Il y a environ 78 ans:


Le 29 avril 1945

Les Françaises votent pour la première fois !

Le 29 avril 1945, alors que la guerre contre l’Allemagne touche à sa fin, les élections municipales donnent l’occasion aux Françaises de voter pour la première fois de leur Histoire . Il n’était que temps. En effet, les Françaises sont parmi les dernières femmes du monde occidental à obtenir le droit de voter et…. celui de se faire élire

Le vote des Françaises est le résultat d’une ordonnance du 21 avril 1944 prise par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à Alger :  » Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes  ».

Les Françaises dans un bureau de vote (29 avril 1945), DR
Femmes françaises votant en 1945 ?

Lente émancipation des Françaises

Entre les deux guerres mondiales, sous la pression des  » mouvements  »suffragistes »  et d’intellectuelles comme Louise Weiss

Louise Weiss en 1945 ?

, la Chambre des députés vote à plusieurs reprises en faveur du vote féminin. Mais le Sénat repousse ses propositions six fois!.

Les motifs des opposants tiennent à des préjugés personnels et à la crainte paradoxale que les femmes ne renforcent le camp conservateur. La gauche radicale et socialiste craint en particulier que les femmes ne rallient le camp clérical et ne se soumettent aux injonctions de leur curé !

Cependant, les Françaises n’attendent pas le droit de vote pour accéder à des fonctions gouvernementales. Trois d’entre elles obtiennent un sous-secrétariat d’État dans le gouvernement constitué par Léon Blum

Léon Blum (1936)

, en 1936, après la victoire du Front Populaire : Cécile Brunschvicg

Cécile Brunschvicg

, Suzanne Lacore

Suzanne Lacore

, Irène Joliot-Curie

Irène Joliot-Curie

. D’autre part, c’est au plus fort de l’Occupation, en novembre 1943, qu’une femme est nommée maire de son village. Il s’agit de Mlle Marie-Rose Bouchemousse

Marie-Rose Bouchemousse
Mlle Marie-Rose Bouchemousse ?????

, maire de Vigeois (Corrèze).

Il faut attendre  »les soubresauts  » de la Libération de 1945 pour qu’enfin les Françaises obtiennent le droit de vote. L’égalité des droits est aussi inscrite dans le préambule de la Constitution de la IVe République (27 octobre 1946) :  » la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme  ».

Des femmes sont dès lors régulièrement présentes dans les gouvernements. Mais la féminisation de la représentation parlementaire est lente. Le nombre d’élues à l’Assemblée nationale stagne aux environs de 30 (5% des députés) jusqu’en 1997 !!, date à laquelle il est passé à 59 grâce à un effort particulier du Parti socialiste. Il est enfin passé à 215 en 2022 (37% des députés).

Ainsi, la France se distingue de la plupart des grandes démocraties européennes par la faible représentation des femmes dans la vie politique et l’âge moyen des parlementaires, relativement élevé (en 2022, 146 députés  sur 577 avaient moins de 40 ans, contre une douzaine seulement en 2007).

Il est à noter aussi que les militaires, par souci de neutralité politique, avaient été longtemps privés aussi du droit de vote.

militaire votant ?

Ils l’obtiennent enfin le 17 août 1945, quelques mois après les femmes ! La  » Grande Muette  » n’est plus tout à fait muette

Peu de monde le sait ,mais….


.…..le 24 avril est la journée mondiale des animaux dans les laboratoires .

Une initiative officielle ,reconnue par les Nations Unies ,au cours de laquelle les associations  » antivivisection  » (L’antivivisection est un mouvement social et éthique qui s’oppose à la pratique de la vivisection, c’est-à-dire aux expérimentations scientifiques réalisées sur des animaux vivants, en particulier lorsque ces expériences entraînent des souffrances importantes pour les sujets concernés.) ces associations essaient de sensibiliser le public à la souffrance et au traitement réservés à des centaines de milliers de cobayes de tout poil ( chiens,chats,lapins ,singees etc…..)utilisés pour la recherche scientifique .Si,depuis 2010,dans l’Union européenne,les expériences sur les animaux sont plus strictement encdrées,même de plus en plus limitées losqu’il s’agit de  » nos cousins  » les primates , aux Etats-Unis ,la situation s’esr dégradée .

Alors que les  » National Institutes of health » avaient promis en 2015  » d’ éliminer les expériences controversées sur les singes  » , selon leurs propres chiffres ,l’utilisation des primates comme cobayes dans les centres de recherche américains a augmenté de 22 % au cours des années 2017 à 2020. En 2019 par exemple ,plus de 76000 primates ont été utilisés par dees la boratoires privés ou publics . Il s’agit du seul groupe animal à connaître un taux d’utilisation plus fort qu’il y a environ 13 ans . le macaque résus …..

macaque résus …….a le trite privilège d’être devenu une  » star  » des la boratoires ,notamment pour la mise au point de traitement contre la maladie d’Alzheimer…

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vivisection de souris

Depuis les débuts de l’expérimentation animale, de nombreuses questions éthiques ont été soulevées et des méthodes alternatives à l’utilisation des animaux se sont développées. Si des organismes vivants sont encore utilisés en expérimentation, la liberté des expérimentateurs est néanmoins heureusement circonscrite par le droit : de nombreux textes d’origine européenne prenant en compte la sensibilité de l’animal ont été transposés dans le droit français (code rural) et encadrent désormais ces pratiques, malgré la subsistance de nombreuses insuffisances.

QU’EST-CE QUE L’EXPÉRIMENTATION ANIMALE ?

Définition:

Selon la directive européenne 2010/63 , elle concerne la recherche qui est susceptible  »de causer une douleur, une souffrance, une angoisse ou des dommages durables équivalents ou supérieurs à ceux causés par l’introduction d’une aiguille­  ». Ainsi, une expérience ayant pour objet l’étude du comportement animal (éthologie) mais qui nécessite quelques prélèvements sanguins entre aussi dans cette catégorie.

Selon le code rural, une procédure expérimentale concerne  » toute utilisation, invasive ou non, d’un animal à des fins expérimentales ou à d’autres fins scientifiques ou à des fins éducatives  » . Elle commence lors de la manipulation ou de la préparation de l’animal en vue de son utilisation et se termine lorsqu’aucune utilisation ne doit plus être faite sur l’animal et qu’il a été, le cas échéant, procédé à son euthanasie.

Pourquoi a-t-on recours aux animaux ?

Les chercheurs ne savent pas encore comment répliquer la complexité du vivant pour certains sujets d’étude qui nécessitent l’observation d’interactions sophistiquées et fines entre organes, etc ….. Ainsi, ils utilisent encore des animaux vivants pour ces expériences. En Europe, les animaux sont utilisés pour :

-les études de biologie fondamentale ;

– la recherche et le développement dans les domaines de la médecine humaine, de la médecine vétérinaire et de la dentisterie ;

-la production et le contrôle des produits pour la médecine humaine, vétérinaire et de dentisterie ;

-les essais toxicologiques et autres études de sécurité sur des substances chimiques. ;

-un large éventail d’autres utilisations expérimentales : virologie, traitements oncologiques (anti-cancéreux), recherche et développement pharmaceutiques, essais d’associations de médicaments, génétique, etc.

Quelques chiffres:

Nombre d’animaux utilisés en France


En 2016, 1,9 million d’animaux ont été utilisés. Parmi eux ….

-Souris 1 145 000 soit 59,6% 

-Poissons (toutes espèces) 307 000 soit 16%

-Rats 172 000 soit 8,9%

-Lapins 118 000 soit 6,1%

-Poulets 57 000 soit 2,9%

Cochons d’Inde 45 000 soit 2,3%

-Autres oiseaux 15 000 soit 0,7%

– Chiens 4 204 soit 0,2%

-Primates » non humains  »* 3 508 (dont 95% macaques) soit 0,18%

-Chats 1067

*L’expérimentation sur les grands singes (gorilles, chimpanzés, bonobos, orangs outans) est interdite.

Parmi les animaux utilisés, 22% ont un génotype ( le génotype peut être défini comme l’ensemble des gènes d’un organisme) volontairement modifié, lequel est dommageable pour un animal sur 10 (dont 88% sont des souris).

Objets de la recherche

-Fondamentale 43% du total des animaux (64% rongeurs, 27% poissons)

-Santé et bien-être animal et humain 26% (70% rongeurs)

-Essais qualité et innocuité des médicaments 25% (84% rongeurs)

-Maintenance de colonies d’animaux génétiquement modifiés 3% (98% souris)

-Enseignement et formation 2% (93% rongeurs)

-Conservation des espèces 1% (91% poissons)

-Protection de l’environnement (0,1%)

27% des animaux sont utilisés dans des procédures imposées par la législation ou la réglementation (majoritairement des souris et des lapins), par exemple pour vérifier la toxicité des produits avant leur mise sur le marché.

Sévérité des procédures

La directive de 2010  a établi une échelle de  » sévérité  » dans le but de faciliter l’attribution ou le refus d’autorisation de projet expérimental.

Légère : douleur, souffrance ou angoisse légères et de courte durée sans incidence sur le bien-être

Modérée: douleur, souffrance ou angoisse modérées de courte durée ou légère de longue durée avec incidence modérée sur le bien-être

Sévère : douleur, souffrance ou angoisse intenses ou modérées de longue durée avec incidence grave sur le bien-être

Sans réveil : procédure sous anesthésie générale sans reprise de conscience

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La loi Grammont, votée le 2 juillet 1850 par l’Assemblée nationale, avait déjà fait couler beaucoup d’encre. Trente ans plus tard, son interprétation ( et donc son application ) était encore assez libre. Celle-ci menace d’une amende et de cinq jours de prison  » ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques  ».

Telle qu’elle est comprise alors, elle concerne seulement les mauvais traitements infligés à un chien ou un chat. Mais en fait, de nombreuses questions se posent concernant, d’une part, l’alimentation (cuisiner un lapin, est-ce un mauvais traitement sur animal domestique  lol ?), et d’autre part, les loisirs humains impliquant des animaux (courses de bœufs, cirque, etc.).

Quelques semaines après le vote de la loi Grammont, L’Écho des vallées du 26 septembre 1850 donne à lire  une anecdote illustrant parfaitement l’ensemble des réactions devant cette nouvelle directive, moquée aussi bien par les citoyens que par les magistrats :

 » La semaine dernière, un honnête habitant de la commune de St-Chinan, ayant maltraité un de ses plus fidèles serviteurs, descendant du coursier de Balaam, fut cité devant M. le juge de paix de sa commune en vertu de la loi Grammont. Voici le colloque qui s’établit entre eux :

M. le juge de paix.  » Pourquoi, mon ami, vous qui êtes connu par l’aménité de votre caractère, vous êtes-vous emporté au point de frapper si brutalement votre pauvre âne ?  »

Le prévenu. : Oh ! le scélérat… M. le juge, il m’a devancé, car je venais vous le dénoncer.

Le juge. : Comment ?

Le prévenu. : C’est lui qui a commencé, car il m’a donné un coup de pied sur la jambe, et je me suis défendu.

Ce système de défense a été couronné d’un plein succès. Le magistrat partageant l’hilarité de l’auditoire, a renvoyé l’homme et son âne dos à dos, dépens compensés. 

Avant de dormir……émotion pour moi !


Bien sur, comme mes rares lecteurs le savent , je suis ATHEE ,mais l’homme dont il est question dans la magnifique chanson de Mr Escudéro m’a toujours impressionné,intrigué…même intéressé

Le texte :

« Enfin, je vais être ce que tu as voulu
Voici le jour des jours, une autre humanité
Ils vont enfin savoir pourquoi ils sont venus
Et le prix de la vie et de l’éternité

Je vais marcher la tête haute, me tenir droit
Tu peux me regarder tu seras fier de moi
Je vais chanter ton nom tout au long du chemin
Pour leur apprendre à vivre, leur montrer le divin

Ils peuvent me frapper et me jeter des pierres
Ils peuvent rire de moi, de ma bouche tordue
C’est vrai que ça fait mal sur les reins la lanière
C’est vrai que ça fait mal qu’ils me crachent dessus

Mais surtout n’aie pas peur, aie confiance en moi
Je sais je vais tenir parce qu’il faut que je tienne
Et chasser le désordre pour que ton ordre vienne
Pour qu’ils sachent enfin qu’ils ont besoin de toi

Mais ça fait mal tu sais, ça tourne dans ma tête
Mais ils frappent trop fort, je n’en peux plus déjà
Et ils chantent, ils rient, ils se croient à la fête
Parce qu’ils ne savent pas, parce qu’ils ne savent pas

Je ne sais pas non plus et je ne comprends pas
Mais je ne renie rien, j’ai accepté le rôle
Mais je ne savais pas le prix de chaque pas
Ton dessein est trop grand, trop grand pour mes épaules

Arrêtons maintenant et dis-leur s’il te plait
Oui dis-leur qu’ils me laissent m’en retourner chez moi
Surtout ne m’en veux pas, j’ai essayé tu sais
Le chemin est trop long et trop lourde la croix

Oh, viens je t’en supplie, viens pour que tout s’arrête
Et dis-leur maintenant ce qu’ils doivent savoir
Dis-leur tout si tu veux, mais maintenant arrête !
Je vais pleurer, je vais crier, j’ai peur du noir

Mais dis-leur maintenant, dis-leur que tu es Dieu
Dis-leur que tu es bon, généreux et puissant
Garde pitié de moi et regarde mes yeux
Deux trous d’éternité et de larmes de sang

Mais tu n’écoutes rien du haut de ton empire
Mais je suis à leurs pieds et je vais te maudire
Arrête maintenant ! Arrête, je n’en peux plus !
Je vais te faire honte et me pisser dessus

Non ça n’est pas Judas qui m’a trahi le plus
Même trente deniers, la pauvreté est garce
Judas criait famine, Judas marchait pieds nus
Mais toi, dis, toi, c’est pour la sainte farce !

Je voudrais maintenant, je voudrais qu’une femme
Me fasse enfin crier, tout comme au premier jour
Et tant pis pour l’enfer et tant pis pour mon âme
Mais avant de mourir, mourir aussi d’amour

Tu m’as fait fils de Dieu, sur l’épaule une croix
Et moi, je voulais vivre et avoir des enfants
Et vieillir près d’une femme qui me dirait parfois
 »Tu t’en souviens dis, tu t’en souviens d’avant ?
 »

Enfin tu as gagné, enfin je me résigne
Je vais dire les mots, tous les mots que tu veux
Je vais jouer le jeu, je vais faire le signe
Pour que le feu enfin me délivre du feu

Je vais parler d’espoir et de miséricorde
Dire qu’il n’y a que toi quand on parle d’amour
Oui, mais je t’en supplie qu’ils tirent sur la corde
Et qu’ils frappent plus fort et qu’ils frappent plus lourd

Je sais que c’est la fin, que tu ne viendras pas
Moi je suis jeune encore et je suis vieux déjà
La parole donnée, c’est vrai j’ai cru en toi
Mais tu veux qu’on te craigne et tu ne m’aimes pas

Regarde-moi mon père, j’ai rempli mon office
Je t’ai suivi en tout, jusqu’au dernier supplice
Mais je crie maintenant, mais je crie maintenant
Sois maudit, sois maudit jusqu’à la fin des temps !

Oh non, je te le jure, je n’ai pas dit cela
Oh non, je t’aime, je t’aime et je n’aime que toi
Mais j’ai si peur, mais j’ai si peur et j’ai si froid ! »
Ainsi parlait Jésus sur son chemin de croix

Les plus grands mystères de nos villes et villages


Ces villages auraient défrayé la chronique.

Gambais (Yvelines), le foyer de Landru

Gambais (Yvelines), le foyer de Landru

   »À vendre, très belle maison chargée d’histoire   », vante une annonce immobilière. De fait, cette villa de 180 mètres carrés au cœur d’un parc arboré, baptisée  »La Tric  », a un passé tumultueux… Elle a hébergé Henri Désiré Landru

Landru

, l’un des pires tueurs en série du XXe siècle. C’est ici que le   » Barbe-Bleue de Gambais   » a assassiné et découpé sept de ses onze victimes, entre 1915 et 1919 des jeunes femmes que cet escroc rencontrait par le biais de petites annonces en se faisant passer pour un veuf esseulé. Il les séduisait, les incitait à lui confier leurs économies, puis les tuait, avant de brûler leur corps dans sa cuisinière à bois. Landru est arrêté en 1919. Les enquêteurs retrouvent dans la maison des os calcinés, des dents, des restes de vêtements brûlés. Le criminel bourreau des cœurs est condamné à mort. Mais, durant sa détention, il reçoit plus de 800 demandes en mariage, avant d’être exécuté le 25 février 1922.

Uruffe (Meurthe-et-Moselle), le village du diable
Uruffe (Meurthe-et-Moselle)?

Uruffe (Meurthe-et-Moselle), le village du diable

Ce paisible village de l’Est a été synonyme d’horreur pour la France entière à la fin des années 1950, à cause d’un crime inimaginable. Le 3 décembre 1956, Guy Desnoyers, curé d’Uruffe

Guy Desnoyers, curé d’Uruffe

, retrouve Régine Fays, 19 ans. La jeune femme a succombé au charme du prêtre. Elle est enceinte de lui et sur le point d’accoucher… Le père Desnoyers tue alors Régine de deux coups de revolver, l’éventre, sort le foetus de ses entrailles, le bénit puis le poignarde !! Après avoir affirmé connaître le coupable mais être tenu par le secret de la confession, le curé finit par avouer. Condamné à la perpétuité, il est libéré en 1978 et se retire dans un monastère en Bretagne, où il meurt en 2010. En 2015, le cinéaste Philippe Ramos consacre un film,   » Fou d’amour  », à cette sanglante affaire.

Pont-Saint-Esprit (Gard), l'emprise de la CIA
Pont-Saint-Esprit ?????

Pont-Saint-Esprit (Gard), l’emprise de la CIA ??

Le 16 août 1951, à Pont-Saint-Esprit, le pain a un goût étrange. Les habitants se plaignent de maux de ventre et de vomissements. Ils sont même victimes d’hallucinations : l’un croit avoir mangé des serpents, un autre se prend pour un avion et saute par la fenêtre, un troisième veut étrangler sa mère… Au total, on dénombre une dizaine de morts sans que cela ne soit jamais expliqué. Peut-être un champignon aux effets hallucinogènes, l’ergot de seigle, a-t-il contaminé le pain. Autre piste : en 2008, un journaliste affirme que les services secrets de la CIA ont testé les effets d’une drogue, le LSD, sur la population du village, dans le cadre d’un entraînement à la guerre chimique… Depuis, les habitants ont le boulanger à l’oeil. lol !

Hautefaye (Dordogne), une fête cauchemardesque

Hautefaye (Dordogne), une fête cauchemardesque

Hautefaye et ses jolies bâtisses en pierre. C’est ici que, le 16 août 1870, un village entier bascule dans l’horreur, lors de la foire aux bestiaux. Alain de Monéys

Alain de Monéys

, maire adjoint d’une commune voisine, apparaît. Des murmures se font entendre. On l’accuse (à tort) de soutenir la Prusse contre laquelle la France vient d’entrer en guerre. Soudain, des insultes fusent, puis une bousculade. Et c’est le déchaînement. Monéys est battu, torturé, et jeté vivant sur un bûcher. Certains trempent même leur pain dans la graisse de son corps. Quatre personnes seront guillotinées pour ce lynchage.

Aunay-sur-Odon (Calvados), maison d'un mystérieux meurtrier
Aunay-sur-Odon (Calvados)??

Aunay-sur-Odon (Calvados), maison d’un mystérieux meurtrier

3 juin 1835, au cœur de la campagne normande, un jeune paysan, Pierre Rivière

Pierre Rivière

, vient d’égorger sa mère, sa sœur et son frère. Une fois arrêté, il écrit un texte bouleversant dans lequel il explique son geste, racontant que sa mère maltraitait son père. Derrière le meurtrier apparaît un écrivain et un être fragile. Condamné à mort, il est gracié par le roi Louis-Philippe, et voit sa peine commuée en réclusion à perpétuité. Mais il se pend dans sa cellule en 1840. En 1973, le philosophe Michel Foucault

Michel Foucault ?

sortira de l’oubli son étrange récit.

Bergheim (Haut-Rhin), le repère des sorcières

Les ruelles de ce charmant village alsacien cachent un lourd passé. Entre 1582 et 1683 ont eu lieu ici 43 procès pour sorcellerie ! À l’époque, en France, en Allemagne et en Suisse, la population vit dans la hantise des sorcières et leur persécution est particulièrement virulente en Alsace. Le soupçon se porte généralement sur des femmes seules, que l’on accuse de se livrer au culte du diable. Sur une simple dénonciation, elles sont arrêtées, torturées, et avouent n’importe quoi. Ainsi, à Bergheim, Catherine Bassler, la bonne du curé, déclare avoir tué deux veaux, un verrat ??et surtout son oncle. Elle est condamnée à être décapitée et brûlée. Elle n’a évidemment commis aucun crime. Un musée est dédié à ces innocentes sur le lieu même où elles ont subi leur supplice.

Dans des villages de Bretagne, une empoisonneuse fait recette
Bergheim ?

Dans des villages de Bretagne, une empoisonneuse fait recette

Une épopée meurtrière prend fin le 2 juillet 1851 dans un hôtel particulier de Rennes, où deux domestiques viennent de décéder. Le maître des lieux demande une autopsie qui révèle… un empoisonnement à l’arsenic. Les soupçons se portent sur la cuisinière, Hélène Jégado

Hélène Jégado ?
Hélène Jégado?

. Elle nie. Mais en retraçant son parcours, les enquêteurs ont le vertige. Depuis dix-huit ans, dans toutes les communes bretonnes où elle est passée, il y a eu des morts. Laide et aigrie mais vrai cordon-bleu, elle assaisonnait ses plats de poison au moindre regard de travers. Elle aurait tué près de 80 personnes ! Hélène Jégado est guillotinée le 26 février 1852, sous les hourras de la foule……

Enfants abandonnés…….


Je laisse les commentaires ouverts bien que je sache que ce billet ne sera pas commenté ( peut-être quelques  » like » ( dont j’ai horreur) . Je l’ai écrit pour moi d’abord ,parceque je voulais en savoir plus sur l’abandon des enfants .

Une pratique singulière : l’attribution de pseudonymes à des centaines d’enfants au milieu du XXe siècle

Pendant la première moitié du XXe siècle, en France, plusieurs centaines de milliers d’enfants sont devenus pupilles de l’Assistance publique. La plupart sont des enfants abandonnés par leur mère, le plus fréquemment pour des motifs liés à la misère. Beaucoup portent le patronyme maternel, mais souvent sans le savoir. Des recherches ont montré qu’en Ille-et-Vilaine, entre 1927 et 1944, des pseudonymes sont donnés à ces enfants, à leur arrivée à l’Assistance. Les familles d’accueil et l’entourage ne les connaissent que sous cette nouvelle identité et les documents ainsi que les correspondances sont établis sous ces nom et prénom de substitution. Leur état civil officiel n’en est pas pour autant modifié et ils retrouvent ultérieurement leur véritable identité. Cette pratique singulière n’est pas générale en France. Elle brouille les pistes et met en lumière la culture du secret qui prévalait dans les services de l’Assistance publique de cette époque.

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Au cours de la première moitié du 20ème siècle, en France, plusieurs centaines de milliers d’enfants ont été pupilles de l’Assistance publique (AP) (ils sont appelés pupilles de l’État après 1943). Selon que leurs parents sont connus ou non, ces enfants sont dits  » enfants abandonnés  » ou  » enfants trouvés  ». Durant l’entre-deux-guerres, la grande majorité des pupilles sont des enfants abandonnés.

L’histoire de ces enfants et de leur famille d’origine est particulièrement riche et émouvante. Les dossiers des pupilles sont la principale source pour la connaître. Ils font entrevoir la vie d’un enfant, parfois aussi celle de leur famille et renvoient également à l’histoire de notre société.

Alors que pendant l’Antiquité, la décision de mise à l’écart d’un bébé appartenait au père, au 20 e siècle ce sont essentiellement les mères qui abandonnent. La plupart des femmes contraintes à cette décision, sont jeunes, célibataires et vivent dans une grande misère. La majorité d’entre elles accompagnent, elles-mêmes, leur bébé à l’AP, à l’issue d’un séjour d’une dizaine de jours passés à l’hôpital après la naissance. En Ille-et-Vilaine, entre 1914 et 1939, ce sont 61 % des enfants abandonnés qui arrivent entre 4 et 14 jours après leur naissance. D’après les lettres retrouvées dans les dossiers, les mères gardent souvent l’espoir d’une vie meilleure et de pouvoir reprendre leur enfant, plus tard, même si la loi prévoit une rupture définitive.

Les enfants abandonnés ont leur filiation établie avec leur mère, voire avec leurs deux parents. En Ille-et-Vilaine, 91 % des enfants abandonnés portent le seul nom de leur mère, les autres portent le nom du père ou du mari, que ce dernier soit ou non le géniteur. Seuls les enfants trouvés ont pour patronyme un prénom ou un nom d’emprunt. Ces derniers sont souvent choisis par la mère, ou sinon par la sage-femme ou le médecin ou à défaut par l’administration.

En Ille-et-Vilaine, à partir de 1927, une pratique singulière se met en place : même si leur filiation est établie, un pseudonyme est attribué aux enfants, aussitôt après leur admission à l’AP. La consultation, pour cette étude spécifique, de 909 dossiers de pupilles nés après 1925 et sortis des services entre 1925 et 1949 a permis de mesurer l’ampleur de ce phénomène et d’approcher ses causes et ses conséquences. Des échanges avec d’anciens pupilles ont enrichi cette première approche. La lecture d’ouvrages et les apports du Conseil national pour l’accès aux origines (CNAOP), des archives départementales de la Gironde et de professionnels de plusieurs conseils généraux ont éclairé la pratique d’autres départements.

Cet usage est également mis en perspective avec la culture du secret qui a longtemps prévalu dans les services de l’AP puis de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Des pseudonymees en guise d’identité ….

Sur la couverture des dossiers de pupilles figurent, notamment, les nom et prénom de l’enfant, la date de naissance et la catégorie. Dans ceux du département d’Ille-et-Vilaine, des indications surprenantes apparaissent à partir de 1927. Un autre nom et un autre prénom sont notés en haut de la couverture, généralement au crayon rouge, parfois soulignés. À l’intérieur du dossier, cette même identité se retrouve au travers du procès-verbal (PV) d’admission, toujours en rouge, tout en bas à gauche. Elle est précédée du mot  » alias  » ou plus souvent de  » pseudonyme  », et quelquefois de  » dit  » ou  » dite  » ou même  » le ou la nommé(e)  ».

Un  »livret de pupille  » est établi sous cette nouvelle identité. Ce livret de 62 pages comprend des éléments relatifs à l’identité de l’enfant, à sa santé, sa scolarité, ses placements et aussi des listes de  »vêtures  » ( Vêtements ) . selon les âges, des conseils d’hygiène et d’alimentation aux nourrices et des relevés de leur paiement.

D’ailleurs ,on constate que, dans certains dossiers, toutes les autres pièces portent cette nouvelle identification, sans aucune mention de la véritable identité. Il en va ainsi de la fiche qui retrace les placements et les observations des inspecteurs, de fiches sanitaires, de certificats médicaux, de remboursements de fournitures et même de certificats de décès. Lorsque l’enfant est placé chez une nourrice, les échanges de courrier avec cette dernière se font en désignant l’enfant par son seul pseudonyme. Il apparaît alors que la nourrice ne connaît l’enfant que sous ce nom et ne sait sans doute pas qu’il en porte un autre. Seuls l’extrait d’acte de naissance et l’arrêté d’admission portent l’identité réelle de l’enfant et cela sans aucune mention de pseudonyme. De même, le plus souvent, le certificat de baptême ou  »d’ondoiement » ( = Baptême d’urgence où seule l’ablution baptismale est faite.)est établi sous la seule identité première. Ce sauf-conduit pour  »l’au-delà  » est généralement accompli dès le jour de la naissance et précède alors l’admission.

Dans un nombre plus important de dossiers, les documents les plus anciens mentionnent le pupille sous son seul pseudonyme, puis l’enfant reprend son identité d’origine et le reste des pièces et courriers indique alors ce seul nom.

Très exceptionnellement, dans quelques dossiers, certains papiers portent les deux noms. Par exemple, dans le dossier de Marie-Louise A., à propos de son décès, il est indiqué :  » la nommée M. Jeanne (il s’agit de son pseudonyme), alias Marie-Louise A. (patronyme de l’état civil) est décédée  ». Dans certaines notes confidentielles de l’aumônier de l’hôpital, les deux identités se côtoient également :  » L’enfant (pseudonyme), né le…, porté ce jour à la crèche de l’hospice, et non baptisé, se nomme en réalité (état civil), baptisé le… à…  » Dans les rares autres cas de double mention, le document est établi avec le pseudonyme ; l’identité réelle n’étant rajoutée qu’au crayon, manifestement dans le seul but de faciliter le classement.

Les noms donnés en pseudonymes n’ont apparemment pas de signification particulière. Certains sont des prénoms mais d’autres ne sont ni des prénoms, ni des noms communs, ni des noms de lieux. Quelques-uns donnés à des enfants rapidement décédés et de ce fait non identifiables : Prima, Damasse, Contrain, Lichon ou Magon,Janvier. On constate aussi que le choix des patronymes ne dépend pas du sexe de l’enfant. Même les prénoms qui servent de nouveaux patronymes, qu’ils soient féminins ou masculins, sont attribués de façon indifférenciée aux garçons et aux filles. Le choix n’est pas non plus déterminé par la catégorie d’enfants trouvés ou abandonnés ou par un quelconque ordre alphabétique, en fonction de la date d’admission ni par exemple, le mois d’admission .

Le choix du prénom du pseudonyme est manifestement aussi aléatoire. La seule certitude est qu‘il ne correspond ni au prénom du saint du jour de la naissance ni à celui de l’admission de l’enfant et qu’il n’y a aucune correspondance entre le prénom initial et le nouveau, au moins jusqu’en 1941. Louise P. née le 28 mai 1934 se voit ainsi nommée Berthe R. ; Claire Pi., née le 27 juin 1932 devient Lucie P. ; Guy Q., Marcel C..

En 1941, toutefois, un changement s’opère. Il se rencontre dès mai, mais n’est généralisé qu’en août. Désormais, seul un nouveau nom est donné et le prénom est conservé.

L’attribution d’un pseudonyme est manifestement très rapide. Elle se fait dès l’arrivée à l’AP. Même des bébés qui n’ont pas bénéficié de placement en nourrice et qui sont décédés à l’hospice dépositaire en ont été dotés. Ainsi, Jeanne A., née le 22 novembre 1927, admise le jour même et décédée huit jours après, reçoit le pseudonyme de Lucienne Guillaume, Jean A. né le 5 avril 1942 qui est devenu pupille le 23 avril et est décédé le jour-même se voit également doté d’un nouveau nom : Jean Loran.

Une pratique généralisée en Ille -et-Vilaine :

 

L’usage de pseudonymes se rencontre en Ille-et-Vilaine sur une période de presque 18 ans. Plus d’un millier de pupilles sont concernés. À quelques rares exceptions près, la pratique concerne tous les enfants trouvés et abandonnés. Ainsi, sur les 24 enfants trouvés ou abandonnés nés en 1927 ou 1928 et sortis en 1928, seul un n’a pas reçu de pseudonyme. La pratique est appliquée quelle que soit la raison de l’abandon : absence de ressources, rejet de la famille ou tout autre motif. Elle est la même quelle que soit la personne qui remet l’enfant. Ce peut être la mère ( cas le plus fréquent ) ou une sage-femme, une infirmière, un médecin… Il en va de même que l’enfant soit né à l’hôpital, en clinique, chez une sage-femme ou au domicile de la mère.

La pratique commence en janvier 1927, à une exception près d’un enfant admis en décembre 1926, et se termine au milieu de l’année 1944. D’après les recherches, l’attribution du dernier pseudonyme concerne Antoinette A., née le 7 juillet 1944, admise le 20 juillet et qui devient Antoinette M

. La fin qui intervient en août 1944 correspond manifestement à la libération du département ( les 3, 4 et 5 août, à l’exception de Saint-Malo et Dinard ) et au changement des autorités.

Donc, quasiment tous les enfants trouvés de cette période ont des pseudonymes, alors même que leur état civil, souvent composé de plusieurs prénoms, n’identifie pas leur filiation. Cet état civil est, il est vrai, connu par la personne qui a fait la déclaration de naissance et peut l’être aussi par la mère et même avoir été donné par elle. L’enfant trouvé Guy F., né le 7 mai 1932 à Saint-Malo, remis par Mme O., repasseuse, se voit ainsi doté du pseudonyme d’Auguste D. Dans les deux seules exceptions rencontrées, le bébé n’avait pas été déclaré en mairie quand il est devenu pupille, le jour même de sa naissance. C’est l’AP qui l’a fait et donc elle seule qui connaissait son identité.

Beaucoup d’enfants trouvés qui avaient pour identité un double prénom se voient doter d’un nom-pseudonyme qui a l’apparence d’un patronyme. D’autres, par contre, ont un nouveau prénom.

Pour les enfants abandonnés, la reconnaissance par leur mère, et même par les deux parents n’interfère pas. Les fratries elles-mêmes sont concernées. Des circonstances particulières n’influent pas davantage sur la pratique. Ainsi, une jeune femme de 23 ans, confie en juin 1944 son nouveau-né. Elle précise qu’elle doit se rendre à pied dans le Morbihan, où elle habite, et ne peut emporter son bébé, à cause de la distance, des combats et des bombardements, et reviendra aussitôt que possible. Son garçon se voit pourtant immédiatement doté d’un pseudonyme. Il décède le mois suivant, avant que sa mère ne l’ait repris.

Pour la catégorie des abandonnés, trois absences de pseudonymes s’expliquent par la situation administrative antérieure de l’enfant. L’un était secouru auparavant, le deuxième était en dépôt. Quant au troisième, il était hospitalisé  » au compte des assurances sociales  » et décède avant même que le PV ne soit établi. Pour les quelques autres enfants abandonnés sans pseudonyme, on constate que le lieu de l’abandon n’est pas le bureau de l’AP, mais une mairie ou un commissariat de Police. Ces admissions se sont faites en outre à un âge plus tardif que celui des autres enfants.

En règle générale, contrairement aux enfants trouvés ou abandonnés, aucun pseudonyme n’est donné aux orphelins ni aux enfants moralement abandonnés. Pour ces derniers, il faut préciser que le jugement peut être revu à la demande des parents à l’issue d’un délai de trois ans. En outre, pour ces deux catégories, les admissions sont généralement tardives. Une seule exception a été constatée, celle d’un bébé admis comme orphelin, quelques jours après sa naissance, à la suite du décès de sa mère en couches. Il a manifestement été assimilé à un enfant abandonnés

Pour les enfants en dépôt qui lui sont confiés ( ils sont très peu nombreux à cette époque ) l’AP ne détient pas la puissance paternelle, qui reste aux parents. Malgré cela, dans un dossier, un pseudonyme a été attribué. Margaret K., née fin 1925, est admise en dépôt, donc à titre provisoire, en même temps que ses quatre frères, en septembre 1927, à la suite de l’incarcération de son père, sa mère étant sans domicile et sans ressources. Il lui est donné le pseudonyme d’Ernestine D. Un livret de pupille, une fiche de suivi, un certificat médical et différents courriers portent cette identité. La fillette conserve ses nouveaux nom et prénom pendant tout son placement. En juin 1928, la mère reprend tous ses enfants. Il est demandé alors à la nourrice de la fillette de la ramener à l’AP. Même dans ce courrier, elle est appelée Ernestine D. Aucun de ses frères, même le plus jeune, né début septembre 1927, n’a de pseudonyme. Rien ne permet d’expliquer une telle situation.

Des enfants à l’identité double :

Le contenu du dossier de Robert G. né le 6 juin 1932 à Rennes étonne au premier abord. Sa mère Anna G., 17 ans, le conduit à l’AP, alors qu’il a douze jours. L’arrêté d’immatriculation comme abandonné est pris au nom de Robert G. L’extrait d’acte de naissance comme le certificat de baptême sont établis à ce même nom. Le PV d’admission porte également ce nom mais une annotation mentionne :  » Pseudonyme P. Émile  ». Un livret de pupille est établi le jour même au nom de P. Émile. Il y est même noté que  » P. Émile a été baptisé le 9 juin 1932  », alors qu’il est su que ce sacrement a eu lieu avant l’admission, sous le patronyme officiel. Le bébé part un mois après en nourrice sous son pseudonyme. Une fiche sanitaire qui suit l’évolution du bébé, avec son poids, les différents laits donnés, porte ce nom. Deux ans après, pour des raisons non explicitées, le garçon retourne à l’hospice dépositaire et est confié le mois suivant à une nouvelle nourrice. Un deuxième livret de pupille est alors établi, mais cette fois-ci avec le nom initial. Des certificats médicaux ultérieurs sont rédigés avec l’identité retrouvée. Une lettre de la deuxième nourrice montre qu’elle connaît l’enfant sous ce nom. Aucun élément dans le dossier n’explique ce double changement de nom …..

En fait, cette reprise de l’identité initiale est la règle. Les pupilles qui ont porté un pseudonyme pendant tout leur placement à l’AP sont tous, soit décédés en bas âge, soit ont été remis à leur mère ou leurs parents. Dans ce dernier cas, l’enfant retrouve sa véritable identité à l’âge, variable, correspondant à cet événement. Ainsi, Josèphe R., enfant trouvée, après s’être appelée Renée L., ne reprend son nom de naissance qu’à 4 ans et 8 mois, pour en changer aussitôt après et porter celui de sa mère qui vient de la reconnaître. La mère a écrit une quinzaine de lettres pour demander des nouvelles de sa petite, ce qui montre son attachement, mais pour la fillette c’est un bouleversement. Pour d’autres enfants, l’âge de ce double changement est encore plus tardif et a lieu vers 7 ans.

Aucun pupille ne porte encore son pseudonyme à l’âge adulte. Par contre, la date de la reprise de l’identité officielle diffère d’un enfant à l’autre. Il est parfois difficile de savoir précisément à quel âge et dans quelles circonstances, elle a lieu. Plusieurs mois, et même plus d’un an, peuvent séparer le dernier papier avec le pseudonyme, du premier avec l’identité initiale. Toutefois, des tendances principales apparaissent et trois situations se dessinent dont la première paraît la plus fréquente.

Nombre de modifications s’observent entre 18 mois et 2 ans et demi, en lien avec un changement de nourrice. Après l’admission à l’AP, pendant son séjour à l’hospice puis chez sa première nourrice, l’enfant n’est identifié que sous son pseudonyme. Il reprend ensuite sa véritable identité et n’est connu par sa nouvelle famille d’accueil que sous ce nom. C’est le cas de Gaston B., né en février 1928 et remis par sa mère âgée de 19 ans. À l’âge de trois semaines, il est placé chez une première nourrice, sous son pseudonyme de Maxime H. Différents documents, dont une fiche sanitaire, un certificat médical, des échanges de courrier, portent cette identité. À 18 mois, il repart. Une fiche inventoriant ses vêtements est établie le 19 août 1929, toujours avec son nom d’emprunt. Par contre, dès le 22 août, lors de son placement chez une seconde nourrice, il retrouve son nom initial.

Certains enfants continuent à porter leur pseudonyme lors de leur deuxième placement et ne changent qu’au troisième. Ainsi, René A., né en juin 1928, après un premier placement en nourrice à un mois, est confié à Madame L. en septembre 1929. Lorsqu’il la quitte, le 21 mars 1930, l’inventaire de ses vêtements est établi sous son pseudonyme. Ce n’est que trois jours après, en allant chez sa troisième nourrice, à l’âge de 21 mois, qu’il retrouve sa véritable identité.

La raison de ces changements de nourrice n’est généralement pas indiquée dans les dossiers et les pupilles interrogés l’ignorent. On observe que pendant le deuxième quart du xxe siècle, les modifications de placements entre 18 mois et 3 ans se généralisent en Ille-et-Vilaine. Ce n’était pas le cas auparavant, où par exemple plus de la moitié des pupilles nés en 1917 et sortis de l’AP en 1938 à leur majorité n’ont eu qu’une seule nourrice et où les ruptures de placement pour les autres, à des âges très variables, sont dues le plus souvent au décès ou à la maladie de la gardienne ou à de la maltraitance. Dans d’autres départements, comme l’ancienne Seine-et-Oise où nous avons travaillé, on constate aussi des changements quasi systématiques de nourrice soit vers 18 mois-2 ans, soit plus tard vers 6 ans. Dans le département de la Seine, on assiste entre les deux guerres à une pénurie de nourrices au sein, qui a pu conduire à les réserver aux tout-petits et à confier les enfants sevrés à d’autres gardiennes. Mais en Ille-et-Vilaine, il en va différemment, un des critères principaux du choix des nourrices est la possession d’une ou plusieurs vaches et la demande d’accueil d’enfants de l’AP reste importante. Une des raisons de la nouvelle pratique pourrait être liée à la lutte contre la forte mortalité infantile, avec une spécialisation de nourrices pour le premier âge. Ceci n’explique toutefois pas en soi la double modification d’identité.

D’autres reprises de l’identité réelle correspondent au placement de l’enfant chez un couple, en vue d’une légitimation adoptive, généralement entre 18 mois et 5 ans. Ainsi, Yvonne L., qui s’est appelée F. D. pendant 20 mois, est-elle confiée à ses futurs parents adoptifs sous son identité de naissance. Mais les enfants confiés en vue d’une légitimation adoptive ne reprennent pas tous leur identité de naissance, dès le placement chez leurs futurs parents adoptifs. Certains ne la retrouvent qu’au moment où le couple demande formellement, au conseil de famille, l’autorisation d’adoption. Dans ces cas, des courriers attestent que le couple n’avait connaissance auparavant que du pseudonyme et ignorait qu’il ne s’agissait pas de la véritable identité.

La reprise du patronyme de naissance peut aussi être plus tardive et intervenir entre 12 et 14 ans. Cet âge correspond pour la plupart, à l’entrée dans le monde du travail, avec la signature d’un contrat d’apprentissage et l’affiliation aux assurances sociales. Jacqueline B., née le 21 janvier 1927, porte le pseudonyme d’Ida S., pendant toute son enfance. Un document du 17 juin 1940, alors qu’elle a plus de 13 ans, ainsi que tous les documents antérieurs la nomment sous ce pseudonyme. Par contre, le jour de ses 14 ans, un contrat d’apprentissage est signé avec son identité officielle. En outre, un nouveau carnet de santé est établi sous ce nom. Toutes les correspondances et documents ultérieurs mentionnent le seul nom officiel. Un tel changement tardif peut aussi coïncider avec l’entrée à l’école primaire supérieure. C’est le cas de Marie Catherine G., née en août 1927. Début septembre 1941, un papier relatif à un achat de sabots montre qu’elle porte encore son pseudonyme de Berthe M. Le 13 du même mois, sa nourrice s’adresse à l’AP en la désignant avec ce même nom. Le 18, l’inspecteur écrit en demandant de constituer un trousseau pour rentrer à l’école primaire supérieure, et là, il désigne la jeune fille sous ses véritables nom et prénom. La nourrice a visiblement du mal à se faire à ce changement et, dans sa réponse, elle continue à parler de Berthe, même si elle n’utilise plus le nom pseudonyme. Marie Catherine rajoute un petit mot pour dire son impatience de la rentrée et signe de son nouveau nom, manifestement avec une certaine fierté. Dès lors, c’est sous cette identité qu’elle est connue.

Une pratique surprenante ,sans base réglemantaire .

Ultérieurement,( mais plus de 20 ans plus tard), la loi du 11 juillet 1966 prévoira, pour les enfants dont la filiation est établie et dont les mères ont expressément demandé le secret de l’abandon, d’annuler le premier acte de naissance et d’en établir un second avec un nouveau patronyme choisi par le service de l’ASE et un nouveau lieu de naissance. Le dossier de l’enfant est établi sous ce nouveau nom. Cette règle s’appuie sur le respect du secret demandé.

Les dossiers d’une étude sont, quant à eux, répertoriés et classés en fonction du nom de l’état civil initial. Il n’y a pas d’indication des pseudonymes dans le registre de 1932 qui mentionne les admissions de 1932 jusqu’en 1945, et récapitule rétroactivement la plupart de celles entre 1925 et 1931. Ils ne figurent pas non plus sur les fiches individuelles détenues par le conseil général.

La loi prévoit, à l’époque, trois possibilités de changement de nom : une procédure spécifique pour les changements de noms difficiles à porter, la francisation du nom pour faciliter l’intégration des étrangers naturalisés et la reprise par la famille du nom d’une personne morte pour la France, sans descendants. La pratique rencontrée ne correspond à aucun de ces cas et ne conduit pas à un changement de patronyme à l’état civil.

La reprise de l’identité de naissance, au plus tard à l’adolescence, montre que c’est la seule légale. Le pseudonyme est un nom d’usage. Mais, il est utilisé par l’enfant, l’entourage et les professionnels comme s’il s’agissait d’une identité officielle et, à part l’inspecteur, personne ne semble connaître le nom de naissance. D’ailleurs, dans un courrier adressé à un futur père adoptif, en 1937, l’inspecteur spécifie :  » Il est absolument impossible que vous connaissiez (Victor B.), puisqu’il porte du reste un faux nom et que son nom véritable est seulement connu de moi.  »

Le recours à des pseudonymes est particulièrement surprenant. Ce l’est d’autant plus que le changement de pratique est radical. En effet, le nouvel usage s’applique dès le mois de janvier 1927, alors qu’il est totalement absent en 1926 et les années précédentes, à l’exception d’une admission en décembre 1926.

Sur le plan juridique, les pseudonymes sont des noms d’emprunt qu’une personne se donne à elle-même. Molière, Voltaire, Stendhal sont par exemple des pseudonymes. Cet usage est ancien et fréquent, mais il est licite à la condition qu’il soit utilisé dans l’exercice d’une activité particulière. Ce n’est bien évidemment pas le cas pour les pupilles.

La soudaineté et la généralisation de la pratique pourrait s’expliquer par la publication d’une loi, d’un texte réglementaire ou d’une directive spécifique aux pupilles. Mais des recherches multiples, y compris auprès des Archives nationales, de celles de Paris et l’AP-Hôpitaux de Paris et de la Bibliothèque Nationale n’ont pas permis d’établir de telles bases. Le  » traité de Planiol et Ripert » ?mentionne deux circulaires datées de 1926, l’une sur le nom des enfants trouvés, et l’autre sur le nom des enfants naturels. Il n’a pas été possible de trouver le premier texte. Il est très vraisemblable que cette circulaire faisait des recommandations concernant les noms à donner aux enfants trouvés non déclarés à l’état civil. D’autres circulaires l’on fait précédemment, comm celle du 30 juin 1812 qui propose de chercher des noms de l’histoire ancienne ou évoquant des signes particuliers à l’enfant et récuse  » les dénominations ridicules ou rappelant la situation d’enfants trouvés et les noms connus pour appartenir à des familles existantes ». De plus, étant donné le titre du texte, les enfants abandonnés ne sont pas concernés. La circulaire du 22 octobre 1926 relative au nom des enfants naturels précise que  » lorsqu’un enfant n’est désigné dans son acte de naissance que par une suite de prénoms, c’est ce dernier, quel qu’il soit, qui doit être considéré comme nom patronymique  ». Elle indique également que  » lorsqu’un acte de naissance indique le nom de la mère d’un enfant naturel mais que cet enfant n’a pas été reconnu par elle, une jurisprudence aujourd’hui à peu près constante proclame que cet enfant a droit au nom patronymique de sa mère  » Elle demande aussi de nommer les enfants naturels par ce patronyme dans les actes de mariage ou de décès. Cette directive, qui ne prévoit aucune dérogation, va expressément à l’encontre de toute substitution de nom pour les enfants qui portent le patronyme de leur mère.

Dans le même temps, une circulaire du 18 mars 1927 adressée aux directeurs d’agences par le préfet de la Seine indique qu’il lui a été signalé que les livrets de certains pupilles continueraient de porter, à la première page, la mention  » Inconnu  » et rappelle de façon très ferme la nécessité de porter sur les livrets des pupilles leur véritable état civil.

Par ailleurs, il est nécessaire de préciser que la tutelle des pupilles de l’AP ou de l’État est un régime de puissance paternelle, puis d’autorité parentale, qui cesse à la majorité et qui est sans conséquence sur la filiation.

En outre, la consultation des archives départementales de la Gironde a permis de constater que la pratique des pseudonymes n’était pas appliquée dans toute la France. Le conseil général du Finistère, a indiqué qu’elle n’existait pas non plus dans son département. Le CNAOP a pu confirmer que la pratique n’était pas généralisée. De plus, une réglementation nationale aurait prévu de façon précise les modalités et en particulier l’âge auquel l’attribution de pseudonymes intervenait et se terminait.

Le changement pourrait alors être dû à une directive écrite non publiée, voire à des consignes orales, spécifiques à un département. Il pourrait résulter de la décision d’un préfet, ou d’un inspecteur de l’AP. On constate effectivement qu’un même inspecteur a exercé en Ille-et-Vilaine au moins de 1928 à 1943. Mais ce n’est qu’une hypothèse fragile, car cette pratique n’est pas l’apanage du seul département d’Ille-et-Vilaine. René Giraud qui a réalisé un master d’anthropologie a relaté avoir rencontré deux pupilles des Bouches-du-Rhône, nés avant 1935, qui avaient un nom donné par l’administration, différent de celui de leur mère respective, bien que ces dernières les aient reconnus et aient établi la filiation. Dans son mémoire, il cite Roberte C. qu’il a interviewée, à qui la nourrice avait raconté qu’elle avait un patronyme donné par l’AP. L’intéressée, qui pense que c’était pour  » que maman ne revienne jamais me chercher  », décide, lors d’une inscription à l’école, de prendre le nom de son père nourricier, en expliquant :  » J’avais bien le droit de choisir un nom qui me convenait en offrant celui de mon père nourricier puisqu’il m’appelait sa fille. »

Des pseudonymes qui facilitent rupture et secret :

L’absence de texte expliquant l’usage de pseudonymes invite à rechercher, au-delà, les raisons d’une telle pratique. Quatre pistes ont été explorées : le respect du secret demandé par le ou les parents, un projet d’adoption, le secret de la filiation vis-à-vis de l’enfant, le secret du placement.

La première hypothèse est le respect du secret demandé par la mère ou par la famille. Les enfants trouvés n’ont pas de filiation établie, mais, pour ceux dont la mère choisit elle-même les noms et prénoms, c’est assurément pour lui laisser une trace et non pour qu’il porte un autre nom.

Pour les enfants abandonnés, la déclaration à l’état civil avec le nom de la mère, voire des deux parents, ne plaide guère non plus en faveur d’une volonté de secret. Certes, dans certains dossiers, il est mentionné que la mère veut cacher sa grossesse à sa famille ou que  » le mari l’ignore  ». Mais même là, aucun écrit ne mentionne qu’elle demande le secret vis-à-vis de son enfant. De toute façon, cela ne concerne qu’une minorité de situations, l’absence de ressources étant la raison principale des abandons. En outre, la préservation d’un tel secret supposerait un changement d’état civil et non l’attribution d’un pseudonyme pendant seulement quelques années, voire quelques mois. De plus, les parents ne sont manifestement pas informés de cette pratique. Les échanges de courrier avec eux se font en indiquant le nom d’état civil. Léontine B. née le 17 juin 1927 à Saint-Malo et décédée le 16 juillet suivant, est dite Aurélie E. Quelques mois plus tard, sa mère demande à la revoir. Il lui est répondu :  » J’ai le regret de vous faire connaître que votre fille Léontine […] est décédée le 26 juillet de pyodermite et d’athrepsie générale. »

L’éventualité d’une adoption ne paraît pas non plus, a priori, être le motif de l’attribution de pseudonymes. En effet, la légitimation adoptive n’est devenue possible qu’avec le décret-loi du 29 juillet 1939 et l’adoption plénière, qui rompt tout lien avec la famille naturelle, qu’après la loi de 1966. Avant 1966, l’enfant adopté conservait son patronyme d’origine auquel était rajouté le nom de l’adoptant. On constate d’ailleurs que les pupilles recouvraient leur nom de naissance au plus tard au moment de la requête en adoption.

Les pseudonymes ne sont cependant pas sans incidence. La plupart des enfants sont confiés aux futurs adoptants sous leur identité première. Dans ce cas, le pseudonyme utilisé antérieurement favorise la rupture. Les candidats à l’adoption rencontrent en effet leur futur enfant en centre de consultation et non chez la nourrice et la différence d’identité ne permet pas de relations entre nourriciers et adoptants, sans l’aval de l’AP.

Pour les quelques enfants qui arrivent dans la famille adoptive en portant toujours leur pseudonyme, la double identité désoriente les parents adoptifs. Ainsi, l’avocat en charge de l’adoption de Maryvonne B. demande pourquoi les pièces adressées en vue de la légitimation adoptive portent ce nom et non celui de Maryvonne P., sous lequel a été confié l’enfant. Il lui est répondu que  » B Maryvonne est le nom sous lequel l’enfant a été déclarée à l’état civil alors que P. Maryvonne est le pseudonyme sous lequel elle a été placée au centre nourricier à Antrain  » et que  » c’est donc au nom réel de l’enfant B. que doit être engagée la procédure de légitimation adoptive  ». Il n’est pas précisé que c’est le patronyme de la mère.

L’incertitude sur le nom et l’origine de l’enfant peut aussi conduire les parents adoptifs ou l’entourage à fantasmer. Un couple en vient même à se quereller, la femme finissant par soupçonner le mari d’être le père du garçon. L’inspecteur est catégorique :

 » Je ne puis m’expliquer la provenance des bruits dont vous m’avez entretenu […] Vous avez librement choisi avec Madame, l’enfant B. Victor au milieu de plusieurs autres. Il est absolument impossible que vous le connaissiez puisqu’il porte du reste un faux nom et que son nom véritable est seulement connu de moi. Comment dans ces conditions pouvoir penser vous en attribuer la paternité?  »

La troisième hypothèse est celle d’une utilisation de pseudonymes liée à l’enfant lui-même. Vis-à-vis des pupilles, le secret concernant les origines a en effet longtemps prévalu.

La loi de 1904 stipule que  » dans tous les cas où la loi ou des règlements exigent la production de l’acte de naissance, il pourra y être supplée, si le préfet estime qu’il y a lieu d’observer le secret, par un certificat d’origine dressé par l’inspecteur et visé par le préfet  ». Les lois du 2 septembre 1941 et du 15 avril 1943 reprennent ces mêmes dispositions. Ce certificat d’origine permet d’occulter le lieu de naissance et la filiation. Cette faculté devait être réservée, d’après la circulaire du 15 juillet 1904 aux  » situations délicates  », or dans la plupart des départements, dont l’Ille-et-Vilaine, elle a été étendue à tous, de façon injustifiée puisque la tutelle des pupilles est sans conséquence sur la filiation.

Certains anciens pupilles ont longtemps ignoré l’origine de leur patronyme, s’il s’agissait du nom de leur père ou de leur mère ou d’un nom donné, et quel était leur lieu réel de naissance. La plupart des mariages de pupilles mentionnent leur appartenance à l’AP. Dans le bulletin de mariage de Julienne K., il est ainsi indiqué :  » Née le 3 février 1916 à Assistance publique  », alors qu’elle est née à Rennes et porte le nom de sa mère. Les bulletins de décès portent aussi des mentions spécifiques. Il en est de même pour les actes de naissance des enfants de pupille mineur où il est mentionné  » fils ou fille de X, pupille  ». Le port de pseudonyme concourt à désaffilier les pupilles par rapport à leur famille d’origine, pour les rattacher à la seule AP. Il pourrait être destiné à brouiller les pistes.

Cette troisième hypothèse se heurte cependant au fait que l’attribution de pseudonyme n’a pas entraîné de nouvel état civil et que les pupilles adultes connaissent leur véritable identité. Certains découvrent même tardivement qu’ils ont porté un pseudonyme.

René C. demande en décembre 1991 à avoir des éléments sur ses origines pour  » reconstituer la vie de celle qui a un moment difficile de son existence a dû me laisser sur le bord du chemin  ». Quatre ans plus tard, à 67 ans, il découvre que lors de son premier placement il a eu un pseudonyme  » dans le but j’imagine de déjouer d’éventuelles recherches dans les tous premiers mois de ma naissance  ».

Un monsieur né en 1928 a apporté ses deux livrets, l’un à son nom, l’autre sous son pseudonyme. Il ignorait totalement pourquoi il avait deux livrets avec des noms différents. Il ne se souvenait pas avoir porté le premier nom, ce qui s’explique par le fait que le changement avait eu lieu avant l’âge de 2 ans, comme pour René C.

Des personnes dont le changement a été plus tardif ne connaissent pas davantage la cause de cette évolution. Certains pensent que les dossiers étaient mal tenus et qu’il s’agit d’une anomalie qui leur est propre. La consultation de dossiers datant d’avant 1944 n’est pas fréquente actuellement, aussi, les services du conseil général d’Ille-et-Vilaine n’avaient-ils constaté l’existence que de quelques pseudonymes. De ce fait, ils pouvaient difficilement expliquer cette particularité aux personnes qui découvraient leur dossier.

Les personnes qui ont porté un pseudonyme arrivent parfois à douter de la véracité de leur patronyme.

Ainsi, Marie Catherine G., à l’approche de ses 21 ans, cherche avec l’aide de son mari à connaître qui sont ses parents. Dans une lettre de mai 1948, sont précisés les éléments connus et surtout les interrogations :  » Mademoiselle Marie Catherine G. pupille de l’Assistance publique de Rennes, née le 17 août 1927 à… ? fille de… ? et de… ? a été admise à l’hospice de Rennes le 5 septembre 1927.  »Il lui est répondu :  » Ma chère Marie-Catherine, […] j’ai le regret de vous faire connaître que je ne possède aucun renseignement sur votre mère qui vous a abandonnée aussitôt après votre naissance, et n’a jamais depuis demandé de vos nouvelles. En formant les meilleurs vœux pour le bonheur de votre foyer…  »

En 1963, en 1964, puis en 1966, la jeune femme fait de nouvelles démarches pour savoir en particulier son lieu de naissance, puis l’origine de son nom et s’il est français.

En avril 1980, le ton est plus incisif et là, elle fait allusion à son pseudonyme qui ajoute à son incertitude :

 » Je ne sais rien sur mes origines, je ne connais même pas mon lieu de naissance. Pensez-vous qu’à l’époque où on vit ce soit normal. …. Je suis dans le commerce et à chaque moment il me faut remplir des papiers avec mon lieu de naissance, chaque fois c’est la même chose (Assistance publique ou point d’interrogation). J’ai 53 ans, faudra-t-il donc traîner ce boulet toute la vie ? …. J’ai été inscrite au départ sous le nom de Berthe M., puis à 13 ans quand j’ai passé mon premier certificat on m’a donné paraît-il mon vrai nom (souligné par l’auteur), celui de Marie Catherine G. Je pense que vous me comprendrez et pourrez me dire ce que depuis des années j’ai envie de savoir.  »

Pour l’enfant, la modification de son identité, le plus souvent accompagnée d’un changement de vie, sans préparation qui plus est, devait être particulièrement perturbante.

Il n’y a pas de témoignage direct lié aux pseudonymes. Mais nombre de personnes évoquent leur bouleversement en apprenant une identité différente de celle à laquelle elles avaient cru. Une femme d’une cinquantaine d’années a parlé avec beaucoup d’émotion du jour où elle s’était rendu compte, à 12 ans, qu’elle ne portait pas le même nom que sa famille d’accueil et avait appris qu’elle était de l’ASE. Le soir même, elle fuguait.

Même s’il ne faut pas écarter totalement les autres hypothèses en l’absence d’écrit explicatif, la plus vraisemblable semble être la volonté de garder le secret du lieu de placement vis-à-vis des parents. Il s’agit d’empêcher que les parents ne recherchent leurs enfants.

La loi du 27 juin 1904 prévoit que le lieu du placement du pupille reste secret, sauf décision du préfet prise dans l’intérêt de l’enfant. Cette obligation est expliquée par le ministre de l’Intérieur dans sa circulaire du 15 juillet 1904 :

 » Il est juste que ceux qui abdiquent les devoirs de la famille n’en goûtent pas les joies. Si les parents connaissaient la résidence du pupille et pouvaient dès lors entrer en relation avec les nourriciers et avec lui, les voir à leur gré, le frein le plus puissant à l’abandon disparaîtrait : il y aurait mise en pension de l’enfant aux frais du contribuable. On peut ajouter que l’éducation des pupilles serait rendue plus difficile, souvent presque impossible, par l’intervention des familles.  »

Dans les règlements départementaux, il est interdit aux nourriciers de donner un quelconque renseignement sur l’enfant confié, sous quelque prétexte que ce soit. Dans les contrats d’apprentissage, il est également précisé que le patron doit veiller à ce que le pupille  » ne communique pas avec sa famille et si cette éventualité venait à se produire en informer sans délai l’inspecteur  ».

L’usage de pseudonymes concourt à une rupture définitive. Les parents peuvent difficilement retrouver trace d’un enfant qui ne porte plus le nom initial.

L’exemple de la mère d’Irène Y., qui, célibataire, a abandonné sa fille puînée à la naissance, est instructif. Après son mariage, elle vient s’installer par hasard avec son époux et son aînée non loin de la nourrice de sa benjamine. Trouvant que les deux petites se ressemblent, la gardienne prend à partie la mère qui écrit alors à l’AP pour avoir des nouvelles :

 » Je vous supplie de bien vouloir me dire si la petite Irène Y. est vivante car je suis sa mère et maintenant je suis mariée et on veut reprendre notre petite …. Si je suis malade, c’est le regret de ma petite fille et surtout de recevoir des paroles comme j’en reçois. Mme H. fait marcher une petite fille de l’Assistance pour laquelle je crois toujours que c’est mon enfant. …Tous les jours quand je la vois, je me mets à pleurer et je me fais des idées noires car Mme H. quand elle me voit, va vite la chercher et elle se met à rire aux éclats en disant c’est malheureux d’avoir abandonné sa sœur, il faut avoir le cœur d’une vache. C’est dur pour une mère de recevoir ces paroles. […] Je l’ai mise à l’Assistance car c’était impossible pour moi de l’élever.  »

Dans une autre lettre, elle précise que la nourrice lui a montré le matricule de l’enfant et supplie de la reprendre. Irène Y. était connue par la nourrice sous son pseudonyme de Marie B. Pour la mère, il devait être particulièrement déconcertant de voir une petite fille ressembler à son enfant mais porter un nom différent. Dans sa première lettre, il est manifeste qu’elle est très ébranlée par la ressemblance mais n’a pas de certitude. Elle commence en effet par demander si sa fille est vivante. Dans cette situation, la divulgation du lieu de placement est plutôt favorable à la mère, à qui l’enfant est confiée assez rapidement, mais à titre d’essai.

La spécialisation de certaines nourrices pour les tout-petits dans le département dans la même période pourrait être en lien avec l’attribution de pseudonymes.

Cette hypothèse de changement de nom pour éviter que les parents ne retrouvent fortuitement leurs enfants est confortée par certaines pratiques antérieures de l’AP. Des départements ont organisé la coupure des pupilles de leur famille et lieu d’origine. Au xixe siècle, l’une des raisons de la création des agences de la Seine, dans le Morvan, l’Ouest et le Nord de la France était la mise à distance à plus de 150 km des parents, pour éviter que certains ne deviennent nourrices rémunérées de leurs enfants. Même les enfants déjà placés en nourrice sont partis dans un autre département. Lamartine a dénoncé, mais en vain, le caractère arbitraire de cette politique :

 » N’est-ce pas une rigueur ? Une peine ? Un exil ? Une barbarie ? Ah ! Demandez-le à votre propre cœur intimement interrogé, demandez-le à ces convois presque funèbres de ces enfants expatriés que nous rencontrons par longues files sur nos routes, le front pâle, les yeux mouillés, les visages mornes…  »

Les départements de la Seine-et-Oise et des Bouches-du-Rhône ont également eu des agences hors de leur département. Une circulaire du ministre de l’Intérieur du 21 juillet 1827 a organisé des échanges d’enfants trouvés et abandonnés entre départements limitrophes. La population devait en être avisée, pour susciter des reprises d’enfants et permettre ainsi des économies pour l’Assistance publique. Pour les enfants non repris, le changement de département conforte la rupture.

Par ailleurs, alors même que la loi de 1904 prévoit que les frères et les sœurs sont, autant que possible, placés dans la même famille, ou, au moins, dans la même commune, certains départements, comme les Bouches-du-Rhône, favorisent la dispersion des fratries.

L’éloignement se veut en premier une sanction contre les parents et en second une protection pour les enfants par rapport à une famille jugée défaillante.

Des pupilles ,enfants du seecret .

Il convient de resituer l’usage, si singulier, de pseudonymes dans le contexte du secret qui prévalait à l’époque, dans le dessein de donner à l’enfant une nouvelle existence, vierge de tout passé.

Plusieurs auteurs se sont fait l’écho des recherches des pupilles sur leurs origines. C’est parfois une quête tout au long de la vie. Amandine, qui ignorait même l’origine de son nom, écrivait en 2000, à 85 ans :

 » J’avoue avoir toujours au cœur cette grande peine de ne pas connaître ses racines. Cependant au fond de moi-même, je voue à cette maman (qui n’a pas voulu de son enfant ? ) la tendresse de lui dire au fond de moi-même je t’aimerai en silence, peut-être qu’un jour dans l’au-delà nous pourrons nous rencontrer. Cela m’aide à continuer la route.  »

Longtemps, le secret a été opposé aux pupilles. Un courrier adressé à un pupille qui demande en avril 1948 à connaître sa famille est à cet égard explicite :

 » Je ne puis que vous conseiller, comme je l’ai fait maintes fois, d’organiser sérieusement votre existence, seul, maintenant que vous êtes majeur et de vous créer vous-même un foyer lorsque le moment sera venu. »

La culture du secret évoluant avec le temps, certains pupilles qui avaient eu une fin de non-recevoir accèdent sur le tard à leur identité. Ainsi, Nicole A. née en 1943 se voit d’abord répondre en 1990 qu’elle est née de parents non dénommés et qu’il n’y a rien de plus au dossier. En 2000, elle peut consulter son dossier et il lui est remis une fiche où il est précisé qu’elle a été amenée à l’AP par sa mère, la date et lieu de naissance de cette dernière ainsi que sa profession et son lieu de résidence.

Le secret a longtemps prévalu, aussi dans les familles. Ainsi, en 1998, une femme demandait quelles étaient ses origines :

 »Ayant trouvé fortuitement (56 ans après) les documents concernant mon adoption (j’ignorais tout) ne sachant rien sur ma naissance et les trois premières années de ma vie. Serait-il possible de me communiquer tout ce qui concerne mon abandon et surtout le nom de mes parents biologiques…  »

Cette personne a découvert un certificat d’origine portant le nom de Maryvonne B. mais ignore que ce patronyme est celui de sa mère.

Parfois, ce sont les enfants qui font des démarches. Pour certains, ils n’apprennent le passé de leurs parents qu’au décès de ces derniers.

La communication des dossiers aux intéressés a été prévue par la loi du 17 juillet 1978 sur le droit d’accès aux documents administratifs et celle du 11 juillet 1979 qui l’applique aux documents nominatifs. Mais même alors, pour les pupilles, subsistent des divergences d’appréciation sur la possibilité de consulter ou non des informations concernant leurs parents ou leurs fratries. C’est la loi du 22 janvier 2002 qui marque un tournant décisif dans le droit pour les pupilles de connaître leurs origines, qu’ils aient été adoptés ou non. Seules deux restrictions existent : le cas où la mère a accouché en demandant le secret de son identité et celui où les parents ont demandé explicitement le secret de l’état civil, lors de l’abandon. En cas de doute sur la demande de secret par la mère, c’est le Conseil national pour l’accès aux origines personnelles (CNAOP) qui doit être saisi et qui met tout en œuvre pour contacter la mère et connaître ses intentions. En outre, depuis 2002, il n’est plus possible au père ou à la mère de demander le secret de leur identité après la reconnaissance de leur enfant.

L’attribution si singulière de pseudonymes met en lumière combien étaient prégnantes la culture du secret et la volonté de rupture avec les familles d’origine, pendant la première moitié du 20ème siècle. Elle interroge sur les motivations qui président au secret et invite aussi à une constante vigilance sur le respect des droits des personnes, surtout les plus fragiles.

Absinthe : grandeur et décadence de  »la fée verte »


Billet long ,trop long ,mais ……..heureux d’avoir retrouvé mes blogs alors…..

image = absinthe plante

Au XIXe siècle, l’art de vivre passait par l’absinthe… Tour à tour adulée puis chargée d’anathème, celle qui inspira les artistes de l’époque, de  » fée verte  » devint sorcière. Accusée de rendre fou et criminel, elle fut partout combattue et abattue. La Belgique, la première, sonna le glas en 1905. La Suisse suivit en 1910 et finalement la France donna, en 1915, le dernier  »coup d’estoc ». Feu la fée verte ne gênerait plus personne. Morte grâce aux efforts conjugués de l’Académie de Médecine, des ligues antialcooliques et des syndicats puissants de la viticulture, elle fut enterrée à grands renforts de fanfare.

C’est à la fin du XVIIIe siècle que vivait, dans le village de Couvet, le Dr Ordinaire, un médecin français exilé de Franche-Comté pour des raisons politiques, . Décrit comme un original par les habitants du canton, le médecin parcourait en tous sens le Val de Travers monté sur son petit cheval corse qu’il appelait  » La Roquette  ».

Il exerçait tout à la fois la médecine et la pharmacie, comme cela se pratiquait alors. Dans les cas graves, il prescrivait un élixir fabriqué à partir de plantes macérées dans de l’alcool dont il tenait la formule croit-on, d’une vieille femme de Couvet, la mère Henriod. A la mort du Dr Ordinaire, sa gouvernante, Mademoiselle Grand-Pierre, aurait vendu la formule de l’élixir au major Dubied. Celui-ci, avec un sens certain des affaires et aidé de son gendre Henri-Louis Pernod, créa en 1798 la première fabrique d’absinthe à Couvet.

affiche vente absinthe sous la marque  » Pernod »

Le major Dubied prit donc l’affaire en mains. L’élixir allait être désormais distillé, méritant ainsi l’appellation scientifique et légale  » d’extrait d’absinthe  », mais restant plus habituellement dénommé  » liqueur d’absinthe  ». C’est ainsi que l’absinthe passa du domaine de la thérapeutique équivoque à celui de boisson apéritive. Autrefois prescrit pour combattre la fièvre et stimuler l’appétit, ce breuvage quitte donc l’officine et devient, grâce à son ancienne réputation, le complément indispensable d’une bonne cave.

En 1805, devant le succès de la liqueur et l’accroissement de la demande, Henri-Louis Pernod

Henri-Louis Pernod ?

décida de créer sa propre entreprise. Pour des raisons fiscales, il s’installa alors en France, à Pontarlier dans le Doubs. Avec une première distillerie française, qui avait pour nom Pernod Fils, commençait, chez nous, l’aventure de l’absinthe.

L’absinthe fait son chemin.

Quelques années plus tard, vers 1830, elle devient vraiment la boisson à la mode. C’était l’époque des grandes conquêtes coloniales : l’Algérie, Madagascar, le Tonkin… Les militaires qui s’étaient vite aperçu des vertus curatives ?de la liqueur d’absinthe en mettaient quelques gouttes dans l’eau généralement suspecte pour se garantir des fièvres pernicieuses et de la dysenterie. Ils prirent goût à ce breuvage et à leur retour en France continuèrent à absorber leur boisson favorite. Ils furent vite imités par la bourgeoisie pleine d’admiration pour ses conquérants et par les artistes à la recherche de plaisirs nouveaux capables d’augmenter leur sensibilité et leur pouvoir de création. ( Qui n’a pas en tête cette fameuse photographie de Verlaine écrivant au Procope, un verre d’absinthe devant lui ? )

Tous les artistes  » s’adonnaient à la verte avec passion  ». Les poètes en buvaient et la louaient ou la fustigeaient selon leurs états d’âme ; les peintres en buvaient et lui donnaient un visage. Certains d’entre eux montrèrent son côté funeste, comme Degas…

Degas ?

….dans son fameux tableau intitulé  » l’absinthe  » ou Picasso avec sa série des buveuses. D’autres préférèrent retenir l’ambiance du bar, de la fête. Renoir immortalisa ainsi le  » Bal du Moulin de la Galette  », haut lieu de divertissement où l’absinthe triomphait. Manet se plaisait au « Bar des Folies Bergères »… Toulouse-Lautrec, quant à lui, avait un faible pour le Moulin Rouge. Un faible pour l’absinthe aussi. Il ne sortait jamais sans sa canne à système qui dissimulait un verre et une petite fiole contenant de la liqueur. Chez lui, il raffinait. Il composait dans son atelier pour son ami Aristide Bruant, un  » cocktail  » de son invention : un panaché de cognac et d’absinthe au nom si évocateur de  » Tremblement de terre  ». Boire de l’absinthe relevait donc du snobisme de l’époque et dans tous les grands établissements des beaux quartiers, entre cinq et sept heures du soir, c’était  » l’heure verte  ».

Vers 1870, l’absinthe jusqu’alors réservée à une élite va se ‘ démocratiser  ». Voilà l’ouvrier entraîné  » sur la piste du bourgeois  ». L’absinthe qui était chère à ses débuts devient meilleur marché que le vin qu’elle commence à concurrencer. Certains le remarquent et d’autres s’en inquiètent comme en 1907 Jean d’Orsay, journaliste au Matin : ‘ La purée verte remplace partout les flacons rouges aux terrasses des cafés. Autant d’apéritifs que de consommateurs. Où sont les innocentes piquettes d’antan ?  » Ainsi, l’absinthe ne fait plus l’exclusivité des beaux établissements. Elle fait son apparition dans les petits bistrots, les caboulots qui regorgent de monde les soirs de paye. Les marchands de vin, puis les fruitiers et même les charbonniers vendent de l’absinthe. Si bien  » qu’à la sortie des ateliers, sur les places, dans les rues, en été, nous sommes pénétrés du relent anisé de toutes les demies dégustées…  » (L’absinthe et l’absinthisme, 1908).

Absinthe Terminus, à Pontarlier
Absinthe Terminus, à Pontarlier

Fait de société nouveau, la femme qui se contentait à la fin du repas d’une petite  » liqueur de dames  »prend désormais l’apéritif et se met à l’absinthe. On la voit, surtout à Paris, attablée à la terrasse des cafés et  » je vous garantis que les absintheuses sont au moins à la hauteur des absintheurs  », écrit H. Balesta en 1860 dans  » Absinthe et absintheurs  ».

Pourquoi cette vogue de l’absinthe qui fait dire au Dr Eugène Ledoux de Besançon en 1908 :  » elle est devenue malheureusement une boisson nationale et bien française  » ? Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’apéritif tel qu’on le connaît aujourd’hui n’existait pas. Quelques amers et quinquinas faisaient leur timide apparition. Lorsqu’il s’agissait de boire avant le repas, à la maison aussi bien que dans les établissements publics, c’était surtout le vin qui était à l’honneur… Et puis survint l’absinthe.

L’absinthe avait tout pour devenir populaire : cette saveur anisée tout à fait nouvelle pour l’époque ; cet air faussement anodin dû au fait qu’il fallait y ajouter de l’eau fraîche, ce qui en faisait une boisson légère et désaltérante. Et enfin, elle demandait une préparation originale, un cérémonial très particulier qui fit de sa consommation un véritable rite social.

L’absinthe, extrait distillé de plantes ayant préalablement macérées dans de l’alcool, titrait 68 et 72 degrés. Il fallait d’une part, y ajouter de l’eau ce qui provoquait l’émulsion des essences des plantes, ce qui donnait l’aspect laiteux de la boisson et, d’autre part, le sucrer pour adoucir l’amertume apportée par la plante d’absinthe. Comme le sucre ne se dissout pas dans un alcool de titre aussi élevé, il fallait qu’il tombe déjà dissous, dans le verre. D’où ce rite de la préparation de l’absinthe.

la préparation de l’absinthe
Lorsque votre absinthe est versée
Au fond d’un verre de cristal
Mettez sur la pelle en métal
Le sucre, en deux pierres cassées
Et l’une sur l’autre placéesPuis faites couler savamment
L’eau claire en petite cascade
Regardez bien, voici comment.
Et pour qu’elle ne soit pas fade
Versez surtout très doucement.L’absinthe devenant plus pâle
Répandra sa divine odeur
Et vous verrez dans la blancheur
De cette subtile liqueur,
De beaux reflets d’ambre et d’opaleVous aurez de cette façon
Une absinthe bonne et bien faite ;
Profitez donc de ma leçon ;
Si cela vous monte à la tête,
Vous calmerez votre âme en fête
En nous chantant une chanson.
rite de la préparation de l’absinthe

Ainsi, les consommateurs prenaient leur temps, devisant entre eux en attendant que leurs absinthes soient prêtes. Ce rite, par l’occasion qu’il créait de favoriser les conversations, est, à n’en pas douter, à l’origine de l’énorme succès de l’absinthe. Ce moment de détente pris au café, en compagnie, est devenu rapidement une institution. Et cet instant privilégié est devenu l’heure de l’apéritif, l’heure de l’absinthe.

Rançon de son succès, l’absinthe, boisson profondément sociale, a connu une telle vogue dans toutes les couches de la société qu’elle devint très rapidement le symbole de l’alcoolisme. Un alcoolisme qui prit des proportions effrayantes au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du suivant. Il est vrai qu’il se buvait beaucoup d’absinthe. De 1870 à 1910, sa consommation n’a fait que croître : elle serait passée de 7 000 hectolitres en 1874 à 360 000 hectolitres en 1910, d’après les chiffres donnés par la Ligue Nationale antialcoolique. C’est la ville de Marseille qui détenait le record de la consommation avec 3 litres d’absinthe pure par habitant et par an, puis venaient les départements du Var avec 2,5 litres, du Vaucluse, de la Seine et du Gard avec 2 litres. Quant à la ville de Pontarlier qui comptait 25 distilleries en 1905, sa consommation a décuplé en trente-cinq ans, de 1871 à 1906.

En fait, l’absinthe était consommée surtout dans les régions du Jura et du Doubs où étaient installées de nombreuses distilleries, à Paris pour une question de mode et dans le Midi de la France où elle était une boisson rafraîchissante par excellence. Ceci représentait environ treize départements qui absorbaient à eux seuls 65 % de la consommation totale de la France. L’absinthe qui avait le tort d’être populaire, fut un exutoire tout trouvé à l’alcoolisme. Tous les maux portés par les eaux-de-vie et le vin furent mis sur son compte. L’absinthe est qualifiée de fléau social et pour elle on invente l’expression de péril vert.  »La Fée verte devint ainsi sorcière  ».

Dès 1902, le Président du Conseil avait demandé à l’Académie de Médecine d’étudier cette grave question de l’alcoolisme. Il fut à cet effet créé en son sein une Commission dite de l’alcoolisme qui avait pour but d’analyser la toxicité de toutes les boissons à base d’essences. Outre l’absinthe, les consommateurs avaient en effet le choix entre différentes boissons alcooliques, à base de plantes, fabriquées suivant divers procédés. L’Académie de Médecine se pencha donc sur le problème général des boissons à essences et de nombreuses discussions eurent alors lieu afin de définir le degré de toxicité des essences les plus couramment utilisées.

C’est en s’appuyant sur les données de l’observation clinique et simultanément sur les résultats de l’expérimentation physiologique, que furent déterminés la nature et le degré de toxicité de chacun des produits composant les liqueurs. Après de nombreuses controverses, l’Académie refusa finalement d’établir une échelle de culpabilité entre les essences. Elle préféra les condamner toutes en bloc et condamner avec elles leur support commun qui est l’alcool. Il fut donc établi une seule liste d’essences avec néanmoins à leur tête, l’essence d’absinthe, la reine des poisons de ce genre (Bulletin de l’Académie de médecine, séance du 24 janvier 1903).

’absinthe, la reine des poisons de ce genre

Un courant très sérieux en faveur de la prohibition de l’absinthe avait déjà commencé à se manifester avant 1900. Aussi quand l’Académie de médecine souleva la question de la toxicité des boissons à essences et en particulier de celle de l’absinthe, décida-t-elle de l’orientation à donner à la lutte antialcoolique. La fée verte vit alors se dresser contre elle  » tous ceux qui, voulant en finir, l’accusent d’être la principale cause de l’abêtissement physique et moral de la nation française  », écrit J. Guyot dans L’absinthe et le délire persécuteur en 1907.

Une ligue nationale contre l’alcoolisme fut alors fondée, soutenue par des membres de l’Académie de Médecine, des écrivains, des parlementaires. Suivant cet exemple, de nombreuses autres ligues antialcooliques virent le jour appuyées par la presse. En 1906, la ligue nationale contre l’alcoolisme prit l’initiative de lancer une pétition nationale contre l’absinthe, avec ce mot d’ordre :  » Supprimons l’absinthe  ». Un texte fut envoyé aux conseils généraux et municipaux, aux membres de l’Académie de Médecine, de l’Académie française, de l’Armée, de la Magistrature, de l’Université.

Ce texte commençait ainsi :  » Attendu que l’absinthe rend fou et criminel, qu’elle provoque l’épilepsie et la tuberculose et qu’elle tue chaque année des milliers de fiançais. Attendu qu’elle fait de l’homme une bête féroce, de la femme une martyre, de l’enfant un dégénéré, qu’elle désorganise et ruine la famille et menace ainsi l’avenir du pays. Attendu que des mesures de défenses spéciales s’imposent impérieusement à la France, qui boit à elle seule plus d’absinthe que le reste du monde…  ». La pétition fut un succès.

En plus, le journal Le Matin organisa le 14 juin 1907 un meeting monstre au Trocadéro avec comme ordre du jour :  » Tous pour le vin, contre l’absinthe  ». La séance fut ouverte par le Pr. d’Arsonval

Pr. d’Arsonval ?

 :  » Le but de cette séance est de dénoncer au public un péril national : l’absinthe et l’absinthisme. L’utilité des boissons alcooliques n’est point en cause : l’absinthe, voilà l’ennemi !  » tandis que l’illustre académicien, Jules Clarette déclarait :  » Faisons que les marchands de vin, qui ont bien le droit de vivre, vendent du vin, du vin français, du vin naturel et sain, celui que le roi gascon faisait couler sur les lèvres de son nouveau-né. Alors, ils auront bien mérité de la France  ». Pendant ce temps, au dehors, sur la place du Trocadéro, grondait une contre-manifestation de plusieurs milliers de personnes, menée par le député Girod de Pontarlier.

Toutes les propositions de loi concernant la suppression de l’absinthe furent successivement rejetées par la commission sénatoriale chargée de les examiner. Le 11 juin 1912, le Sénat adopta cependant la proposition de M. Ouvrier tendant à interdire, non pas la liqueur d’absinthe mais toute liqueur renfermant de la thuyone, principe reconnu actif de l’essence d’absinthe, présent dans les armoises et différentes plantes telles que la sauge et la tanaisie. Par cette mesure, le gouvernement voulait donner satisfaction au grand mouvement d’opinion qui s’était déchaîné contre l’absinthe. En même temps, il n’osait prendre contre les fabricants de l’apéritif national la mesure radicale que l’intérêt public demandait.

Il faudra attendre le lendemain de la déclaration de la guerre de 1914 pour que le gouvernement invite les préfets à prendre dans les départements des arrêtés tendant à interdire dans les établissements publics la vente au détail de l’absinthe. Mais comme il fallait faire davantage, le gouvernement émit le 7 janvier 1915 un décret contresigné par le ministre de l’Intérieur, interdisant la circulation, la vente en gros et au détail de l’absinthe et des liqueurs similaires.

Ce décret ne pouvant être valable que pour la durée de la guerre, il fut déposé sur le bureau de la Chambre un projet de loi tendant à rendre définitives les mesures prises pendant la guerre. Le 16 mars 1915( il y a environ 108 ans ), la proposition de loi relative à l’interdiction de la fabrication, de la vente en gros et au détail ainsi que la circulation de l’absinthe et des liqueurs similaires, fut enfin acceptée à l’unanimité.

La loi, qui parut au Journal Officiel le 17 mars 1915, fut très favorablement accueillie par l’opinion publique et, sauf quelques rares exceptions, fut partout complètement appliquée. Les fabriques furent fermées. Les marchands en gros et les dépositaires suspendirent leurs ventes mais conservèrent cependant leurs stocks en attendant le vote d’une éventuelle loi d’indemnisations.

Plusieurs projets de loi relatifs aux indemnisations à allouer aux fabricants d’absinthe furent déposés par le gouvernement mais aucun n’aboutit. Pour éviter les murmures des cultivateurs, un début de satisfaction leur fut cependant donné. L’État reprit leurs stocks d’herbages, les brûla et les paya aux prix des derniers cours, tout en laissant espérer d’autres indemnités qui devaient dédommager les planteurs de leurs frais de culture et de leurs installations spéciales de dessication.

Les anciens fabricants d’absinthe se trouvèrent eux, au retour de la guerre, devant un amas d’herbages aussi important qu’inutile. Finalement, ces plantes détenues par les distillateurs ne leur furent jamais remboursées et plus d’un million de kilos fut détruit sans compensation. Les fabricants ne reçurent aucune indemnisation et les grosses fabriques très spécialisées qui ne distillaient que de l’absinthe durent fermer leurs portes.

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Paroles:

Ils buvaient de l’absinthe,
Comme on boirait de l’eau,

L’un s’appelait Verlaine,

Verlaie ?


L’autre, c’était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,
On ne boit pas de l’eau,
Toi, tu n’es pas Verlaine,
Toi, tu n’es pas Rimbaud,
Mais quand tu dis « je t’aime »,
Oh mon dieu, que c’est beau,
Bien plus beau qu’un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud
,

Pourtant que j’aime entendre,
Encore et puis encore,
La chanson des amours,

Quand il pleut sur la ville,
La chanson des amours,
Quand il pleut dans mon cœur,
Et qu’on a l’âme grise,
Et que les violons pleurent,
Pourtant, je veux l’entendre,
Encore et puis encore,
Tu sais qu’elle m’enivre,
La chanson de ceux-là,
Qui s’aiment et qui en meurent,
Et si j’ai l’âme grise,
Tu sécheras mes pleurs,

Ils buvaient de l’absinthe,
Comme l’on boit de l’eau,
Mais l’un, c’était Verlaine,
L’autre, c’était Rimbaud,
Pour faire des poèmes,

On ne boit pas de l’eau,
Aujourd’hui, les « je t’aime »,

S’écrivent en deux mots,
Finis, les longs poèmes,
La musique des mots,
Dont se grisait Verlaine,
Dont se saoulait Rimbaud,

Car je voudrais connaître,
Ces alcools dorés, qui leur grisaient le cœur,
Et qui saoulaient leur peine,
Oh, fais-les-moi connaître,
Ces alcools d’or, qui nous grisent le Coeur,
Et coulent dans nos veines,
Et verse-m ‘en à boire,
Encore et puis encore,
Voilà que je m’enivre,

Je suis ton bateau ivre,
Avec toi, je dérive,

Et j’aime et j’en meurs,
Les vapeurs de l’absinthe,
M’embrument,
Je vois des fleurs qui grimpent,
Au velours des rideaux,
Quelle est donc cette plainte,
Lourde comme un sanglot,
Ce sont eux qui reviennent,
Encore et puis encore,
Au vent glacé d’hiver,
Entends-les qui se traînent,
Les pendus de Verlaine,
Les noyés de Rimbaud,
Que la mort a figés,
Aux eaux noires de la Seine,

J’ai mal de les entendre,
Encore et puis encore,
Oh, que ce bateau ivre,
Nous mène à la dérive,
Qu’il sombre au fond des eaux,
Et qu’avec toi, je meurs,

On a bu de l’absinthe,
Comme on boirait de l’eau,
Et je t’aime, je t’aime,
Oh mon dieu, que c’est beau,
Bien plus beau qu’un poème,
De Verlaine ou de Rimbaud…

C’était il y a 64 ans …..


……..Les tibétains se soulevaient contre l’occupation chinoise le 10 mars 1959 .

Une cause bien éclipsée / oubliée aujourd’hui par la crise ukrainienne, mais la diaspora (Dispersion d’une communauté) à travers le monde ; la population tibétai­ne ainsi dispersée n’oublie pas ce rendez-vous annuel. Chaque année, le 10 mars, elle commémore le soulève­ment de 1959 au Tibet contre l’invasion chinoise.

Le 10 mars 1959, des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont descendus dans les rues de Lhassa pour réclamer l’indépendance du Tibet. Ce mouvement de protestation, porté par une population déjà exaspérée, fut réprimé dans un bain de sang (plus de 80 000 morts). Pékin considérait le Tibet comme appartenant à la zone d’influence chinoise, il n’était pas question d’imaginer son émancipation. ( Aujourd’hui, ce raisonnement est celui de Moscou à l’égard de l’Ukraine ).

Maintenant , la commémoration se déroule à l’extérieur du pays, particulièrement en Inde, où une partie des Tibétains sont réfugiés. Notamment dans la ville himalayenne de Dharamsala, dans le nord de l’Inde où est réfugié le Dalai Lama

le Dalai Lama

. Au Tibet, tout est verrouillé, la présence policière et militaire renforcée et le pays est fermé aux étrangers pour quelques jours. D’ailleurs,ceux-ci ont été rares en Chine ces derniers temps, en raison de l’épidémie de covid.

Suite aux manifestations de 2008 au Tibet, lourdement réprimées par l’État chinois (plus de 200 morts, 5 000 prisonniers, condamnations à de lourdes peines de prison et des exécutions), la situation au Tibet ne cesse d’empirer : on déplore plus de 2000 prisonniers politiques tibétains, des morts sous la torture, des disparitions forcées, des violences des forces de polices contre des rassemblements pacifiques entraînant des morts. Depuis 2009 au Tibet, quelque 150 Tibétains se sont immolés par le feu pour protester contre cette répression. La plupart sont morts. Pékin alourdit son emprise sur la région, depuis 2019 il prélève de manière systématique l’ADN des 3,5 millions de Tibétains comme il l’a fait pour les 23 millions de Ouïghours ( Les Ouïghours sont ethniquement et linguistiquement turcs, et sont majoritairement musulmans. Ils constituent l’un des groupes minoritaires les plus importants de Chine et sont confrontés, depuis des décennies, à diverses formes de persécution.) ;on ignore l’objectif précis de ce programme. En revanche, l’envoi de centaines de milliers d’enfants tibétains, âgés de 4 à 18 ans, dans des internats coloniaux chinois au Tibet, loin de leurs familles, est beaucoup plus clair : il vise à éradiquer la culture tibétaine

La Chine suit la crise ukrainienne avec intérêt, elle s’est abstenue à l’ONU de condamner l’agression russe. Elle le sait, un parallèle pourrait être fait avec l’invasion du Tibet en 1959. Elle est également dans le viseur de la communauté internationale pour sa politique d’élimination du peuple ouïghour et ses visées sur Taïwan.

(à lire : Himalaya à cœur ouvert, dans lequel, l’auteur Alain Laville, parle de la souffrance du peuple tibétain à travers une série de témoignages recueillis au Tibet.)

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Tibet /Chine .