çà s’est passé il y a environ 48 ans …..


…Le 30 novembre 1974

Lucy, une grand-tante de 3 millions d’années:

Le 30 novembre 1974, des anthropologues découvrent 52 restes d’un squelette vieux de 3 millions d’années au nord-est de l’Éthiopie, dans la vallée de l’Awash, non loin de Djibouti.

Il s’agit d’une jeune femme de 1 mètre 10, avec une forte mâchoire et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3).

Maurice Taïeb et Donald Johannson, avec les restes de Lucy, sous leur tente en 1974

Les savants la baptisent Lucy d’après… une chanson des Beatles qu’ils écoutaient à leur bivouac :  »Lucy in the Sky with Diamonds ».

Aujourd’hui , Lucy est considérée comme notre lointaine cousine, du groupe des Australopithèques (ou ‘singes du sud », en latin et grec). Ce sont des hominidés caractérisés par une forte mâchoire et une capacité crânienne faible (moins de 500 cm3).

Lucy a bouleversé nos connaissances sur les origines de notre espèce .  À ce titre, elle a droit à notre reconnaissance même si elle ne détient plus la palme de l’ancienneté en matière d’humanité.

– En octobre 2000, des anthropologues ont en effet découvert au Kénya une mâchoire et quelques os d’un bipède dans des terrains remontant à… six millions d’années.!!

L’Australopithèque auquel ont appartenu ces ossements est ainsi deux fois plus vieux que Lucy. Il a été baptisé du nom d’Orrorin ( »homme originel » en langue locale).

– Enfin, le 19 juillet 2001, la mission franco-tchadienne de Michel Brunet réalise un nouvel exploit en mettant au jour un crâne vieux de sept millions d’années et quelques autres ossements en un lieu désertique du Tchad, autrefois baigné par les eaux du lac.

Baptisé  »Toumaï  » ( »espoir de vie » en langue locale), le crâne appartient à un être à la limite entre notre espèce et les autres hominidés. Homme ou gorille ? La question reste ouverte dans l’attente d’un fémur qui pourrait démontrer que Toumaï était un bipède, comme Orrorin, Lucy et nous.

C’était il y a 149 ans…..



Le 20 novembre 1873, l’Assemblée nationale proroge pour sept ans le mandat présidentiel du maréchal de Mac-Mahon. Les députés, en majorité partisans d’un retour de la monarchie, veulent ainsi se donner du temps pour lever les obstacles ultimes, qui tiennent à la personnalité du prétendant légitime, le comte de Chambord (Henri V). Faute d’y arriver, ils vont devoir s’accommoder d’un régime républicain. Ce sera la IIIe République

L’affaire du drapeau :

Après la chute de l’empereur  Napoléon III

, la France doit supporter l’occupation allemande. Des élections générales entraînent la formation d’une Assemblée nationale conservatrice, avec une majorité de députés favorables à une restauration de la monarchie.

La plus grande partie des monarchistes se tournent vers le prétendant légitime au trône, le comte de Chambord, fils posthume du duc de Berry. 

Ce quinquagénaire, petit-fils de Charles X et fils posthume du malheureux duc de Berry, a vécu en exil en Autriche et épousé une princesse étrangère dépourvue de sympathie pour la France. Le couple n’a pas eu d’enfant.

Le comte de Chambord méconnaît la réalité française, garde la nostalgie du passé et se berce de l’illusion de restaurer une monarchie de droit divin. Il déçoit ses partisans en exigeant dans un manifeste  en date du 6 juillet 1871 que la France renonce au drapeau tricolore bleu-blanc-rouge.

Même les plus farouches monarchistes ne peuvent le suivre dans cette voie, considérant que le drapeau tricolore de la Révolution a acquis sa légitimité du sang de tous les Français qui sont morts pour lui jusqu’aux extrémités de l’Europe.

L’affaire est d’autant plus consternante pour les royalistes que le drapeau blanc ne fut le drapeau français que pendant la Restauration (1815-1830). Avant 1789, il n’existait pas, en effet, de drapeau officiel !!

Sous l’effet de leur déception, les députés se constituent le 31 août 1871 en Assemblée constituante et, votent la première loi constitutionnelle en conférant au chef du pouvoir exécutif,  Adolphe Thiers

, le titre de président de la République.

L’homme qui ne voulut pas être roi……

Deux ans plus tard, le 24 mai 1873, les députés retirent leur confiance à Adolphe Thiers et le remplacent à la présidence de la république par le maréchal de Mac-Mahon

, un monarchiste !

Les monarchistes sont divisés entre les partisans du comte de Chambord, ou légitimistes, et les partisans du comte de Paris, ou orléanistes.Après beaucoup d’hésitations, les deux camps s’accordent sur un plan simple : le comte de Chambord, sans enfant, monte sur le trône, et à sa mort cède le trône au comte de Paris, lequel est jeune et chargé de famille. Avec lui, l’avenir de la monarchie paraît assuré.

Carrosses, costumes… tout se met en place pour le retour du futur roi, le défilé d’intronisation et la cérémonie. Il ne manque plus qu’un vote de pure forme de l’assemblée. C’est une question d’heures.

C’est alors que le prétendant réitère par lettre du 23 octobre 1873 son refus de tout compromis sur le drapeau. Dans la consternation, les députés se résignent à proroger le mandat du maréchal de Mac-Mahon.

La France entre à petits pas dans un régime républicain aussi conservateur que pouvait le souhaiter Adolphe Thiers.

C’était il y a 33 ans….


( Certainement déjà mis , mais j’avais encore TOUT perdu ,alors mis pour tester )

……….

Pour les Allemands, le 9 novembre rappelle tout à la fois l’avènement de la République (1918), le pitoyable  » putsch de la Brasserie  »(1923), la sinistre  » Nuit de Cristal  » (1938) et l’heureuse chute du Mur…

Tout le monde se souvient de la nuit du 9 au 10 novembre 1989… Cette nuit-là, devant les caméras du monde entier, de jeunes Allemands de l’Est et de l’Ouest brisent le  » Mur de la honte  »  qui divise Berlin depuis le 13 août 1961. Les jeunes gens prennent de court les dirigeants des deux bords qui ne s’attendaient pas à un enchaînement aussi rapide des événements.

Les peuples contre les dictatures :

Réceptifs à la politique de glasnost (transparence) initiée trois ans plus tôt par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, les dirigeants hongrois ont été les premiers à soulever la chape de plomb communiste.

Le 2 mai 1989, ils annoncent leur intention d’entr’ouvrir leur frontière avec l’Autriche. Des centaines d’Allemands de l’Est se précipitent alors en Hongrie dans l’espoir de bientôt passer à l’Ouest. En septembre, ils sont plusieurs milliers à s’enfuir de cette façon.

En République Démocratique Allemande (RDA), à Leipzig puis dans les autres villes du pays, les opposants au communisme quittent le secret des temples luthériens et manifestent au grand jour. Ils ont pourtant quelque motif de craindre le sort des étudiants de la place Tien An Men , à Pékin, sauvagement écrasés au même moment.

Le pouvoir est-allemand vacille. Début octobre, il autorise le transfert à l’ouest de plusieurs milliers de ses ressortissants qui s’étaient réfugiés dans l’ambassade ouest-allemande de Prague. Sa faiblesse s’affiche dans ces trains qui traversent l’Allemagne de l’Est, pleins de réfugiés triomphants !

Le 7 octobre 1989, lors du défilé commémoratif du 40e anniversaire de la RDA, Erich Honecker (77 ans), secrétaire général du Parti communiste est-allemand, doit supporter les acclamations qui montent vers… son invité, le réformiste Mikhaïl Gorbatchev (57 ans) :  » Gorbi, Gorbi !  ». Après ce camouflet, le 18 octobre, il laisse la place à Egon Krenz, un dirigeant aussi stalinien que lui mais plus jeune (51 ans).

Rien n’arrête plus l’Histoire. Un million de manifestants à Berlin-Est entraînent la démission collective du gouvernement communiste le 7 novembre.

Le côté ouest du mur de Berlin, entre les quartiers de Tiergarten et Mitte, Berlin 1989.Deux jours plus tard, le 9 novembre, vers 18h, Günter Schabowski, membre du bureau politique, annonce très simplement la décision du gouvernement de RDA vis-à-vis des Allemands de l’Est :
 » Les voyages privés à destination de l’étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière  ».
 » À partir de quand ?  » demande un journaliste.
 » Autant que je sache… tout de suite  », répond le dirigeant !

Quelques heures plus tard, on compte déjà des dizaines de milliers de Berlinois devant les sept postes-frontière du Mur.

À 22h15, le poste-frontière le plus au nord, à Bornholmer Straβe, est ouvert et la foule s’y engouffre dans une euphorie indescriptible, sous le nez des redoutables garde-frontières est-allemands, les  » vopos  ». En près de 30 ans, ces derniers ont tué 239 personnes qui tentaient de franchir le Mur. Cette fois, ils gardent l’arme au pied. Ils comprennent que leur temps est révolu.

Au cours de la nuit, les autres postes-frontière sont à leur tour ouverts. Les Berlinois de l’Est comme de l’Ouest ne se contentent pas de cela. Qui avec un marteau, qui avec une pioche, chacun s’attaque au béton du Mur (3,60 mètres de haut, 160 kilomètres de long et 300 miradors).

Mstislav Rostropovitch devant le Mur (novembre 1989), DRC’en est fini de cinquante ans de  séparation et d’antagonismes entre les deux parties de Berlin et les deux Allemagnes, la République Fédérale d’Allemagne (RFA, en allemand, Bundesrepublik Deutschland, BRD), sous influence occidentale, et la République Démocratique Allemande (RDA, en allemand Deutsche Demokratische Republik, DDR), sous domination soviétique.

Les idéologies chavirent dans un enthousiasme débridé. Personne ne s’inquiète encore des lendemains difficiles de la réunification. Le violoncelliste russe Mstislav Rostropovitch (72 ans) se rue à Berlin pour donner un concert improvisé devant le Mur…

Sans perdre de temps, le chancelier fédéral Helmut Kohl impose une unification monétaire puis politique des deux parties de l’Allemagne. L’unité est officialisée le 3 octobre 1990. Ce jour est depuis lors fête nationale en Allemagne.

En 1999, le chancelier Kohl laissera à son successeur l’honneur d’inaugurer l’installation des pouvoirs publics à Berlin, qui fut déjà la capitale de l’Allemagne de 1871 à 1945.

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 Les caractéristiques du mur :
Longueur totale de  » la ceinture  »  autour de Berlin-Ouest : 155 kilomètres, dont longueur entre Berlin-Ouest et Berlin-Est = 43,1 km. et longueur entre Berlin-Ouest et la RDA = 111,9 km.
Avec en plus : Tours de contrôle : 302 , unités de chiens de garde : 259 , miradors : 93 , bunker : 20 ,Profondeur au sol 2,10 m……

c’était il y a 66 ans ….


Le 6 novembre 1956

L’expédition de Suez tourne au fiasco

Le 6 novembre 1956, à minuit, prend fin l’expédition de Suez. Les parachutistes français et britanniques doivent cesser le feu quelques heures à peine après avoir sauté sur le canal et défait les troupes égyptiennes.

Imposé par les Soviétiques et les Américains, ce cessez-le-feu sonne pour la France et la Grande-Bretagne la fin de l’ère coloniale et la fin de leur influence au Moyen-Orient. Il annonce aussi l’émergence du tiers monde et des pays arabes ainsi que l’intervention des États-Unis dans la politique moyen-orientale.

Cynisme et arrogance :

Pris de court par la nationalisation   par le président égyptien Nasser, les Français et les Britanniques, qui perçevaient les droits de péage sur le canal, avaient d’abord protesté tout en hésitant sur la conduite à tenir.

Là-dessus s’étaient greffés des facteurs extérieurs…

Le socialiste  Guy Mollet

, chef du gouvernement français, eut l’idée de punir Nasser de son soutien aux indépendantistes algériens. De son côté, le jeune État d’Israël, fidèle allié de la France, manifesta le souhait d’une guerre préventive contre l’Égypte, soupçonnée de vouloir laver l’affront subit par les Arabes  en 1948.

Une conférence internationale s’ouvrit à Londres le 16 août en vue de trouver un compromis. Pendant ce temps, dans la discrétion, les militaires français et britanniques acheminèrent des troupes vers Chypre. À Londres, le Premier ministre conservateur Anthony Eden eut plus de difficulté à rallier sa majorité à la perspective d’une guerre.

Le 22 octobre 1956, le Premier ministre israélien David Ben Gourion (70 ans) se rend discrètement en France avec son chef d’état-major Moshe Dayan et Shimon Pérés. La délégation rencontre à Sèvres, près de Paris, Guy Mollet ainsi qu’un représentant britannique.

Il est convenu deux jours plus tard que les Israéliens, décidés à  » rompre l’encerclement  », attaqueront les Égyptiens et qu’ensuite, Français et Britanniques adresseront un ultimatum aux adversaires et occuperont la zone du canal sous prétexte de les séparer !

Le 29 octobre, les troupes du général Moshe Dayan se lancent dans le Sinaï et mettent en déroute l’armée égyptienne.

Comme prévu, le 30 octobre, Londres et Paris envoient un ultimatum conjoint au Caire et à Tel Aviv, enjoignant aux combattants de cesser le feu et de se retirer à 10 miles du canal.

Israël s’incline mais l’Égypte, comme on peut s’y attendre, rejette l’ultimatum.

Le lendemain 31 octobre, Français et Anglais détruisent au sol les avions égyptiens. Et, les 5 et 6 novembre, les parachutistes sautent sur Port-Saïd, à l’endroit où le canal débouche sur la mer Méditerranée. Personne ne se soucie d’une résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée trois jours plus tôt, le 1er novembre…

Pendant que l’attention du monde se porte sur le canal de Suez, les chars soviétiques entrent à Budapest et répriment le soulèvement des Hongrois contre leur régime communiste.

Menaces soviétiques

À peine les paras français et britanniques touchent-ils terre dans la zone du canal que les Soviétiques menacent d’intervenir avec des fusées intercontinentales à tête nucléaire si l’attaque n’est pas stoppée !

Washington fait alors pression sur ses alliés pour arrêter les frais.

C’était il y a environ 155 ans ….


Le 3 novembre 1867

Les   »chassepots  » (fusils)

( image =  » chassepot  »)

 font merveille à Mentana

Le 3 novembre 1867, Giuseppe Garibaldi  et 8 000 volontaires (les  » Chemises rouges  ») tentent d’entrer à Rome afin d’en chasser le pape Pie IX .

Ils veulent remettre la ville au roi d’Italie Victor-Emmanuel II, ériger Rome en capitale du royaume, en lieu et place de Florence, et parachever ainsi l’ unité de la péninsule . Mais le roi désapprouve cette initiative et la juge prématurée.

Image = bataille de Mantana

Humiliante défaite :

Le 15 septembre 1864, par une convention établie entre le roi d’Italie et l’empereur Napoléon III, celui-ci avait promis d’évacuer le contingent français chargé de protéger les territoires pontificaux et en échange le roi avait promis qu’il ne serait pas porté atteinte au dernier territoire relevant de l’autorité du pape.

Qu’à cela ne tienne, le fougueux Garibaldi

viole les injonctions de son roi et prépare l’invasion du Latium !

Napoléon III, bien qu’embarrassé par la défaite des Autrichiens à Sadowa et la menace allemande, ne peut faire moins que de renvoyer un corps expéditionnaire à Rome : pas moins de 22 000 hommes et 42 canons au total sous le commandement du général Pierre de Failly, aide de camp de l’empereur.

Un premier contingent quitte Toulon le 26 octobre 1867 et arrive à Civitavecchia trois jours plus tard alors que les volontaires garibaldiens ne sont plus qu’à 25 kilomètres de Rome. Dès le lendemain 30 octobre, une avant-garde aux ordres du général de Polhès entre à Rome et rejoint les troupes pontificales aux ordres du général Kanzler. Le roi d’Italie ne veut pas se tenir à l’écart et ordonne à sa propre armée d’occuper quelques points stratégiques du Latium.  

Le 3 novembre au matin, les soldats pontificaux, au nombre de trois mille, sortent de Rome par la porte Pia. Ils font leur jonction à une douzaine de kilomètres avec les deux mille soldats français. Devant eux, autour du village de Mentana, campent les huit mille volontaires garibaldiens, à l’abri au-dessus des ravins et derrière les solides maisons en pierre du village, mais mal équipés, indisciplinés et dépourvus d’artillerie.

Les zouaves et carabiniers pontificaux s’avancent vers Mentana. Craignant une sortie des garibaldiens, ils appellent à la rescousse les Français, lesquels usent de leurs nouveaux fusils. Leur feu, efficace et précis, provoque la débandade des adversaires.  

Les Chemises rouges battent en retraite, laissant sur le terrain près d’un millier de morts et de blessés, ainsi que 1500 prisonniers et 2000 fusils. Les troupes pontificales ne déplorent quant à elle qu’une centaine de tués et blessés.

Pour les militaires français, c’est un franc succès.  » Les chassepots ont fait merveille  », dit-on à l’état-major à propos des nouveaux fusils sur lesquels on avait quelques inquiétudes. La formule scandalise l’opinion libérale.

Mais les Français se sont bien gardés de poursuivre Garibaldi, personnage populaire dans le monde entier. Le rebelle sera arrêté près de Florence par les carabiniers italiens et libéré trois semaines plus tard sur la promesse de ne plus quitter son île de Caprera… promesse qu’il ne respectera évidemment pas.

Retour de bâton :

En France, ce modeste succès militaire laisse à Napoléon III

Napoléon III

un arrière-goût amer. L’empereur des Français avait jusque-là en effet soutenu la cause des nationalistes italiens et aidé le roi Victor-Emmanuel à chasser les Autrichiens de la péninsule.

Mais dans le souci de se concilier les catholiques français, le voilà obligé de se détourner de ses anciens amis !

Le roi d’Italie comprend qu’il n’a plus rien à espérer de Napoléon III. Quand celui-ci va entrer en guerre contre la Prusse, trois ans plus tard, il refusera de lui apporter son alliance et profitera au contraire de sa défaite pour se saisir enfin de la ville de Rome et en faire sa capitale.

klik! Ne mérite aucun commentaire ,nul ce billet .

C’était il y a environ 100 ans :


Le 29 octobre 1922

Mussolini accède au pouvoir

Le 29 octobre 1922, le roi d’Italie Victor-Emmanuel III

nomme Benito Mussolini  président du Conseil (l’équivalent de Premier ministre).

Un  régime totalitaire d’un  »genre nouveau  »va s’ensuivre de façon progressive ..

La Marche sur Rome de Mussolini et ses partisans le 29 octobre 1922

Un parti non-démocratique

Ancien leader du parti socialiste converti au nationalisme, Benito Mussolini a fondé le 23 mars 1919 des troupes paramilitaires, les Faisceaux italiens de combat (Fasci italiani di combattimento). Ces miliciens armés reconnaissables à leur uniforme, les « Chemises noires », multiplient dès l’année suivante les campagnes d’intimidation. Ils attaquent les Bourses du travail, lieu de rassemblement des syndicats ouvriers et brisent les grèves. Ils bastonnent leurs victimes, les purgent à l’huile de ricin ou parfois les assassinent ! Les fascistes apparaissent ainsi comme des garants de l’ordre (!) face aux menaces révolutionnaires. Ils bénéficient à ce titre de l’indulgence des forces de l’ordre et de la justice et sont regardés avec bienveillance par le patronat italien.

Le Duce Mussolini passe ses troupes en revue en 1938Aux élections législatives de mai 1921, Mussolini est élu avec 34 partisans sur les listes des  » blocs nationaux  ». Il choisit de siéger à l’extrême-droite de l’hémicycle pour marquer son hostilité à l’internationalisme socialiste.

Le 9 novembre 1921, enfin, soucieux de se démarquer des bandes fascistes qui sèment le désordre, il choisit la voie de la légalité en fondant le  » Parti National Fasciste , premier parti d’Europe occidentale ouvertement non-démocratique.

Avec des effectifs supérieurs à plus de 700 000 en 1922, le parti fasciste n’arrive pourtant pas à convaincre le corps électoral. Mais il démontre une nouvelle fois sa force en août 1922 en brisant une grève générale lancée par le parti socialiste et dirigée contre lui.

Là-dessus, Mussolini menace de marcher sur Rome à l’image du poète Gabriele d’Annunzio

et de sa   » Marche sur Fiume  » Les Chemises noires de province, au nombre d’environ 40 000, commencent dans le désordre à converger vers la capitale.

Face à cette menace de coup d’État aux airs de  »grand-guignol  », la droite démocratique supplie le roi Victor-Emmanuel III de décréter l’état de siège. Mais le souverain ne s’y résout pas par crainte d’une guerre civile. Comme le président du Conseil, Luigi Facta

, il pense que Mussolini peut, après tout, aider à sauver un régime en pleine décomposition et qu’il sera toujours temps de s’en débarrasser après.

Le 29 octobre 1922, Victor-Emmanuel propose donc à Mussolini qui, de Milan, observe prudemment les événements, de prendre la tête du gouvernement dans les règles.

Les Chemises noires poursuivent malgré tout leur marche sans rencontrer de résistance, pour le symbole. Pour donner l’illusion d’une prise de pouvoir personnelle, Mussolini entre dans la capitale italienne le 30 octobre, entouré des hiérarques et des militants fascistes, au terme d’une très symbolique « »Marche sur Rome ‘. Le Duce lui-même a pris le train Milan-Rome et rejoint la tête de ses troupes à l’entrée de la capitale.

La  »pantalonnade  » fasciste tourne au triomphe. À la tête d’un gouvernement qui ne compte que quatre ministres fascistes, Mussolini se montre dans les premiers temps respectueux des règles constitutionnelles. Sa détermination et son verbe lui valent la sympathie des élites, y compris d’illustres intellectuels comme Benedetto Croce

.

Mais, dans les provinces, les Chemises noires poursuivent la mise au pas des organisations syndicales. La fête du Travail du 1er mai est supprimée. La grève est interdite. Et en novembre 1922, la Chambre des députés et le Sénat votent les pleins pouvoirs à Mussolini pour un an.

Celui-ci va affirmer son autorité de façon progressive (à la différence de Hitler, dix ans plus tard). Contrairement aux apparences et aux dires de la propagande ( » Il Duce ha sempre ragione  »), il va devoir en permanence se plier à des compromis avec le roi, l’armée, son propre parti et la Constitution. Conformément à celle-ci, il n’est que Premier ministre, ce qui va permettre au roi Victor-Emmanuel III, chef de l’État et chef des armées, de le destituer en juillet 1943 par un  » coup de majesté  ».

Abolition de l’esclavage…..


Victor Schoelcher (1804 – 1893)

Une vie vouée à l’abolition de l’esclavage

   Précurseur dans l'abolition de l'esclavage avec l'édit de Pluviôse (4 février 1794), la France était  cependant revenue sur ses engagements à la fin de la Révolution et avait rétabli la situation antérieure dans ses colonies ou ce qu'il lui en restait. Il faudra une nouvelle révolution en février 1848 pour que l'esclavage soit enfin aboli pour de bon dans les colonies françaises. L'édit du 27 avril 1848 sera porté par un abolitionniste de la première heure, le philanthrope Victor Schoelcher.

Billet de banque émis en 1946 en l'honneur de Victor Schoelcher

Un jeune bourgeois idéaliste

Victor Schoelcher est né à Paris, en 1804, dans la riche famille d’un fabricant de porcelaine catholique, originaire de Fessenheim (Alsace). Jeune homme idéaliste, il fréquente les milieux artistiques et se pénètre d’idéaux républicains. Désireux de le ramener à la sagesse, son père l’envoie faire un voyage de dix-huit mois au Mexique, aux États-Unis et à Cuba sous le prétexte de développer les affaires familiales.

Victor Schoelcher (Paris, 22 juillet 1804 ; Houilles, 25 décembre 18933) (1832, Henri Decaisne, musée de Fessenheim)De passage à Cuba, aux Antilles, il est horrifié par la découverte de l’esclavage. Le jeune homme envoie à des journaux parisiens des Lettres du Mexique.

À son retour en 1830, devenu journaliste, il publie dans La Revue de Paris deux articles :  » Des Noirs  », dans lesquels il plaide pour une abolition très progressive de l’esclavage, jugeant  que les intéressés ne sont pas mûrs pour la liberté.

En 1832, à la mort de son père, il hérite de l’entreprise familiale et la revend aussitôt pour se consacrer tout entier à son combat philanthropique. Il publie un premier ouvrage intitulé  »De l’esclavage des noirs et de la législation coloniale (1833)  »dans lequel il analyse avec autant de froideur qu’il lui est possible les contradictions inhérentes à l’esclavage. La même année, le Parlement anglais vote l’abolition de l’esclavage dans toutes ses colonies d’ici au 1er août 1840.

Victor Schoelcher adhère à la loge maçonnique  » Les Amis de la Vérité  » puis à la  »Société française pour l’abolition de l’esclavage  », fondée le 15 août 1834 sur le modèle britannique. Plus tard, enfin, en 1840, il accomplit un nouveau périple dans les colonies à esclaves de la France. C’est pour y noter une situation proprement explosive. Il milite dès lors pour une abolition concertée avec les planteurs.

Un militant confirmé des justes causes :

Quand éclate la révolution de février 1848 , Victor Schoelcher, connu à travers ses nombreux articles et livres, devient sous-secrétaire d’État aux colonies dans le ministère de la Marine dirigé par l’astronome François Arago

C’est à ce titre qu’il peut rédiger et signer le décret d’abolition  du 27 avril 1848.

Victor Schoelcher (photographie d'Étienne Carjat)Dans la foulée, Victor Schoelcher se fait élire député de la Martinique ainsi que de la Guadeloupe (en Martinique, il sera battu l’année suivante par Cyrille Bissette, un   » libre de couleur  » qui a aussi beaucoup milité pour l’abolition). Siégeant à la gauche de l’Assemblée, il est présent sur les barricades auprès du malheureux député  Alphonse Baudin

 le 3 décembre 1851, à la suite du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Exilé en Angleterre sous le Second Empire, Victor Schoelcher reviendra en France à la chute de Napoléon III comme député de la Martinique avant d’être promu sénateur inamovible le 16 décembre 1875. Ainsi , il peut poursuivre ses combats contre la peine de mort, la bastonnade dans les bagnes etc.

Statue de Victor Schoelcher à Fort-de-France (1904, Anatole Marquet de Vasselot)En 1888, le village de Case-Navire, en Martinique, prend son nom, Schoelcher. À sa mort, célibataire et sans enfant, le philanthrope distribue ses biens et lègue notamment à la Guadeloupe sa collection, installée aujourd’hui dans le musée Schoelcher. de Pointe-à-Pitre.

En 1904 a été érigée devant le Palais de Justice de Fort-de-France (Martinique) une statue du grand homme, due au sculpteur Anatole Marquet de Vasselot, élève de Rodin.

Cette belle oeuvre d’art se signale néanmoins par une touche paternaliste dérangeante : elle montre Schoelcher caressant la tête d’un enfant noir chargé de chaînes. Ce qui ne justifie toutefois pas sa destruction par des vandales   le 22 mai 2020, le jour où les habitants de l’île ont coutume de commémorer l’abolition de l’esclavage

Le 20 mai 1949, à l’initiative du sénateur guyanais (et métis) Gaston Monnerville

, les cendres de Victor Schoelcher ont quitté le cimetière du Père-Lachaise pour rejoindre le Panthéon aux côtés de celles de Félix Éboué

, gouverneur du Tchad originaire de Guyane, premier noir à entrer au Panthéon

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"Décret portant abolition de l'esclavage dans les colonies", 27 avril 1848, première page. Archives nationales de France, cote BB/30/1125/A/296. © Wikimedia Commons, domaine public.

 » Décret portant abolition de l’esclavage dans les colonies  ».

C’était le 28 octobre 1886……


Comme d’habitude, les commentaires sont les bienvenus, mais nullement obligatoires !

La Liberté éclairant le monde :

Le 28 octobre 1886, » La Liberté éclairant le monde  » est inaugurée dans la liesse, à l’entrée du port de New York, par le président des États-Unis Stephen Grover Cleveland. C’est la plus colossale statue jamais construite (46 mètres de haut et 93 avec le piédestal). Elle est l’oeuvre du sculpteur Frédéric Auguste Bartholdi

A.Bartholdi

Ce cadeau de la France aux États-Unis célèbre l’amitié franco-américaine sur une idée du juriste Édouard Laboulaye

Édouard Laboulaye

. Il a été financé par une souscription publique des deux côtés de l’Atlantique et grâce à une active campagne de presse du journaliste américain Joseph Pulitzer…

La Statue de la Liberté rue de Chazelles (1884, Victor Dargaud, musée Carnavalet, Paris)

Auguste Bartholdi, républicain et patriote

Né le 2 août 1834 à Colmar, en Alsace, dans une famille de notables protestants, Auguste Bartholdi a pu donner libre cours à ses penchants artistiques grâce à la bienveillance de sa mère Charlotte qui ne cessa jamais de l’épauler.

Auguste Bartholdi (Colmar, 2 août 1834 - Paris, 4 octobre 1904)Il a à peine 20 ans quand il inaugure sa carrière de sculpteur avec la statue du comte Jean Rapp, un général de Napoléon Ier originaire comme lui de Colmar. Déjà s’affirme son goût pour le gigantisme avec cette statue à laquelle, de sa propre initiative, il donne une taille deux fois supérieure à la taille humaine.

En dépit de la bienveillance du Second Empire  à son égard, Bartholdi ne cache pas ses convictions républicaines, ce qui lui vaut de nouer une relation amicale avec le professeur de droit Édouard Laboulaye

Édouard Laboulaye

(1811-1883), dont il réalise le buste en 1866.

Aux États-Unis, laguerre de Scession  vient de se terminer sur l’abolition de l’esclavage. L’enthousiasme de Laboulaye, partisan des abolitionnistes, est à son comble.

Lors d’une soirée à laquelle est invité le jeune Bartholdi, il lance l’idée d’un monument qui scellerait l’amitié entre les peuples français et américain. Bien entendu, ce monument serait inauguré à l’occasion du centenaire de la Déclaration d’Indépendance , soit en 1876 !…

Suez avant New-York

Édouard Lefebvre de Laboulaye (Paris, 18 janvier 1811 - 25 mai 1883)En attendant, il faut composer avec un régime qui n’a pas de sympathie particulière pour la démocratie américaine.

Auguste Bartholdi, comme beaucoup d’artistes et d’intellectuels de son temps, cède à l’égyptomanie. Il visite les bords du Nil et rencontre Ferdinand de Lesseps, maître d’oeuvre du futurcanal de Suez .

Il lui suggère d’ériger à l’entrée du canal une statue monumentale à l’image du colosse de Rhodes, mais qui serait, elle, conçue pour durer des siècles.

Son projet prend l’allure d’une paysanne égyptienne qui brandit une torche, avec une majesté toute antique. Mais le vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha repousse l’idée et Bartholdi revient à Paris avec la maquette en terre cuite dans sa malle.

Arrive la guerre franco-prussienne. Patriote, le sculpteur de 36 ans sert comme chef d’escadron et aide de camp de Giuseppe Garibaldi  dans l’armée des Vosges.

Maquette de la statue de la Liberté éclairant le monde (vers 1885)Tandis que la France est encore sous le coup de la défaite, Édouard Laboulaye, devenu député républicain, se montre plus que jamais convaincu de l’utilité du monument à la Liberté. Il suggère à son ami de se rendre aux États-Unis pour tâter le terrain.

Dès son arrivée dans la rade de New York, à l’automne 1871, Bartholdi repère l’emplacement idéal pour son futur monument, lequel serait inspiré de la paysanne à la torche qui devait ouvrir le canal de Suez.

C’est l’île de Bedloe, rebaptisée  »Liberty Island  »en 1956. Elle est visible de tous les arrivants et offre un point de vue à la fois sur le grand large et la cité.

Laboulaye et Bartholdi ont dans l’idée que le monument, d’un coût de 250 000 dollars (une somme colossale pour l’époque), soit financé par souscription, pour moitié par le peuple français et par le peuple américain, le premier se réservant la statue et le second le piédestal.

Bartholdi rencontre dans ce but le président Ulysses S. Grant, des sénateurs, des industriels et des journalistes. Mais ses interlocuteurs demeurent très réservés à l’égard du projet. Tout comme d’ailleurs les élus et les notables français qui penchent majoritairement pour une restauration de la monarchie   et en veulent surtout aux Américains d’avoir soutenu la Prusse dans la précédente guerre.

En attendant que la situation se débloque, Bartholdi s’attelle à une commande publique destinée à rappeler le siège de Belfort  en 1870-1871. Ce sera le Lion de Belfort, une sculpture monumentale (on ne se refait pas) en granit des Vosges, adossée à la colline qui surplombe la ville.

L’horizon se dégage enfin : le régime politique bascule en janvier 1875  vers la République. Le projet de statue de la Liberté recueille désormais les faveurs de l’opinion mais le temps presse.

La statue de la Liberté en cours de montage dans les ateliers Gayet de la rue Chazelles (1884, Victor Dargaud, musée d'art de Santa Barbara, EU)

Course d’obstacles :

La statue de la Liberté en cours de montage dans les atelierds Gaget, Gauthier et CieLaboulaye, qui a de la suite dans les idées, fonde un Comité de l’union franco-américaine en vue de lever des fonds.

Charles Gounod compose pour les généreux donateurs, à l’Opéra de Paris, un Hymne à la Liberté éclairant le monde. On leur offre aussi deux cents modèles réduits de la future statue.

Auguste Bartholdi reçoit le concours d’une sommité du patrimoine en la personne d’Eugène Viollet-le-Duc . Celui-ci prescrit une peau composée de plaques de cuivre modelées par martelage sur des formes en plâtre. L’ensemble doit être monté sur une armature métallique, stabilisée par un remplissage en sable.

La fabrication peut enfin commencer dans les ateliers de la société  »Gaget, Gauthier et Cie  », rue de Chazelles, au nord de Paris. Elle mobilisera jusqu’à six cents ouvriers.

La Liberté éclairant le monde présentée à l'Exposition universelle de Paris, en 1878Mais il est devenu illusoire d’inaugurer la statue pour le centenaire de l’indépendance américaine. À tout le moins, Laboulaye et Bartholdi veulent profiter de l’Exposition universelle de Philadelphie de 1876 pour sensibiliser l’opinion américaine à leur projet.

Ils accélèrent le montage du bras droit et de sa torche afin de pouvoir les présenter sur place ! La pièce arrivera après la célébration de l’Independence Day (4 juillet) mais elle n’en recueillera pas moins un très vif succès auprès du public.

Grâce à une première collecte de fonds, on met à l’étude le piédestal. Il est confié à un architecte de renom, Richard Morris Hunt, qui a déjà conçu le Metropolitan Museum de New York.

Comme les fonds manquent aussi pour la réalisation de la statue, Laboulaye présente une reproduction grandeur nature de la tête à l’Exposition universelle de Paris, en 1878.

La statue de la Liberté à son achèvement, en 1884, dans la rue de Chazelles (Paris)Les visiteurs, impressionnés et séduits, souscrivent en masse et l’année suivante, le financement est bouclé avec plus de cent mille donateurs.

Mais un nouveau coup du sort frappe le projet : Viollet-le-Duc décède à 65 ans, emportant dans la tombe les principes de montage. Bartholdi se tourne alors vers Gustave Eiffel  (47 ans), un ingénieur et chef d’entreprise qui est en train de se bâtir une réputation internationale grâce à sa maîtrise des structures en acier.

À l’opposé de Viollet-le-Duc, il conçoit une charpente métallique légère qui, tel le roseau de la fable, saura résister aux plus violentes tempêtes en pliant et en se déformant.

Dernier coup du sort : Laboulaye décède à son tour le 25 mai 1883. Bartholdi porte désormais le projet sur ses seules épaules. Il invite le populaire Ferdinand de Lesseps à remplacer Laboulaye à la présidence du comité et c’est lui qui va officiellement remettre à l’ambassadeur américain, le 4 juillet 1884, la statue enfin terminée.

Le piédestal de la Statue de la Liberté en cours de construction

Le peuple américain se mobilise à son tour

Joseph Pulitzer (10 avril 1847, Makó, Hongrie - 29 octobre 1911, Charleston, Caroline du Sud)Outre-Atlantique, le projet se délite. Les riches New-Yorkais le dédaignent et le comité n’arrive pas à recueillir les fonds pour l’achèvement du piédestal.

Alors se lève un sauveur inattendu, Joseph Pulitzer.

Né en Hongrie en 1847, ce jeune immigré devenu le patron du New York World, a inventé la presse populaire à scandale. Il multiplie les campagnes de presse en faveur du projet. Auguste Bartholdi le soutient en proposant des statuettes à un ou cinq dollars.!

C’est un succès. Les dons, généralement modestes, affluent.

Le financement est enfin bouclé avec cent mille dollars supplémentaires offerts par cent vingt mille donateurs dont les noms sont tous imprimés dans le journal.

Auguste Bartholdi n’a pas attendu la fin de la souscription pour envoyer la statue à New York. À raison de 350 pièces dans 214 caisses, elle est chargée sur une frégate armée par le gouvernement français, l’Isère, et arrive à New York le 17 juin 1886. Quatre mois suffiront pour monter les cent tonnes de la structure et les quatre-vingt de l’enveloppe de cuivre.

Un mythe américain

La statue de la Liberté » La Liberté éclairant le monde  » est chargée d’une symbolique simple et accessible à tous. La statue tient dans sa main gauche une tablette où l’on peut lire ( 4 juillet 1776 ) (Déclaration d’indépendance  des États-Unis). Sa torche levée vers le ciel dissipe les ténèbres. Les chaînes brisées, à ses pieds, rappellent l’abolition de l’esclavage.

Les sept rayons de sa couronne sont censés représenter les sept océans et continents de la Terre. La couronne, enfin, comporte 25 fenêtres qui figurent autant de joyaux et d’où les visiteurs peuvent contempler la baie de New York.

Pour le corps de sa statue, le sculpteur a pu choisir comme modèle Jeanne-Émilie Baheux de Puysieux, une ancienne couturière devenue sa maîtresse et qu’il a dû épouser en catastrophe en 1875, lors d’un voyage aux États-Unis, pour ne pas heurter ses donateurs potentiels.

Quant au visage, a-t-il les traits de la mère de l’artiste? d’une prostituée? d’une Communarde?… Peut-être après tout Bartholdi s’est-il contenté de reprendre les traits hiératiques, sévères et somme toute sereins d’une Athéna antique.

La statue, son visage, sa gestuelle, son drapé n’ont rien de sentimental ou d’érotique. Mais qu’importe. Inaugurée à la veille de la grande vague d’immigration qui a vu débarquer à New York des millions d’Européens chassés par l’oppression et la misère, elle est devenue le visage de l’Amérique rêvée et de la Liberté. C’est elle que les manifestants de la place Tien An Men, en 1989, ont reproduite en plâtre.

Laboulaye et Bartholdi imaginaient-ils que leur idéal ferait le tour du monde, de Suez à Paris, New York et Pékin ?

Un poème d’Emma Lazarus :

La statue aujourd'hui : Liberty enlightning the WorldDès 1883 a été gravé dans le piédestal de  »La Liberté éclairant le monde  » un sonnet de la poétesse Emma Lazarus (1849-1887).

Il s’adresse aux millions d’immigrants qui ont débarqué à Ellis Island et pour lesquels la statue de la Liberté figurait l’espoir d’une vie meilleure :

« Give me your tired, your poor,
Your huddled masses yearning to breathe free,
The wretched refuse of your teeming shore.
Send these, the homeless, tempest-tost, to me,
I lift my lamp beside the golden door !

 »
Donne-moi tes pauvres, tes exténués
Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,
Le rebut de tes rivages surpeuplés,
Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête me les rapporte
De ma lumière, j’éclaire la porte d’or ! ‘.


C’était il y a…


……120 ans! :

Décès de Monsieur Georges Brassens :

22 octobre 1921 – 29 octobre 1981

Biographie Georges Brassens

Originaire de Cette (on écrit aujourd’hui Sète), petit port du Languedoc, le futur poète  » monte  » à Paris en février 1940 ( environ à 21 ans) Il trouve asile chez sa tante Antoinette

 »tante Antoinette »

et apprend la musique sur son piano.

Anarchiste et pacifiste de cœur, il est indifférent au contexte dramatique de l’époque. En 1943, il est envoyé dans un camp de travailleurs à Basdorf, près de Berlin, au titre du S.T.O (Service Obligatoire du Travail) . Il s’enfuit un an plus tard, à la faveur d’une permission, et se réfugie chez Jeanne et Marcel Planche

Jeanne Planche (l), René Fallet (foreground on l), Marcel Planche ,Pierre Onteniente, ( 1960)

, au 9, impasse Florimont (14e arrondissement). Il y restera 22 ans. Pour Jeanne, il écrit La cane de Jeanne et pour Marcel, qui tient un bistrot dans la rue d’Alésia voisine, sa plus célèbre chanson : L’Auvergnat.

Pour sa compagne  »Pupchen  »

Avec  »Pupchen »

, rencontrée en 1947 et à laquelle il restera toujours fidèle, il écrit aussi La non demande en mariage. Ayant abandonné le piano pour la guitare en 1951, il multiplie les auditions sans succès. Au bord du découragement, le 24 janvier 1952, il obtient enfin sa chance grâce à la chanteuse Patachou

Patachou

qui l’a pris en affection et, malgré son trac, accepte de le produire dans son cabaret de Montmartre. La consécration vient deux ans plus tard, le 23 septembre 1954 ( il a 33 ans ), à l’Olympia.

quelques chansons ( textes )

Les Copains d’abord

Non, ce n’était pas le radeau
De la Méduse, ce bateau
Qu’on se le dise au fond des ports
Dise au fond des ports
Il naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

Ses fluctuat nec mergitur
C’était pas d’la littérature
N’en déplaise aux jeteurs de sort
Aux jeteurs de sort
Son capitaine et ses matelots
N’étaient pas des enfants d’salauds
Mais des amis franco de port
Des copains d’abord

C’était pas des amis de luxe
Des petits Castor et Pollux
Des gens de Sodome et Gomorrhe
Sodome et Gomorrhe
C’était pas des amis choisis
Par Montaigne et La Boétie
Sur le ventre, ils se tapaient fort
Les copains d’abord

C’était pas des anges non plus
L’Évangile, ils l’avaient pas lu
Mais ils s’aimaient toutes voiles dehors
Toutes voiles dehors
Jean, Pierre, Paul et compagnie
C’était leur seule litanie
Leur Credo, leur Confiteor
Aux copains d’abord

Au moindre coup de Trafalgar
C’est l’amitié qui prenait l’quart
C’est elle qui leur montrait le nord
Leur montrait le nord
Et quand ils étaient en détresse
Qu’leurs bras lançaient des S.O.S
On aurait dit des sémaphores
Les copains d’abord

Au rendez-vous des bons copains
Y avait pas souvent de lapins
Quand l’un d’entre eux manquait à bord
C’est qu’il était mort
Oui, mais jamais, au grand jamais
Son trou dans l’eau n’se refermait
Cent ans après, coquin de sort
Il manquait encore

Des bateaux j’en ai pris beaucoup
Mais le seul qu’ait tenu le coup
Qui n’ait jamais viré de bord
Mais viré de bord
Naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

Des bateaux j’en ai pris beaucoup
Mais le seul qu’ait tenu le coup
Qui n’ait jamais viré de bord
Mais viré de bord
Naviguait en père peinard
Sur la grand-mare des canards
Et s’appelait les Copains d’abord
Les Copains d’abord

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 » La mauvaise réputation  »:

Au village, sans prétention
J’ai mauvaise réputation
Qu’je me démène ou que je reste coi
Je passe pour un je-ne-sais-quoi

Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde médit de moi
Sauf les muets, ça va de soi

Le jour du 14 juillet
Je reste dans mon lit douillet
La musique qui marche au pas
Cela ne me regarde pas

Je ne fais pourtant de tort à personne
En n’écoutant pas le clairon qui sonne

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde me montre au doigt
Sauf les manchots, ça va de soi

Quand j’croise un voleur malchanceux
Poursuivi par un cul-terreux
J’lance la patte et, pourquoi le taire?
Le cul-terreux se retrouve par terre

Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes

Mais les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde se rue sur moi
Sauf les cul-de-jatte, ça va de soi

Pas besoin d’être Jérémie
Pour deviner le sort qui m’est promis
S’ils trouvent une corde à leur goût
Ils me la passeront au cou

Je ne fais pourtant de tort à personne
En suivant les chemins qui ne mènent pas à Rome

Mais les brave gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux
Non, les braves gens n’aiment pas que
L’on suive une autre route qu’eux

Tout le monde viendra me voir pendu
Sauf les aveugles, bien entendu

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Les Amoureux des bancs publiques :

Les gens qui voient de travers pensent que les bancs verts
Qu’on voit sur les trottoirs
Sont faits pour les impotents ou les ventripotents
Mais c’est une absurdité car à la vérité, ils sont là c’est notoire
Pour accueillir quelque temps les amours débutants

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des petites gueules bien sympathiques

Ils se tiennent par la main, parlent du lendemain, du papier bleu d’azur
Que revêtiront les murs de leur chambre à coucher
Ils se voient déjà doucement elle cousant, lui fumant dans un bien-être sûr
Et choisissent les prénoms de leur premier bébé

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

Quand la sainte famille machin croise sur son chemin deux de ces malappris
Elle leur décoche hardiment des propos venimeux
N’empêche que toute la famille
Le père, la mère, la fille, le fils, le Saint Esprit
Voudrait bien de temps en temps pouvoir s’conduire comme eux

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

Quand les mois auront passé, quand seront apaisés leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s’apercevront émus qu’c’est au hasard des rues sur un d’ces fameux bancs
Qu’ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour

Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’foutant pas mal du regard oblique des passants honnêtes
Les amoureux qui s’bécotent sur les bancs publics
Bancs publics, bancs publics
En s’disant des « je t’aime » pathétiques
Ont des p’tites gueules bien sympathiques

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Chanson pour l’Auvergnat :

Elle est à toi, cette chanson
Toi, l’Auvergnat qui, sans façon
M’as donné quatre bouts de bois
Quand dans ma vie il faisait froid
Toi qui m’as donné du feu quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
M’avaient fermé la porte au nez

Ce n’était rien qu’un feu de bois
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un feu de joie

Toi, l’Auvergnat quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise, à travers ciel
Au Père éternel

Elle est à toi, cette chanson
Toi, l’hôtesse qui sans façon
M’as donné quatre bouts de pain
Quand dans ma vie il faisait faim
Toi qui m’ouvris ta huche quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
S’amusaient à me voir jeûner

Ce n’était rien qu’un peu de pain
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand festin

Toi l’hôtesse quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise à travers ciel
Au Père éternel

Elle est à toi cette chanson
Toi, l’étranger qui sans façon
D’un air malheureux m’as souri
Lorsque les gendarmes m’ont pris
Toi qui n’as pas applaudi quand
Les croquantes et les croquants
Tous les gens bien intentionnés
Riaient de me voir amené

Ce n’était rien qu’un peu de miel
Mais il m’avait chauffé le corps
Et dans mon âme il brûle encore
À la manière d’un grand soleil

Toi l’étranger quand tu mourras
Quand le croque-mort t’emportera
Qu’il te conduise, à travers ciel
Au Père éternel

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Le gorille :

C’est à travers de larges grilles
Que les femelles du canton
Contemplaient un puissant gorille
Sans souci du qu’en-dira-t-on
Avec impudeur, ces commères
Lorgnaient même un endroit précis
Que, rigoureusement, ma mère
M’a défendu d’nommer ici
Gare au gorille!

Tout à coup la prison bien close
Où vivait le bel animal
S’ouvre, on n’sait pourquoi, je suppose
Qu’on avait dû la fermer mal
Le singe, en sortant de sa cage
Dit « c’est aujourd’hui que j’le perds! »
Il parlait de son pucelage
Vous aviez deviné, j’espère!
Gare au gorille!

L’patron de la ménagerie
Criait, éperdu « nom de nom!
C’est assommant, car le gorille
N’a jamais connu de guenon! »
Dès que la féminine engeance
Sut que le singe était puceau
Au lieu de profiter de la chance
Elle fit feu des deux fuseaux!
Gare au gorille!

Celles-là même qui, naguère
Le couvaient d’un œil décidé
Fuirent, prouvant qu’elles n’avaient guère
De la suite dans les idées
D’autant plus vaine était leur crainte
Que le gorille est un luron
Supérieur à l’homme dans l’étreinte
Bien des femmes vous le diront!
Gare au gorille!

Tout le monde se précipite
Hors d’atteinte du singe en rut
Sauf une vieille décrépite
Et un jeune juge en bois brut
Voyant que toutes se dérobent
Le quadrumane accéléra
Son dandinement vers les robes
De la vieille et du magistrat!
Gare au gorille!

« Bah! soupirait la centenaire
Qu’on pût encore me désirer
Ce serait extraordinaire
Et, pour tout dire, inespéré! »
Le juge pensait, impassible
« Qu’on me prenne pour une guenon
C’est complètement impossible »
La suite lui prouva que non!
Gare au gorille!

Supposez que l’un de vous puisse être
Comme le singe, obligé de
Violer un juge ou une ancêtre
Lequel choisirait-il des deux?
Qu’une alternative pareille
Un de ces quatre jours, m’échoie
C’est, j’en suis convaincu, la vieille
Qui sera l’objet de mon choix!
Gare au gorille!

Mais, par malheur, si le gorille
Aux jeux de l’amour vaut son prix
On sait qu’en revanche il ne brille
Ni par le goût ni par l’esprit
Lors, au lieu d’opter pour la vieille
Comme l’aurait fait n’importe qui
Il saisit le juge à l’oreille
Et l’entraîna dans un maquis!
Gare au gorille!

La suite serait délectable
Malheureusement, je ne peux
Pas la dire, et c’est regrettable
Ça nous aurait fait rire un peu
Car le juge, au moment suprême
Criait « maman! », pleurait beaucoup
Comme l’homme auquel, le jour même
Il avait fait trancher le cou
Gare au gorille!

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Je me suis fait tout petit

Je n’avais jamais ôté mon chapeau
Devant personne
Maintenant je rampe et je fais le beau
Quand elle me sonne
J’étais chien mchant, elle me fait manger
Dans sa menotte
J’avais des dents d’loup, je les ai changés
Pour des quenottes

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

J’étais dur à cuire, elle m’a converti
La fine mouche
Et je suis tombé tout chaud, tout rôti
Contre sa bouche
Qui a des dents de lait quand elle sourit
Quand elle chante
Et des dents de loup, quand elle est furie
Qu’elle est méchante

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

Je subis sa loi, je file tout doux
Sous son empire
Bien qu’elle soit jalouse au-delà de tout
Et même pire
Une jolie pervenche qui m’avait paru
Plus jolie qu’elle
Une jolie pervenche un jour en mourut
À coups d’ombrelle

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

Tous les somnambules, tous les mages m’ont
Dit sans malice
Qu’en ses bras en croix, je subirai mon
Dernier supplice
Il en est de pires, il en est d’meilleurs
Mais tout prendre
Qu’on se pende ici, qu’on se pende ailleurs
S’il faut se pendre

Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui ferme les yeux quand on la couche
Je m’suis fait tout petit devant une poupée
Qui fait « Maman » quand on la touche

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Le Bistrot :

Dans un coin pourri
Du pauvre Paris,
Sur un’ place,
L’est un vieux bistrot
Tenu pas un gros
Dégueulasse.

Si t’as le bec fin,
S’il te faut du vin
D’ premièr’ classe,
Va boire à Passy,
Le nectar d’ici
Te dépasse.

Mais si t’as l’ gosier
Qu’une armur’ d’acier
Matelasse,
Goûte à ce velours,
Ce petit bleu lourd
De menaces.

Tu trouveras là
La fin’ fleur de la
Populace,
Tous les marmiteux,
Les calamiteux,
De la place.

Qui viennent en rang,
Comme les harengs,
Voir en face
La bell’ du bistrot,
La femme à ce gros
Dégueulasse.

Que je boive à fond
L’eau de tout’s les fon-
tain’s Wallace,
Si, dès aujourd’hui,
Tu n’es pas séduit
Par la grâce.

De cett’ joli’ fé’
Qui, d’un bouge, a fait
Un palace.
Avec ses appas,
Du haut jusqu’en bas,
Bien en place.

Ces trésors exquis,
Qui les embrass’, qui
Les enlace?
Vraiment, c’en est trop !
Tout ça pour ce gros
Dégueulasse!

C’est injuste et fou,
Mais que voulez-vous
Qu’on y fasse ?
L’amour se fait vieux,
Il a plus les yeux
Bien en face.

Si tu fais ta cour,
Tâch’ que tes discours
Ne l’agacent.
Sois poli, mon gars,
Pas de geste ou ga-
re à la casse.

Car sa main qui claqu’,
Punit d’un flic-flac
Les audaces.
Certes, il n’est pas né
Qui mettra le nez
Dans sa tasse.

Pas né, le chanceux
Qui dégèl’ra ce
Bloc de glace.
Qui fera dans l’ dos
Les corne’ à ce gros
Dégueulasse.

Dans un coin Pourri
Du pauvre Paris,
Sur un’ place,
Une espèc’ de fé’,
D’un vieux bouge, a fait
Un palace.

Supplique pour être enterré à la plge de Sète

La Camarde qui ne m’a jamais pardonné
D’avoir semé des fleurs dans les trous de son nez
Me poursuit d’un zèle imbécile
Alors cerné de près par les enterrements
J’ai cru bon de remettre à jour mon testament
De me payer un codicille

Trempe dans l’encre bleue du Golfe du Lion
Trempe, trempe ta plume, ô mon vieux tabellion
Et de ta plus belle écriture
Note ce qu’il faudrait qu’il advînt de mon corps
Lorsque mon âme et lui ne seront plus d’accord
Que sur un seul point, la rupture

Quand mon âme aura pris son vol à l’horizon
Vers celle de Gavroche et de Mimi Pinson
Celles des titis, des grisettes
Que vers le sol natal mon corps soit ramené
Dans un sleeping du Paris-Méditerranée
Terminus en gare de Sète

Mon caveau de famille, hélas n’est pas tout neuf
Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf
Et d’ici que quelqu’un n’en sorte
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces braves gens « poussez-vous donc un peu »
Place aux jeunes en quelque sorte

Juste au bord de la mer, à deux pas des flots bleus
Creusez si c’est possible un petit trou moelleux
Une bonne petite niche
Auprès de mes amis d’enfance, les dauphins
Le long de cette grève où le sable est si fin
Sur la plage de la corniche

C’est une plage où même à ses moments furieux
Neptune ne se prend jamais trop au sérieux
Où quand un bateau fait naufrage
Le capitaine crie « je suis le maître à bord »
Sauve qui peut, le vin et le pastis d’abord
Chacun sa bonbonne et courage

Et c’est là que jadis à quinze ans révolus
À l’âge où s’amuser tout seul ne suffit plus
Je connus la prime amourette
Auprès d’une sirène, une femme-poisson
Je reçus de l’amour, la première leçon
Avalais la première arête

Déférence gardée envers Paul Valéry
Moi l’humble troubadour sur lui je renchéris
Le bon maître me le pardonne
Et qu’au moins si ses vers valent mieux que les miens
Mon cimetière soit plus marin que le sien
Et n’en déplaise aux autochtones

Cette tombe en sandwich entre le ciel et l’eau
Ne donnera pas une ombre triste au tableau
Mais un charme indéfinissable
Les baigneuses s’en serviront de paravent
Pour changer de tenue et les petits enfants
Diront « chouette, un château de sable »

Est-ce trop demander sur mon petit lopin
Plantez, je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l’insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D’affectueuses révérence

Tantôt venant d’Espagne et tantôt d’Italie
Tous chargés de parfums, de musiques jolies
Le Mistral et la Tramontane
Sur mon dernier sommeil verseront les échos
De villanelle, un jour, un jour de fandango
De tarentelle, de sardane

Et quand prenant ma butte en guise d’oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec moins que rien de costume
J’en demande pardon par avance à Jésus
Si l’ombre de ma croix s’y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume

Pauvres rois pharaons, pauvre Napoléon
Pauvres grands disparus gisant au Panthéon
Pauvres cendres de conséquence
Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances
Vous envierez un peu l’éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant
Qui passe sa mort en vacances

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Tombe de Mer Brassens (cimetière de Sète)

L’accident ferroviaire….


…. de Saint-Michel de Maurienne (1917)

vignette

.…..plus grande catastrophe ferroviaire en France avec 433 victimes.

La tragédie :

En ce mois de décembre 1917, la Grande Guerre bat son plein, mais les choses évoluent : la Roumanie vient de signer l’armistice, la Lituanie est devenue indépendante et la Russie bolchévique est sur le point de sortir définitivement du conflit. La bataille de Caporetto, en Italie (aujourd’hui Kobarid en Slovénie) s’est quant à elle terminée le 9 novembre avec une victoire écrasante pour les Français et leurs alliés britanniques.

(Le Petit Journal, 14 décembre 1917)

Le calme étant revenu, des permissions sont accordées aux soldats, et notamment à ceux qui avaient déjà combattu auparavant sur le front de l’Est, en France. Plusieurs trains sont donc prévus, à destination de Lyon et de Chagny, en Saône-et-Loire. Pour eux, c’est un moment de joie intense : une permission de quinze jours pour passer Noël en famille, revoir femme et enfants, parents, frères et sœurs, on ne peut rêver mieux, et l’on imagine bien l’ambiance qui règne dans le train bondé.

Le 11 décembre 1917, un convoi de dix-sept voitures (toutes en bois) de 350 mètres de long, avec à son bord plus de mille permissionnaires français entassés, quitte Bassano del Grappa, petite ville située entre Trévise et Vicence. Il passe à Turin puis franchit la frontière au tunnel du Fréjus (celui du Mont-Blanc n’existe pas encore). D’abord séparé en deux parties, le train est reconstitué en une seule à Modane, qu’il quitte à 22 h 47 en direction de Chambéry.

Les causes de l’accident qui va se produire restent floues. On explique que malgré les demandes du mécanicien Louis Girard, aucune motrice de queue n’aurait été attachée et qu’il aurait reçu l’ordre de quitter la gare malgré le danger qu’il aurait évoqué : en effet si toutes les voitures étaient équipées d’un système de freinage automatique, celui-ci n’était activé que sur les trois premières au profit du seul freinage manuel sur les autres wagons…

Fichier:Accident-Saint-Michel-de-Maurienne-Décembre-1907.jpg (Opérations de déblaiement après l’accident)

Après son départ, le train entame une longue descente vers la vallée, mais le dénivelé (de 22‰ à 30‰ ) est important et le train prend de la vitesse, atteignant de 135 à 150 km/h selon les estimations et devenant incontrôlable. Girard a beau actionner le sifflet de la locomotive pour alerter les serre-freins, rien n’y fait : la première voiture déraille dans un tournant au lieu-dit La Saussaz à une centaine de mètres du pont ferroviaire qui enjambe la rivière l’Arc, entraînant avec elle tous les wagons.

Ceux-ci s’écrasent contre un mur de soutènement et contre le pilier nord d’un pont routier, s’encastrant les uns dans les autres. La locomotive se détache et continue son trajet, déraillant peu après en arrivant dans la gare : Girard aura la vie sauve car il saute en marche. 433 militaires ont moins de chance.

Ceux qui ne sont pas tués sur le coup perdent la vie dans d’atroces conditions, le corps disloqué et brûlé dans l’incendie qui se déclare…

C’est un événement que personne ne connaît, et pourtant, ce déraillement de train survenu en pleine guerre 14-18 fut pendant longtemps la plus grande catastrophe ferroviaire du monde ! Elle reste aujourd’hui la cinquième de l’histoire et la plus grande jamais arrivée en France, avec 435 victimes (433 militaires et 2 civils). Dans le contexte de la Grande Guerre, cet événement fut volontairement passé sous silence et conservé secret.

Très peu de journaux en parlèrent dans les jours qui suivirent, et l’actualité de la guerre en éclipsa bien vite toute mise en avant. Tout au long du XXe siècle, le drame fut néanmoins évoqué, nimbé de mystère au vu de l’absence d’archives. En 1972, le magazine Historia y consacrait un plein article qui, bien qu’incomplet, constituait une première étape vers le souvenir. Il fut suivi en 1996 par un article de Rail Passion, mais un vrai travail de recherches archivistiques ne put être effectué qu’en 2007, à la demande d’André Pallatier, habitant de Saint-Michel-de-Maurienne où se déroula l’accident. Après plusieurs années de travail, il publia un livre enfin dûment documenté (“Le tragique destin d’un train de permissionnaires”, éditions l’Harmattan, 2013).

Malheureuses victimes de ce déraillement qui, s’il avait eu lieu en période de paix, aurait sans doute considérablement marqué les mémoires.

 »L’arbre généalogique  » ? réalisé compte plus de 33 000 personnes et concerne des familles de toute la France dont la famille Vilamb dont le grand-père, retenu au dernier moment, aurait dû prendre ce train…

* Les chiffres officiels annoncent 435 victimes dont 433 militaires. ( On a retrouvé 434 de ces derniers, l’un d’entre eux, René Emile GOUSSIN, ayant manifestement été ajouté par erreur à ce décompte )