tomé et Príncipe. 

Vue de la cathédrale Sainte-Catherine de Goa (Inde), dont la construction a commencé en 1533, suite à la victoire d'Afonso de Albuquerque.

En 1885, la conférence de Berlin accepte la création d’un vaste empire de l’Atlantique à l’océan Indien, accordant au Portugal l’annexion des territoires entre l’Angola et le Mozambique. Mais un ultimatum de la reine Victoria, en janvier 1890, met fin à ce rêve de reconstitution de la puissance portugaise. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’Empire portugais est encore, par sa superficie, le troisième empire colonial.!!!!

Mais il est déjà trop tard, les temps changent, et même le régime de Salazar peine à maintenir la souveraineté sur les anciennes possessions. Dès 1961, des rébellions éclatent dans les possessions africaines. La même année, les comptoirs de l’Inde (Goa, Diu, Damão) sont annexés par la république indienne alors même que la rigueur dont fait preuve le Portugal ne fait qu’augmenter le ressentiment et entretenir les volontés d’indépendance.

Il faut finalement attendre la mort de Salazar, en 1970, pour voir l’empire portugais se disloquer totalement. Le mouvement s’accélère avec la  » révolution des œillets  » de 1974 qui renverse la dictature sous l’impulsion de sous-officiers progressistes qui ont fait leur éducation politique au cours des guerres coloniales.

En 1974, la Guinée-Bissau, puis en 1975 le Cap-Vert, São Tomé et Príncipe, l’Angola et le Mozambique obtiennent leur indépendance. Les îles atlantiques sont assimilées aux provinces métropolitaines. Timor oriental est annexé à l’Indonésie en 1976, avant de devenir à son tour indépendant en 2002. De l’épopée impériale ne subsiste que le petit territoire de Macao, sur les flancs de la Chine mais, conformément à l’accord sino-portugais de mars 1987, il est rétrocédé à la Chine en 1999. Si l’empire a aujourd’hui disparu, n’oublions pas l’importance de l’héritage culturel et linguistique né de ces aventures maritimes, héritage qui a permis au portugais d’être actuellement la cinquième langue la plus parlée au monde.

Vue du musée de la Langue portugaise, Sao Paulo.

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Connaissez-vous l’une des faces cachées d’Albert Einstein ?


Statue en bronze monumentale d’Albert Einstein à Washington .

Albert Einstein, le physicien théoricien, né le 14 mars 1879 à Ulm en Allemagne et mort le 18 avril 1955 à Princeton (Etats-Unis), est connu du grand public pour, entre autres, sa formule E=mc2, qui établit une relation d’équivalence entre masse et énergie. 

Mais ce que l’on connaît beaucoup moins bien, c’est sa lâcheté face au handicap de son fils souffrant de schizophrénie. En 1930, Eduard Einstein

Eduard Einstein ?

, 20 ans, fils cadet du célèbre physicien, vient d’être diagnostiqué schizophrène à l’hôpital psychiatrique Burghölzli à Zurich (Suisse). C’est l’occasion pour Albert Einstein de couper les ponts avec ce fils qu’il maintenait déjà à distance depuis des années.

Entre 1930 et 1933, date à laquelle, menacé par le nazisme, le génie Einstein fuit l’Europe pour se réfugier aux Etats-Unis, il ne rend visite qu’une fois à Eduard. Après la guerre, il se révèle tout autant incapable d’affronter la maladie de son fils.  » Cet homme, symbole de la raison triomphante, a singulièrement manqué de courage face à ce drame qui échappait à toute raison  », considère le romancier Laurent Seksik

Laurent Seksik ?

, auteur du Cas Eduard Einstein (2013).

Si l’existence d’Eduard est bien cachée, celle de son premier enfant, Lieserl

, une fillette née en 1902, l’est encore plus. Elle n’est révélée qu’en 1986, lorsque sont mises au jour des lettres échangées entre Einstein et sa première femme. Lieserl meurt probablement de la scarlatine à 1 an et Einstein l’a abandonnée dès sa naissance. Quant à son fils aîné, Hans-Albert, il s’est entendu dire toute sa vie :  » Comment pouvez-vous affirmer être le fils d’Einstein ? Si Einstein avait un fils, cela se saurait. Mais il n’en parle jamais.  »

D’autres disent /écrivent que Lieserl était née avec des troubles du développement inconnus. Mileva Marić a laissé Lieserl derrière elle avec sa famille lorsqu’elle s’est rendue à Berne pour épouser Albert. Puis, quelques mois avant son deuxième anniversaire, Lieserl est morte.

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Comme déjà écrit ,si les commentaires restent ouverts , ils ne sont pas nécessaires : Je suis habitué !

 »Fâcheuse erreur »



Guerre en Ukraine : France 2 a confondu une cheminée endommagée avec un missile dans un sujet

 »FAKE OFF  » France 2 a présente ses excuses pour cette  » fâcheuse erreur  », intervenue dans un sujet du J .T sur les frappes contre la centrale nucléaire de Zaporijie

Vue sur la centrale nucléaire de Zaporijie, contrôlée par les forces russes depuis mars 2022.
Vue sur la centrale nucléaire de Zaporijie, contrôlée par les forces russes depuis mars 2022.

Guerre en Ukraine : Oui, France 2 a confondu une cheminée endommagée avec un missile dans un sujet :

Sur les réseaux sociaux, France 2 est accusée d’avoir propagé une  »fake news » en affirmant qu’un missile était planté dans un toit sur le site de la centrale nucléaire de Zaporojie, en Ukraine.

En réalité, il s’agissait d’une cheminée endommagée, comme l’a reconnu la chaîne publique.

cheminée endommagée ?

Ces images ont été tournées par le ministère russe de la défense, qui les a diffusées et fournies à différentes agences de presse le 7 août. Elles ont été utilisées par nombre de médias depuis.

France 2 a-t-elle  » menti  » sur la guerre en Ukraine  dans un JT du 20 heures ? Sur les réseaux sociaux, un sujet  diffusé le 10 août a largement été repris et critiqué ces derniers jours. Dans ce point sur les frappes contre la centrale nucléaire de Zaporijie, la journaliste commente :  » Ce missile planté dans le toit qui n’a pas explosé est tombé à seulement quelques mètres d’un réacteur nucléaire, ici, dans ce bâtiment rouge  ».

Mais ce commentaire a fait réagir :  » C’est une cheminée  », pointe un internaute le 21 août dans une vidéo virale sur sa page Facebook Juste Milieu.  » France 2 ment en direct  », s’indigne-t-il, tandis qu’est dénoncée « une jolie fake news ». Le 21 août, le compte Twitter  »’Le Libre Penseur » accusait TF1, dans un post viral  , de  » récidiver  » avec  » les mêmes images fausses fournies par l’ OTAN  ». Une vidéo sur YouTube, issue d’une chaîne de Gilets Jaunes, rapporte aussi que France 2  » veut faire croire qu’un missile russe s’est planté près d’une centrale  ».

FAKE OFF

Il ne s’agit pas d’une  »fake news  », mais d’une  » fâcheuse erreur  », a expliqué France 2, dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux lundi 22 août. Le sujet a été réalisé à partir d’images issues de l’A P T N, l’agence américaine pour la télévision d’Associated Press, à laquelle France Télévisions est abonné.

Une info douteuse ?

La chaîne publique explique sur Twitter que, par erreur, une de ces images a été

 » mal interprétée  ».  » Elle montre une cheminée endommagée, et non un missile, comme dit dans le commentaire  », reconnaît-elle. France 2 présente ses excuses aux téléspectateurs.

Des images tournées par le ministère russe de la défense

Début août, Kiev et Moscou se sont accusées mutuellement de bombardements sur le site de la centrale nucléaire

la centrale nucléaire ?

  contrôlé par l’armée russe. Les images utilisées ont été tournées d’abord par le ministère russe de la défense, et diffusée notamment par Zvezda, la chaîne de télévision des forces armées de la Fédération de Russie. Plusieurs sujets sur tvzvezda.ru montrent la même cheminée endommagée , le média russe accusant l’Ukraine d’être responsable des tirs.L’ OTAN n’est donc pas l’auteur de cette vidéo.

Le journal  »20 Minutes  », a également utilisé ces images, datées du 7 août et fournies par le ministère de la défense russe à l’agence de presse Reuters, auprès de laquelle le  » 20 Minutes » a un abonnement. Elles ont été utilisées dans une vidéo  publiée le 8 août. Aux Etats-Unis ou en Europe, d’autres médias ont diffusé ces extraits pour évoquer les dommages subis par la centrale nucléaire, comme CNN, TV5Monde   ou TF1.

Mais la chaîne privée française n’a pas confondu cheminée et missile, contrairement à ce qui a pu être affirmé sur Twitter. Dans le journal de 13 heures du 20 août, un journaliste explique en commentaire que  » depuis cinq mois, le site de la centrale nucléaire de Zaporojie est la cible de tirs incessants  » alors que sont montrées les images de la cheminée endommagée. Il n’est pas dit que la cheminée est un missile planté dans le sol.

La conférence d’Évian….


Comme toujours , je laisse les commentaires ouverts ,mais je sais pertinament qu’il n’y en aura pas , ou très peu et ( peut-être qques  »like » qui ne signifient rien )

Le 6 juillet 1938, face à l’antisémitisme des nazis, le président des États-Unis, Franklin D. Roosevelt organise une conférence internationale, pour secourir les juifs dont l’Allemagne ne veut pas. La conférence s’est tenue au bord de Genève, à l’hôtel Royal d’Évian, du 6 au 14 juillet. C’est un échec, ce qui permet à Adolf Hitler de déclarer  » C’était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitiés pour le Peuple juif et rester de marbre quand il s’agit vraiment d’aider les Juifs !  »

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Désemparé face à l’antisémitisme nazi , le président américain Franklin D. Roosevelt

Roosevelt

propose une conférence internationale en vue de secourir les Juifs dont ne veulent plus les Allemands. Celle-ci se réunit à huis clos du 6 au 14 juillet 1938 à Évian, au bord du Léman.

Aucun des pays représentés ! n’ayant véritablement envie de recueillir des réfugiés juifs allemands, la conférence n’aboutira à aucun résultat

La conférence d'Évian (juillet 1938)
La conférence ?

Jeu de dupes :

Suite à la prise de pouvoir d’Hitler, les Juifs allemands (1% de la population du pays) ont fait l’objet de brimades et de persécutions de plus en plus brutales. Dès novembre 1933, la S D N  (Société des Nations, ancêtre de l’ONU) a constitué un Haut Commissariat aux réfugiés d’Allemagne pour adoucir le sort des Juifs contraints à l’exil. L’Américain James MacDonald

James MacDonald ????

en a pris la direction mais, lassé par la mauvaise volonté des démocraties, il a abandonné sa fonction dès 1935.

A Nuremberg , cette même année , Hitler promulgue des lois antisémites  qui séparent plus complètement les Juifs des autres Allemands. Un nombre croissant de familles se résigne à fuir le pays. Confrontés à la crise économique née du  » krach » de 1939 , les pays occidentaux rechignent à les accueillir.

Aux États-Unis, en particulier, le président Roosevelt est soumis à des pressions opposées, d’une part de la part des mouvements juifs et libéraux qui réclament d’accueillir les Juifs allemands, d’autre part de la part des milieux conservateurs et syndicaux qui ne veulent pas d’une remise en cause des quotas d’immigration très stricts ( établis par les lois Quota Act de 1921 et Immigration Act de 1924 ? ).

Le président va donc  » botter en touche  » en proposant le 22 mars 1938, depuis sa maison de Warm Springs (Géorgie), une Conférence internationale pour les Réfugiés. Il sait pertinemment que la conférence aboutira à une fin de non-recevoir et il pourra en tirer argument pour exclure tout amendement aux lois sur l’immigration. 

La Suisse, qui héberge à Genève la S D N, exclut toutefois d’accueillir la conférence car elle tient à garder de bonnes relations avec son puissant voisin. C’est finalement le président du Conseil français Camille Chautemps

Camille Chautemps ???

qui propose de l’accueillir à Évian, une jolie station thermale à 45 km seulement de la cité de Calvin et de la S D N. La conférence va donc se dérouler dans l’Hôtel Royal, un beau témoin de l’Art Nouveau construit en 1909 par l’architecte Ernest Hébrard et agrémenté d’un magnifique parc de 19 hectares, ce qui n’est pas pour déplaire aux diplomates.

Refus sous tous prétextes:

Strictement limités à six séances à huis clos, les débats ne sont connus que par le communiqué final. 32 pays se font représenter à Évian (l’Allemagne n’est pas invitée, l’URSS et la Tchécoslovaquie ne s’y font pas représenter). C’est pour affirmer unanimement leur refus d’ouvrir leurs ports aux 650 000 Juifs allemands et autrichiens, qualifiés par euphémisme de  » Réfugiés  » (jamais au cours de la conférence, il n’est fait ouvertement référence aux Juifs).

Les refus se fondent sur des préjugés ou des hypothèses bien plus que sur des faits, comme l’avoue ingénument le délégué australien :  » Dans les circonstances présentes, l’Australie ne peut faire plus… Nous n’avons pas de problème racial notable et nous ne voulons pas en importer un  ». L’hypocrisie est de mise et les problèmes économiques volontiers mis en avant :  » Les réfugiés ont souvent enrichi l’existence et contribué à la prospérité du peuple britannique. Mais le Royaume-Uni n’est pas un pays d’immigration. Il est hautement industrialisé, entièrement peuplé, et il est encore aux prises avec le problème du chômage  » assure pour sa part le délégué britannique…

La Suisse estime avoir déjà fait le plein de réfugiés autrichiens et rétablit des visas avec son voisin. Elle va même demander à l’Allemagne de tamponner la lettre J sur les passeports de ses ressortissants juifs afin de pouvoir plus facilement les identifier et les repousser à sa frontière !

Un seul pays fait exception : la République dominicaine, dans les Antilles. Il n’a pas été invité à la conférence mais son dictateur Trujillo

Trujillo ???

fait savoir le 12 août 1938 qu’il serait disposé à accueillir deux cent mille réfugiés car il souhaite  » blanchir  » la population avec l’importation de quelques milliers de Juifs allemands ; cette offre équivoque est repoussée (de même qu’une offre similaire d’Haïti !). 

La presse allemande, triomphante, titre au lendemain de la conférence :  » Juifs à vendre ; même à bas prix, personne n’en veut !  ».( !!!) Hitler, dans les jours qui suivent, ne se prive pas de dauber sur cet échec :  » C’était honteux de voir les démocraties dégouliner de pitié pour le Peuple juif et rester de marbre quand il s’agit vraiment d’aider les Juifs ! « 

Après la Nuit de Cristal  de novembre 1938, l’émigration juive va pourtant s’intensifier. Quelques milliers de Juifs saisissent l’opportunité offerte par le port chinois de Shanghai, qui les dispense d’un visa d’entrée… Beaucoup d’émigrants gagnent la Palestine sous des formes illégales, en défiant le gouvernement britannique qui tente de les repousser pour ne pas se mettre à dos les Arabes et le Grand Mufti de Jérusalem Amin al-Husseini. Ce chef religieux musulman férocement hostile aux juifs ne craint pas de rencontrer Hitler et de recruter pour lui des combattants musulmans.

Mais à côté de cela, les échecs sont cruels. Le 15 mai 1939, le paquebot Saint-Louis quitte Hambourg avec 900 passagers juifs d’un statut social élevé. Empêché d’accoster à La Havane, il tente sa chance sans succès à Buenos Aires, Montevideo, Panama… Obligé de longer à distance la côte des U.S.A , il est aussi refoulé du Canada et finalement contraint de revenir à Hambourg.

Le loup……


Billet long,trop long => si pas de commentaire , je comprendrais ;MAIS PAS DE LIKE !

Sauvage, fétiche et redouté…….

Le Petit chaperon rouge (illustration de Jessie Willcox Smith, 1911)Jusqu’à l’époque contemporaine ,le loupa côtoyé les hommes, du moins dans l’hémisphère nord.

Jamais domestiqué, à la différence de son  »compère » l’ours, il a nourri plus de mythes et de légendes qu’aucun autre animal, y compris le cheval ,le chat et le chien , son  »cousin » domestique.

Le loup, animal qui chasse en meute, réputé cruel et sans pitié, a été très tôt honoré par les peuples nomades ou guerriers comme le montrent encore beaucoup de noms propres ? Mais beaucoup d’expressions populaires rappellent aussi combien il était redouté par les paysans sédentaires et les gardiens de troupeaux.

Le loup, animal fétiche:

Les Spartiates côtoyaient le loup gris (loup commun d’Europe) dans les montagnes du Péloponnèse et l’avaient en grande estime. Le nom de leur plus célèbre roi, le mythique Lycurge, y fait référence. Il signifie en grec  » Celui qui tient les loups à l’écart  ». L’entraînement des guerriers de Sparte est calqué sur son mode de vie selon René Caillois :  » Le jeune homme (éphèbe) vit en loup et attaque comme un loup : solitaire, à l’improviste, par un bond de bête sauvage. Il vole et tue impunément, tant que ses victimes ne parviennent pas à le saisir  » (Les Jeux et les Hommes, 1958).

Lycaon est transformé en loup par Zeus (gravure pour les Métamorphoses d'Ovide, par Hendrik Goltzius, XVIe siècle)

Dans le Péloponnèse aussi, le souvenir d’un roi qui s’appelait Lycaon ( » loup  » en grec) inspira une légende selon laquelle ce roi aurait été transformé en loup à cause de son impiété et pour avoir fait manger de la chair humaine à Zeus en personne. Le mythe du roi Lycaon, qui régnait en Arcadie, est sans doute à rapprocher des sacrifices humains et du cannibalisme qui étaient pratiqués dans la région et dont le souvenir a pu remonter jusqu’aux Grecs de l’époque classique.

Les loups peuvent surgir là où on les attend le moins, par exemple au lycée ! Aristote choisit d’enseigner dans un gymnase installé dans un quartier d’Athènes du nom de » Lyceon  ». Ce nom venait de ce que le lieu avait été précédemment fréquenté par des loups. Il s’ensuit que les Français donnèrent le nom de lycée à leurs établissements d’enseignement secondaire ??, les Allemands préférant celui de Gymnasium !

Les Romains, peuple sédentaire mais guerrier, respectaient aussi le loup (lupus en latin). Cet animal était dédié à Mars, dieu de la guerre, et quand il pointait son nez avant une bataille, les Romains y voyaient la promesse de la victoire !

Comme chacun sait , c’est à une louve que Rémus et Romulus, héros fondateurs de Rome, ont dû leur survie après avoir été abandonnés, encore bébés, dans la forêt. En référence à cette légende, les Romains instituèrent une fête purificatrice le 15 février au Lupercal, la grotte qu’aurait occupée la louve au pied du mont Palatin : les Lupercales. En 494, le pape Gélase lui substitua la Fête de la Purification de la Vierge..

Romulus et Rémus (1516, Paul Rubens, musée du Capitole, Rome)
Rémus ,Romulus et la louve

Les humanistes de la Renaissance se souvinrent que les prostituées étaient désignées à Rome par le mot lupa, qui désigne aussi la femelle du loup. Ils inventèrent en conséquence le mot lupanar pour désigner les maisons de prostitution. L’homonymie latine entre la prostituée et la louve n’est sans doute qu’accidentelle mais elle a poussé des auteurs imaginatifs à chercher un lien entre les deux en attribuant à la louve une lubricité exceptionnelle .

L'enchaînement de Fenrir (1908, George Wright)En Amérique du nord, le loup était un animal totem pour de nombreuses tribus d’Indiens. À la fois craint et respecté, il bénéficiait d’attributs presque divins.

En Europe, la mythologie nordique a cultivé le souvenir d’un loup gigantesque, Fenrir, fils du dieu Loki, qu’il fallut enchaîner pour l’empêcher de nuire. Les guerriers germains appréciaient aussi la force du loup comme l’attestent encore les nombreux prénoms et patronymes qui, tel Wolfgang, Adolphe, Rodolphe, font référence au loup (wulf ou wolf en vieil allemand).

Aujourd’hui encore, le loup est honoré par les Turcs, dont les ancêtres nomades et guerriers se reconnaissaient dans cet animal habitué à chasser en meute. Moustafa Kémal

Moustafa Kémal ?

, fondateur de la Turquie moderne, fut lui-même surnommé le  » Loup Gris  », (peut-être en raison de son regard gris perçant? ).

C’est aussi le nom que se donnèrent des extrémistes nationalistes dans les années 1960 et c’est l’un d’eux, le  » Loup Gris  » Mehmet Ali Agca,

Mehmet Ali Agca ?

qui tira sur le pape Jean-Paul II le 13 mai 1981…

Le loup, animal redouté:

Il y a deux mille ans, en Gaule et dans l’empire romain, les défrichements et la culture intensive avaient réduit la place des loups et de la faune sauvage.

Haut Moyen Âge (Ve-Xe siècles) : cohabitation difficile des loups et des hommes…….

Un loup enlève l'un des deux fils de saint Eustache (vitrail de la cathédrale de Chartres, XIIIe siècle)Tout change à l’époque barbare, sous le haut Moyen Âge. En Europe occidentale, l’extension des friches et de la forêt s’accompagne du retour en force des loups. Dans un monde sous la menace permanente de la famine, le loup est omniprésent autour des villages. On le redoute pour les dégâts sur les troupeaux et le danger qu’il fait courir aux enfants.

Un vitrail de la cathédrale de Chartres

Vitrail de la cathédrale de Chartres

raconte comment saint Eustache, général romain converti au christianisme, vit l’un de ses deux fils enlevé par un loup (avant que des paysans ne le délivrent)…

Le nom Loup ou Leu (loup en vieux français) semble malgré tout apprécié à l’époque mérovingienne, peut-être dans la continuation de la tradition germanique.

Ce nom est porté par plusieurs évêques comme Loup de Troyes, au Ve siècle, ou Loup de Sens au siècle suivant (ce dernier devint saint patron des bergers et des moutons). Il s’ensuit que plusieurs dizaines de villages et villes français portent leur nom : Saint-Loup ou Saint-Leu.

La lucarne dite de Louvois (ou loup-voit), hôtel des Invalides, Paris (XVIIe siècle)Le loup apparaît aussi en filigrane dans beaucoup de noms de lieux : Louvières, Loupiac, Loubaresse… et de familles : Leloup, Leleu, Loubet, sans compter Louvois, secrétaire d’État de la guerre de Louis XIV, qui adopta le loup pour   » Loup-voit  ».

Dans la péninsule ibérique, le loup transparaît également dans les prénoms et noms comme Lope, López ou encore Lopes...

Pour pallier les dommages causés par les loups, l’empereur Charlemagne fonde en 813 une institution destinée à les chasser. C’est la Louveterie. Les monarques capétiens la placeront sous l’autorité d’un Grand louvetier. Il aura l’obligation d’entretenir une meute de chiens entraînés à traquer le loup. Il sera plus tard renommé Grand veneur de France, la vénerie désignant toutes les formes de chasse à courre.  

   » beau Moyen Âge  » (XIe-XIIIe siècles) : les hommes prennent le dessus sur les loups….

Nouveau basculement après l’An Mil : sous le  » beau Moyen Âge  », avec le redoux climatique, les défrichements, l’expansion démographique, l’épanouissement de la civilisation urbaine. Le loup apparaît comme une menace maîtrisable.

Dans le Roman de Renart, un ensemble de courts récits très drôles, le loup,  » sire Ysengrin, homme de sang et de violence, patron de tous ceux qui vivent de meurtre et de rapine  », se fait régulièrement gruger par son neveu Renart le Goupil (le nom donné aux renards au Moyen Âge).

Dans un autre registre, à la même époque,saint François d’Assise 

saint François d’Assise ?

s’attire une certaine célébrité grâce au loup de Gubbio, du nom du village d’Italie centrale près duquel le saint avait établi son ermitage. Ce loup terrorisait le voisinage et attaquait femmes et enfants. Un jour, François alla à sa rencontre et lui parla avec douceur :  » Viens ici, Frère loup, je t’ordonne au nom de Jésus-Christ de ne faire aucun mal, ni à moi ni à personne  », de sorte que la bête féroce mit sa patte droite dans sa main et devint dès lors la plus aimable bête qui soit.

  » Petit Âge glaciaire  » (XIVe-XVIIe siècles) : le grand retour des loups

Retour en arrière au XIVe siècle : Petit Âge glaciaire, Grande Peste, guerre de Cent Ans et autres guerres profitent à la faune sauvage…

L’historien médiéviste Michel Pastoureau

Michel Pastoureau ?

, excellent connaisseur des animaux et de leur symbolique, note que  » la peur du loup revient alors et durera jusqu’au XIXe siècle dans les campagnes européennes. Le loup tue non seulement le bétail mais s’attaque aussi aux êtres humains  ».

Le  »Journal d’un bourgeois de Paris »’ relate ainsi en 1439 des attaques de loup qui auraient eu lieu autour de la capitale :  » Les loups furent si enragés de manger de la chair humaine que, dans la dernière semaine de septembre, ils étranglèrent et mangèrent quatorze personnes, tant grandes que petites, entre Montmartre et la porte Saint-Antoine, dans les vignes et les marais. Le 16 décembre, les loups vinrent par surprise enlever et dévorer quatre ménagères, et le vendredi suivant, ils en blessèrent dix-sept autour de Paris, dont onze moururent des suites de leurs morsures  »… Toutefois, on ne saurait prendre pour argent comptant ces récits de seconde main.  

La crainte des loups va durer en France même jusqu’au milieu du XVIIIe siècle. De cette époque datent de nombreuses locutions populaires et proverbes qui témoignent de son importance : hurler avec les loups, entre chien et loup, quand on parle du loup…, avoir vu le loup (avoir perdu sa virginité), avoir une faim de loup, être connu comme le loup blanc, à la queue leu leu etc. Beaucoup de lieux dits portent aussi des références à l’animal : Le saut du loup, La font (fontaine) au loup…

Mais l’expression la plus célèbre est sans aucun doute celle de l’Anglais Thomas Hobbes, empruntée à Plaute (Homo homini lupus) :  » L’homme est un loup pour l’homme  » (Léviathan, 1651).

Le Petit Chaperon rouge (illustration de Gustave Doré, 1867)Le loup est perçu comme une bête cruelle et sans pitié qui s’en prend de préférence aux innocentes créatures : l’agneau de la fable de La Fontaine (1668) et les jeunes gardiens de troupeaux, comme la malheureuse Jeanne Boulet, 14 ans, première victime de la  » la bête du Gévaudan  »(1764).

Publié à l’époque de la guerre de la Succession d’Espagne, qui conjugue grands froids et famines, Le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault (1697) n’est pas seulement un conte initiatique. C’est aussi le reflet d’une réalité tragique dans un royaume qui compte encore une vingtaine de milliers de loups. On a toute chance d’en croiser quand on randonne en hiver dans les forêts.

C’est ce que nous rappelle une comptine de cette époque :
 » Promenons-nous dans les bois
Pendant que le loup n’y est pas
Si le loup y était
Il nous mangerait
Mais comme il n’y est pas
Il nous mangera pas
Loup y es-tu ? Entends-tu ? Que fais-tu ?… 
 »

Cependant , il faut noter que dans Le Petit Chaperon rouge comme dans Les Trois Petits Cochons, (un conte d’origine anglaise) , le loup, si cruel qu’il soit, finit par être sévèrement puni. Depuis Ysengrin, la bête n’est pas devenue plus  »finaude  ».

Le loup-garou fait toujours peur aux enfants :

L'homme sauvage ou loup-garou (gravure de Lucas Cranach, 1510-1515)La terreur du loup a engendré à la fin de la Renaissance le loup-garou, lointaine réminiscence du mythe grec de Lycaon. Il persiste encore dans les histoires enfantines. Son nom est un doublon de loup dans sa version française et dans sa version germanique, garou dérivé du francique werwolf, de wer ( » homme  ») et wolf ( » loup  »).

Le loup-garou est un homme qui se serait transformé en loup après avoir consommé de la chair humaine. On le représente comme une chimère avec un corps d’homme et une tête et des pieds de loup ou bien comme un loup géant qui marcherait sur ses pattes postérieures. On le soupçonne de violer les femmes et dévorer les enfants.

La croyance au loup-garou est cotemporaine de la   » grande chasse aux sorcières  » qui sévit dans le Saint-Empire romain germanique de la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle. Elle donne lieu à des procès extravagants contre des hommes soupçonnés de se transformer en loups la nuit venue, une maladie qui reçoit même un nom savant : la lycanthropie.

La  » Bête  » est de retour en France:

Au XIXe siècle, la forte croissance de la population européenne et l’efficacité de la chasse rejettent le loup au plus profond des forêts. L’animal ne terrorise plus grand-monde. En 1857, Alphonse Daudet

A.Daudet ?

publie une nouvelle vouée à un grand succès :  »La Chèvre de monsieur Seguin  ». Il ne s’agit en rien d’un reflet de la réalité, simplement d’une allégorie sur l’inconvénient de ne vouloir en faire qu’à sa tête. 

Croc-Blanc (titre original : White Fang, Jack London, édition française)Renversement de valeur avec Croc-Blanc (1906), un roman dans lequel l’Américain Jack London montre le loup comme un animal avant tout épris de liberté. Quelques mois plus tard, quand le général Baden-Powell fonde le scoutisme , il organise son mouvement sur le principe de la meute. Comme les loups, ses membres se doivent d’être solidaires pour affronter tous les défis, y compris survivre en pleine nature. Rien d’étonnant à ce que les plus jeunes scouts portent fièrement le nom de  » louveteaux  ». 

Aujourd’hui, le loup ne figure pas parmi les espèces menacées. Rien qu’en Europe, on en compte près de vingt mille, dont deux mille en Roumanie, presque autant en Espagne, près de 800 en Italie…

ll n’empêche qu’il a disparu de France au début du XXe siècle, ( le dernier ayant été abattu en 1939 ). En 1992, les Français ont soudain appris son retour dans le parc national du Mercantour, sur la frontière italienne. Les études ADN ont montré que ces loups viennent d’une région montagneuse au nord de Gênes, couverte de forêts, giboyeuse, avec une activité humaine limitée à l’élevage de bovins en étable.

Dans les milieux agricoles et chez les élus locaux, d’aucuns pensent que les loups n’ont pas franchi spontanément la frontière mais qu’il y ont été aidés par les agents du parc du Mercantour, désireux de restaurer sur leur territoire le  » paradis perdu  d’antan  ». Les scientifiques penchent plutôt pour une expansion naturelle de la population italienne, le loup étant capable de franchir une centaine de kilomètres en quelques jours et de traverser des routes et des zones habitées avant de s’établir en un nouveau lieu.

Loups dans le parc du Mercantour

Après avoir réduit drastiquement la population locale de mouflons, les loups du Mercantour sont partis à la conquête des pâturages avoisinants. Ils auraient atteint le Massif Central et les Pyrénées et occuperaient un total de 24 départements sous la haute protection des associations de défense de la Nature et des instances européennes .

Ces migrants d’une espèce particulière seraient en France au nombre d’environ 300, répartis en une cinquantaine de meutes, chaque meute ayant besoin d’environ 500 km2 pour sa subsistance. On leur attribue dix mille attaques de brebis en 2015. C’est peu au regard du nombre de brebis victimes de maladies, de chutes, d’attaques de chiens errants etc. Mais c’est pour les bergers une contrariété supplémentaire et une source de stress dont ils se passeraient volontiers, surtout dans un contexte économique précaire.

Aux bergers et aux agriculteurs qui s’en plaignent, les scientifiques et les protecteurs de la Nature répondent que le loup, en s’attaquant aux bêtes malades, contribue à réguler la faune sauvage… Il est vrai que cette fonction le rendra tout à fait indispensable si les territoires dits naturels finissent par se vider complètement de toute présence humaine (à l’exception de quelques résidences secondaires de citadins en quête de ressourcement).

 » Reprocher au loup de manger des brebis, c’est absurde. Les loups l’ont toujours fait. Mais remettre ces animaux artificiellement dans des régions où ils ont disparu, c’est un peu absurde aussi  », juge Michel Pastoureau. La réintroduction du loup paraît en effet absurde quand elle se fait au détriment du pastoralisme, une tentative sympathique de combattre la désertification des montagnes et l’agro-industrie capitaliste… Après tout, qu’a-t-on besoin de réintroduire de banals loups gris dans les pâturages quand les tours de la Défense et de nos quartiers d’affaires regorgent de  » jeunes loups  » aux dents plus acérées ? lol