Indépendance de Genève ?


   Geneve 1602 ( Genève à l’époque  )

    Le 21 juillet 1603, à Saint-Julien-en-Genevois, Genève et la Savoie signent un traité qui consacre l’indépendance définitive de la ville après l’épique   » journée de l’Escalade. » 

La journée de l’escalade

  Le 12 décembre 1602, une troupe de soudards s’approche de Genève. Ses chefs, qui obéissent au duc de Savoie Charles-Emmanuel, ont mission de s’emparer de la petite république calviniste et d’y rétablir le catholicisme.

Une ville indisciplinée
Après les guerres de Bourgogne et la triste fin du duc Charles le Téméraire ( Grand-Duc d’Occident )  sous les murs de Nancy (1477), Berne et ses alliés de la confédération helvétique prennent conscience de leur force. Ils concluent contre le duché de Savoie une Alliance perpétuelle avec le roi de France Louis XI.
Sous le règne du duc Charles III, le roi de France, François Ier, envahit la Savoie. De leur côté, les Bernois envahissent le Pays de Vaud, le Genevois et le Chablais.
La ville de Genève, qui se situe à l’extrême limite du duché de Savoie, profite de l’affaiblissement de celui-ci pour signer en 1526 le  »  traité de combourgoisie  »  avec Berne et Fribourg. Elle se transforme en république libre et vote la Réformation en 1536.    Elle se rallie aux disciples de Luther avant de se soumettre à la férule de Jean Calvin.
Mais, en Savoie, le duc Emmanuel-Philibert, joliment surnommé « Tête de Fer », rétablit miraculeusement sa situation lors du traité de Cateau-Cambrésis (1559). Ses États lui sont restitués et il épouse même la soeur du roi de France Henri II, Marguerite de France. La rivalité entre le duché et la république n’en devient que plus dure.
  Genève contre Savoie
      En 1589, la cité de Calvin s’assure les services d’un  » reître  »  français, Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy. (Un reître, dans le langage courant désigne une personne brutale. A l’origine, un reître était un cavalier allemand engagé par la France en tant que mercenaire. C’est leur brutalité qui a donné son sens contemporain à ce mot.
Synonyme : soudard . )  Ce mercenaire met à sac le Genevois sous domination savoyarde et le Chablais avec ses soudards bernois, français et genevois. Ses troupes occupent la place d’Yvoire puis la ville de Thonon.
   Le 2 mai, c’est au  tour du château de Ripaille, haut lieu symbolique de la Maison de Savoie. Le Conseil de Berne, allié de Genève, après avoir  » loué l’Éternel, Dieu des armées et défenseur des justes querelles  » , exige  de  Sancy  »  de renverser et détruire la maison de Ripaille  » . Le 3 mai,  »  le feu fut mis par toutes les sept tours et consuma premièrement les deux galères et les trois esquifs. Le feu continua le dimanche et le lundi…  » 
   Quelques années plus tard, le duc Charles-Emmanuel Ier, fils d’Emmanuel-Philibert  » Tête de Fer  », voulut prendre sa revanche: 

    Le 17 janvier 1601, à Lyon, il signe un traité avec le roi de France Henri IV pour s’assurer de sa neutralité au prix de la Bresse, du Bugey, du Valromey et du pays de Gex, puis il dirige son armée vers Genève la rebelle.
Une bataille épique :
   Le 12 décembre 1602 (selon le calendrier julien en vigueur à Genève), le seigneur d’Albigny décide de profiter de la plus longue nuit de l’année pour s’emparer de la ville.
    Plusieurs dizaines de mercenaires aguerris, munis d’échelles enveloppées de chiffons, se glissent le long de la muraille et les plus agiles franchissent le parapet sans que le guet ait sonné l’alerte.
    Mais la  » mère Royaume  » , une huguenote d’origine lyonnaise, voit un soldat s’avancer dans la ruelle. Elle saisit sa marmite sur la crémaillère de l’âtre et déverse la soupe brûlante sur les assaillants… L’alerte est sonnée et les miliciens se portent à l’attaque. En hâte, les intrus se précipitent de l’intérieur pour ouvrir les battants de la poterne et faire entrer leurs complices massés derrière. Mais c’est trop tard.
    Un garde du nom d’Isaac Mercier se jette sur le taquet qui retient la herse et la fait tomber sur les assaillants qui se précipitaient sous le porche. La ville est sauvée.
Les survivants de l’assaut  ( dont le comte de Sonnaz ) sont capturés et pendus le lendemain avec des  démonstrations de joie aux remparts de la ville, au-dessus de la plaine de Plainpalais. Leurs corps sont livrés aux injures des passants. Le roi Henri IV, apprenant la nouvelle quelques jours plus tard, envoie ses chaleureuses félicitations aux Genevois.
Vers une paix définitive
   Le 21 juillet de l’année suivante (1603), à Saint-Julien-en-Genevois, Genève et la Savoie signent un traité qui consacre l’indépendance définitive de la ville.
    Tous les deuxièmes dimanches de décembre, les habitants commémorent encore aujourd’hui l’Escalade en costumes d’époque, dans la vieille ville, avec des proclamations de circonstances par le héraut, de la musique militaire d’époque (fifres et tambourins) et un feu de joie devant la cathédrale.
    On mange des marmites en chocolat, fracassées sur la table familiale au cri de « Ainsi périssent les ennemis de la République ! » Certains chantent le « Cé qu’è l’ainô », un poème épique dans un patois proche du provençal qui était parlé à l’époque. 
Cé qu’è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille,
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu’il étivé patron dé Genevoi…

Traduction aproximative : 
Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu’il était le patron des Genevois…
    ( À noter que les catholiques, qui ont été privés des droits civiques pendant 200 ans au profit des calvinistes, sont redevenus aujourd’hui majoritaires à Genève.)

Il y a environ 50 ans ….


   » Un petit pas pour l’homme , mais un bond de géant pour l’humanité  » 

Le 21 juillet 1969 ( j’avais 14 ans  lol ) , à 2h56  » G M T  » , l’astronaute Neil Amstrong sort du module de la mission spatiale américaine Apollo 11 et pose le pied sur le sol lunaire . Avec Buzz Aldrin , ils explorent les lieux et marquent leur passage en plantant un drapeau américain et une plaque d’acier  avec un message de paix signé par le président Nixon ……

A l’opposé du billet précédent :


Le 18 juillet 1918

   Naissait dans une  » chefferie xhosa  », Nelson Mandela . ( Une  » chefferie  » = Organisation politique de la société traditionnelle, à base familiale ou  » clanique  » , construite autour du chef  )

    Une fois adulte , il  suit une formation d’avocat et rejoint le Congrès National Africain (African National Congress, ANC), un parti multiracial qui se propose de lutter par les voies légales contre l’apartheid et la domination blanche dans son pays.
    En 1961, heurté par la violence de la répression, il fonde la branche armée du parti : Le Fer de lance de la Nation (MK, Umkhonto) avec l’objectif de mener des sabotages contre les cibles administratives et policières. Emprisonné en 1962 , il sera libéré 27 ans plus tard par le président Frederik de Klerk, sous la pression occidentale.
   Bénéficiant d’une aura planétaire, il est élu à la présidence de la République le 10 mai 1994, forme un gouvernement multiracial et réalise son rêve d’une Afrique du Sud  »arc-en-ciel  » . Bien que personne n’y croyait , il mènera son pays vers la démocratie et la paix. Frederik de Klerk et lui ont reçu le Prix Nobel de la Paix en 1993.   N.Mandela décèda le 5 décembre 2013 âgé  de 94 ans . 

C’était il y a environ 94 ans….


Parution de Mein Kampf
    Le 18 juillet 1925, Adolf Hitler publie le 1er volume de Mein Kampf mein kampf (en français  » Mon combat  »). Le second  volume paraîtra le 11 décembre suivant, soit un an à peine après que l’agitateur politique soit  sorti de la prison de Landsberg. C’est là qu’il a rédigé ce volumineux plaidoyer politique avec le concours de son fidèle Rudolf Hess.
  » Mein Kampf  » connaît un succès assez modeste jusqu’en 1929. Ensuite, son tirage va progresser rapidement et assurer une grande aisance financière à son auteur dès le début des années 1930. Il va atteindre une dizaine de millions d’exemplaires à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  Une première traduction paraît en français en 1934, avec la couverture barrée d’une citation du maréchal Lyautey :  » Tout Français doit lire ce livre  » , sous-entendu pour s’informer sur les thèses des nazis désormais au pouvoir en Allemagne : racisme, antisémitisme, antichristianisme, espace vital, revanche
    En vente libre sous réserve d’être accompagné d’un avertissement, le livre est tombé dans le domaine public en 2016.!

  La prison de Landsberg : Landsberg prisonAdolf Hitler y est détenu pendant neuf mois en 1924 après l’échec du putsch de la Brasserie à Munich.
Après la guerre, durant l’occupation de l’Allemagne par les Alliés, l’armée américaine en fait la  » Prison pour criminels de guerre no 1  ». Les premiers détenus pour crime de guerre sont envoyés à Landsberg en décembre 1945. Au total, la prison  abritera 110 prisonniers condamnés lors des procès de Nuremberg, 1 416 criminels de guerre des procès de Dachau et 18 des procès de Shanghai. En cinq ans et demi, 275 criminels de guerre y seront  exécutés sous l’autorité des puissances occupantes ; dont les principaux condamnés à mort du procès des Einsatzgruppen : Otto Ohlendorf, Erich Naumann, Paul Blobel ou Werner Braune y ont été pendus le 7 juin 1951.

Pour en finir avec le 14 juillet !!


Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise d’assaut par une foule de Parisiens. De ce jour date la fin de l’« Ancien Régime » et le début de la Révolution française.
       Dès l’automne, les contemporains prennent conscience de la portée historique de l’événement et songent à le commémorer. C’est chose faite l’année suivante avec la Fête de la Fédération.
Depuis 1880, la Fête nationale du 14 juillet perpétue le souvenir de cette fête et des promesses de la Révolution française.

La Révolution en germe
    40 jours plus tôt, les états généraux se sont réunis à Versailles et les députés ont constaté que les maux du gouvernement appelaient davantage qu’une simple réforme de l’impôt. Ils ont décidé de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l’exemple américain.
     Le roi Louis XVI (39 ans), malgré des reculades successives, n’exclut pas l’éventualité d’un coup de force contre les députés qui outrepassent leurs droits. Dès le 24 juin, il fait venir en secret des régiments suisses ou allemands à proximité de Versailles. Au total 30 000 soldats aguerris qui ne manquent pas d’inquiéter les Parisiens.
       Le 9 juillet, l’assemblée réunie à Versailles se proclame  » Assemblée nationale constituante  ». L’initiative ne plaît pas au roi ni surtout à son entourage. Sous la pression de la Cour, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son contrôleur général des finances, Jacques Necker, un banquier d’origine genevoise qui n’a fait que creuser le déficit mais est resté pour cela très populaire parmi les petites gens. Il le remplace par le baron de Breteuil.
    À Paris,les artisans et les commerçants s’irritent et s’inquiètent. On dit que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux.
     Dans les jardins du Palais-Royal, résidence du cousin du roi, le duc d’Orléans, et haut lieu de la prostitution et du jeu, un orateur, Camille Desmoulins, monté sur un escabeau, harangue ainsi la foule :  » Citoyens, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé et on l’a chassé… Après ce coup, ils vont tout oser et pour cette nuit, ils méditent peut-être une Saint-Barthélemy des patriotes !… Aux armes ! Aux armes, citoyens !  »
    Échec de l’émeute :
    Le 12 juillet, sur la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), un détachement de gardes suisses et un escadron de dragons du Royal Allemand, sous le commandement du prince de Lambesc, se fait huer par la foule qu’irrite le renvoi de Necker. Les cavaliers tentent de disperser les badauds faisant  de nombreux blessés.
Le mécontentement enfle, l’émeute gronde et la foule force les portes de plusieurs armuriers.
   Le 13 juillet, la rumeur se répand que les troupes royales vont entrer en force dans la capitale pour mettre les députés aux arrêts. En effet , des corps de troupes sont rassemblés au Champ de Mars et aux portes de Paris.
    Un comité permanent, la   » municipalité insurrectionnelle  », est formé par les citoyens qui ont participé à l’élection des états généraux pour faire face à la menace. Il se substitue à la vieille municipalité royale.
    Au matin du 14 juillet, des artisans et des commerçants se rendent à l’hôtel des Invalides en quête d’armes. Le gouverneur de Sombreuil cède aux émeutiers et ouvre les portes de l’hôtel dont il avait la garde. La foule fait irruption dans l’arsenal et emporte 28 000 fusils et 20 bouches à feu. Mais il lui manque encore de la poudre…
   C’est alors que des émeutiers rugissent : « À la Bastille ! » La rumeur prétend en effet que de la poudre y aurait été entreposée. Le peuple a une revanche à prendre sur la vieille forteresse médiévale dont la masse lugubre lui rappelle à tout moment l’arbitraire royal.
   Sur les marches de l’Hôtel de Ville, le sire de Flesselles, prévôt des marchands, tente de calmer les esprits. Il ne tarde pas à faire les frais de sa modération : On l’accuse de cacher des armes ainsi que d’accaparer les grains et d’affamer la capitale. Il est abattu d’un coup de pistolet, pendu à une lanterne et sa tête promenée dans les rues au bout d’une pique. C’est la première victime de la Révolution.
    Sur les tours de la Bastille, une douzaine de canons sont tournés vers le faubourg Saint-Antoine. La garnison se compose de 82 vétérans, dits  »invalides  », auxquels ont été adjoints le 7 juillet 32 soldats du régiment suisse de Salis-Samade commandés par le lieutenant de Flüe (ou de Flühe). Face à elle, les émeutiers ne font pas le poids. Ils sont un millier seulement, sans commandement et sans armes lourdes.

     Le marquis Bernard de Launay (ou de Launey), gouverneur de la Bastille, se persuade qu’il doit gagner du temps pour permettre à une troupe de secours de le délivrer des émeutiers. Il se déclare prêt à parlementer avec trois délégués et livre trois bas-officiers en otages.
   Les parlementaires sont conduits par le dénommé Thuriot. Le marquis insiste pour retenir ses hôtes à dîner (à midi selon la terminologie de l’époque). Il accepte de détourner les canons de Paris et s’engage à ne pas tirer sous réserve que les émeutiers ne tentent pas d’entrer dans la forteresse.
   Tandis que les parlementaires communiquent le message à la foule, une explosion mystérieuse émeut celle-ci. On crie à la trahison. Un groupe de forcenés pénètrent dans l’enceinte par le toit du corps de garde et se jettent sur les chaînes du pont-levis à coups de hache. Une charge de mitraille les disperse. Mais une nouvelle députation se forme pour exiger la reddition de la forteresse.
   De Launay, sans expérience militaire et d’un naturel peureux, perd ses moyens. Il donne l’ordre de tirer. Les soldats suisses armés de fusils de rempart appelés  » amusettes du comte de Saxe  »  font des ravages chez les assaillants. On compte une centaine de morts.
Les gardes françaises contre la Bastille:
  Tout bascule avec l’arrivée de deux détachements de gardes françaises. Ces soldats professionnels chargés de veiller sur la capitale prennent le parti des émeutiers et vont leur assurer la victoire. Sous le commandement de deux officiers, Élie et Hulin, ils amènent deux canons et les pointent sur la Bastille. Il s’ensuit un début d’incendie à l’entrée de la forteresse et quelques pertes chez les assiégés.

    M. de Monsigny, commandant des canonniers, est abattu, ce qui fait disparaître toute velléité de résistance chez les  » invalides  ».
   Il est 4 heures du soir. De Launay se ressaisit, ordonne soudain le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre dans un mouvement de désespoir. Mais ses invalides lui imposent de brandir un mouchoir pour parlementer. Le feu cesse.
     Le lieutenant de Flüe exige les honneurs de la guerre pour se rendre. On les lui refuse, mais le dénommé Élie, du régiment de la Reine, confirme par écrit les termes d’une capitulation qui assure la vie sauve aux défenseurs.
   Les ponts-levis sont abaissés et la foule se rue dans la forteresse, oublieuse des promesses d’Élie. Les soldats suisses, qui ont eu le temps de retourner leurs uniformes, sont pris pour des prisonniers et épargnés. Mais la foule lynche les malheureux invalides.
    Le marquis de Launay, qui a tenté de se suicider, est traîné dans les rues de la capitale avant d’être décapité par un boucher au chômage ! Sa tête est fichée sur une pique et promenée en triomphe à travers le faubourg. Son adjoint le major de Losme subit le même sort malgré les protestations d’un ancien prisonnier, le marquis de Pelleport :  » Arrêtez, vous allez immoler le meilleur des hommes. J’ai été prisonnier cinq ans à la Bastille où il fut mon consolateur  ». Les autres défenseurs de la Bastille, au total quatre-vingt-deux, sont de la même façon massacrés et décapités. Ce rituel macabre, inédit dans l’Histoire du pays, illustre le basculement de la Révolution dans la violence.
      À la Bastille, on libère les détenus avec une légère déception car il ne s’agit que de sept personnages de minable envergure (deux fous qu’il faudra réinterner à l’asile de Charenton, quatre faussaires que l’on devra renvoyer en prison et un noble, le comte de Solages, enfermé à la demande de son père pour avoir violé sa soeur).

     Les émeutiers sont surpris de découvrir des chambres spacieuses et d’un grand confort, à l’opposé des cellules de torture que décrivaient complaisamment dans leurs brochures les intellectuels poudrés qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, l’occasion de séjourner à la Bastille.
Fin d’un monde :
   Le soir même, de sa propre initiative, un entrepreneur zélé du nom de Pierre-François Palloy réunit 800 ouvriers et entreprend la démolition de la vieille forteresse, dont les jours étaient de toute façon comptés. Les pierres sont réduites en morceaux et distribuées comme autant de trophées. Palloy accroît sa fortune déjà rondelette en vendant les pierres comme autant de reliques ! : » Je certifie que cette pierre vient des cachots de la Bastille – Palloy patriote.  »             Au cours des semaines qui suivent la prise de la Bastille, le peuple se rue sur le monument déchu et en achève la démolition.
Ainsi l’émeute sanglante à laquelle ont concouru dix à vingt mille Parisiens (sur un total de cinq cent mille) se transforme-t-elle presque instantanément en un mythe national et antimonarchique.

Un symbole séculaire de l’absolutisme est ruiné, deux gouverneurs dépassés par leurs responsabilités ayant fait tourner d’un cran la grande meule de l’Histoire.
Le propre frère du roi, le comte d’Artois, futur Charles X, prend la mesure de l’événement. Il quitte la France sitôt qu’il en a connaissance, le 15 juillet. Il est suivi dans cette première vague d’émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.
début d’un autre :
   À Königsberg, en Prusse orientale (aujourd’hui ville de garnison russe du nom de Kaliningrad), le célèbre philosophe Emmanuel Kant, apprenant la prise de la Bastille, commet l’audace d’interrompre sa promenade quotidienne, chose extraordinaire qui, dit-on, ne lui arriva en aucune autre occasion.lol
      À Versailles, Louis XVI note quant à lui dans son journal de chasse à la date du 14 juillet :  » Rien  »… Mais il ne s’agit que du résultat de sa chasse habituelle. Le soir même, le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt fait réveiller le roi pour l’informer des derniers événements. À quoi le roi aurait répondu :
– Mais c’est une révolte !
Non, Sire, une Révolution (Si ce n’est pas vrai , c’est bien trouvé )
      Surpris par la violence populaire, Louis XVI se retient néanmoins de dissoudre l’Assemblée. Les députés, dans une séance mémorable présidée par l’abbé Grégoire, prennent la résolution de siéger en permanence. La Révolution peut suivre son cours.
   Le 16 juillet, à Paris, la nouvelle municipalité porte à sa tête un maire, Jean Bailly. Cet astronome de 53 ans a déjà présidé l’Assemblée nationale et supervisé la fameuse séance du Jeu de Paume (il sera démis de ses fonctions et plus tard guillotiné pour avoir fait tirer sur la foule qui réclamait la déchéance du roi le 17 juillet 1791, sur le Champ de Mars).
   Héros de la prise de la Bastille, Pierre-Auguste Hulin (31 ans) deviendra général après la bataille de Marengo puis commandant de la place de Paris.
  Les électeurs parisiens constituent une milice bourgeoise, la  » garde nationale  » dont ils confient le commandement au prestigieux marquis de La Fayette, le  » héros des deux Mondes  ». Les autres villes du royaume imitent la capitale, créant une nouvelle municipalité et une garde nationale.
   Entérinant la réussite de l’insurrection, le roi Louis XVI rappelle Jacques Necker à la tête du ministère des Finances. Le lendemain, il se rend à Paris et il est accueilli à l’Hôtel de Ville par une foule arborant sur la tête une cocarde aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge. Le général de La Fayette remet au roi une cocarde semblable où il insère le blanc, en signe d’alliance entre le roi et sa ville. De là l’origine du drapeau tricolore.
   L’année suivante, des pierres de la Bastille ornées d’une médaille seront solennellement remises à quelques centaines de héros de la journée, parmi lesquels une femme, la blanchisseuse Marie Charpentier. Et chacun des nouveaux départements recevra une maquette de la Bastille sculptée dans une pierre de la forteresse.
   Le premier anniversaire de l’événement donnera lieu à une grande réconciliation nationale, la Fête de la Fédération, et beaucoup plus tard, en 1880, la IIIe République, en faisant du 14 juillet la Fête nationale, consacrera la réconciliation de la France de l’Ancien Régime et de celle de la Révolution.

Il y a environ…


113 ans : ( là si pas de commentaire , je comprendrais ,la lettre de Zola est longue ) 

Le 12 juillet 1906 ; Alfred Dreyfus était acquitté ………..La cour de cassation réhabilitait le capitaine Dreyfus  , mettant ainsi  un terme à 12 ans de lutte judiciaire : En décembre 1894 , A.Dreyfus , jeune officier juif acccusé d’ avoir livré aux Allemands des documents secrets était condamné  pour haute trahison . En janvier 1898 Emile Zola clame l’innocence de Dreyfus dans sa lettre  » j’accuse  » ….L’affaire Dreyfus déchaina alors la haine antisémite et déchire la France …..

La lettre  » j’accuse  » de Zola :

J’Accuse... !
Lettre au Président de la République
Par Emile Zola Zola
Lettre à M. Félix Faure
Président de la République
Monsieur le Président,
Me permettez-vous, dans ma gratitude pour le bienveillant accueil que vous m’avez fait un jour, d’avoir le souci de votre juste gloire et de vous dire que votre étoile, si heureuse jusqu’ici, est menacée de la plus honteuse, de la plus ineffaçable des taches ?
Vous êtes sorti sain et sauf des basses calomnies, vous avez conquis les coeurs. Vous apparaissez rayonnant dans l’apothéose de cette fête patriotique que l’alliance russe a été pour la France, et vous vous préparez à présider au solennel triomphe de notre Exposition universelle, qui couronnera notre grand siècle de travail, de vérité et de liberté. Mais quelle tache de boue sur votre nom – j’allais dire sur votre règne – que cette abominable affaire Dreyfus ! Un conseil de guerre vient, par ordre, d’oser acquitter un Esterhazy, soufflet suprême à toute vérité, à toute justice. Et c’est fini, la France a sur la joue cette souillure, l’histoire écrira que c’est sous votre présidence qu’un tel crime social a pu être commis.
Puisqu’ils ont osé, j’oserai aussi, moi. La vérité, je la dirai, car j’ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. Mes nuits seraient hantées par le spectre de l’innocent qui expie là-bas, dans la plus affreuse des tortures, un crime qu’il n’a pas commis.
Et c’est à vous, monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d’honnête homme. Pour votre honneur, je suis convaincu que vous l’ignorez. Et à qui donc dénoncerai-je la tourbe malfaisante des vrais coupables, si ce n’est à vous, le premier magistrat du pays ?

   La vérité d’abord sur le procès et sur la condamnation de Dreyfus.
Un homme néfaste a tout mené, a tout fait, c’est le colonel du Paty de Clam, alors simple commandant. Il est l’affaire Dreyfus tout entière, on ne la connaîtra que lorsqu’une enquête loyale aura établi nettement ses actes et ses responsabilités. Il apparaît comme l’esprit le plus fumeux, le plus compliqué, hanté d’intrigues romanesques, se complaisant aux moyens des romans-feuilletons, les papiers volés, les lettres anonymes, les rendez-vous dans les endroits déserts, les femmes mystérieuses qui colportent, de nuit, des preuves accablantes. C’est lui qui imagina de dicter le bordereau à Dreyfus ; c’est lui qui rêva de l’étudier dans une pièce entièrement revêtue de glaces ; c’est lui que le commandant Forzinetti nous représente armé d’une lanterne sourde, voulant se faire introduire près de l’accusé endormi, pour projeter sur son visage un brusque flot de lumière et surprendre ainsi son crime, dans l’émoi du réveil. Et je n’ai pas à tout dire, qu’on cherche, on trouvera. Je déclare simplement que le commandant du Paty de Clam, chargé d’instruire l’affaire Dreyfus, comme officier judiciaire, est, dans l’ordre des dates et des responsabilités, le premier coupable de l’effroyable erreur judiciaire qui a été commise.
Le bordereau était depuis quelque temps déjà entre les mains du colonel Sandherr, directeur du bureau des renseignements, mort depuis de paralysie générale. Des « fuites » avaient lieu, des papiers disparaissaient, comme il en disparaît aujourd’hui encore ; et l’auteur du bordereau était recherché, lorsqu’un a priori se fit peu à peu que cet auteur ne pouvait être qu’un officier de l’état-major, et un officier d’artillerie : double erreur manifeste, qui montre avec quel esprit superficiel on avait étudié ce bordereau, car un examen raisonné démontre qu’il ne pouvait s’agir que d’un officier de troupe. On cherchait donc dans la maison, on examinait les écritures, c’était comme une affaire de famille, un traître à surprendre dans les bureaux mêmes, pour l’en expulser. Et, sans que je veuille refaire ici une histoire connue en partie, le commandant du Paty de Clam entre en scène, dès qu’un premier soupçon tombe sur Dreyfus. A partir de ce moment, c’est lui qui a inventé Dreyfus, l’affaire devient son affaire, il se fait fort de confondre le traître, de l’amener à des aveux complets. Il y a bien le ministre de la guerre, le général Mercier, dont l’intelligence semble médiocre ; il y a bien le chef de l’état-major, le général de Boisdeffre, qui paraît avoir cédé à sa passion cléricale, et le sous-chef de l’état-major, le général Gonse, dont la conscience a pu s’accommoder de beaucoup de choses. Mais, au fond, il n’y a d’abord que le commandant du Paty de Clam, qui les mène tous, qui les hypnotise, car il s’occupe aussi de spiritisme, d’occultisme, il converse avec les esprits. On ne croira jamais les expériences auxquelles il a soumis le malheureux Dreyfus, les pièges dans lesquels il a voulu le faire tomber, les enquêtes folles, les imaginations monstrueuses, toute une démence torturante.
   Ah ! cette première affaire, elle est un cauchemar, pour qui la connaît dans ses détails vrais ! Le commandant du Paty de Clam arrête Dreyfus, le met au secret. Il court chez madame Dreyfus, la terrorise, lui dit que, si elle parle, son mari est perdu. Pendant ce temps, le malheureux s’arrachait la chair, hurlait son innocence. Et l’instruction a été faite ainsi, comme dans une chronique du quinzième siècle, au milieu du mystère, avec une complication d’expédients farouches, tout cela basé sur une seule charge enfantine, ce bordereau imbécile, qui n’était pas seulement une trahison vulgaire, qui était aussi la plus impudente des escroqueries, car les fameux secrets livrés se trouvaient presque tous sans valeur. Si j’insiste, c’est que l’oeuf est ici, d’où va sortir plus tard le vrai crime, l’épouvantable déni de justice dont la France est malade. Je voudrais faire toucher du doigt comment l’erreur judiciaire a pu être possible, comment elle est née des machinations du commandant du Paty de Clam, comment le général Mercier, les généraux de Boisdeffre et Gonse ont pu s’y laisser prendre, engager peu à peu leur responsabilité dans cette erreur, qu’ils ont cru devoir, plus tard, imposer comme la vérité sainte, une vérité qui ne se discute même pas. Au début, il n’y a donc, de leur part, que de l’incurie et de l’inintelligence. Tout au plus, les sent-on céder aux passions religieuses du milieu et aux préjugés de l’esprit de corps. Ils ont laissé faire la sottise.

    Mais voici Dreyfus devant le conseil de guerre. Le huis clos le plus absolu est exigé. Un traître aurait ouvert la frontière à l’ennemi, pour conduire l’empereur allemand jusqu’à Notre-Dame, qu’on ne prendrait pas des mesures de silence et de mystère plus étroites. La nation est frappée de stupeur, on chuchote des faits terribles, de ces trahisons monstrueuses qui indignent l’Histoire, et naturellement la nation s’incline. Il n’y a pas de châtiment assez sévère, elle applaudira à la dégradation publique, elle voudra que le coupable reste sur son rocher d’infamie, dévoré par le remords. Est-ce donc vrai, les choses indicibles, les choses dangereuses, capables de mettre l’Europe en flammes, qu’on a dû enterrer soigneusement derrière ce huis clos ? Non ! il n’y a eu, derrière, que les imaginations romanesques et démentes du commandant du Paty de Clam. Tout cela n’a été fait que pour cacher le plus saugrenu des romans-feuilletons. Et il suffit, pour s’en assurer, d’étudier attentivement l’acte d’accusation, lu devant le conseil de guerre.
   Ah ! le néant de cet acte d’accusation ! Qu’un homme ait pu être condamné sur cet acte, c’est un prodige d’iniquité. Je défie les honnêtes gens de le lire, sans que leur coeur bondisse d’indignation et crie leur révolte, en pensant à l’expiation démesurée, là-bas, à l’île du Diable. Dreyfus sait plusieurs langues, crime ; on n’a trouvé chez lui aucun papier compromettant, crime ; il va parfois dans son pays d’origine, crime ; il est laborieux, il a le souci de tout savoir, crime ; il ne se trouble pas, crime ; il se trouble, crime. Et les naïvetés de rédaction, les formelles assertions dans le vide ! On nous avait parlé de quatorze chefs d’accusation : nous n’en trouvons qu’une seule en fin de compte, celle du bordereau; et nous apprenons même que, les experts n’étaient pas d’accord, qu’un d’eux, M. Gobert, a été bousculé militairement, parce qu’il se permettait de ne pas conclure dans le sens désiré. On parlait aussi de vingt-trois officiers qui étaient venus accabler Dreyfus de leurs témoignages. Nous ignorons encore leurs interrogatoires, mais il est certain que tous ne l’avaient pas chargé ; et il est à remarquer, en outre, que tous appartenaient aux bureaux de la guerre. C’est un procès de famille, on est là entre soi, et il faut s’en souvenir : l’état-major a voulu le procès, l’a jugé, et il vient de le juger une seconde fois.
   Donc, il ne restait que le bordereau, sur lequel les experts ne s’étaient pas entendus. On raconte que, dans la chambre du conseil, les juges allaient naturellement acquitter. Et, dès lors, comme l’on comprend l’obstination désespérée avec laquelle, pour justifier la condamnation, on affirme aujourd’hui l’existence d’une pièce secrète, accablante, la pièce qu’on ne peut montrer, qui légitime tout, devant laquelle nous devons nous incliner, le bon dieu invisible et inconnaissable. Je la nie, cette pièce, je la nie de toute ma puissance ! Une pièce ridicule, oui, peut-être la pièce où il est question de petites femmes, et où il est parlé d’un certain D… qui devient trop exigeant, quelque mari sans doute trouvant qu’on ne lui payait pas sa femme assez cher. Mais une pièce intéressant la défense nationale, qu’on ne saurait produire sans que la guerre fût déclarée demain, non, non ! C’est un mensonge ; et cela est d’autant plus odieux et cynique qu’ils mentent impunément sans qu’on puisse les en convaincre. Ils ameutent la France, ils se cachent derrière sa légitime émotion, ils ferment les bouches en troublant les coeurs, en pervertissant les esprits. Je ne connais pas de plus grand crime civique.

Voilà donc, monsieur le Président, les faits qui expliquent comment une erreur judiciaire a pu être commise ; et les preuves morales, la situation de fortune de Dreyfus, l’absence de motifs, son continuel cri d’innocence, achèvent de le montrer comme une victime des extraordinaires imaginations du commandant du Paty de Clam, du milieu clérical où il se trouvait, de la chasse aux « sales juifs », qui déshonore notre époque.
Et nous arrivons à l’affaire Esterhazy. Trois ans se sont passés, beaucoup de consciences restent troublées profondément, s’inquiètent, cherchent, finissent par se convaincre de l’innocence de Dreyfus.
Je ne ferai pas l’historique des doutes, puis de la conviction de M. Scheuter-Kestner. Mais, pendant qu’il fouillait de son côté, il se passait des faits graves à l’état-major même. Le colonel Sandherr était mort, et le lieutenant-colonel Picquart lui avait succédé comme chef du bureau des renseignements. Et c’est à ce titre, dans l’exercice de ses fonctions, que ce dernier eut un jour entre les mains une lettre-télégramme, adressée au commandant Esterhazy, par un agent d’une puissance étrangère. Son devoir strict était d’ouvrir une enquête. La certitude est qu’il n’a jamais agi en dehors de la volonté de ses supérieurs. Il soumit donc ses soupçons à ses supérieurs hiérarchiques, le général Gonse, puis le général de Boisdeffre, puis le général Billot, qui avait succédé au général Mercier comme ministre de la guerre. Le fameux dossier Picquart, dont il a été tant parlé, n’a jamais été que le dossier Billot, j’entends le dossier fait par un subordonné pour son ministre, le dossier qui doit exister encore au ministère de la guerre. Les recherches durèrent de mai à septembre 1896, et ce qu’il faut affirmer bien haut, c’est que le général Gonse était convaincu de la culpabilité d’Esterhazy, c’est que le général de Boisdeffre et le général Billot ne mettaient pas en doute que le fameux bordereau fût de l’écriture d’Esterhazy. L’enquête du lieutenant-colonel Picquart avait abouti à cette constatation certaine. Mais l’émoi était grand, car la condamnation d’Esterhazy entraînait inévitablement la révision du procès Dreyfus ; et c’était ce que l’état-major ne voulait à aucun prix.
Il dut y avoir là une minute psychologique pleine d’angoisse. Remarquez que le général Billot n’était compromis dans rien, il arrivait tout frais, il pouvait faire la vérité. Il n’osa pas, dans la terreur sans doute de l’opinion publique, certainement aussi dans la crainte de livrer tout l’état-major, le général de Boisdeffre, le général Gonse, sans compter les sous-ordres. Puis, ce ne fut là qu’une minute de combat entre sa conscience et ce qu’il croyait être l’intérêt militaire. Quand cette minute fut passée, il était déjà trop tard. Il s’était engagé, il était compromis. Et, depuis lors, sa responsabilité n’a fait que grandir, il a pris à sa charge le crime des autres, il est aussi coupable que les autres, il est plus coupable gueux, car il a été le maître de faire justice, et il n’a rien fait. Comprenez-vous cela ! voici un an que le général Billot, que les généraux de Boisdeffre et Gonse savent que Dreyfus est innocent, et ils ont gardé pour eux cette effroyable chose ! Et ces gens-là dorment, et ils ont des femmes et des enfants qu’ils aiment !
Le colonel Picquart avait rempli son devoir d’honnête homme. Il insistait auprès de ses supérieurs, au nom de la justice. Il les suppliait même, il leur disait combien leurs délais étaient impolitiques, devant le terrible orage qui s’amoncelait, qui devait éclater, lorsque la vérité serait connue. Ce fut, plus tard, le langage que M. Scheurer-Kestner tint également au général Billot, l’adjurant par patriotisme de prendre en main l’affaire, de ne pas la laisser s’aggraver, au point de devenir un désastre public. Non ! le crime était commis, l’état-major ne pouvait plus avouer son crime. Et le lieutenant-colonel Picquart fut envoyé en mission, on l’éloigna de plus loin en plus loin, jusqu’en Tunisie, où l’on voulut même un jour honorer sa bravoure en le chargeant d’une mission qui l’aurait sûrement fait massacrer, dans les parages où le marquis de Morès a trouvé la mort. Il n’était pas en disgrâce, le général Gonse entretenait avec lui une correspondance amicale. Seulement, il est des secrets qu’il ne fait pas bon d’avoir surpris.
A Paris, la vérité marchait, irrésistible, et l’on sait de quelle façon l’orage attendu éclata. M. Mathieu Dreyfus dénonça le commandant Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau, au moment où M. Scheurer-Kestner allait déposer, entre les mains du garde des sceaux, une demande en révision du procès. Et c’est ici que le commandant Esterhazy paraît. Des témoignages le montrent d’abord affolé, prêt au suicide ou à la fuite. Puis, tout d’un coup, il paye d’audace, il étonne Paris par la violence de son attitude. C’est que du secours lui était venu, il avait reçu une lettre anonyme l’avertissant des menées de ses ennemis, une dame mystérieuse s’était même dérangée de nuit pour lui remette une pièce volée à l’état-major, qui devait le sauver. Et je ne puis m’empêcher de retrouver là le lieutenant-colonel du Paty de Clam en reconnaissant les expédients de son imagination fertile. Son oeuvre, la culpabilité de Dreyfus était en péril, et il a voulu sûrement défendre son oeuvre. La révision du procès, mais c’était l’écroulement du roman-feuilleton si extravagant, si tragique, dont le dénouement abominable a lieu à l’île du Diable ! C’est ce qu’il ne pouvait permettre. Dès lors, le duel va avoir lieu entre le lieutenant-colonel Picquart et le lieutenant-colonel du Paty de Clam, l’un le visage découvert, l’autre masqué. On les retrouvera prochainement tous deux devant la justice civile. Au fond, c’est toujours l’état-major qui se défend, qui ne veut pas avouer son crime, dont l’abomination grandit d’heure en heure.

On s’est demandé avec stupeur quels étaient les protecteurs du commandant Esterhazy. C’est d’abord, dans l’ombre, le lieutenant-colonel du Paty de Clam qui a tout machiné, qui a tout conduit. Sa main se trahit aux moyens saugrenus. Puis, c’est le général de Boisdeffre, c’est le général Gonse, c’est le général Billot lui-même, qui sont bien obligés de faire acquitter le commandant, puisqu’ils ne peuvent laisser reconnaître l’innocence de Dreyfus, sans que les bureaux de la guerre croulent dans le mépris public. Et le beau résultat de cette situation prodigieuse est que l’honnête homme, là-dedans, le lieutenant-colonel Picquart, qui seul a fait son devoir, va être la victime, celui qu’on bafouera et qu’on punira. O justice, quelle affreuse désespérance serre le coeur ! On va jusqu’à dire que c’est lui le faussaire, qu’il a fabriqué la carte-télégramme pour perdre Esterhazy. Mais, grand Dieu ! pourquoi ? dans quel but ? Donnez un motif. Est-ce que celui-là aussi est payé par les juifs ? Le joli de l’histoire est qu’il était justement antisémite. Oui ! nous assistons à ce spectacle infâme, des hommes perdus de dettes et de crimes dont on proclame l’innocence, tandis qu’on frappe l’honneur même, un homme à la vie sans tache ! Quand une société en est là, elle tombe en décomposition.
Voilà donc, monsieur le Président, l’affaire Esterhazy : un coupable qu’il s’agissait d’innocenter. Depuis bientôt deux mois, nous pouvons suivre heure par heure la belle besogne. J’abrège, car ce n’est ici, en gros, que le résumé de l’histoire dont les brûlantes pages seront un jour écrites tout au long. Et nous avons donc vu le général de Pellieux, puis le commandant Ravary, conduire une enquête scélérate d’où les coquins sortent transfigurés et les honnêtes gens salis. Puis, on a convoqué le conseil de guerre.
Comment a-t-on pu espérer qu’un conseil de guerre déferait ce qu’un conseil de guerre avait fait ?
Je ne parle même pas du choix toujours possible des juges. L’idée supérieure de discipline, qui est dans le sang de ces soldats, ne suffit-elle à infirmer leur pouvoir même d’équité ? Qui dit discipline dit obéissance. Lorsque le ministre de la guerre, le grand chef a établi publiquement, aux acclamations de la représentation nationale, l’autorité absolue de la chose jugée, vous voulez qu’un conseil de guerre lui donne un formel démenti ? Hiérarchiquement, cela est impossible. Le général Billot a suggestionné les juges par sa déclaration, et ils ont jugé comme ils doivent aller au feu, sans raisonner. L’opinion préconçue qu’ils ont apportée sur leur siège, est évidemment celle-ci : « Dreyfus a été condamné pour crime de trahison par un conseil de guerre ; il est donc coupable, et nous, conseil de guerre, nous ne pouvons le déclarer innocent : or nous savons que reconnaître la culpabilité d’Esterhazy, ce serait proclamer l’innocence de Dreyfus.  » Rien ne pouvait les faire sortir de là.
Ils ont rendu une sentence inique, qui à jamais pèsera sur nos conseils de guerre, qui entachera désormais de suspicion tous leurs arrêts. Le premier conseil de guerre a pu être inintelligent, le second est forcément criminel. Son excuse, je le répète, est que le chef suprême avait parlé, déclarant la chose jugée inattaquable, sainte et supérieure aux hommes, de sorte que des inférieurs ne pouvaient dire le contraire. On nous parle de l’honneur de l’armée, on veut que nous l’aimions, que nous la respections. Ah ! certes, oui, l’armée qui se lèverait à la première menace, qui défendrait la terre française, elle est tout le peuple et nous n’avons pour elle que tendresse et respect. Mais il ne s’agit pas d’elle, dont nous voulons justement la dignité, dans notre besoin de justice. Il s’agit du sabre, le maître qu’on nous donnera demain peut-être. Et baiser dévotement la poignée du sabre, le dieu, non !
Je l’ai démontré d’autre part : l’affaire Dreyfus était l’affaire des bureaux de la guerre, un officier de l’état-major, dénoncé par ses camarades de l’état-major, condamné sous la pression des chefs de l’état-major. Encore une fois, il ne peut revenir innocent sans que tout l’état-major soit coupable. Aussi les bureaux, par tous les moyens imaginables, par des campagnes de presse, par des communications, par des influences, n’ont-ils couvert Esterhazy que pour perdre une seconde fois Dreyfus. Quel coup de balai le gouvernement républicain devrait donner dans cette jésuitière, ainsi que les appelle le général Billot lui-même ! Où est-il, le ministère vraiment fort et d’un patriotisme sage, qui osera tout y refondre et tout y renouveler ? Que de gens je connais qui, devant une guerre possible, tremblent d’angoisse, en sachant dans quelles mains est la défense nationale ! et quel nid de basses intrigues, de commérages et de dilapidations, est devenu cet asile sacré, où se décide le sort de la patrie ! On s’épouvante devant le jour terrible que vient d’y jeter l’affaire Dreyfus, ce sacrifice humain d’un malheureux, d’un « sale juif » ! Ah ! tout ce qui s’est agité là de démence et de sottise, des imaginations folles, des pratiques de basse police, des moeurs d’inquisition et de tyrannies, le bon plaisir de quelques galonnés mettant leurs bottes sur la nation, lui rentrant dans la gorge son cri de vérité et de justice, sous le prétexte menteur et sacrilège de la raison d’Etat !

Et c’est un crime encore que de s’être appuyé sur la presse immonde, que de s’être laissé défendre par toute la fripouille de Paris, de sorte que voilà la fripouille qui triomphe insolemment, dans la défaite du droit et de la simple probité. C’est un crime d’avoir accusé de troubler la France ceux qui la veulent généreuse, à la tête des nations libres et justes, lorsqu’on ourdit soi-même l’impudent complot d’imposer l’erreur, devant le monde entier. C’est un crime d’égarer l’opinion, d’utiliser pour une besogne de mort cette opinion qu’on a pervertie jusqu’à la faire délirer. C’est un crime d’empoisonner les petits et les humbles, d’exaspérer les passions de réaction et d’intolérance, en s’abritant derrière l’odieux antisémitisme, dont la grande France libérale des droits de l’homme mourra, si elle n’en est pas guérie. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des oeuvres de haine, et c’est un crime, enfin, que de faire du sabre le dieu moderne, lorsque toute la science humaine est au travail pour l’oeuvre prochaine de vérité et de justice.
Cette vérité, cette justice, que nous avons si passionnément voulues, quelle détresse à les voir ainsi souffletées, plus méconnues et plus obscurcies ! Je me doute de l’écroulement qui doit avoir lieu dans l’âme de M. Scheurer-Kestner, et je crois bien qu’il finira par éprouver un remords, celui de n’avoir pas agi révolutionnairement, le jour de l’interpellation au Sénat, en lâchant tout le paquet, pour tout jeter à bas. Il a été le grand honnête homme, l’homme de sa vie loyale, il a cru que la vérité se suffisait à elle-même, surtout lorsqu’elle lui apparaissait éclatante comme le plein jour. A quoi bon tout bouleverser, puisque bientôt le soleil allait luire ? Et c’est de cette sérénité confiante dont il est si cruellement puni. De même pour le lieutenant-colonel Picquart, qui, par un sentiment de haute dignité, n’a pas voulu publier les lettres du général Gonse. Ces scrupules l’honorent d’autant plus que, pendant qu’il restait respectueux de la discipline, ses supérieurs le faisaient couvrir de boue, instruisaient eux-mêmes son procès, de la façon la plus inattendue et la plus outrageante. Il y a deux victimes, deux braves gens, deux coeurs simples, qui ont laissé faire Dieu, tandis que le diable agissait. Et l’on a même vu, pour le lieutenant colonel Picquart, cette chose ignoble : un tribunal français, après avoir laissé le rapporteur charger publiquement un témoin, l’accuser de toutes les fautes, a fait le huis clos, lorsque ce témoin a été introduit pour s’expliquer et se défendre. Je dis que cela est un crime de plus et que ce crime soulèvera la conscience universelle. Décidément, les tribunaux militaires se font une singulière idée de la justice.
Telle est donc la simple vérité, monsieur le Président, et elle est effroyable, elle restera pour votre présidence une souillure. Je me doute bien que vous n’avez aucun pouvoir en cette affaire, que vous êtes le prisonnier de la Constitution et de votre entourage. Vous n’en avez pas moins un devoir d’homme, auquel vous songerez, et que vous remplirez. Ce n’est pas, d’ailleurs, que je désespère le moins du monde du triomphe. Je le répète avec une certitude plus véhémente : la vérité est en marche et rien ne l’arrêtera. C’est aujourd’hui seulement que l’affaire commence, puisque aujourd’hui seulement les positions sont nettes : d’une part, les coupables qui ne veulent pas que la lumière se fasse ; de l’autre, les justiciers qui donneront leur vie pour qu’elle soit faite. Quand on enferme la vérité sous terre, elle s’y amasse, elle y prend une force telle d’explosion que, le jour où elle éclate, elle fait tout sauter avec elle. On verra bien si l’on ne vient pas de préparer, pour plus tard, le plus retentissant des désastres.
Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.
J’accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d’avoir été l’ouvrier diabolique de l’erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d’avoir ensuite défendu son oeuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.
J’accuse le général Mercier de s’être rendu complice, tout au moins par faiblesse d’esprit, d’une des plus grandes iniquités du siècle.
J’accuse le général Billot d’avoir eu entre les mains les preuves certaines de l’innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s’être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique, et pour sauver l’état-major compromis.
J’accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s’être rendus complices du même crime, l’un sans doute par passion cléricale, l’autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l’arche sainte, inattaquable.
J’accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d’avoir fait une enquête scélérate, j’entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.
J’accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d’avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu’un examen médical ne les déclare atteints d’une maladie de la vue et du jugement.
J’accuse les bureaux de la guerre d’avoir mené dans la presse, particulièrement dans L’Eclair et dans L’Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l’opinion et couvrir leur faute.
J’accuse enfin le premier conseil de guerre d’avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j’accuse le second conseil de guerre d’avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d’acquitter sciemment un coupable.
En portant ces accusations, je n’ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c’est volontairement que je m’expose.
Quant aux gens que j’accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n’ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l’acte que j’accomplis ici n’est qu’un moyen révolutionnaire pour hâter l’explosion de la vérité et de la justice.
Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour !
J’attends.
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect.

çà s’est passé il y a 34 ans:


    Lancé en 1955 ( année de ma naissance  ) , le premier Rainbow Warrior est utilisé par l’organisme de protection de l’environnement Greenpeace (à partir de 1978) pour lutter contre les essais nucléaires français en cours dans les années 1980 dans le Pacifique, sur les îles polynésiennes de Moruroa et Fangataufa. Il n’est en effet pas rare que l’organisme utilise des navires pour mener des campagnes à travers les mers du globe (il en compte, encore à l’heure actuelle, trois : Le Rainbow Warrior III, le MV Arctic Sunrise et le MV Esperanza). En 1985, le navire est en route vers Mururora dans le but d’entraver les essais nucléaires et est amarré dans le port d’Auckland (Nouvelle-Zélande). Il est alors coulé par des agents des services secrets français : c’est l’affaire du Rainbow Warrior.

 

Amsterdam 1981

 

     L’affaire du Rainbow Warrior fut commanditée par le ministre de la Défense Charles Hernu (qui démissionne après cette affaire) avec, selon Pierre Lacoste , patron de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (qui sera limogé à cause de ce drame), l’accord explicite du président de la République François Mitterrand : les services secrets français sabordent, le 10 juillet, le navire, à quai en Nouvelle-Zélande et prêt à se rendre sur l’atoll Mururoa, pour protester contre les essais nucléaires français. Le naufrage fit, alors que ce n’était pas dans l’intention du gouvernement, un mort : le photographe Fernando Pereira indePereira qui retourna dans le navire pour rechercher son matériel et y laissa sa vie. Cet acte de violation de la souveraineté de l’État néo-zélandais fut à l’origine de tensions entre les deux pays et eut des impacts en termes de relations politiques et économiques.

 

L’atoll de Mururoa

 

  L’affaire commence le 19 mars 1985, selon l’amiral Lacoste, lorsque Patrick Careil, directeur de cabinet du ministre Charles Hernu, est convoqué pour préparer une opération contre le Rainbow Warrior. Au départ, ce navire, aux mains de Greenpeace, devait emmener d’autres bateaux vers l’atoll de Mururoa pour protester contre les essais nucléaires français et les gêner le plus possible.        

   Cependant, en novembre 1984, des rapports parviennent sur les bureaux de la Défense : l’organisation écologiste se prépare, selon des agents infiltrés, à une campagne virulente et agressive. Les services secrets français soupçonnent, de plus, Greenpeace d’être financé par des organisations proches de l’appareil de propagande soviétique !!? et d’espionner leurs essais nucléaires plutôt que de les dénoncer. L’opération de sabotage est préparée par les officiers du Service Action (unité militaire secrète) de la DGSE qui est sous la tutelle d’un nouveau chef depuis les attentats de Beyrouth le 23 octobre 1983, le colonel Jean-Claude Lesquer.

 

  En raison de délais trop brefs, il propose trois hypothèses d’action pour cette opération que l’on baptise « Satanique » : une charge explosive légère pour endommager l’arbre d’hélice ou le gouvernail du navire, ce qui l’obligerait à de lourdes réparations, une dysenterie accidentelle empêchant l’équipage de quitter la terre ou une charge explosive lourde pour couler le navire.

  Ce fut, la dernière hypothèse, plus radicale, qui sera retenue par le pouvoir politique pour que cesse définitivement l’activisme du Rainbow Warrior. Le 28 mai, François Mitterrand approuve l’opération, le 7 juillet, Charles Hernu fera de même.

 

   Les préparatifs ont commencé depuis plusieurs semaines : l’agent de la DGSE, Christian Cabon, alias Frédérique Bonlieu (lieutenant de l’armée française), infiltre un groupe de militants d’Auckland en avril / mai 1985 pour apprendre la date de l’arrivée du Rainbow Warrior en Nouvelle-Zélande. Trois équipes du Service Action sont dépêchées sur le terrain. L’opération se déroule le 10 juillet 1985. On transfère le matériel d’un van de location, utilisé par des agents, les  »faux époux Turenge  » (le commandant Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur, qui avaient prétexté un voyage de noce comme couverture de leur mission), vers un canot pneumatique piloté par trois nageurs de combat. Le pilote (que l’on identifiait comme l’homme au bonnet rouge et surnommait Pierre le Marin), ne serait autre que Gérard Royal, le frère de Ségolène Royal. Il quittera par la suite le service avec le grade de lieutenant-colonel.

 

    Deux mines magnétiques reliées entre elles sont collées par deux nageurs de combat à la coque du Rainbow Warrior : elles doivent exploser à cinq minutes d’intervalle. La première est de faible puissance, elle a pour but de provoquer l’évacuation du navire de ses douze membres d’équipage et du capitaine, la seconde est placée près de la salle des machines pour couler le Rainbow Warrior. A 23 h 48, une première explosion retentit : l’équipage quitte le navire qui commence doucement à prendre l’eau, mais le photographe néerlandais Fernando Pereira fait demi-tour et va rechercher dans sa cabine son équipement photographique. A 23 h 51, alors que la seconde explosion retentit, il meurt, piégé à l’intérieur du navire.

 

 

   Les faux époux Turenge sont bien vite arrêtés par la police d’Auckland à cause du van loué pour récupérer les plongeurs dont la mission était de placer les explosifs. Un certain nombre de cambriolages ont en effet eu lieu sur le port durant les jours précédents et le port est sans cesse sous la surveillance de vigiles : l’un d’entre eux voit le véhicule attendant les plongeurs discrètement dans un coin, il note son numéro d’immatriculation, ce qui aidera fortement la police à les retrouver lors de l’enquête. Le 12 juillet, les  » époux » sont interpellés à l’aéroport d’Auckland alors qu’ils y rendaient la voiture qu’ils avaient louée. ( Ils se font passer pour des touristes suisses en voyage de noce, mais sont en réalité deux agents secrets de la DGSE.)

 

   Restant à la disposition de la police, ils sont logés dans un hôtel, mais commettent l’erreur malheureuse de téléphoner à un numéro secret, numéro de secours de la DGSE. Méfiant, le surintendant Alan Galbraith, chef de la Criminal Investigation Branch, envoie des télex à Londres et à Berne. Le 14 juillet, apprenant  que les passeports des  »époux  » sont des faux il fait arrêter, le lendemain, les deux agents.

    La presse néo-zélandaise commence à mettre en cause les services spéciaux français. Les protagonistes sont définitivement identifiés comme étant les poseurs de bombe grâce à leurs empreintes digitales retrouvées sous le canot pneumatique qui avait servi à poser la bombe. À cette époque, la technique pour relever des empreintes sur un objet ayant séjourné dans l’eau (comme ce fut le cas pour le dessous du canot) était très peu répandue. Cependant, une équipe d’experts internationaux, qui se trouvait sur place à cette époque, mit à disposition son savoir-faire, tout nouveau, et releva les empreintes qui, quelques mois auparavant, seraient restées inexploitables. Le 23 juillet, ils sont inculpés pour trois chefs d’accusation : Meurtre, incendie volontaire et association de malfaiteurs. David Lange, premier ministre néo-zélandais, accuse des éléments étrangers d’avoir pris part à l’attentat. Il vise de cette manière implicitement la France. Le 26 juillet, la justice néo-zélandaise lance un mandat d’arrêt international contre l’agent de la DGSE Christine Cabon.

 

Charles Hernu (à droite)

 

   Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur en France, décide de lancer une enquête de police et organise la fuite des informations vers la presse, fuites qui permettent à l’enquête néo-zélandaise de progresser plus rapidement et de déclencher un important scandale médiatique. Le but de Pierre Joxe était, selon les différents participants à l’opération, de se débarrasser du ministre Charles Hernu, son rival politique au sein du gouvernement.

    Alors que Charles Hernu nie toujours toute implication de la DGSE, la publication de documents compromettants décide François Mitterrand à commander, le 6 août, un rapport à Bernard Tricot, conseiller d’État. Ce rapport lui est remis le 26 août et blanchit la DGSE, suscitant même les doutes de Laurent Fabius, alors premier ministre. Ce dernier fait une déclaration à la presse dans laquelle il nie totalement l’implication du gouvernement dans le sabordage. Le 17 septembre, les journalistes du Monde Edwy Plenel et Bertrand Le Gendre révèlent l’existence d’une troisième équipe alors que la Défense insiste sur l’impossibilité pour les faux époux Turenge et les plongeurs de l’Ouvéa d’avoir commis l’attentat. Le 20 septembre, Charles Hernu démissionne et Pierre Lacoste, patron de la DGSE, est limogé. Le 22 septembre, Laurent Fabius admet en direct à la télévision que les services secrets français ont mené l’attaque du Rainbow Warrior.

 

  Le 4 novembre 1985, Alain Mafart et Dominique Prieur, ( les faux époux ), comparaissent devant la cour d’Auckland pour leurs premières auditions : ils plaident coupable d’homicide involontaire sur la personne du photographe. Ils sont condamnés à dix ans de prison le 22 novembre et transférés en juillet 1986 sur l’atoll de Hao en Polynésie, affectés au 5e régiment étranger. Le procès a été filmé malgré l’opposition des Français, puis a été diffusé sur une chaîne nationale à partir du 26 septembre 2006. Les agents français ont été déboutés par les juridictions néo-zélandaises de leur opposition à la diffusion de la vidéo du procès.  

     Le 29 septembre 2006, Antoine Royal déclare à la presse que son frère Gérard Royal se serait vanté d’avoir lui-même posé la bombe, ce que l’intéressé a refusé de confirmer. Le premier ministre néo-zélandais a exclu toute nouvelle action concernant le Rainbow Warrior compte tenu des engagements internationaux pris entre la France et la Nouvelle-Zélande.

 

Dominique Prieur et Alain Mafart (les faux époux )

 

   Extrait du rapport soumis au Comité contre le terrorisme en Nouvelle-Zélande :  » Outre les infractions spécifiques créées par les instruments internationaux contre le terrorisme, la législation néo-zélandaise n’établit pas d’infraction générique dénommée “acte terroriste”. Toutefois, plusieurs actes terroristes sont considérés comme des infractions au titre de l’actuel Code pénal. C’est ainsi qu’en application de la loi sur la criminalité, ont été poursuivis deux agents responsables de l’attentat à l’explosif contre le Rainbow Warrior, la seule attaque terroriste perpétrée en Nouvelle-Zélande à ce jour. Le Gouvernement néo-zélandais est d’avis que l’  “activité terroriste” devrait être considérée comme un facteur aggravant dans la détermination de la peine au titre de la loi sur la réforme des peines et de la liberté conditionnelle dont le Parlement est actuellement saisi. L’“activité terroriste” figurera également parmi les facteurs justifiant une peine d’emprisonnement d’au moins 17 ans en cas de meurtre. Le Gouvernement est également d’avis que la deuxième loi sur le terrorisme devrait reconnaître la compétence extraterritoriale pour toute infraction commise par des citoyens néo-zélandais dans la perpétration d’un acte terroriste, tel qu’il est défini dans la loi sur la répression du terrorisme.

 

  Comme il a été déjà indiqué, les seules condamnations obtenues en Nouvelle-Zélande pour des activités terroristes avaient trait à l’attentat à l’explosif perpétré contre le Rainbow Warrior par des agents français dans le port d’Auckland le 10 juillet 1985. Deux des agents, le commandant Alain Mafart et le capitaine Dominique Prieur, ont été reconnus coupables d’homicide involontaire sur la personne d’un membre d’équipage mort lorsque le bateau a sombré et ont été condamnés à 10 ans d’emprisonnement. À la suite d’un arbitrage, les agents ont été expulsés vers l’atoll de Hao en Polynésie française, en application d’un accord conclu entre la France et la Nouvelle-Zélande. Ils ont été relâchés et sont retournés en France 18 mois plus tard. Une autre procédure d’arbitrage est arrivée à la conclusion qu’ils ont été libérés en violation de l’Accord. L’affaire a été réglée lorsque des excuses ont été présentées et un dédommagement versé à la Nouvelle-Zélande. »

 

   Dans un rapport confidentiel daté du 8 avril 1986 et resté secret jusqu’en juillet 2005, l’amiral Lacoste soutient que :  »  C’est le 19 mars 1985 que M. Patrick Careil, directeur de cabinet de M. Charles Hernu, lui a explicitement demandé de mettre en œuvre les moyens de la DGSE pour interdire au mouvement Greenpeace de réaliser ses projets d’intervention contre la campagne des essais nucléaires français à Mururoa, à l’été 1985.  » On précisera  que  » l’interdiction au mouvement  » sur zone, Mururoa, en pleine mer aurait pu être plus périlleuse : sommation tir de canon au but dans l’étrave avant immobilisation par l’assaut des commandos marine. Très certainement le souhait initial d’une  » interdiction au mouvement  » du navire le Rainbow Warrior, correspond à un sabotage à quai et non à un sabordage du navire. L’amiral Lacoste explique également que, selon lui, l’action contre Greenpeace a été donnée avec l’accord du président de la République, François Mitterrand :  » Reçu en audience par le président de la République, le 15 mai à 18 heures, j’avais mis cette question au premier point de l’ordre du jour (…). J’ai demandé au Président s’il m’autorisait à mettre en œuvre le projet de neutralisation que j’avais étudié à la demande de Charles Hernu. Il m’a donné son accord en manifestant l’importance qu’il attachait aux essais nucléaires. Je ne suis pas alors entré dans un plus grand détail du projet, l’autorisation était suffisamment explicite.  » C’est pour couvrir le président que Charles Hernu démissionne. En 1985, René Imbot remplace Pierre Lacoste à la tête de la DGSE.

 

   L’affaire du Rainbow Warrior va entraîner une grosse crise dans les relations entre la France et la Nouvelle-Zélande. Elle ne sera néanmoins pas traitée par la Cour internationale de justice, la France ayant abandonné en 1974 sa déclaration de juridiction obligatoire. Les deux parties font appel au secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Javier Pérez de Cuéllar, lui demandant de rendre un règlement obligatoire pour les deux parties, ce qui est mis sur pied en juillet 1986.

   La décision finale accorde une double réparation à la Nouvelle-Zélande : une satisfaction sous la forme   » d’excuses officielles  » ! de la France, puis une réparation de sept millions de dollars de dommages et intérêt. Le 9 juillet, trois accords sont signés sous forme d’échanges de lettres afin de régler le problème. Les deux agents français, conformément à ces accords, sont transférés, sur l’île d’Hao avec interdiction de revenir en métropole pendant les trois prochaines années. Le 14 décembre 1987, le chef de bataillon Mafart est rapatrié pour raisons médicales, le 6 mai 1988, ce sera le capitaine Maire qui sera autorisée à se rendre au chevet de son père mourant. La Nouvelle-Zélande porte l’affaire devant un tribunal arbitral : les relations entre les deux pays seront tendues de nombreuses années durant. En 1987, la France verse huit millions de dollars d’indemnités à Greenpeace. L’échec de cette affaire entraîne la mise en place de la cellule Alpha, chargée  » d’éliminer  »des personnes, fonctionnant de manière clandestine au sein du service Action de la DGSE. En raison des tensions entre les deux nations, la France s’abstient de s’opposer à l’entrée sur le territoire européen de viande d’agneau et de mouton en provenance de Nouvelle-Zélande, ce qui va à l’encontre de son habitude à défendre les intérêts des agriculteurs. Une autre ironie dans l’affaire est plus anecdotique : les radios de l’été 1985 diffusent « Chasin’ rainbows », chanson de Conway Twitty.     Aujourd’hui, Mafart, retraité de l’armée française depuis le 30 décembre 1994, est photographe animalier. Prieur, quant à elle, a été directrice des ressources humaines de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris sous son nom de jeune fille. Le 6 septembre 2015, le colonel Kister, qui dirigea les nageurs de combat qui ont posé les charges explosives sur le bateau, accorde une interview à Mediapart et à la Television New Zealand pour exprimer ses  »  profonds regrets et ses excuses  »( tu parles ! )…..

    Aujourd’hui, l’épave du Rainbow Warrior repose toujours au large d’Auckland.

C’était en juillet il y a…..76 ans


Le 8 juillet 1943 exactement :  Jean Moulin mourrait…………..

Jean Moulin : Qui était ce monsieur :

  Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin a été un des principaux chefs de la résistance face à l’occupation allemande. Nommé préfet d’Eure-et-Loir au début de la guerre, Il passera dans la clandestinité dès 1940 après sa première arrestation et rejoint la France Libre aux côtés de Charles de Gaulle.    Originaire du département de l’Hérault, Jean Moulin est le dernier d’une famille de trois enfants, dans laquelle les parents accordent beaucoup d’importance à l’éducation. 
  Son père, Antonin Moulin (1857-1938) est professeur d’histoire au collège de Béziers, conseiller municipal, puis conseiller général de l’Hérault.        
   Passionné par le dessin, Jean Moulin évolue dans ce contexte familial marqué par les valeurs républicaines et par la guerre de 1914-1918.     Après des études au lycée Henri IV de Béziers, Jean Moulin obtient son baccalauréat en 1917. Bien qu’il ne soit pas un élève brillant, il s’inscrit à la faculté de droit de Montpellier puis est nommé attaché au cabinet du préfet de l’Hérault grâce à l’influence de son père .   
     Passionné de peinture et d’art, Jean Moulin fait preuve d’une personnalité aux multiples facettes, grave et réfléchi dans ses missions de fonctionnaire et en même temps bohème au cours des fêtes nocturnes de Montparnasse.   Nommé préfet d’Eure-et-Loir à Chartres en janvier 1939, Jean Moulin se retrouvera face à la Wehrmacht le 17 juin 1940 lorsque des officiers de l’armée allemande le somment de cautionner des accusations contre les troupes sénégalaises. Le préfet refuse de signer persuadé qu’il s’agit d’une calomnie. De peur de céder le lendemain sous la torture, Jean Moulin tente de se suicider en se tranchant la gorge dans la prison dans laquelle il a été enfermé. 

Passage à la clandestinité et rencontre avec Charles de Gaulle :

   Le 16 novembre 1940, Jean Moulin quitte Chartres, pour Paris où il retrouve des amis qu’il charge de découvrir des individus décidés à faire quelque chose face à l’armée allemande. En attentant son passeport et de pouvoir rejoindre Londres, il rassemble des informations sur les besoins des groupes désirant s’investir dans une force militaire clandestine. À l’aide d’une fausse carte d’identité au nom de Joseph Mercier , Jean Moulin parvient à Londres le 20 octobre 1941 en passant par l’Espagne et le Portugal.

   Cinq jours plus tard, Moulin rencontre Charles de Gaulle et les deux hommes semblent partager la même volonté de poursuivre le combat en France. Messager des mouvements de résistance, Jean Moulin fait un état des lieux des besoins et des  » forces de l’ombre  » dans le pays. Muni d’un ordre de mission, il devient le représentant personnel du général de Gaulle et le délégué du Comité national français pour la zone Sud.

Unification des mouvements de résistance :

   Sous le nom de « Rex », Jean Moulin est parachuté le 1er janvier 1942, à Eygalières avec pour missions d’unifier les mouvements qui résistent à l’ennemi et à la France de Vichy. Par son autorité naturelle et à sa diplomatie, il va parvenir progressivement à s’imposer puis a mettre sur pied des services communs le BIP (bureau d’information et de presse) et une liaison radio permanente.
En septembre 1942, Jean Moulin négocie le regroupement des forces paramilitaires dans une Armée Secrète (A.S.) dont la direction est confiée au général Delestraint. À partir de cette date, les trois mouvements (Combat, Libération et Franc-Tireur) sont coordonnés dans les MUR (Mouvements Unis de la Résistance), sous la présidence de Jean Moulin.

Conseil National de la Résistance :

   De novembre 1942 à mai 1943, Jean Moulin fera son possible  pour la reconnaissance de la légitimité de la France Combattante par les Alliés en développant le Conseil National de la Résistance. Dans la nuit du 13 février 1943, il s’envole pour Londres à bord d’un Lysander en compagnie du général Delestraint. Le Général de Gaulle lui exprime son estime et sa reconnaissance en le décorant de l’Ordre de la Libération.

  Revenu en France, Moulin réunit le 27 mai 1943, à Paris, le Conseil National de la Résistance composé de 17 membres. Ces représentants forment le parlement de la France Libre et de la Résistance. En dix-huit mois, Jean Moulin a accompli la mission qui lui a été confié par de Gaulle, mais les événements se précipitent, le chef de l’Armée Secrète Delestraint alias Vidal, est arrêté le 9 juin, à Paris par la Gestapo.

Arrestation à Caluire-et-Cuire

  Jean Moulin « Max » désire réunir l’état-major de l’Armée Secrète au plus vite. Son objectif est de réorganiser, par intérim, sa direction décapitée par l’arrestation de son chef, le général Delestraint. Jean Moulin, alias « Jacques Martel », a convoqué, ce 21 juin 1943, de hauts responsables des principaux mouvements de la résistance: André Lassagne, Raymond Aubrac, Henri Aubry, Bruno Larat, Claude Serreulles, le colonel Schwarzfeld et le colonel Lacaze.

   De la place Carnot, Jean Moulin, accompagné de Raymond Aubrac, se rend à la station Croix-Paquet du funiculaire de la Croix-Rousse où ils attendent le colonel Schwarzfeld, très en retard. Puis ils arrivent place Castellane, chez le docteur Dugoujon, avec près de quarante minutes de retard. Quelques minutes après, la Gestapo, conduite par Klaus Barbie, surgit sur le perron. Emmené, en voiture, au quartier général de la Gestapo, avenue Berthelot, puis à la prison Montluc, Max sera identifié le 23 juin comme le chef de la Résistance. Barbie va alors tenter, par tous les moyens, de lui arracher ses secrets. ( Barbie après son arrestation )

   Transféré à Paris, le 26 juin, pour être interrogé par Boemelburg (chef de la Gestapo), il est confronté à Lassagne et Delestraint qui refusent de reconnaître Max en cet homme blessé, tuméfié, râlant, sans connaissance. Moulin est alors envoyé à Berlin, pour être soigné et interrogé. Il meurt dans ce train, près de Metz, le 8 juillet 1943, d’après l’acte de décès allemand. Le 19 décembre 1964, la France lui rend un hommage national, au Panthéon.

  Qui a trahi Jean Moulin ?
     Plusieurs noms circulent après la Seconde Guerre mondiale sur la personne qui aurait divulgué le lieu et la date de la réunion. Les tribunaux tenteront de déterminer si Klaus Barbie, chef de la Gestapo est arrivé dans la maison du docteur Dugoujon sur dénonciation ou en regroupant des informations obtenus lors des interrogatoires. A ce jour, le mystère demeure entier………………….

Il y a environ 212 ans……


Le 7 juillet 1807, le tsar Alexandre Ier et l’empereur Napoléon 1er , les deux plus puissants souverains d’Europe continentale, signent un traité secret à Tilsit, une petite ville fortifiée de Prusse-orientale (on écrit aussi Tilsitt).tilsit

   Avec ce traité et celui, public, qui sera signé deux jours plus tard, c’en est fini de la quatrième coalition européenne contre la France qui a vu la défaite de la Prusse à Léna et celle de la Russie à Friedland. Les deux nouveaux alliés se promettent   » paix et amitié  ». Mieux que cela, ils s’engagent sur un partage du continent : à l’Empereur l’Occident, au tsar l’Orient et Constantinople. Mais ces engagements ne dureront guère.!

   Quelques jours plus tôt, le 25 juin, les deux souverains s’étaient rencontrés pour la première fois à proximité de là, sur un radeau au milieu du Niemen, à la frontière de l’empire russe.

   Le tsar, battu à Austerlitz , Eylau et Friedland, souhaite gagner du temps dans la guerre contre l’usurpateur français. Il feint en conséquence de se réconcilier avec lui et il ne lui déplairait pas d’en tirer profit en étendant la domination de la Russie à Constantinople, capitale d’un empire ottoman décati.

    De son côté, Napoléon croit possible d’en finir avec la résistance de l’Angleterre, maîtresse des mers depuis la bataille de Trafalgar, en associant la Russie au  » blocus continental  » destiné à ruiner son économie.

  Il s’agit d’interdire aux Européens de commercer avec les Anglais. Les Espagnols et les Portugais, très dépendants du commerce britannique, y rechignent mais Napoléon ne s’en inquiète pas et se dit qu’il saura les y contraindre le jour venu. Et pour rallier l’Europe du Nord au blocus, rien ne vaut le concours de la Russie…

  Le jeune tsar, qui a 28 ans, soit vingt ans de moins que Napoléon,  ne cache que difficilement une certaine admiration pour celui-ci bien que tout les oppose.        Alexandre est l’héritier très cultivé de la grande dynastie des Romanov et parle français sans accent alors que Napoléon est un homme aux origines communes et aux manières brutales qui conserve l’accent rude de son île natale. L’Empereur des Français nourrit pour le jeune souverain russe une condescendance qui va se muer au fil des rencontres en une affection quasi-paternelle.!!!!

Par le traité de Tilsit : Tilsitz 1807

    Alexandre Ier apporte son soutien à Napoléon dans sa guerre contre l’Angleterre ; il reconnaît l’empire français et les nouvelles frontières de l’Allemagne. Dès le 7 novembre suivant, il rompt ses relations avec l’Angleterre, ce qui provoque comme prévu un début de crise économique dans les îles britanniques.

– En contrepartie de son soutien, le tsar conserve les mains libres dans sa guerre contre la Suède et dans son projet de dépeçage de la Turquie ; il doit toutefois retirer ses troupes de Moldavie et Valachie, deux provinces enlevées aux Turcs un an plus tôt.

– Napoléon démembre la Prusse , crée avec ses dépouilles le royaume de Westphalie à l’ouest et le grand-duché de Varsovie à l’est. Il respecte le voeu du tsar de ne pas dépecer totalement la Prusse, son ancienne alliée. Mais il reste flou sur son projet de restauration du royaume de Pologne, dont ne veut à aucun prix Alexandre.

   L’affaire a tout l’air d’un partage de l’Europe. Napoléon lui-même aurait dit à Lobanov, le représentant du tsar, en pointant du doigt la Vistule sur une carte :  » Voici la limite entre les deux empires… D’un côté doit régner votre souverain, moi de l’autre  ».

  Napoléon Ier semble à l’apogée de son règne avec le traité de Tilsit, trois ans à peine après son sacre !. Mais les embrassades au milieu du Niemen ne laissent guère d’illusions aux observateurs.

Sous-entendus et illusions :

    Beaucoup d’Européens sont réticents pour ce qui est de fermer leurs ports aux navires de commerce anglais ; les habitants des ports et les commerçants commencent à maudire l’occupation française, à commencer par les Russes qui ne peuvent plus exporter vers Londres leur chanvre, leur blé et leur lin. Le tsar rumine son amertume. Il supporte mal la résurrection de la Pologne à ses portes et l’évacuation de la Moldavie et de la Valachie.

   Et Napoléon Ier, trop sûr de son fait, commet la grande erreur de son règne en détrônant les Bourbons d’Espagne avec la même désinvolture que les Bourbons de Naples   le 27 décembre 1805. Il remplace le roi d’Espagne Charles IV par son propre frère Joseph.

   Le peuple espagnol se soulève aussitôt contre l’occupant français et pour ne rien arranger, les colonies espagnoles d’Amérique, s’estimant déliées de leur fidélité au nouveau roi, ouvrent leurs ports et leur commerce aux Anglais.

L’Espagne menace d’ébranler le fragile édifice napoléonien et déjà l‘Autriche redresse la tête. Napoléon a plus que jamais besoin du soutien du tsar. Il l’invite à en débattre à Erfurt, lors d’un congrès européen tout à sa gloire.

  Erfurt :

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Ce fut  du 27 septembre au 14 octobre 1808 que se réunit un prestigieux congrès à Erfurt, en Thuringe, à l’initiative de Napoléon 1er et tout à sa gloire. Presque tous les souverains allemands y sont présents, ainsi que le tsar de Russie Alexandre 1er. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III et l’empereur d’Autriche François 1er brillent par leur absence. Les fêtes s’enchaînent. Talma ? et la Comédie-Française jouent devant un  »parterre de rois »

Derrière la fête, les complots:

L’ambiance est  gâchée par les nouvelles de l’insurrection espagnole. Tout l’édifice européen laborieusement mis en place par Napoléon semble ébranlé. Le  »Blocus continental » destiné à ruiner l’Angleterre risque de ne pas avoir lieu . Et déjà l’Autriche relève la tête

Napoléon 1er veut aller en personne en Espagne combattre l’insurrection mais il a besoin d’assurer ses arrières avec le concours du tsar dont il s’est fait un allié à Tilsit. Dès le 27 septembre, une entrevue secrète est ménagée entre les deux souverains. Elle débouche sur une convention secrète datée  du 12 octobre par laquelle l’empereur demande au tsar de s’engager à ses côtés contre l’Autriche si celle-ci reprend la guerre.

Mais ses efforts sont ruinés par Talleyrand. Après la rencontre de Tilsit, celui-ci a  » troqué  » son portefeuille de ministre des Relations Extérieures contre un titre ronflant mais vain de grand chambellan. Lucide, il est conscient de l’impasse dans laquelle s’engage Napoléon et préfèrerait, dans l’intérêt de la France et de l’équilibre européen, qu’il se rapproche de l’Autriche.

  À défaut de le convaincre, il pousse Alexandre à lui résister. Arrivé à Erfurt un jour avant l’Empereur des Français,il aurait  accueilli le tsar par ces mots : «Sire, que venez-vous faire ici ? C’est à vous de sauver l’Europe, et vous n’y parviendrez qu’en tenant tête à Napoléon. Le peuple français est civilisé, son souverain ne l’est pas ; le souverain de Russie est civilisé, son peuple ne l’est pas ; c’est donc au souverain de la Russie d’être l’allié du peuple français».

Après la fête, la guerre

Napoléon  semble ne se douter de rien. Après le congrès, il part pour l’Espagne. L’Autriche, comme il pouvait s’y attendre, reprend les armes sans que la Russie s’y oppose. Napoléon repasse à la hâte le Rhin et écrase une nouvelle fois les Autrichiens à Wagram le 6 juillet 1809. 

  Il sait alors à quoi s’en tenir concernant le tsar mais tente une nouvelle fois de l’amadouer en demandant un mois plus plus tard l’une de ses soeurs en mariage ! Le tsar se dérobe et Talleyrand en profite pour arranger le mariage de l’empereur avec une archiduchesse autrichienne, Marie-Louise.

Les relations entre Paris et Saint-Pétersbourg commencent à sérieusement se dégrader, d’autant que le tsar voit monter les protestations des commerçants contre le blocus continental qui les empêche de commercer avec les Anglais et dans le même temps s’irrite de la renaissance d’une Pologne indépendante.

Pour s’assurer de la fermeture des ports du continent au commerce anglais, Napoléon annexe peu à peu  tous les États vassaux à la France. C’est le cas de la Hollande, des villes de la Hanse puis le 10 décembre 1810 du duché d’Oldenbourg dont le souverain n’est autre que le beau-frère du tsar. La guerre entre la Russie et la France apparaît inéluctable mais Napoléon, au regret de devoir la mener, va encore patienter dix-huit mois avant de s’y résoudre………….

Si quelqu’un a lu ce billet !!! Chapeau et merci ! ( Moi , ce fut pour mon plaisir , mais…..)

 » Baiser Lamourette  » ?


Encore un 7 juillet !!!!

7 juillet 1792 : Le  » baiser Lamourette  » ( Député qui portait bien son nom ! )
   Le 7 juillet 1792, les gouvernants français sont aux abois :L’ennemi est aux frontières et, à l’Assemblée Législative, à Paris, les représentants de la Nation se déchirent entre  Feuillants, Fayettistes, Brissotins, Montagnards…

assemblée législative

 
   C’est alors que le député Antoine-Adrien Lamourette, évêque constitutionnel de Lyon, monte à la tribune et en appelle à la réconciliation par un discours si émouvant que tous ses collègues tombent dans les bras les uns des autres. Ils réclament la publication de l’appel de Lamourette. Une délégation conduite par Lamourette va même au palais des Tuileries chercher le roi Louis XVI. Celui-ci se rend à l’Assemblée et, attendri, la félicite pour son esprit de fraternité.
    Mais dès le lendemain, au club des Jacobins, refuge des sans-culottes et des révolutionnaires les plus endurcis, Jacques Billaud-Varenne remet les pendules à l’heure :  » À voir certains membres se jeter dans les bras d’autres membres, il me semble voir Néron embrassant Britannicus et Charles IX tendant la main à Coligny  » .
En définitive, le  » brave  » Lamourette mourut sur l’échafaud dix-huit mois plus tard…………… 11 janvier 1794 ,guillotiné…………..