çà s’et passé un 16 novembre..


16 novembre 1793 : à Nantes, l’infâme Carrier fait noyer 90 prêtres réfractaires dans la Loire….

   Mandaté par la Convention nationale pour briser la révolte vendéenne par tous les moyens, Jean-Baptiste Carrier invente la noyade en masse et met au point la « déportation verticale » dans le fleuve, l’objectif étant d’éliminer rapidement et à moindres frais des condamnés trop nombreux…
Pour se faire la main, l’envoyé de Paris, chargé de mettre fin à la révolte vendéenne par tous les moyens, commence avec 90 prêtres réfractaires emprisonnés à Nantes. Il demande à son bras armé, l’adjudant général Guillaume Lamberty, et à ses hommes, la compagnie Marat, de les noyer dans la Loire, le « fleuve républicain ».
C’est ainsi que, le 16 novembre 1793, à la nuit tombée, la femme Pichot voit débarquer, dans son auberge de la Sécherie, Lamberty, son adjoint Fouquet et quelques hommes à la mine patibulaire. Ce n’est pas la première fois qu’ils viennent. Voilà quelques jours, ils ont demandé aux menuisiers de Baudet d’installer des trappes au fond de gabares, des péniches à fond plat. Bizarre ! Mais la femme Pichot n’est pas née de la dernière pluie. Elle se doute que cette activité a un rapport avec les prêtres réfractaires enfermés dans la galiote ancrée à proximité, La Gloire. Ne serait-ce pas pour les noyer ? Mais elle se garde d’en parler, ne voulant pas subir les foudres révolutionnaires, comme on dit.

Jean-Baptiste Carrier :jean-baptiste-carrier
Machiavélisme :
   Ces prêtres emprisonnés sont au nombre de 90. Pour certains, cela fait plusieurs mois qu’ils ont été arrêtés pour avoir refusé de prêter le serment de la constitution civile du clergé. Le 25 octobre, le Comité révolutionnaire de Nantes les a fait emmener dans une prison  » flottante  », La Gloire, ancrée devant la Sécherie. Le plan de Lamberty, on l’a compris, est de faire transférer les malheureux sur les gabares modifiées qui seront coulées au milieu du fleuve. La veille, le 15 novembre, il a demandé au commandant chargé de la surveillance des prêtres de supprimer toute garde cette nuit-là afin qu’il n’y ait pas de témoins de la noyade. Il fait même preuve d’un machiavélisme admirable en faisant croire aux prisonniers qu’ils seront emmenés la nuit suivante au château de la Musse et leur recommande donc de déposer entre les mains du commandant tous leurs objets précieux qui leur seront rendus une fois arrivés dans leur nouvelle prison.
    Après avoir bu un coup chez la femme Pichot, Lamberty et sa clique montent à bord de la gabare trafiquée pour rejoindre la galiote-prison. S’attendant à être transférés, les prêtres ne s’alarment pas outre mesure en les voyant arriver. Ils obéissent sagement quand on leur demande de monter deux par deux sur le pont.      Ils sont fouillés, dépouillés des objets de valeur conservés sur eux. On leur demande même de retirer leurs vêtements et leurs chaussures. Ils sont alors liés à deux, puis jetés à l’intérieur de la gabare. Le transfert se fait dans le calme. Les prêtres ne se doutent pas du sort funeste qui les attend. Seul le curé de Machecoul  s’inquiète en voyant sur le fond du bateau des pierres plates et blanches cachant des trous. Voyant de l’eau s’infiltrer, il conseille à ses voisins de se donner l’absolution l’un à l’autre. Ce qu’ils font.

Témoignage accablant
    Une fois le transfert achevé, Lamberty et ses hommes embarquent sur un bachot (un canot) puis coupent les amarres de la gabarre que la marée descendante entraîne. Quand l’étrange convoi passe devant la batterie flottante de la Samaritaine, le canonnier Vailly, en faction, leur fait signe de s’arrêter. Voici son témoignage accablant :  » Environ minuit et demi, huit particuliers de moi inconnus se sont approchés du bord dudit ponton montés sur un canot ; je les ai hélés et, au mot de qui vive, il m’a été répondu : Commandant, nous allons à bord. En effet, ils se sont approchés et m’ont demandé la liberté de passer avec un gabareau, qu’ils me dirent être chargé de 90 brigands, que j’ai su depuis être 90 prêtres. Je leur ai répondu que la consigne qui m’était donnée était de ne laisser passer aucun bâtiment, que l’on ne m’apparaisse d’ordre supérieur. Sur ma réponse, l’un de ces individus, nommé Fouquet, me menaça de me couper en morceaux, parce que, ajouta-t-il, lui et sa troupe étaient autorisés à passer partout sans qu’on pût les arrêter. Je leur demandai à voir leurs pouvoirs, ils obéirent et me présentèrent un ordre conçu à peu près en ces termes, et signé Carrier, représentant du peuple :           » Permis aux citoyens Fouquet et Lamberty de passer partout ou besoin sera avec un gabareau chargé de brigands, sans que personne puisse les interrompre ni troubler dans ce transport.  »

  Les noyades de Nantes en 1793.noyade Nantes ( Peinture de Joseph Aubert (1882) )
   Puis le canonnier Vailly poursuit :  » Muni de l’ordre du représentant Carrier que Fouquet et Lamberty venaient de me présenter, je ne crus pas devoir insister davantage ; en conséquence, les particuliers montant le canot et le gabareau contenant les individus passèrent sous la batterie du ponton où j’étais en faction, et un quart d’heure après, j’entendis les plus grands cris partir du côté des bateaux qui venaient de se séparer de moi et, à la faveur du silence de la nuit, j’entendis parfaitement que les cris de ceux que j’avais entendus auparavant étaient ceux des individus renfermés dans le gabareau, que l’on faisait périr de la façon la plus féroce. Je réveillai mes camarades du poste, lesquels, étant sur le pont, ont entendu les mêmes cris, jusqu’à l’instant où tout fut englouti.  »
Trois prêtres s’échappent :
    Le canonnier a tout entendu, mais n’a rien vu. Effectivement, la gabare poursuit sa descente du fleuve, dépasse les villages de Trentemoult et Chantenay. Lamberty attend l’endroit convenant pour agir. Le voici, juste avant l’île Cheviré. La profondeur est suffisante pour engloutir la péniche. Il fait signe à ses hommes de défoncer ses sabords à coups de marteau. L’eau envahit la cale, où les prêtres, commençant à se rendre compte qu’ils vont bientôt rencontrer le Créateur, se mettent à hurler de désespoir, à supplier pour qu’on leur porte secours. Un des bourreaux a l’idée de leur faire une bonne blague, il grimpe sur le chaland en train de couler pour faire semblant de vider l’eau au moyen d’une poêle à châtaignes percée de trous.

     Que c’est amusant ! Mais les prêtres, qui ont déjà de l’eau à mi-cuisse, ne goûtent pas la plaisanterie. L’affreux plaisantin rejoint ses compagnons dans la barque, qui s’éloigne pour éviter d’être entraînée par le remous du chaland. Bientôt, les cris s’évanouissent. Le calme est revenu sur la Loire.  » Dieu accueille les siens avec de grandes serviettes de bain. »

   Lamberty demande alors à ses hommes de ramer jusqu’à l’endroit où la gabare a coulé pour vérifier l’absence de survivants !. Il a raison, car plusieurs malheureux, encore liés deux par deux, sont parvenus à s’échapper de leur prison. Ils luttent désespérément pour éviter la noyade. Mais quelques coups de rame bien placés   » les amènent vite à la raison  ». Bientôt, les flots du fleuve ont retrouvé leur calme. Lamberty ricane, content de son oeuvre de mort. Les noyeurs regagnent la rive, où chacun rentre chez soi satisfait du devoir accompli. Voilà 90 corbeaux, ennemis de la République, qui ne coûteront plus cher à nourrir. Quant à Lamberty, il file prévenir Carrier de l’efficacité de la méthode.
   Pourtant, le lendemain, on apprend que trois prêtres ont réussi à filer dans le noir après s’être détachés. L’un a été repêché et les deux autres ont atteint la rive. Tous trois ont trouvé refuge sur un navire, ancré à proximité, : L’Imposant.          Aussitôt, Carrier les réclame au capitaine pour les faire noyer le soir même. Les malheureux n’ont gagné qu’un jour de vie. Pourtant, un prêtre a survécu au massacre, il s’agit de l’abbé Julien Landeau, curé de Saint-Lyphard. Mal ficelé, il avait réussi à détacher ses liens l’unissant à un vieux moine. Échappant aux coups de rame, ils s’étaient éclipsés dans la nuit.

Un unique survivant :
  Mais le moine est vieux et gras. Bientôt, il est à bout de forces. Malgré ses efforts, le curé est incapable de le sauver de la noyade. Le voilà seul. Il est sur le point, à son tour, de se noyer quand il parvient à attirer l’attention d’une barque. Les bateliers le hissent à bord, mais le déposent aussitôt sur la rive de peur d’être dénoncés à Carrier. Défaillant de froid, de faim et de fatigue, Landeau trouve refuge dans une chaumière compatissante. Mais avant l’aube, il lui faut partir pour ne pas mettre en danger ses hôtes. Déguisé en maraîcher, équipé d’un panier plein de légumes, il rallie Nantes en sabots. Une femme de son pays lui offre l’asile le temps que son frère, paludier à Guérande, vienne le chercher. C’est le seul survivant du massacre des 90 curés.

     Les noyades de Nantes, 1793. Gravure de Maurand réalisée d’après le dessin d’Hippolyte  de la Charlerie (1827–1867) et extraite de La Révolution française par Jules Janin (1862)les noyade de nantes
    Au cours des jours suivants, de nombreux cadavres sont repêchés sur les berges de la Loire. Ils ont pu s’échapper par les sabords trop grands ouverts, ou bien le chaland s’est brisé contre un banc de sable. C’est embêtant, car la rumeur de l’affreuse noyade se répand dans Nantes. Mais Carrier peut se rassurer, car nul n’ose s’en insurger de peur des conséquences !!. Il reste une dernière chose à faire à Lamberty et à ses hommes : récupérer les biens des prêtres restés à bord de leur prison et qu’ils n’ont pas pu emporter la nuit du crime.
   Le lendemain, ils vont chercher La Gloire pour l’amarrer au quai d’un nommé Sourisseau et entreprennent de la vider dans son entrepôt. Ils décident de se partager le trésor arraché aux prêtres quelques jours plus tard. Mais l’un d’entre eux, le nommé Foucaud, revient en catimini pour tout embarquer sur des charrettes et… disparaître. Prévenu, Lamberty est fou de rage de voir ainsi le butin lui échapper. Environ 40 000 francs, dit-on. Une fortune à l’époque. En guise de dédommagement, Carrier lui donne la galiote, sur laquelle il organisera quelques jours plus tard un grand dîner pour fêter la mort des prêtres. Certains invités n’hésitant pas à enfiler des soutanes et perruques oubliées dans un coin.

La méthode de la  » déportation verticale  » a prouvé, malgré quelques imperfections, son efficacité. Jean-Baptiste Carrier décide de l’appliquer à grande échelle pour se débarrasser des milliers de Vendéens qui encombrent la prison de la ville. Entre les derniers jours de 1793 et février 1794, de 1 800 à 4 800 victimes disparaissent dans la Loire. !!!!!!

Saint Emilion …………..


16 novembre 767 : Mort de l’ermite Émilion près de Bordeaux

    Le 16 novembre 767, l’ermite Émilion s’éteint dans son refuge des environs de Bordeaux. Autour de son tombeau se développe au Moyen Âge une cité qui porte son nom, avec en son centre une curieuse église monolithique dont la nef est creusée dans le sous-sol calcaire. La cité est célèbre aujourd’hui dans le monde entier en raison de la qualité exceptionnelle de son vignoble et de la beauté de ses paysages. Saint-Émilion est inscrite au patrimoine mondial de l’humanité.

 Selon la tradition, lorsque Saint-Emilion quitta sa Bretagne natale au milieu du VIIIe siècle, il traversa une bonne partie de la France en prodiguant quelques miracles. Il s’arrêta finalement dans la forêt des combes, où la brusque dépression d’une vallée riante lui offrait un asile bienveillant. A l’époque, la région était ravagée par les Sarrasins et pour se soustraire aux lames de leurs sabres, Emilion aurait creusé une grotte de ses mains. Dans cette cavité, il jeûna, pria, nourrit les oiseaux et il y fit de nombreux miracles. Un jour, un attroupement s’invita dans la retraite d’Emilion avec une femme aveugle à sa tête. Elle avait rêvé que le saint homme traçait une croix sur ses yeux avec les mains et elle le suppliait maintenant de réaliser son rêve. L’ermite s’exécuta et la femme retrouva aussitôt la vue. Elle repartit chez elle toute joyeuse. Cette grotte existe encore.

Evidemment, ces légendes prêtent à de nombreuses discussions, .  Parlons surtout du lieu qui fut sa demeure. On descend dans l’ermitage de saint Emilion comme on pénètre dans une crypte sacrée ou le tombeau d’un pharaon, avec solennité et en suivant un guide, parfois à la lueur d’une torche. Il faut dire que l’on approche ici le sanctuaire de la cité, son cœur originel ou, comme l’écrit Léo Drouyn, le palladium, c’est-à-dire le lieu sacré et l’emblème mystique de Saint-Emilion.

   L’escalier qui mène à l’ermitage date de la fin du XVIIe siècle, époque où d’importants aménagements ont été réalisés : placement des balustrades que l’on voit à l’intérieur et condamnation des autres accès. Sur le pilier qui supporte le porche de l’escalier, on devine une inscription gravée dans la pierre en 1708 :

 Emilio Silet Hic
 Nec Sit Grave Dice
 Re Mecum Desv
 Per
 Ille Famem
 Pulsit et Iste
 Sitim

Que l’on peut ainsi traduire :  » Ici repose Emilion. Qu’il ne vous soit pas pénible de dire avec moi : pendant qu’il était de ce monde, il apaisa la faim, maintenant il étanche la soif. »

  L’allusion à la faim tient aux pains qu’Emilion subtilisait pour distribuer aux pauvres et l’allusion à la soif fait plus certainement référence à la source qui coule dans l’ermitage qu’au vin produit dans la cité. Et en effet, une fois les marches descendues, on aperçoit sur la gauche un bassin qu’une fontaine vient remplir. A l’origine, l’accès au sanctuaire se faisait depuis le fond opposé par une ouverture plein pied, donnant directement dans la rue. Cette entrée, plus logique et agréable, est aujourd’hui murée et donne sur une cave voisine. Il est aussi possible que la grotte se poursuivît jadis dans le fond, soit par un escalier remontant dans la chapelle de la Trinité, située juste au dessus, soit par un passage conduisant à l’église souterraine.

L'Ermite dans la forêt La tradition veut que l'ermite Emilion s'installe au cœur d'un paysage vierge : la forêt des Combes. Or, comme le laisse voir cette gravure de Gustave Doré où une jeune femme vient à la rencontre de l'ermite, le lieu choisi par l'ermite à la croisée de chemins était très certainement déjà en partie bâti et peuplé.

   Le saint est sensé avoir habité le lieu de l’an 750 à 767. Dans une chaire, on voit son fauteuil ; dans la cavité percée dans le pilier face au fauteuil l’armoire du saint ou même son four ; dans l’autel, sa table ; dans le tombeau, le lit de l’ermite. Seul le bénitier creusé dans un petit chapiteau gallo-romain ne prête pas à interprétation. La rusticité du lieu a longtemps rendu impossible une datation de l’ermitage et on a longtemps supposé qu’il était contemporain du saint et que, par conséquent, ce dernier l’avait bien occupé.

    Cette croyance était appuyée par la Vita sancti Emiliani Confessoris, un manuscrit du premier quart du XIIe siècle (entre 1060 et 1120), probablement rédigé par les mêmes moines que ceux qui creusèrent l’église souterraine. En effet, le manuscrit raconte la vie du saint et son installation dans la forêt des Combes. Le fait qu’il y soit écrit qu’il tailla dans le rocher une cellule et un oratoire viendrait corroborer l’authenticité de l’ermitage, au moins à partir de cette époque. Mais on sait qu’à cette époque de crise religieuse, la confection de la légende du Saint Patron de la communauté devient une urgente nécessité, il est délicat de prendre au pied de la lettre ce que le manuscrit raconte. Jean-Luc Piat, archéologue du bureau d’études Hadès-Ausonius, émet lui aussi de sérieuses réserves quant à l’authenticité du lieu. Une étude attentive des modifications modernes de l’église souterraine que l’on retrouve dans l’ermitage fait penser à une oeuvre de la Contre-Réforme, mouvement de réaction de l’Église catholique romaine, apparu dans le courant du XVIe siècle face à la Réforme protestante. L’Ermitage serait donc un faux fabriqué de toute pièce pour reconquérir un territoire sous influence protestante. Le Concile de Trente réaffirme en 1546 l’importance du culte des saints et de l’adoration des reliques, ce qui coïncide avec le renouveau du culte de Saint-Emilion. Il n’est pas douteux que relancer le pèlerinage émilionnais et attribuer à l’ermitage des pouvoirs surnaturels permettait de renforcer les sentiments antiprotestants des populations catholiques.

  L’hypothèse la plus probable aujourd’hui est donc que, plutôt que d’être l’ermitage du saint, ce fut un tombeau (probablement celui du saint) au VIIIe siècle, popularisé au XIIe siècle puis considérablement agrandi et aménagé en croix latine au XVIe pour raviver le culte. En 1946, enfin, on retira la statue mutilée du saint pour la remplacer par une statue moderne. La statue ancienne est remisée dans une niche du chœur de l’église collégiale, près du trésor.

Un lieu de miracles

    Quoi que l’on pense de cet antre souterrain, il n’en demeure pas moins vrai qu’on lui attribue un grand nombre de pouvoirs surnaturels. Les témoignages gravés dans la pierre, que l’on ne remarque pas tout de suite mais qui sont bien là, sur les parois au bas de l’escalier, attestent de la ferveur des visiteurs. La densité bénéfique est tout à fait remarquable sur un seul lieu et de nombreuses personnes témoignent chaque année des  » phénomènes magiques  » du caveau. Au visiteurs de tester.!

La source.

Quand saint Emilion s’installa dans l’ermitage, il n’y avait point d’eau nous dit la légende. Le saint fit miraculeusement remonter le cours d’un ruisseau depuis la vallée jusqu’au fond de son ermitage pour le désaltérer[1]. C’est cette eau qui coule encore sous vos yeux, qui passe sous l’ermitage par une très vieille canalisation et remplit le lavoir de la Petite Fontaine quelques mètres plus bas. A cet endroit, on peut juger du remarquable débit de la source.

L'Ermitage au début du XXe siècle Cette carte postale du début du XXe siècle montre un ermitage en accès libre, semblable à celui que l'on connait aujourd'hui. Seules les mystérieuses phrases tracées au noir sur la voûte ont disparu. Cliché : Librairie des Colporteurs.

Au XIXe siècle, l’accès à l’ermitage était entièrement libre et cette source était connue sous le nom de Fontplegada, c’est-à-dire la source pliée, sans doute en référence au miracle. Elle était connue pour guérir des maladies des yeux, comme beaucoup de sources locales, et les crises de conjonctivites se soignaient par des compresses imbibées de cette eau. Plus généralement, elle faisait passer les douleurs de toute sorte à celui qui en buvait. Aujourd’hui, il serait peut-être dangereux d’en boire, mieux vaut en frictionner les parties malades, ce qui était aussi l’usage.

Le bassin a encore le pouvoir de réaliser les vœux d’un simple jet de pièce. Sans doute ce bassin tient-il cette propriété de son passé d’ ancien baptistère. Une fonction que laissent supposer les quelques marches qui descendent vers l’eau. Mais surtout, la fontaine offre une rencontre avec le grand Amour, voire un mariage dans l’année, à quiconque lâchera deux épingles qui tomberont au fond du bassin en se croisant. Des générations de jeunes personnes ont ainsi provoqué la chance et, il n’y a pas si longtemps encore, un tapis d’épingles témoignait de cette ferveur. Un roman anglais de la collection Harlequin (« Two pins in a fountain » de Jane Arbor) qui se déroule à Saint-Emilion évoque cette coutume. C’est dire…

Le fauteuil

Le fauteuil du saint ermite serait un siège de la fécondité féminine.! Toute femme désireuse d’enfant qui s’assoit sur ce fauteuil tomberait enceinte dans l’année. D’après François Bouchet, guide de l’Office du tourisme, Aliénor d’Aquitaine en personne y aurait posé son séant avant d’enfanter Richard Cœur de Lion ou Jean Sans Terre (la légende s’égare un peu sur l’identité du fils de l’ermitage). Cela prêterait à sourire si l’office du tourisme de Saint-Emilion ne jurait recevoir régulièrement faire-parts de naissances et clichés échographiques de visiteurs des quatre coins du monde suite à leur passage dans l’ermitage.????

vin bordeauxà la votre ! 

 

Nouveau meilleur ami de l’homme ?


ratLe rat n’a pas fini de nous surprendre : Son odorat , par exemple, est plus sensible que celui du chien ! Les chercheurs et les scientifiques s’y intéressent de très près , notamment pour le dépistage de certaines maladies et aussi dans des domaines plus périlleux comme la détection de mines anti- personnel… mine militaireEn Afrique  surtout au Mozambique ,des rats sont dressés pour repérer ces engins de mort ….

Ces petits rongeurs d’Afrique sont de vrais héros – ils aident à se débarrasser des mines. Grâce à leur intelligence, leur sens de l’odorat et leur sociabilité ce sont des aides précieuses. 

Une organisation non gouvernementale basée en Tanzanie, APOPO (en flamand : Développement de l’équipement de détection des mines terrestres), élève des rats géants et les entraîne à détecter les explosifs. Ces rongeurs sont ensuite envoyés pour trouver des mines dans des pays comme le Vietnam, le Laos, l’Angola ou le Cambodge.

Les rats ont un sens de l’odorat extraordinaire, ils sont très intelligents et apprennent vite, ce qui fait d’eux de parfaits candidats pour cette mission. Ce sont d’indispensables assistants pour les experts en déminage. Leur but est de sauver des vies et de nettoyer des terres qui peuvent ensuite être exploitées.

   L’un de ces petits héros s’appelle Isaac. Une  de tournage T.V  l’a rencontré alors qu’il était encore tout petit. Avec ses frères et sœurs, il reçoit une formation chez APOPO.           Lorsqu’il est enfin prêt pour sa mission, il est envoyé au Cambodge, pays où il y a plus d’accidents liés aux mines que dans tout autre pays. Des millions de mines terrestres non explosées menacent citoyens et touristes, et ont un effet néfaste sur le développement et la croissance économique du pays. Isaac est là pour régler le problème !

  En plus de leur dveloppé ,et leur faible  » coût d’entretien  » ,ils présentent un autre avantage : leur poids qui est insignifiant implique qu’ils ne sont pas  »détectables  » pour une mine qui n’explose pas …..Les rats sont donc très rarement sacrifiés  » pour ce job comme le rat fait partie des  » NAC  » ( nouveaux animaux de compagnie , c’est une bonne nouvelle  !? )

Cocorico ! ? lol


   J’ai lu qu’il y a environ 3 ans , la première route solaire au monde a vu le jour dans le village de Tourouvre , en Normandie ( en décembre 2016) ……Depuis ce jour là , les automobilistes  ( environ 200 par jour ) ,sortent du village par la  » R D 5  » en roulant sur des panneaux solaires collés sur la chaussée ! route solaire

   Les dalles , spécialement conçues devraient produire l’équivalent de l’éclairage public d’une ville de 5000 habitants , selon  » Wattway  » , promoteur du projet subventionné par l’état …..Avantage : La production d’électricité ne gêne personne sur ces surfaces qui , parait il , ne sont en moyenne occupées par les autos que 20% du temps .L’avantage principal serait surtout : Avec un million de kilomètres de routes , le France pourrait , en théorie accéder à l’indépendance énergétique en payant seulement un quart du réseau .

Il parait que , depuis 2017 , 2 autres tronçons seraient testés en région parisienne pour alimenter des équipements publics . 

   Deux questions ,  » bémols  » :

   Les panneaux résisteront ils , avec le temps , au passage des poids – lourds et aux intempéries ? En plus , le  » watt – crête  » ( unité de mesure de l’énergie solaire ) produit de cette façon , revient à 17 euros ,contre 1, 30 euro pour le solaire en grande toiture ….. » Wattway  » disait pouvoir atteindre ce prix en 2020

                          _____________________________________________________

En 2019 ( environ  3 ans après ) :

Fiasco ? ou????

La première route solaire du monde a coûté 5 millions d’euros à l’Etat. Si le département confirme qu’il s’agit bien d’un échec pour ce qui est de la production d’énergie, elle n’est en revanche pas un fiasco sur toute la ligne.

 

 Un échec « sur un plan économique, financier, en termes de production d’électricité », estimait le directeur de cabinet du président du conseil départemental de l’Orne. Mais pas un fiasco sur toute la ligne, comme il l’explique lors d’une entrevue avec un journaliste

  Dans quel contexte cette première route solaire a été construite ?

– Cette route solaire est née de la volonté de Ségolène Royal, lorsqu’elle était ministre de l’Environnement en 2016. À Tourouvre qui est une cité de caractère de 1.500 habitants située au cœur du Perche, il y avait l’entreprise S NA qui fabriquait des vinyles, qui s’est mise à construire des panneaux photovoltaïques. Avec Colas (filiale du groupe Bouygues), ils ont conclu un partenariat autour de ce projet de route solaire. Quand Ségolène Royal a eu vent de ce partenariat, elle s’est engagée à construire 1 kilomètre de route solaire avec Colas. Elle a d’abord demandé s’il était possible d’installer ce projet sur une route départementale, et le département de l’Orne a donné son accord. La décision a été prise en juillet 2016, et la route a été inaugurée en décembre 2016. C’était donc ultra-rapide. Même si au niveau du département, nous étions déjà un peu dubitatifs. 

Qui a payé la facture?

  » L’Etat a payé la totalité de la facture de cette première route solaire. Le département de l’Orne était maître d’oeuvre, puisque c’était une route départementale, mais ça ne nous a rien coûté. Nous avons été remboursés franc pour franc. Ce projet a coûté 5 millions d’euros hors taxe, l’Etat nous a remboursé 5 millions hors taxe et naturellement, nous avons récupéré la TVA. Donc au niveau du département, c’était une opération blanche. » 

Trois ans après cette inauguration, quel bilan tirez-vous de cette route solaire?

 Oui, cette route est un échec sur le plan économique, car la production d’électricité n’est pas au rendez-vous. Nous attendions 20.000 euros de produit d’électricité de 2017 à début 2019 et nous n’en avons récupéré que 40%, ce qui représente 8.000 euros pour la vente d’électricité à EDF. Par contre, pour notre collectivité, c’est un succès total en termes de communication et de notoriété. Au point que les touristes chinois et coréens se sont rendus sur place.

Conditionné ?


    Serais je conditionné  ?

D’habitude , mon fils vient manger ici le mercredi => je me couche relativement tôt , tout à l’heure , il m’a appelé pour me dire qu’il ne vient pas , mais viendra ce jeudi …..Mais , je suis dans l’état d’un mardi soir habituel : Je n’ai aucune inspiration / envie pour un billet, passage sur les blogs ?

Peut – être plus tard si je ne parviens pas à dormir , sinon , à ce jeudi soir probablement ……

Trafic ……..


Les commentaires sont en forte baisse ……


C’est  » amusant  » ( rire jaune ) : Depuis que je suis parvenu à bloquer les  » like  » sur mes billets , je n’ai PRESQUE plus de commentaire…….

Mais je ne remettrais pas les  » like  » ( qui ne veulent rien dire ) pour autant …..( surtout pas que le lecteur a aimé ; à la limite, il est passé , même sans lire ) 

Ceci dit , ce n’est  PAS valable pour tous mes amis …..

A plus …..peut-être….

Il y a 181 ans , la guerre …


…..de la pâtisserie !
      Le 4 septembre 1838, le saccage à Mexico d’une pâtisserie tenue par un Français entraîne une guerre entre la France de Louis-Philippe et le tout jeune Mexique.
Cette  » guerre de la pâtisserie  » se soldera par la destruction du port de Veracruz.!?  À cette occasion , le prince de Joinville, François d’Orléans, et le général Antonio López de Santa Anna seront  » en scène  »

La France, alliée fidèle de l’Espagne
    Au XVIIIe siècle, l’Espagne cherche à garder le monopole du commerce avec sa colonie mexicaine. Cependant , la France comme l’Angleterre se livrent à d’importantes activités de contrebande.  Un traité ouvre le commerce avec les colonies d’Amérique latine aux pays neutres en 1797, c’est-à-dire qui ne sont pas alliés à l’Angleterre, ennemie de l’Espagne.
   En 1821, le Mexique accède à l’indépendance, après 11 années de lutte. Dès 1822, les États-Unis reconnaissent le nouvel État, suivis en 1826 par l’Angleterre. La France, liée par le sang aux Bourbons d’Espagne, soutient au contraire la volonté de l’Espagne de récupérer ses anciennes colonies.
   À la fin des années 1830, le problème de la reconnaissance du Mexique, dont dépend l’autorisation de commercer avec lui, n’est toujours pas réglé. Pendant ce temps, Allemands et Anglais investissent dans les mines mexicaines d’or et d’argent.
  » La pâtisserie de la discorde  »
     Lors de ses 20 premières années d’existence, le Mexique connaît une instabilité politique chronique, le gouvernement changeant sans cesse de mains. Le 4 septembre 1838, une pâtisserie tenue par un Français à Mexico est saccagée par la foule, au cours d’affrontements suivant une élection contestée. Le pâtissier écrit au roi des Français Louis-Philippe 1er pour lui expliquer ses malheurs et demander réparation.
   Au cours de cette période où les revendications du peuple mexicain s’expriment souvent en marge du système politique, d’autres Français voient disparaître leurs biens et font part de leurs doléances à leur souverain. La France réagit en demandant 600 000 pesos de dédommagements pour les pertes de ses ressortissants, mais l’État mexicain refuse de lui verser toute compensation. ( Il est déjà très endetté auprès de la France) , qui craint qu’il ne règle jamais ses dettes.
   La France utilise alors l’argument de la défense de ses ressortissants, pâtissiers ou non, pour intervenir militairement et, par la même occasion, obliger le  » pauvre  » Mexique à s’ouvrir au commerce avec elle. C’est une illustration inattendue de la  » politique de la canonnière  » pratiquée par ailleurs contre les Chinois et autres Orientaux. (  » politique de la canonnière  » =  diplomatie offensive  à rapprocher de la Doctrine du Big Stick (doctrine du gros bâton en français), qui sous l’administration de Theodore Roosevelt, visait à protéger les intérêts américains à l’étranger par la menace de l’usage de la force ) .
L’interdiction du recours à la force dans le règlement des différends internationaux, par le droit international, abolit en quelque sorte la diplomatie de la canonnière

   L’escadre française est commandée par le contre-amiral Charles Baudin, vétéran de la marine du Premier Empire. À ses côtés se tient le prince de Joinville, François d’Orléans, fils du roi Louis-Philippe.
    Au cours de l’automne 1838, les Français mettent sur pied un blocus de l’important port de Veracruz et bombardent la la forteresse de San Juan d’Uloa, considérée comme imprenable. Ils utilisent pour la première fois l’obus explosif (177 obus tirés) et obtiennent la reddition du fort le 27 novembre 1838. C’est le  » seul exemple  »  d’une place régulièrement fortifiée réduite par une force purement navale  ».dira Wellington
   Le Mexique déclare la guerre mais ne fait pas le poids face aux troupes françaises.
   Antonio López de Santa Anna, une des grandes figures de l’indépendance mexicaine, ancien président du Mexique, s’illustre toutefois dans la défense de la ville, dans laquelle il perd une jambe. Cet épisode héroïque lui permet de regagner le prestige qu’il avait perdu en 1836 au Texas, devant Fort Alamo, et de revenir au premier plan de la scène politique de son pays.
  Contraint de reconnaître la victoire de la France, le Mexique accepte de payer les 600 000 pesos exigés. La marine française regagne ses côtes en mars 1839.
Un commerce très lucratif pour la France !
  Cette courte guerre contre la France coûte très cher au Mexique, qui doit reconstruire Veracruz, le plus importants de ses ports, et ne touche plus pendant plusieurs mois les revenus de douanes qu’il générait.
   L’ouverture du Mexique à ses importations est au contraire une bonne affaire pour la France, à une époque où l’Amérique latine devient un partenaire commercial très important pour l’Europe. La France exporte surtout du tissu vers le Mexique, ainsi que divers produits de luxe, le Mexique lui , exporte des métaux précieux, or et argent, et des matières premières agricoles ( tabac, café, cacao et cochenille ). La balance commerciale est très favorable à la France.
  Les griefs du Mexicain Bustamente concernant l’attitude de l’Angleterre à l’égard du Mexique au cours des années suivant l’indépendance pourraient aussi bien viser la France :  » Elle veut que nous soyons de simples colons, consommateurs de ses produits, et encore plus esclaves que nous le fûmes des Espagnols  ».
    Quelques années plus tard, entre 1861 et 1867, à l’initiative de Napoléon III, la France interviendra à nouveau au Mexique, là aussi sous le prétexte de dettes impayées. Elle tentera de transformer le pays en un empire avec sur le trône Maximilien de Habsbourg.

P.S : Tout çà pour une pâtisseriepatisserie saccagée par des gens qui avaient peut être faim ? 

C’était il y a environ 183 ans !


   Premier « piratage » d’un réseau de communication : l’affaire du réseau télégraphique détourné :

 

    En 1836 est découvert  un détournement du réseau de télégraphe aérien de l’État :    Considérés comme les tout premiers « hackers » du monde, les frères jumeaux Louis et François Blanc, hommes d’affaires bordelais, misent sur des valeurs de la Bourse de Bordeaux tout en   connaissant avant les autres les variations des cours de la Bourse de Paris grâce à la complicité de fonctionnaires du service télégraphique, réalisant ainsi de substantiels bénéfices durant deux ans !
   L’importance du télégraphe aérien, inventé en 1794 par Claude Chappe Chape, était trop connue pour qu’on n’en étende pas l’usage. Les frères de son inventeur lui succédèrent. L’Empire, la Restauration, le gouvernement de Juillet augmentèrent les lignes, les poussèrent jusqu’à nos frontières et firent un réseau qui nous mettait en communication avec les pays voisins. Le siège de l’administration était toujours situé rue de l’Université, dans un hôtel d’un accès facile et qui aurait pu faicliment  être  » enlevé d’un coup de main  ».
   C’était là une vive préoccupation pour le gouvernement. Sous les Bourbons et sous Louis-Philippe les émeutes n’étaient pas rares à Paris ; pratiquement tout y servait de prétexte : Les revues, les enterrements, les changements de ministère, les discussions des chambres ; le pays vivait et affirmait sa vie d’une façon parfois trop bruyante.

   Dès que l’on avait  » cassé  » quelques réverbères ou entonné la Marseillaise,  »le pouvoir  » , comme on disait déjà , pensait aux télégraphes, et l’hôtel Villeroy était occupé par la troupe, qui en cernait l’enceinte, remplissait les cours et bloquait la place afin de la rendre inaccessible aux émeutiers. Les employés, gardés comme des prisonniers d’État, ne pouvait en sortir, couchaient dans leurs bureaux, nourris on ne sait comment, et ne recouvraient là liberté que lorsque l’ordre était rétabli.télégraphe 1.jpg <=  (Expérience du télégraphe de Chappe dans le parc de Saint-Fargeau à Ménilmontant,le 12 juillet 1793 )…..

     Sous la seconde République, nos lignes de télégraphie électrique étaient loin d’être complètes, et les départements menacés étaient encore desservis par les télégraphes aériens. Craignant que les postes ne soient enlevés, l’administration centrale des télégraphes s’entendit avec le ministère de la Guerre, obtint des fusils, des munitions, et fit armer les stationnaires en leur donnant ordre de se défendre à outrance et de repousser par la force les hommes isolés ou réunis qui tenteraient de s’emparer de leurs stations !. Evidemment , la nouvelle de cet armement inusité se répandit très rapidement dans la contrée.
   Les insurgés facétieux ne s’amusèrent pas à attaquer des employés si bien pourvus : pendant la nuit, en l’absence des préposés, ils crochetèrent les portes des stations, ils pénétrèrent dans l’intérieur, en enlevèrent simplement les lunettes et écrivirent sur le registre aux signaux : « Reçu de l’administration télégraphique deux longues-vues, dont décharge ». De plus, ils emportèrent les fusils que chaque stationnaire avait gardés avec soin dans sa logette pour être prêt à s’en servir à la première occasion.
    On peut penser que l’établissement des télégraphes, de ce service dont l’État avait seul la jouissance, avait fortement donné à réfléchir aux hommes qui voient dans la spéculation un moyen de s’enrichir, pour qui le gain sans travail est l’idéal de la vie et qui cherchent partout des renseignements à l’aide desquels ils pourraient  jouer à coup sûr. Avant l’invention des chemins de fer, avant l’application de l’électricité à la télégraphe, le cours de la Bourse de Paris n’était connu à Bordeaux, à Rouen, à Lyon, à Marseille, qu’à l’arrivée de la malle-pote.           Les   » agioteurs »  (Personnes qui spéculent sur les valeurs financières) qui auraient appris le mouvement des fonds publics douze heures d’avance étaient donc en mesure de faire des bénéfices coupables, mais assurés.
      Or cela seul leur importait.

     À l’aide de moulins dont les ailes étaient disposées d’une certaine manière, à l’aide de pigeons dressés à cet effet, on essayait d’être renseigné d’une façon positive sur la hausse ou la baisse de Paris. Une ligne télégraphique secrète fonctionna même régulièrement entre Paris et Rouen. Le gouvernement déjouait ces manœuvres de son mieux, mais il n’y réussissait pas toujours. Le cas n’avait pas été prévu par la loi . Mais on s’en aperçut dans ces circonstances :  
    Au mois de mai 1836, Bourgoing, directeur des télégraphes à Tours, fut informé que les employés Guibout et Lucas, stationnaires du télégraphe n°4 situé sur la mairie, faisaient un usage clandestin de leurs signaux. Une enquête très prudente fut commencée, pendant laquelle Lucas, tombé malade et près de mourir, fit des aveux complets.
   On acquit la certitude que Guibout, aussitôt après l’arrivée de la malle-poste de Paris, introduisait un faux signal dans la première dépêche qu’il avait à transmettre sur la ligne de Bordeaux, et qu’aussitôt après il indiquait : erreur.           Mais le faux signal n’en parcourait pas moins sa route forcée, était répété de station en station, allait à fond de ligne, c’est-à-dire jusqu’à Bordeaux, où le directeur le rectifiait, corrigeait la dépêche fautive et empêchait qu’elle ne parvînt plus loin avec cette indication parasite et inutile. La fraude partait donc de Tours pour aboutir à Bordeaux. Avec le point de départ et le point d’arrivée, la police judiciaire avait entre les mains de quoi découvrir la vérité.

  Deux jumeaux, François Francois-Blancet Joseph Blanc, habitant Bordeaux, joueurs de bourse et spéculateurs de profession, avaient un agent à Paris ; celui-ci, lorsque la rente à 3% avait baissé dans une proportion déterminée, envoyait par la poste à Guibout, stationnaire télégraphique à Tours, une paire de gants ou une paire de bas gris ; lorsque, au contraire, la hausse s’était faite, il envoyait des gants blancs ou un foulard !
    Suivant  la nature ou la couleur de l’objet qu’il avait reçu, le préposé faisait un faux signal convenu qui, parvenu à Bordeaux, était communiqué par le stationnaire de la tour Saint-Michel au commis des frères Blanc. Ceux-ci, connaissant vingt-quatre heures à l’avance la cote de Paris, étaient maîtres du marché et faisaient d’importants bénéfices. !
     Stationnaires et » agioteurs  » furent arrêtés et emprisonnés vers la fin du mois d’août 1836. Le procès s’ouvrit à Tours, le 11 mars 1837, devant la cour d’assises. Les accusés firent des aveux explicites. Guibout recevait des frères Blanc 300 francs fixes par mois et 50 francs de gratification par faux signal ; c’était beaucoup pour un employé qui gagnait 1 fr. 50 par jour. L’attitude des frères Blanc fut  » curieuse d’impudence  » ; leur système consista uniquement à soutenir que tout moyen d’information est licite pour gagner de l’argent, que l’unique préoccupation des gens de bourse étant de savoir d’avance le cours des fonds publics, afin de jouer à coup sûr, ils avaient fait comme beaucoup de leurs confrères, et n’avaient par conséquent rien à se reprocher.
   Cette morale de cour des Miracles prévalut ; Gustave-Louis Chaix d’Est-Ange, ténor du barreau, plaidait ; il fut habile, dérouta le jury, le fit rire, l’émut, le troubla. Les questions posées concernant Guibout étaient : 1 ) A-t-il fait passer des signaux autres que ceux de l’administration ?

                                                                   2 ) A-t-il reçu des dons pour faire passer ces signaux ?

                                                                   3 ) En faisant cette transmission, a-t-il fait acte de son emploi ?
  Aux deux premières questions, le jury répondit : Oui ; à la troisième, il répondit : Non ; dès lors les accusés étaient non pas acquittés, mais  » absous  » , car le verdict venait de déclarer qu’ils ne tombaient pas sous le coup des articles 177 et 179 du Code pénal. Cependant on avait constaté au procès que du 22 août 1834 au 25 août 1836, les frères Blanc avaient reçu cent vingt et une fois le faux signal indicatif du mouvement des fonds.
    L’instruction qui précéda le procès avait ouvert les yeux du ministère, et dès lors il voulut posséder le droit d’un monopole qui n’existait que de fait. Le 6 janvier 1837, Adrien de Gasparin, ministre de l’Intérieur, exposant les motifs de la loi qui attribue l’usage du télégraphe au gouvernement seul, put dire avec raison : « Nous sommes forcés de demander plus à la législation que nos devanciers, parce que nous demandons moins à l’arbitraire. »
    Le 28 février suivant, Portalis, rapporteur de la commission de la Chambre des députés, conclut à l’adoption d’un article unique ainsi libellé : « Quiconque transmettra, sans autorisation, des signaux d’un lieu à un autre, soit à l’aide de machines télégraphiques, soit par tout autre moyen, sera puni d’un emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 1000 à 10 000 francs. L’article 463 du code pénal est applicable aux dispositions de la présente loi. Le tribunal ordonnera la destruction des postes, des machines ou moyens de transmission. »
   La rédaction de ce texte indique l’intention du législateur de tenir compte des progrès techniques futurs. Le rapporteur  déclarait : « L’esprit humain est inépuisable en ressources nouvelles et il s’agit de prévoir ce qui n’existe pas encore, ce qui n’a été ni connu, ni imaginé, ce qui pourrait être inventé pour éluder la loi, si des expressions trop restrictives venaient enchaîner la conscience du juge. il faut atteindre toutes les combinaisons à l’aide desquelles on pourrait arriver à ce résultat. »

Le débat qui déboucha sur cette loi : Le ministre de l’Intérieur déclara que si des entreprises particulières pouvaient fonder des établissements semblables, les fauteurs de troubles et de désordres y trouveraient un moyen efficace pour l’exécution de leurs projets. Regrettant qu’aucune autre solution n’ait pu être trouvée, il ajouta : « Nous n’aimons pas les monopoles pour eux-mêmes, et nous serions heureux de pouvoir sans péril étendre à tout le monde les facilités que le télégraphe présente au gouvernement. »     Il conclut : « Vous penserez avec nous que de tels avantages doivent être réservés au gouvernement… Les privilèges dont il jouit ne sont pas des privilèges, car le gouvernement, c’est tout le monde, et l’on peut dire ici sans paradoxe que le seul moyen d’empêcher le monopole c’est de l’attribuer au gouvernement. »
    Un commentateur juridique écrira à ce propos : « Il est fâcheux cependant que de graves questions se traient ainsi sous l’influence des préjugés, et qu’il suffise, pour flétrir de bonnes choses, de leur appliquer une qualification odieuse. » Quant au rapporteur Portalis, il fut amené à préciser : « Dans aucun cas un pigeon ne peut être assimilé à un signal. »
    La loi fut votée le 14 mars 1837, le dépouillement du scrutin donnant le résultat suivant : 249 votants (sur les 556 députés) dont 212 pour l’adoption et 37 contre.

     Tout l’effort des ministres, de la commission, des orateurs, avait été de prouver que la télégraphie deviendrait un instrument de sédition des plus dangereux, si par malheur on ne lui interdisait pas sévèrement de servir aux correspondances du public.!

    Moins de treize ans après, une loi devait battre en brèche ces vieux arguments et fit entrer la télégraphie privée dans le droit commun et dans les usages de la nation.

Il y a environ 158 ans ……


     Le 16 août 1861, sous le règne de Napoléon III, Julie-Victoire Daubié Daubié Victoire, une institutrice de 36 ans, militante entêtée des droits de la femme, passe avec succès le baccalauréat à Lyon. Elle est la première Française dans ce cas.
   Le ministre de l’Instruction publique refuse de signer le diplôme au prétexte qu’il  » ridiculiserait le ministère de l’Instruction publique  » ! Son successeur Victor Duruy montrera beaucoup plus d’ouverture d’esprit en faisant voter en avril 1867 une loi qui impose l’ouverture d’une école primaire réservée aux filles dans chaque commune de plus de 500 habitants. C’était un premier pas vers la féminisation du baccalauréat

 » La Bachelière du quartier Latin  » 
    Cette chanson  ,terriblement sexiste  , aussi nommée  » l’Examen de Flora  » écrite par Paul Burani en 1874 reflète l’image de la  » pauvre aspirante  » au bac de la fin du XIXe siècle……( On peut se demander quelle serait la réaction des femmes d’aujourd’hui  en l’entendant ? ! )

Mamzell’ Flora passait pour un’ savante
Depuis Bullier jusqu’au carr’four Buci
Si bien qu’un jour ell’ devint étudiante
Mais on n’peut pas dire tout c’quelle apprit.

Refrain :
C’est la bachelière du quartier Latin
Rein’de la chaumière et pays voisin
Elle a passé son baba
Elle a passé son chot chot
Elle a passé son bachot
Y a pas de bobo […]

Connais-tu l’grec ? Qu’un professeur lui d’mande.
Elle répond, sans lui manquer d’respect :
C’est un coiffeur si j’en crois la légende
Puisque l’ont dit :  » s’ fair’ peigner par les Grecs  ».

Un autre lui demande c’que c’est qu’une Olympiade
Quelqu’un lui souffle  » un espac’ de quatre ans  »
Mais v’là Flora qui perd la trémontade
Et qui répond  » une espèc’ de cadran  » .

Aux professeurs ell’ fait perdre la tête
Et, comm’ Phryné d’vant les juges jadis,
Ell’ leur fait voir ses jamb’s dans une pirouette
Si bien qu’elle eut douz’ boul’s blanches sur dix.

V’la la moral’ faut pas que ça vous blesse,
C’est au beau sex’ qu’elle s’adressera :
Quand c’est des vieux qui jugent une jeunesse
C’est pas malin, le baccalauréat.

la bachelière (croquis de l’époque : chanteuse interprétant  » l’examen de Flora  » )

bachelières 1911 ( = bachelières en 1911 )

 

Chères bachelières…
   Si François Villon fait allusion à de   » jeunes bachelettes  » dans sa  » Double ballade  » (15 eme siècle), le mot désignait alors simplement une jeune fille qui présentait tous les avantages pour devenir épouse.  Voltaire aussi ironique , qui se moque des femmes savantes en général et d’Ève en particulier,  » la première bachelière, puisqu’elle tâta de l’arbre de la science avant son mari  »  (en 1775 !)
   Le 19 ème siècle n’est pas beaucoup  plus  »indulgent » puisque pour  » Le Dictionnaire de la langue verte  » de Delveau (1883) une bachelière est  » une femme du quartier latin qui est juste assez savante pour conduire un bachot (un petit bateau à fond plat ) en Seine et non pour passer en Sorbonne  ». Mais cette définition prouve tout de même que l’idée de filles passant le baccalauréat faisait son chemin !
   Le premier lycée pour filles a ouvert à Paris en 1870, (à l’extrême fin du Second Empire ) . Situé près des Invalides, il porte aujourd’hui le nom du ministre qui a promu la cause féminine. C’est le lycée Victor Duruy (désormais ouvert aux garçons comme aux filles).
   Il n’en reste pas moins  que, même au début de la IIIe République, passer le baccalauréat passait encore pour une idée farfelue. Pour les jeunes filles de bonnes familles, les seules qui pouvaient aspirer à une éducation poussée, on ne prévoyait le plus souvent que quelques leçons particulières. À quoi bon un diplôme lorsque l’objectif était de faire un bon mariage ? C’est Jules Ferry lui-même qui  donne la réponse :  » À quoi bon ? Je pourrais répondre : à élever vos enfants, j’aime mieux dire : à élever vos maris.  »  !!

    C’est ainsi qu’en 1892, on  pouvait compter dix bachelières,  » fières héritières  » de Julie-Victoire Daubié, la toute première bachelière française. Mais les aspirantes restent rares, tant la société est encore réticente à éduquer ses filles…
   Celles-ci ne l’entendent pas de cette oreille et accueillent avec enthousiasme le nouveau bac de 1902, plus accessible.
   Une École normale catholique ouvre à leur intention en 1906, suivie d’un autre établissement dit libre (confessionnel) en 1908, permettant au nombre d’élues de passer à une centaine.

En 1924, à la suite des bouleversements de la Grande guerre, le ministre de l’Instruction publique Léon Bérard a bien compris qu’il fallait répondre à la soif d’indépendance féminine en ouvrant les portes de l’enseignement secondaire. Elles ont désormais accès à des épreuves similaires à celles des garçons.
   Les enseignantes deviennent par conséquent plus nombreuses, même si pour beaucoup cette vocation est synonyme de célibat ? !… L’égalité est-elle pour autant aujourd’hui un fait  » avéré  »  ? Dans les faits, les filles continuent à se diriger vers des filières moins porteuses d’emploi (littéraires, tertiaires) et ne parviennent pas toujours à valoriser un diplôme pourtant chèrement conquis par leurs aînées.

bac juin44( BAC en juin 1944 )

Victoire !
Hasard ? : la première bachelière française avait pour second prénom Victoire, comme un clin d’œil à son destin.
    Née dans une famille de petite bourgeoisie vosgienne en 1924, Julie-Victoire Daubié s’intéresse très tôt aux études grâce à son frère, prêtre, qui lui enseigne latin et grec. Elle apprécie aussi les sciences puisqu’elle s’inscrit au Museum d’histoire naturelle de Paris pour mieux connaître mammifères et oiseaux.
   À 20 ans, elle est déjà institutrice, mais cela ne lui suffit pas : il lui faut décrocher le baccalauréat. Elle fait donc une demande d’inscription à la Sorbonne, demande qui se heurte à plusieurs reprises à un refus. Qu’importe ! Elle tente sa chance à Lyon, et c’est ainsi que le 13 août 1861, on la retrouve installée avec ses camarades à  » plancher  » pour obtenir le diplôme ès Lettres.
   Les   » six boules rouges  » qu’on lui accorde lui permettent d’entrer dans l’Histoire comme le  »  premier bachelier de sexe féminin qu’ait proclamé l’Université de France  » . Cela ne se fait pas sans difficultés, puisque le ministre de l’Instruction publique refuse de signer son diplôme, de peur d’être ridiculisé ! Il faut l’intervention de l’impératrice Eugénie pour que sa réussite soit enfin officialisée.
  Devenue journaliste économique, cette saint-simonienne qui est officiellement  » entrepreneur de broderie  »  poursuit ses études et devient en 1872 la première licenciée ès Lettres. Seule sa mort en 1874, de tuberculose, l’empêche d’aller jusqu’au doctorat.

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Quand une jeune fille rangée passe le bac
    Dans ses mémoires, Simone de Beauvoir S.Beauvoir raconte son baccalauréat qui, dans son cas, fut loin d’être une épreuve !
    » Je pris grand plaisir à passer mes examens. Dans les amphithéâtres de la Sorbonne, je coudoyai des garçons et des filles qui avaient fait leurs études dans des cours et des collèges inconnus, dans des lycées : je m’évadai du cours Désir, j’affrontai la vérité du monde. Assurée par mes professeurs d’avoir bien réussi l’écrit, j’abordai l’oral avec tant de confiance que je me croyais gracieuse dans ma trop longue robe en voile bleu. Devant les importants messieurs, réunis tout exprès pour jauger mes mérites, je retrouvai ma vanité d’enfant. L’examinateur de Lettres, en particulier, me flatta en me parlant sur le ton de la conversation  ; il m’interrogea sur Ronsard ; tout en étalant mon savoir, j’admirais la belle tête pensive qui s’inclinait vers moi : enfin, je voyais face à face un de ces hommes supérieurs dont je convoitais les suffrages ! Aux épreuves de latin-langues, cependant, l’examinateur m’accueillit ironiquement :  » Alors, mademoiselle ! Vous collectionnez les diplômes !  » Déconcertée, je me rendis brusquement compte que ma performance pouvait paraître dérisoire ; mais je passai outre. Je décrochais la mention  » Bien  » . (Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958)