C’était il y a environ 114 ans ….


( Plus  » sérieux  » que le billet  précédent  ) :

   Le mardi 27 juin 1905, une mutinerie éclate à bord du Potemkine, le principal cuirassé de la flotte de guerre russe.
  Sur le moment, l’événement passe inaperçu dans une Russie bouleversée par une première Révolution et une guerre désastreuse contre le Japon.
   Mais il va acquérir beaucoup plus tard une notoriété mondiale et accéder au rang de mythe historique, par la vertu d’un film que lui a consacré le réalisateur Eisenstein vingt ans plus tard.
En 1965, Jean Ferrat lui a consacré aussi l’une de ses plus belles chansons :

Marine en crise :
   Depuis sa défaite de Tsushima, un mois plus tôt, face à la flotte japonaise, la marine du tsar Nicolas II est agitée par des mouvements divers et les officiers ont le plus grand mal à se faire respecter de leurs hommes. Sur terre, dans tout le pays, se multiplient grèves et rébellions depuis la révolte sanglante du   » Dimanche rouge  »  du 22 janvier 1905 à Saint-Pétersbourg.
   Sur le cuirassé Potemkine, qui porte le nom d’un favori de Catherine II, le commandant, le capitaine de vaisseau Golikov, a su jusque-là préserver la discipline par une relative humanité.
  Mis en service deux ans plus tôt, le navire mesure 113 mètres de long, déplace 12 600 tonnes et transporte environ 700 hommes. Ses marins sont pour la plupart des paysans sans éducation, recrutés de force quelques mois plus tôt pour combler les effectifs creusés par la guerre. Ils n’ont pas encore l’expérience du feu.
  Viande avariée ;!
   Tandis qu’il effectue des exercices sur la mer Noire, au large d’Odessa, le cuirassé est ravitaillé comme de coutume en provisions. Au petit matin, les marins s’approchent des carcasses qui pendent sur le pont en attendant leur mise en cale et découvrent une viande en putréfaction, puante et truffée d’asticots. Ils se rassemblent autour des carcasses. C’est l’indignation. Le médecin du bord, le docteur Smirnov, examine la viande. Avec mépris pour les brutes qui l’entourent, il prétend sentencieusement que la viande est « comestible » sous réserve d’être simplement lavée avec du vinaigre.
   Les marins murmurent et se retirent. Arrive l’heure du déjeuner. Dans le réfectoire, les cuisiniers amènent les marmites de bortsch, avec la viande bouillie. Cette fois, c’est l’explosion. Les marins refusent de manger et conspuent les cuisiniers. Alerté par le vacarme, le second du navire, un aristocrate polonais brutal et cassant, le capitaine de frégate Hippolyte Giliarovsky, alerte le commandant. Devant celui-ci, le docteur réitère son verdict sur l’état de la viande.
    Alors, le commandant a la mauvaise idée de faire battre les tambours et de rassembler l’équipage sur le pont. Il harangue les hommes et demande à ceux qui acceptent de manger la viande d’avancer de deux pas. Maladresse ! Par habitude et résignation, seuls quelques vétérans obéissent. Les autres se tiennent cois.
   Bafoué, le commandant se contente d’annoncer que les marins n’auront rien d’autre à manger. Là-dessus, il se retire et son second poursuit la harangue.
     Dans l’équipage figurent quelques militants révolutionnaires du parti social-démocrate, dont leur chef Afatasy Matiouchenko. Ils ont reçu de leur parti la consigne de préparer les marins à une insurrection générale de la flotte de la mer Noire.
Matiouchenko se dit que voilà l’occasion de devancer l’insurrection générale. Il excite ses camarades à la révolte. Le ton monte.
Dérapage :
    Selon une première version des faits, un matelot du nom de Vakoulinchouk se serait approché du second et aurait protesté contre les conditions de vie de l’équipage. Le capitaine Giliarovsky l’aurait rabroué. Celui-ci l’aurait menacé. Le capitaine aurait alors tiré son pistolet et blessé mortellement Vakoulinchouk.
     Selon une autre version, un petit groupe de matelots réfractaires se seraient rués dans l’armurerie à l’instigation de Matiouchenko.
   En remontant sur le pont, l’un d’eux, Vakoulinchouk, aurait menacé le capitaine Giliarovsky et celui-ci l’aurait blessé d’un coup de pistolet.
  Quoi qu’il en soit, suite à ce coup de pistolet, l’équipage se mutine, quelque peu dépassé par les événements mais entraîné par Matiouchenko.
Alors  que huit officiers rejoignent les mutins, le capitaine, le médecin et plusieurs autres officiers sont tués et jetés à la mer. Le commandant n’est pas épargné. Un officier, Alexeiev, prend le commandement du navire sous la haute surveillance de Matiouchenko.
   Les mutins du Potemkine hissent le drapeau rouge de la révolution. Ils dirigent le cuirassé et son navire ravitailleur vers le port d’Odessa.
Alliance entre marins et ouvriers :
   En entrant dans le port d’Odessa en cette fin d’après-midi, les marins du Potemkine ne savent pas encore que la loi martiale y a été décrétée le matin même par le général Kokhanov suite à des grèves ouvrières…
   La veille,(  le lundi 26 juin ) , une manifestation avait été sauvagement réprimée par la police et la cavalerie cosaque. Le face à face meurtrier entre manifestants et forces de l’ordre s’était poursuivi le lendemain, faisant plusieurs centaines de morts. Au moment où les grévistes et les révolutionnaires désespèrent de pouvoir résister, voilà qu’apparaît le Potemkine, arborant le drapeau rouge.
    L’arrivée du navire ravit les meneurs de la grève qui montent à bord et font alliance avec leurs homologues du navire. Le lendemain, le cadavre du marin Vakoulinchouk est porté en grande pompe à terre et exposé sur le port, sous un dais de toile grossière. Il reçoit l’hommage ému d’une foule immense d’ouvriers et de révolutionnaires.
    La foule, surexcitée, monte l’escalier monumental de 22 mètres de large et 240 marches qui relie le port à la ville moderne. Il a été construit un siècle plus tôt par un duc de Richelieu, lointain descendant du Cardinal, d’où son nom d’escalier Richelieu.
   Le général Kokhanov fait donner deux détachements de Cosaques à cheval. Du sommet de l’escalier comme de sa base, les cavaliers massacrent  » à qui mieux mieux   » la foule désarmée, faisant des centaines de victimes, hommes, femmes, enfants. A la fin de la journée, sur le quai rouge de sang, l’on ne voit plus que les cadavres… et le dais dérisoire qui recouvre le corps du martyr Vakoulinchouk.
     À bord du Potemkine, les marins ne s’attendaient pas pour la plupart à ce qu’une question de viande avariée dérape à ce point. Ils hésitent à agir. Les relations sont tendues avec les meneurs révolutionnaire. Alors, Matiouchenko, répondant à une proposition du général Kokhanov, rencontre celui-ci et obtient l’assurance que les funérailles de Vakoulinchouk pourront se dérouler dans le calme. Le général tient parole et, le lendemain, une foule immense accompagne le marin à sa dernière demeure, drapeaux rouges en tête. Le corps est porté par 12 marins du Potemkine.
    Mais à peine les funérailles sont-elles terminées que les soldats chargent la foule et tuent indistinctement hommes et femmes. Trois des douze marins figurent parmi les victimes. Sur le Potemkine, c’est la consternation. Cette fois, les marins décident de bombarder le quartier-général établi dans le théâtre de la ville. Matiouchenko commande le tir. Mais il n’arrive qu’à toucher des maisons peuplées d’innocents. Il faut interrompre le bombardement.
   Matiouchenko envoie un message au général commandant de la place d’Odessa. Le message reste sans réponse… Pour les mutins du Potemkine, il n’y a plus rien à faire à Odessa.
Fin de partie :
       Le navire largue les amarres, suivi de son navire ravitailleur, et se hâte de quitter la rade d’autant que s’approche une flotte. Elle vient du port de guerre voisin de Sébastopol avec le projet de mettre à la raison les mutins. Les officiers de la flotte sont légitimement inquiets par le risque de contagion révolutionnaire. Leurs navires s’approchent du Potemkine et celui-ci, sans tirer, passe entre eux, comme à la parade, les marins criant à l’attention de leurs camarades :  »  Vive la Révolution !  » Les marins de la flotte répondent par des  » Hourra !  »
      Prudents, les officiers choisissent de se replier. Mais le cuirassé Georges-le-Victorieux trouve le moyen de rejoindre le Potemkine, les meneurs révolutionnaires présents à son bord ayant réussi à retourner les marins et neutraliser les officiers.
   Matiouchenko, qui n’en revient pas, se voit à la tête de trois navires de guerre. Il revient vers Odessa avec l’idée d’entraîner la population dans la Révolution. Mais à bord du deuxième cuirassé, le vent tourne et les marins, hésitants, se laissent convaincre de revenir à Sébastopol. Matiouchenko ordonne de faire feu sur eux. Touché, le Georges-le-Victorieux s’échoue sur la grève plutôt que de rentrer dans le rang.
    Sur le Potemkine, c’est bientôt le sauve-qui-peut. Le cuirassé regagne le large sous les yeux ébahis du général de la place d’Odessa. Ses soldats en profitent pour réprimer sauvagement la population qui a eu le front de les défier.
   Après une longue errance dans la mer Noire et malgré les ordres  de Matiouchenko, le Potemkine se dirige vers le port roumain de Constantza où les mutins obtiennent l’asile politique. Matiouchenko, dans un dernier geste de défi, envoie des proclamations surréalistes aux gouvernements de la planète et saborde le mythique navire avant de prendre pied sur le sol roumain.
    Deux ans plus tard, le tsar Nicolas II promet une amnistie aux révolutionnaires de 1905. Les mutins, méfiants, préfèrent toutefois rester en Roumanie………..

     À l’exception de cinq d’entre eux qui font le choix de rentrer en Russie. Parmi eux, Matiouchenko. Il est reconnu à la frontière, arrêté et pendu. Ses quatre compagnons sont envoyés en Sibérie.
Un film immortel  :
   La mutinerie du Potemkine s’inscrit dans la longue série de troubles sociaux, politiques et militaires qui ont empoisonné le régime tsariste en l’année 1905. Sa célébrité est seulement venue du film qu’en a tiré le réalisateur soviétique Serge Eisenstein en 1925, Le cuirassé Potemkine. Certains considèrent ce film comme le plus grand du XXe siècle.
    À l’origine, le gouvernement soviétique avait passé commande au cinéaste d’un film sur la Révolution de 1905. S’étant rendu en premier lieu à Odessa pour des repérages, Eisenstein avait immédiatement perçu le contenu dramaturgique de la mutinerie et en avait fait le sujet exclusif de son film, sans trop s’embarrasser de la réalité historique.

 » Date limite  » paroles …


….( Maxime Le Forestier )

Çà commence par un coup d’bol,
Qn arrive on connaît personne
On tombe sur des gens sympas,
Qui nous aiment déjà
Çà commence par du pas mal,

Des filles en blouse d’hôpital
Un cordon qui nous relie
À la femme de not’ vie
C’est comme un … drôle de cadeau…
Un chef d’œuvre qu’on lit
Sans en comprendre grand mot
Va savoir quand elle nous quitte
L’insouciance
Va trouver la date limite
De l’enfance

Çà part souvent plutôt bien,
Le foot avec les copains

Tous ces jours qui s’additionnent,
Sans pleurer personne
Les quatre accords qu’on répète,
Sur une guitare qu’on nous prête
Chaque photo qui nous sourit,
C’est la femme de not’vie
On sait pas
Trop c’que ça vaut
L’enfance est un jardin
Qu’on visite un peu tôt
Va savoir quand elle nous quitte
l’insouciance
Va trouver la date limite
De l’enfance
Surtout qu’avec les années
Elle a tendance
à s’effacer.

Et vidéo : ( vidéo = boof )

 

 

 

 

 

Insomnie………..


Lurcy s’éveille et….je n’ai toujours pas sommeil ….mais…La raison veut que je m’allonge quelques heures .

Voici le matin ridicule
Qui vient décolorer la nuit,
Réveillant par son crépuscule
Le chagrin, l’intrigue et le bruit.
Corrects, le zinc et les ardoises
Des toits coupent le ciel normal,
On dort, dans les maisons bourgeoises.
Je ne dors pas. Quel est mon mal ?
Est-ce une vie antérieure
Qui me poursuit de ses parfums ?
Ces gens vont grouiller tout à l’heure,
Dispersant mes rêves défunts.
Je me souviens ! c’étaient des frères
Que, chef bien-aimé, je menais
À travers les vastes bruyères,
Les aubépines, les genêts.
Oh ! quelle bien-aimée exquise
Au doux cœur, aux yeux de velours !…
Une autre terre fut conquise
Où le soleil brillait toujours.
L’or dont on fit des broderies,
Les gemmes, cristaux des couchants,
Les fleurs, énervantes féeries,
Les aromates plein les champs
M’ont enivré. J’ai mis des bagues,
Et des perles dans mes cheveux.
Les bayadères aux yeux vagues
M’ont distrait de mes premiers vœux.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Aux monts où le soleil se couche
Emporté par des étrangers,
J’ai pleuré, muet et farouche
Tous mes ravissements changés
Les aromes en fades herbes,
Les diamants en froid cristal,
En loups gris les tigres superbes,
En sapin banal le santal.
Puis, mal consolé, sous les branches,
J’épiais dans les froids vallons
Les filles qui passaient si blanches,
Si graves, sous leurs cheveux blonds.
Mais ce n’était pas l’oubliée
Aux lèvres rouges de bétel
À ma vie autrefois liée !…
Que je souffre d’être immortel !
Corrects, le zinc et les ardoises
Des toits coupent le ciel normal,
On s’éveille aux maisons bourgeoises,
Je crois que je meurs de mon mal.
Charles Cros

S.D.F


le S.D.F                   

 

Il marche dans la rue
Sans savoir où il va
Le regard perdu
Il cherche à savoir pourquoi
Pourquoi en est il arrivé là
A devoir tendre la main
Pour un morceau de pain
A devoir trouver un abri
Pour passer la nuit
Il n’imaginait pas qu’un matin
Il se retrouverait parmi ceux
Qui croisaient chaque jour son chemin
Pourtant lui aussi avait un foyer
Une vie un passé
Et aujourd’hui il ne lui reste plus rien
Que ses souvenirs et son chagrin
Il a suffit de pas grand chose
Pour qu’il se retrouve comme tant d’autres
Rejeté de la société
Sans nul part où aller
Mais au fil du temps
Remplit de haine et de courage
Il se relèvera se révoltera
Contre les lois et le monde
Contre l’indifférence et le mensonge
Contre ceux qui ne savent pas
Qu’un jour peut être sans le vouloir
Ils se retrouveront là
Comme lui à se demander pourquoi ?

……Pour mon plaisir…..


Les oiseaux de passage 
par Jean RICHEPIN

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :

Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;

Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange

Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,

Dans sa berge de bois est immobile et dort.

Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire

Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,

Au milieu de la cour, où le crottin plus sec

Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,

La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,

Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,

Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,

Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.

On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,

Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase

Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises

Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,

Des pigeons violets aux reflets de turquoises

De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,

Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,

Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,

Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,

Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.

Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,

Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois !

Qu’avril bourgeonne

Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.

Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;

Ca lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.

Et quand vient le moment de mourir il faut voir

Cette jeune oie en pleurs :

» C’est là que je suis née ; Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir.

« Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque

Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut

Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque

L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume

De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,

pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume

Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie

Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux

Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie

Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !

Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,

Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,

De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,

Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,

Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,

Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !…Tout à coup, dans l’espace,

 Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol      

En forme de triangle arrive, plane et passe.

Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte

Qui brise les soupirs de leur col redressé,

Et sautent dans le vide avec une culbute.

Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.

Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,

Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,

Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.

Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.

Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,

Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.

Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,

Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.

L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,

Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,

Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,

Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,

Ils pouvaient devenir volaille comme vous.

Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,

Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !

Là-haut chante pour eux un mystère profond.

A l’haleine du vent inconnu qui les porte

Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.

L’averse les inonde et pèse sur leur dos.

Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.

Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.

Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.

Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse

Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,

C’est l’horizon perdu par delà les sommets,

C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève

Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !

Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.

Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.

Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux

Bonus lol :

Comme çà…


Souvenirs ,pour mon plaisir…

  1. Béranger

Les paroles :

Combien d’entre nous ont vu
Le vieux qui passe dans la rue
Épouvantail tout gris

Que la cité a exclu
La rue et les gens et le monde
Vont bien trop vite pour lui
Dans ses yeux absents d’enfant
Ne passe que l’effroi du tempsPour descendre et remonter

Six étages d’escaliers
Il faut l’éternité
Quelle faute a-t-il pu commettre
Le vieux tout gris qui traîne
Ses vieux membres rassis ?

Combien d’entre nous ont fait
Quoi que ce soit de palpable
Un geste, un mot, un sourire
Pour le raccrocher à nous ?
La vieillesse nous fait frémir
On ne veut pas croire au pire
Nos yeux ne retiennent d’elle
Qu’une image irréelle

Mon vieux à moi, tous les mois
Va à tout petits pas
Empocher sa pension
Il se ménage au retour
Un détour insolite
Chez le glacier du coin

Quand je serai vieux et tout seul
Demain ou après demain
Je voudrais comme celui-là,
Au moins une fois par mois
Avec mes sous, si j’en ai
M’acheter une glace à deux boules
Et rêver sur leur saveur
A un monde rempli d’enfants

Mais peut-être que pour nous
Nous les vieux de demain
La vie aura changé
En s’y prenant maintenant
Nous-mêmes et sans attendre
A refaire le présent

Je donne à ceux qui sourient
Et qu’ont bien l’droit de sourire
Rendez-vous dans vingt, trente ans,
Pour reparler du bon temps

2) S.Reggianni

L’ absence : ( en pensant à…….

 

Les paroles:

C’est un volet qui bat, c’est une déchirure, légère,
Sur le drap où, naguère, tu as posé ton bras,
Cependant qu’en bas la rue parle toute seule,
Quelqu’un vend des mandarines,
Une dame bleu-marine promène sa fillette.

« [Refrain] » :
L’absence, la voilà.
L’absence d’un enfant, d’un amour,
L’absence est la même,
Quand on a dit « Je t’aime » un jour,
Le silence est le même.

C’est une nuit qui tombe, c’est une poésie, aussi,
Où passaient les colombes un soir de jalousie,
Un livre est ouvert, tu as touché cette page,
Tu avais fêlé ce verre, au retour d’un grand voyage,
Il reste les bagages.

« [Refrain] »

C’est un volet qui bat, c’est sur un agenda, la croix,
D’un ancien rendez-vous où l’on se disait « Vous »,
Les vases sont vides, où l’on mettait des bouquets
Et le miroir prend des rides, où le passé fait le guet,
J’entends le bruit d’un pas.

« [Refrain)

Les paroles:

Madame Nostalgie
Depuis le temps que tu radotes
Et que tu vas de porte en porte
Répandre ta mélancolie
Madame Nostalgie
Avec tes yeux noyés de brume
Et tes rancœurs et tes rancunes
Et tes douceâtres litanies
Madame Nostalgie
Tu causes, tu causes, tu causes, tu causes
De la fragilité des roses
Je n’entends plus ce que tu dis
Madame Nostalgie
Depuis le temps que tu m’accables
J’ai envie d’envoyer au diable
Ton mal d’amour si mal guéri
Madame Nostalgie
Tu pleures sur un nom de ville
Et tu confonds, pauvre imbécile
L’amour et la géographie
Madame Nostalgie
Tu rêves, tu rêves, tu rêves, tu rêves
Mais tes arbres n’ont plus de sève
Et tes branches n’ont plus de fruits
Madame Nostalgie
Pardonne-moi si j’en ai marre
De tes dentelles grises et noires
Il fait
Madame Nostalgie
Pardonne-moi si j’en ai marre
De tes dentelles grises et noires
Il fait trop triste par ici
Madame Nostalgie
Je veux entendre des orages
Respirer des jardins sauvages
Voir le soleil et la pluie
Madame Nostalgie
Tu pleures, tu pleures, tu pleures, tu pleures
Mais ce soir je n’ai plus le cœur
De partager tes insomnies
Madame j’ai envie
Ce soir d’être infidèle
Dans les bras d’une belle
Qui ressemble à la vie

 

Et …..!!Le TOP !!! ( Souvenirs persos…)

Les paroles:

Ce soir mon petit garçon mon enfant mon amour
Il pleut sur la maison mon garçon, mon amour
Comme tu lui ressembles
On reste tous les deux
On va bien jouer ensemble
On est là tous les deux seuls
Ce soir elle ne rentre pas, je n’sais plus, je n’sais pas
Elle écrira demain peut-être nous aurons une lettre
Il pleut sur le jardin
Je vais faire du feu
Je n’ai pas de chagrin
On est là tous les deux, seuls
Attends, je sais des histoires
Il était une fois
Il pleut dans ma mémoire
Je crois ne pleure pas
Attends, je sais des histoires
Mais il fait un peu froid ce soir
Une histoire de gens qui s’aiment
Une histoire de gens qui s’aiment
Tu vas voir
Ne t’en va pas
Ne me laisse pas
Je ne sais plus faire de feu mon enfant, mon amour
Je ne
Je ne sais plus faire de feu mon enfant, mon amour
Je ne peux plus grand-chose mon garçon, mon amour
Comme tu lui ressembles
On est là tous les deux
Perdus parmi les choses
Dans cette grande chambre, seuls
On va jouer à la guerre et tu t’endormiras
Ce soir elle ne s’ra pas là, je n’sais plus, je n’sais pas
Je n’aime pas l’hiver
Il n’y a plus de feu
Il n’y a plus rien à faire
Qu’à jouer tous les deux, seuls
Attends, je sais des histoires
Il était une fois
Je n’ai plus de mémoire
Je crois, ne pleure pas,
Attends, je sais des histoires
Mais il est un peu tard ce soir
L’histoire de gens qui s’aimèrent
Et qui jouèrent à la guerre
Ecoute-moi
Elle n’est plus là
Non; ne pleure pas.

 

 

 

 

Pour finir…… » seul  »……………


C’est ainsi que les jours défilent
C’est ainsi que la vie sans va
Plus de non et plus de possible
Plus de force dans les bras
Ni pour se prendre par la main
Ni pour se soulever du sol
Devenu trop lourd le chagrin
C’est déjà la fin du chemin
Seul définitivement, balayé par le vent
Secoué en dedans
Annelé sur un banc
Définitivement, un peu calme, un peu blanc
Encore un peu vivant sans trop savoir comment
Sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir pour qui
Là Véritablement, seul définitivement
Seul définitivement
Et c’est ainsi que les choses se meurent
C’est ainsi que l’amour s’éteint

Il brûle encore comme il demeure
Brûles les lèvres et les mains
Hier est encore aujourd’hui
Il durera aussi demain
Dans des regrets indoloris
Dans les foulards des parfums
Seul définitivement
Balayé par le vent
Secoué en dedans
Allongé sur un banc
Définitivement
Un peu calme un peu blanc
Encore un peu vivant sans trop savoir comment
Sans trop savoir pourquoi, sans trop savoir pour qui
Véritablement, seul définitivement
Seul définitivement
Seul définitivement

Chanté par Marc Lavoine ………..

L’espoir……..


Sur la noirceur du soleil,
Sur le sable des marées
Sur le calme du sommeil
Sur mon amour retrouvé
Le soleil se lève aussi
Et plus forte est sa chaleur
Plus la vie croit en la vie
Plus s’efface la douleur

Pour ces semaines très noires,
Pour ces belles assassinées
Pour retrouver la mémoire
Pour ne jamais oublier
Il faut te lever aussi
Il faut chasser le malheur
Tu sais que parfois la vie
A connu d’autre couleurs

Et si l’espoir revenait
Tu n’me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces
Va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait

Sur mes doutes et ma colère
Sur les nations déchainées…
Sur ta beauté au réveil
Sur mon calme retrouvé…
Le soleil se lève aussi
J’attendais cette lumière

Pour me sortir de la nuit
Pour oublier cet enfer…

Pour voir ce sourire d’enfant
Pour ses cahiers déchirés
Pour enfin que les amants
N’aient plus peur de s’enlacer…

Le soleil se lève aussi
Le soleil se lève aussi. Le soleil

Et si l’espoir revenait
Tu n’me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces
Va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait

Pour la noirceur du soleil
Sur le sable des marées
Pour ta beauté au réveil
Pour mon calme retrouvé

Et si l’espoir revenait
Tu n’me croiras jamais
Dans le secret, dans l’amour fou
De toutes tes forces
Va jusqu’au bout
Et si l’espoir revenait soleil levant

Un jour ou………


 

Un jour, tu verras, on se rencontrera,
Quelque part, n’importe où, guidés par le hasard,
Nous nous regarderons et nous nous sourirons,
Et, la main dans la main, par les rues nous irons.
Le temps passe si vite, le soir cachera bien nos coeurs,
Ces deux voleurs qui gardent leur bonheur;
Puis nous arriverons sur une place grise
Où les pavés seront doux à nos âmes grises.
Il y aura un bal, très pauvre et très banal,
Sous un ciel plein de brume et de mélancolie.
Un aveugle jouera de l’orgu’ de Barbarie
Cet air sera pour nous le plu beau, l’plus joli!
Moi, je t’inviterai, la taille, je prendrai
Nous danserons tranquill’ loin des gens de la ville,
Nous danserons l’amour, les yeux au fond des yeux
Vers une nuit profonde, vers une fin du monde.

Mouloudji………….

Ou : MOI ! et la mort…..

Un jour ,tu verras , on se rencontrera…

Quelque part, qui sait où ? Par hasard…

Sans que je , que nul , ne puisse le prévoir

Ce sera le jour , la nuit ? Va savoir??

Ce sera  » par hasard  » ou..selon mon  » bon vouloir  » 

Tu m’attends , tu nous attends tous ,c’est sans espoir.

Tout à l’heure déjà , tu es passée me  » voir  » …

Tu m’a prévenu comme tu le fais toujours 

Te sentant venir , j’ai avalé un comprimé

et me suis allongé, affalé dans le canapé …

Et dans une sorte de coma ai sombré …

Quelques heures après, je me suis éveillé 

Avec un mal de tête et les idées brouillées .

 

Oui , un jour tu viendras , et ,c’est sur , ce jour là ,

Sans que je n’y puisse rien faire , tu m’emporteras 

Mais tu n’auras que ma  » carcasse  » ne te leurres pas !

Car , le paradis , l’enfer ,ce sont foutaises pour moi …

Et dans le cœur de ceux que j’aime et qui m’aiment ,

Après ton passage , pour longtemps, je serais toujours là .

 

Possible aussi que ce ne soit pas par hasard ,

Je peux , comme tous les vivants , choisir l’instant….

Alors , à ton grand  » dam  » , ce ne sera pas un hasard

Non ,  » ma canarde  » : Ce sera selon  » mon bon vouloir  » !

Notre choix : Vivre ou mourir , décision qui n’est plus un hasard………….

 

 

Pour finir…..


un poème de  Y Chodzko  ?

Un rêve

Je dormais d’un sommeil hanté d’étranges rêves
Le corps las du combat, secoué de frissons,
Je rêvais d’une femme et ses paroles brèves
Restent dans mon esprit gravées comme des sons.

Elle était jeune et belle et ses yeux d’émeraude
Laissaient tomber sur moi un regard attendri,
Je sentais dans ma main sa main superbe et chaude,
Elle me dit : Je suis la Vie et j’ai souri.

Plus tard je la revis sur un champ de bataille
Qui maintenant mon bras me montrait l’ennemi,
Des palmes de lauriers enguirlandaient sa taille,
Elle me dit : Je suis la Gloire et j’ai frémi.

Et puis je l’ai revue inhumaine et farouche,
Les yeux étincelant d’un triomphant mépris,
Elle a glacé mon sang d’un baiser sur la bouche,
Elle m’a dit : Je suis la Mort et j’ai compris.

Octobre 1914 tranchée