Mœurs….


…..et civilités

(Après avoir entendu un enfant, petite fille dire un juron….)

Restons polis !

 »Dis bonjour à la dame  »,  » mais mouche ton nez  »,  » ne parle pas la bouche pleine  » ! Ces exhortations, on les a tous entendues et répétées à notre tour. Elles font partie des bases de notre politesse, cet art du savoir-vivre qui nous permet de lisser la vie en société. Ces règles ont fortement évolué au fil du temps, et le maroufle d’hier n’est plus celui d’aujourd’hui.

C’est pourquoi nous vous invitons, courtoisement et seulement si vous le voulez bien, à un petit rappel sur l’histoire de nos chers  » fais pas ci, fais pas ça  »… De quoi oublier notre époque qui a criminalisé la bise et la poignée de mains…

Louis Léopold Boilly, Réunion de 35 têtes d'expression, 1825, Tourcoing, musée des Beaux-Arts.

Oups, pardon !

On ne saura jamais quel est le premier Sapiens qui s’est excusé après avoir écrasé le pied de l’un de ses congénères. Mais il n’est aucun doute que dès les premières civilisations, la politesse est au centre des rapports sociaux.

Bas-relief de Persépolis, montrant une audience royale, Téhéran, musée national. Le roi (au centre) reçoit un baiser de la main de l'un de ses courtisans (à droite).En Egypte, dès le plus jeune âge, l’enfant se doit d’apprendre à respecter parents et supérieurs.  » Comment vas-tu ? Puisses-tu être vivant ! Mes yeux sont aussi grands que Memphis tellement j’aspire à te voir…  » (cité dans le Dictionnaire de la civilisation égyptienne) : les formules sans fin que les scribes intégraient à leur courrier sont une preuve amusante de l’importance des marques d’obligeance.

C’est aussi à cette époque que l’on trouve l’origine de cette étrange coutume, la bise :  » Lorsque deux Perses se croisent en chemin, voici par quoi l’on peut reconnaître qu’ils sont du même rang : au lieu de prononcer des formules de politesse, ils s’embrassent sur la bouche ; si l’un d’eux est d’un rang quelque peu inférieur, ils s’embrassent sur les joues ; si l’un d’eux est de naissance très inférieure, il se met à genoux et se prosterne devant l’autre  ».

Attention cependant à ne pas en faire trop : les Mésopotamiens, eux-mêmes fort distingués, pouvaient devenir très soupçonneux devant une urbanité tape-à-l’œil, comme le montre ce traité de médecine :  » S’il prononce sans cesse des paroles de salutation : il souffre de » la maladie de la parure »). Entre politesse et flagornerie, il y a un fossé qu’on ne peut en aucun prix franchir !

Valérien aux pieds de Shapur Ier, IIIe siècle, Naqsh-e Rostam, Iran.

Politesse, civilité ou courtoisie ?

On peut être poli sans être courtois, faire preuve de civilité sans être poli… Tâchons d’y voir plus clair ! Au bas de l’échelle se situe la civilité consistant à se montrer bon citoyen ( » civis  » en latin), c’est-à-dire à respecter les mœurs de sa collectivité. Si vous adoptez un comportement plus raffiné, vous voilà entré dans la politesse, ce contrôle sur soi-même qui a participé, à la mise à l’écart collective de la violence et donc au développement des civilisations.
Puis imaginons que vous viviez dans une cour du Moyen Âge : il vous faut devenir un bon courtisan, certes bien élevé mais aussi plein d’élégance, notamment vis-à-vis de l’adversaire… et du sexe faible. Vous atteignez alors un niveau de raffinement qui vous vaudra bien de la reconnaissance puisque vous avez su vous éloigner de cet état de grossièreté qui rend les rapports sociaux si difficiles. Sans rituels communs, pas de société !
Nous avons besoin de la politesse  »pour mettre un peu d’huile dans les rouages  », pour faciliter notre intégration, montrer que l’on connaît les codes et que l’on appartient bien au même monde, aussi réduit soit-il. C’est ainsi qu’on ne rendra pas visite habillé de la même manière à son chef et à sa grand-mère bien-aimés, que l’on pourra faire la bise à l’une et pas à l’autre. Si une grande part d’hypocrisie et d’artificialité est indispensable pour faire tenir debout l’édifice, la politesse reste un des meilleurs outils que l’on ait trouvés pour simplement apprécier de vivre ensemble.

La philosophie du rot ?

La  »dexiosis  », vous connaissez ? Pourtant c’est un geste que l’on pratique tous les jours depuis fort longtemps puisqu’il est déjà signalé du côté de chez Homère. Et oui, Achille et Ménélas se saluaient en se serrant la main ! Rien de tel pour montrer que ladite menotte n’est pas crispée sur une arme.

Peintre d'Achille, Cratère, vers 450 av. J.-C., Londres, British Museum.Et ce n’est pas la seule marque de politesse que nous aient léguée les Grecs si l’on en croit les règles rappelées par Platon :  » pour la jeunesse garder le silence en présence des vieillards, un silence approprié ; les faire asseoir ou se lever pour leur céder sa place (La République, IVe siècle av. J.-C.). La règle est simple : pas de bon citoyen sans douceur dans les comportements.

Plus étonnant, le fameux  » À vos souhaits !  » que l’on adresse à un éternueur ne serait pas sans lien avec la croyance que cette manifestation physique est un message que les Dieux nous font passer. Étudiez le  » atchoum !  » de votre voisin : vous connaîtrez son avenir (mais gardez-vous à distance aussi longtemps que rode le coronavirus) …lol

Attention, cette croyance n’est pas sans soulever des débats hautement philosophiques, comme le rappelle le sage Aristote :  » Pourquoi les émissions des autres gaz, comme le pet et le rot, ne sont-elles pas considérées comme sacrées, et l’éternuement l’est-il ?  » .

Bonne question, n’est-ce pas ? D’autant qu’il est des civilisations où le rot, par exemple, est une marque positive de reconnaissance à l’égard de son hôte.

Le Banquet de Platon, deux tableaux d'Anselm Feuerbach peints en 1869 et en 1874. La première version se trouve au musée d'art de Karlsruhe. La seconde à la Galerie nationale de Berlin. Alcibiade (à gauche) fait son entrée ivre et légèrement vêtu, tandis que son hôte, Agathon, couronné de lauriers, l'invite à s'asseoir.

Gymnastique cochonne ?

Chez les Romains aussi, il serait étonnant de répondre dans ces conditions un sympathique  » Que Jupiter vous conserve !  ».

Statues des Tétrarques, début IVe siècle, basilique Saint-Marc, Venise.Antoine, maître de cavalerie de César, aurait dû se méfier de l’importance accordée à la maîtrise de soi dans sa société : il fut condamné à mort pour avoir laissé échapper un malencontreux rot en plein Sénat. On ne saura jamais s’il a aggravé son sort en adressant à ses juges ce que les poètes appelaient un  » doigt infâme  », version minimaliste du bras d’honneur mais à la connotation sexuelle toujours claire.

Nos ancêtres les Romains savaient aussi faire preuve d’originalité : il n’y avait par exemple rien de plus chic pour un invité de bonne famille que de demander, au milieu d’un bon repas, une bassine pour vomir. !!!!! Voilà une façon inattendue de remercier de l’abondance de nourriture et de remplacer le trou normand !

Ce n’est pas du goût de tout le monde :  » Ils vomissent pour manger, et mangent pour vomir  » se plaint Sénèque. Cette coutume va en effet à l’encontre du principe du « ne quid nimis » ( » rien de trop  ») qui réglait les rapports sociaux. Un simple  » ave  » ou  » salve  » suffisait à saluer une connaissance que l’on n’hésitait pas à accompagner aux latrines pour poursuivre la conversation.

Aujourd’hui, difficile d’imaginer ce type de politesse et nous serions bien gênés s’il nous fallait suivre le vieux principe de tout homme bien élevé :  » À Rome, fais comme les Romains  ». Les mots magiques

C’est un trio incontournable, bien connu de ceux qui accueillent le public :  » Bonjour, merci, au revoir !  » Apparu au XIIIe siècle, le premier est là pour nous rappeler que la politesse est aussi une façon de montrer sa bienveillance, à moins d’être un Harpagon qui préfère  »prêt(er) le bonjour  » (Molière, L’Avare, 1668). Il est temps de se séparer ? C’est l’heure du  » Bonne journée  », version féminine du précédent qui, étonnamment, renvoie à une situation contraire. On peut lui préférer le banal  » Au revoir !  » qui appelle à une nouvelle rencontre et est bien plus optimiste que le définitif  » Adieu !  » Passons sur les  » À plus!  » et autres  » À tout’ !  » adoptés au choix par les personnes pressées ou paresseuses.
Quant au  » merci  » ( » salaire, récompense  » en latin), à une époque où les échanges se faisaient sans argent, il a d’abord été employé pour supplier son bienfaiteur de ne pas avoir à donner de contrepartie à son cadeau.
Le voici qui logiquement est devenu l’équivalent de  » Pitié !  », sens que l’on rencontre toujours dans les expressions  » Dieu merci !  », « tenir quelqu’un à sa merci  » ou  » être sans merci  ». Cette idée de menace se retrouve dans le  » Pardon !  » puisqu’il vient de  » pardoner vie  », c’est-à-dire  » faire grâce à un condamné  ». N’oubliez pas, la prochaine fois que vous vous excuserez, que votre  » Pardonnez-moi !  » est une supplique pour garder la vie sauve !

Valve de miroir en ivoire, scènes courtoises, XIVe siècle, Paris, musée du Louvre. L'agrandissement montre le e Miroir de l'humaine salvation, anonyme, XVe siècle, Chantilly, musée Condé.

Fini de jouer !

 » Merci la gueuse. Tu es un laideron mais tu es bien bonne  ». Incongrue, cette réplique du film Les Visiteurs (1993) ? Pas tout à fait.

Le Moyen Âge est loin d’être une époque de goujats, comme le prouve la publication de conseils à la fois inspirés de Cicéron ou Sénèque et marqués par l’idéal monastique de la maîtrise de soi. Et surtout, c’est à partir du XI siècle que naît la courtoisie qui met en avant l’attention portée à autrui, notamment aux femmes, et qui donnera naissance à notre galanterie.

Alexander Bening, miniature du Bréviaire Grimani, 1515-1520, Venise, Biblioteca Marciana.Toutefois, ce sont les humanistes de la Renaissance qui vont faire avancer d’un grand pas les bonnes manières. En 1530, Erasme publie un traité considéré comme le premier traité du savoir-vivre. Ronfler, bâiller, grimacer…

Sa  »Civilité puérile  » (1530) dresse la liste des mauvaises habitudes à fuir pour domestiquer ses plus bas instincts et rompre avec l’animalité. Fini les doigts dans le nez ! Il faut lutter contre son corps, le cacher et prendre une nouvelle distance avec l’autre.

À ce jeu, c’est l’Italie qui sert une fois de plus de modèle, cette Italie où les jeunes gens de bonne famille vont faire leur apprentissage. À leur retour, quelle surprise face à la bonhomie et la familiarité de manières d’un François 1er ! Mais l’Italie va remettre de l’ordre dans tout cela sous l’autorité de Catherine de Médicis.

À la cour des Valois, les gauloiseries rabelaisiennes laissent place à une belle maîtrise de soi et de son corps qu’on épile, amincit et parfume par respect pour son interlocuteur. Voyez comme je me fais beau pour vous, comme j’ai un joli langage ! Quelques conseils bienvenus

Le chapitre  » De la décence et de l’indécence du maintien  » de La Civilité puérile d’Érasme marque un tournant dans l’instauration de nos rituels de politesse. En voici quelques extraits, à suivre à bon escient !
 » Il est indécent de regarder en ouvrant un œil et en fermant l’autre ; qu’est-ce, en effet, autre chose que se rendre borgne à plaisir ? Laissons cela aux thons et à certains artisans. […]
Avoir la morve au nez, c’est le fait d’un homme malpropre ; on a reproché ce défaut à Socrate le Philosophe. Se moucher dans son bonnet ou sa veste est d’un paysan, dans son bras ou son coude, d’un marchand de poisson ; il n’est pas beaucoup plus poli de le faire dans la main, si la morve tombe sur la veste. Il est de recueillir les saletés du nez dans un mouchoir, en se détournant un moment si l’on est avec des supérieurs. Si en se mouchant dans les doigts quelque chose tombe à terre, il faut l’écraser aussitôt avec le pied. … Il est ridicule de faire passer sa voix par le nez ; c’est bon pour les joueurs de cornemuse et les éléphants ; froncer le nez, c’est l’affaire des bouffons et des baladins. …
Détourne-toi pour cracher, de peur d’arroser et de salir quelqu’un. …

Si tu as envie de vomir, éloigne-toi un peu : vomir n’est pas un crime. Ce qui est honteux, c’est de s’y prédisposer par sa gloutonnerie (Érasme)

Claude Gillot, Les Deux carrosses, 1707, Paris, musée du Louvre.

Délicates dentelles

Au XVIIe siècle, les salons commencent à dicter leurs lois. Ces dames n’étaient pas appelées  » Précieuses  » pour rien ! Elles n’acceptent de côtoyer que des  » honnêtes hommes  » associant dans une même harmonie l’être et le paraître. De la distinction, que diable ! Adieu le  » nez  », bienvenue aux  » écluses du cerveau  ».

Joseph Durcreux, Autoportrait, le bâillement, 1783, Los Angeles, Getty Center. L'agrandissement donne à lire un extrait de La Civilité française, 1789, coll. part.Il faut dire que l’exemple vient d’en haut, Louis XIV ayant décidé de mener à la baguette son armée de courtisans. Il est désormais par exemple inconcevable de bâiller ou rire à gorge déployée, ce serait mettre en défaut le couple royal qui a une dentition déplorable.

Mais les recommandations ont leurs limites, et on peine à faire reculer la déplorable habitude de cracher ou se soulager dans les lieux publics. La Galerie des Glaces en sait quelque chose, elle qui doit refuser le public une journée par semaine pour le grand nettoyage !

Quelques années plus tard, les dentelles sont toujours là mais désormais le pire manque d’élégance est le manque d’esprit. Les Lumières doivent briller en société, mais point trop n’en faut, comme le remarque Jean Rousseau.

Il n’est pas question que son personnage d’Émile cède à l’hypocrisie de la politesse qui révèle et accentue les différences sociales :  » sans cesse la politesse exige, la bienséance ordonne ; sans cesse on suit les usages, jamais son propre génie  » (Jean-Jacques Rousseau).

Pour commencer, adoptons le tutoiement en famille. Cette drôle d’idée est reprise par l’assemblée révolutionnaire de la Convention. Elle va jusqu’à interdire totalement le  » vous  » ainsi que les  » monsieur/madame  », remplacés par le révolutionnaire  » citoyen/ne  ». Il s’agit désormais de faire preuve de civilité et non plus de politesse, trop connotée Ancien Régime. La politesse? Beurk !

Claude Simonin, Le Vrai portrait de M. de Molière en habit de Sagnarelle, XVIIe siècle, Paris, BnF.Fin observatrice de son temps, Molière s’est bien entendu penché sur le cas de la politesse, fort à la mode au XVIIe siècle. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Alceste ne l’apprécie guère.
 » Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode ;
Et je ne hais rien tant que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles
,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités avec tous font combat,
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsqu’au premier faquin il court en faire autant ?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée
 » (Molière, Le Misanthrope, 1666).

Crinoline, ses dangers et ses difficultés, 1850, Londres, museum of London.

Tout va très bien, Madame la Marquise

Cette  »anti politesse  » généralisée ne survivra pas à Thermidor et au retour des courtisans sous le Directoire. Napoléon 1er n’hésite pas à prendre conseil auprès de Mme de Genlis, la Nadine de Rothschild de l’époque et future gouvernante de Louis-Philippe. La politesse, comme le roi, se fait  » bourgeoise  » pour aider cette nouvelle couche de la société à se distinguer du peuple.

Gavarni et Grandville, Comment on se salue à Paris dans Le Diable à Paris, 1845.Attention désormais aux fautes de goût, en particulier vestimentaires, qui peuvent détruire à jamais une réputation : impossible de sortir sans gants, avec des bijoux trop coûteux ou pire,  » en cheveux  » comme les prostituées. Et lorsqu’on met le nez dehors, on préfère éviter ces lieux où les règles de la civilité ont toujours du mal à survivre : les transports. Gare en effet à la promiscuité, aux crinolines écrasées et aux coups de canne !

Dans la bonne société, élevée à la lecture des manuels d’Usages du monde de la baronne Staffe, rien ne fait plus peur que le ridicule. C’est donc tout à fait étrange que ce soit à ce moment-là que naisse une toute nouvelle mode pour saluer : le baisemain.

Gustave Courbet, Bonjour, monsieur Courbet, 1854, Montpellier, musée Fabre.

Le début du XXe siècle adore cette  » contorsion pénible autant que disgracieuse  » . D’abord vue comme une sympathique curiosité soi-disant inspirée du temps des mousquetaires, elle s’impose face à la poignée de main virile qui broie les délicats doigts de ces dames, dégantées bien sûr.

L’uniformisation des mœurs invite la politesse dans les différentes couches de la société et tous les enfants commencent à partager les mêmes notions élémentaires de maintien. Enfin, presque tous : entendant  » Madame la marquise est servie  », la pauvre Bécassine s’écrit :  » Madame la marquise seulement ? Et nous autres, quand est-ce qu’on mangera ?  »

Honoré Daumier, Comment on devient grand mathématicien, (détail), Album des Professeurs et Moutards, 1845-1846, Paris, BnF.

 »Jurer comme un roi  »

Quels étaient les jurons préférés de nos souverains ? En voici un petit échantillon :
 » Charles IX (jurait]) Par le jour D. Louis XII, Le Diable m’emp… François Ier, Foi de gentilhomme. Charles IX blasphémait sans crainte. On a cru que Dieu en punition de cet horrible vice n’avait pas donné une longue vie à ce Prince, qui d’ailleurs avait de très grandes qualités. Ce furent les Italiens les plus grands blasphémateurs du monde qui introduisirent ces diaboliques excès dans la Cour de France.
Henri IV jurait Ventre-Saint-Gris. On aurait de la peine à trouver ce Saint dans aucun de nos martyrologes ….… ; les gouverneurs de Henry IV, lorsqu’il était encore fort jeune, craignant qu’il ne se laissât aller à blasphémer comme les autres, lui permirent de jurer Ventre-Saint-Gris, mot qui ne signifie rien du tout.
Le feu roi Louis XIII ne jurait jamais. Louis le Grand ne jure point, et a banni de la Cour les jurements et les blasphèmes  »

Janine Niepce, Enfant assis sur une voiture, 1957. L'agrandissement montre Gaston Lagaffe, Franquins, s.d.
doigts dans le nez ….

Plus de chichi !

La Grande Guerre sonne la fin de la récréation : à l’égalité des tranchées doit succéder celles des comportements. Un peu de simplicité, que diable !

Alain-Fournier, Politesse, affiche, 1940-1944. L'agrandissement présente la campagne de la RATP, 2015 : Restons civils sur toute la ligne.Chapeaux et cannes partent peu à peu au fond des placards en compagnie des gants qui s’effacent face à la mode du shaking hand ( » poignée de main  ») revenue d’Angleterre.

L’époque veut de la vitesse et non plus des salamalecs sans fin. Le savoir-vivre bourgeois n’a plus sa place comme le rappellent de façon tonitruante les artistes de l’époque, surréalistes en tête :  » Merdre !  » (Alfred Jarry, Ubu roi).

La montée des totalitarismes, hostiles aux traditions bourgeoises, va accélérer cet appauvrissement tandis que l’on constate une simplification des rapports dans les familles, largement amplifiée ensuite par le phénomène de Mai 68.

L’enfant-roi prend le pouvoir et l’on ne se risquerait pas à lui interdire de mettre les coudes sur la table. Mais si le ridicule ne tue plus, les mufles sont toujours là et ont même trouvé de nouveaux modes d’expression : automobile, cigarette, téléphone portable, internet…

Conscients des dégâts que peuvent causer ces manques de civilité, les législateurs se sont vus obligés de s’en mêler pour rappeler la notion de respect. La politesse serait-elle ringarde ? Si un président de la République peut se permettre un  » casse-toi pov’con !  », pourquoi devrions-nous perdre notre précieux temps à retenir la porte de l’ascenseur pour notre voisin ?

Cartes du Jeu du savoir-vivre, Fernand Nathan, années 60.

N’oublions pas que la politesse reste un outil de vie en société mais aussi un marqueur social : adopter ou méconnaître tel ou tel comportement vous classe automatiquement dans certaines catégories. Sans être à cheval sur les principes et adepte des  » petites filles modèles  » de la comtesse de Ségur, n’oublions pas que  » la politesse coûte peu et achète tout  » (Montaigne, Pensées diverses, 1580).

René Goscinny et Morris, vignette extraite de Ma Dalton, 1971. L'agrandissement montre la vignette de l'album Tintin et les Picaros, Hergé,1976.
M’a Dalton lol

Screugneugneu !

Ma Dalton ne cesse de le répéter : pas de gros mots ! Sinon, gare au lavage de la bouche au savon ! Pourtant son cher fils Averell ne fait que reprendre une habitude certainement aussi vieille que le langage : à Rome on trouve de fort belles métaphores ( » pâture à corbeaux !  »), souvent animalières ( » ver de terre !  ») ou potagères ( » tubercule enterré !  »), voire bien sûr scatologiques ( » que les oiseaux chient sur ta tête !  »).
On pourrait citer d’autres exemples, essentiellement à connotation sexuelle, mais on n’en trouve pas la traduction dans le Gaffiot… Avec l’arrivée du christianisme, les choses s’aggravent puisqu’on parle désormais de  » péché de langue  ».
Si les très populaires » foutre !  » (de fuetere, avoir des rapports) et  » merde !  » (de merda, fiente) sont déjà là, ils sont accompagnés dès le Moyen Âge de toute une ribambelle d’obscénités parfois étranges :  » baveux  »,  » culvert  » (plouc),  » gargouilleux  »… Mais au XVIe siècle, on ne plaisante plus : tout ce qui risque de porter atteinte à la religion est proscrit. Qu’importe ! La Renaissance, Gargantua en tête, aime jurer et remplace pour quelque temps ses  »nom de Dieu !  » par des  » ventrebleu !  » et autres  » palsambleu  », altérations de  » par le ventre  » et  » par le sang de Dieu  » !
Avec les années, les sanctions se durcissent et pour éviter l’arrachage de la langue le XVIIe siècle remplace son  » je renie Dieu  » par un exotique  » jarni  », le  » putain  » (du latin  » puant  ») par l’inoffensif  » punaise  ». Le XVIIIe siècle s’amuse à en rire et collectionne les expressions truculentes pour divertir ses salons au point de créer un nouveau genre littéraire, le genre  » poissard  », censé imiter le peuple des halles.

Les lettrés du XIXe siècle préfèrent les ignorer, indifférence qui rend d’autant plus incroyable le retour des mots fleuris chez les auteurs du siècle suivant. Louis-Ferdinand Céline, Michel Audiard mais aussi bien sûr Frédéric Dard et Hergé ont enrichi avec ingéniosité notre vocabulaire grossier, vocabulaire qui, on ne peut que le déplorer, ne se renouvelle plus guère.  »Crotte de bique  »

Alfred Nobel : comment l’inventeur de la dynamite est-il …..


…devenu l’inventeur du prix Nobel?

En entendant le nom d’Alfred Nobel

A.Nobel

, la première chose qui me viendra à l’esprit sera bien entendu le célèbre prix éponyme à la renommée internationale, remis chaque année aux personnes « ayant apporté le plus grand bénéfice à l’humanité ». Toutefois, avant de créer cette récompense, Alfred Nobel portait un tout autre titre : celui d’inventeur de la dynamite.

Invention de la dynamite

Alfred Nobel naît en 1833 à Stockholm en Suède . À l’âge de 18 ans, il embarque pour les États-Unis, où il décide d’étudier la chimie, en travaillant quelques temps aux côtés de l’inventeur John Ericsson

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John Ericsson

. Après le règne séculaire de la poudre à canon, la nitroglycérine est découverte par Ascanio Sobrero 

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Ascanio Sobrero 

en 1847, et c’est avec le collègue de ce dernier que Nobel se dédie à l’étude des explosifs dès 1850.

Au cours de ses expérimentations, plusieurs explosions ont lieu dans l’usine familiale, dont une qui coûte la vie à son frère Emil et à quatre autres personnes. Nobel décide donc de sécuriser l’usage de la nitroglycérine et finit par découvrir qu’en la mélangeant à de la terre de diatomée ( celle qui peut être peut utilisée contre les punaises de lit !), celle-ci devient suffisamment stable pour être transportée sans risque et nécessite l’usage d’un détonateur pour exploser.

Le 25 novembre 1867, Nobel fait breveter son invention sous le nom de dynamite, puis, il dépose le brevet pour  »la dynamite extra » Nobel en 1875. Grâce à cette nouvelle forme d’explosif, désormais standard dans les activités minières, son créateur connaît un succès financier retentissant. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, jusqu’à un jour fatal de 1888, qui va renverser la vie d’Alfred Nobel.

Du marchand de mort au prix Nobel

En 1888, Ludvig

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Ludvig Nobel

, le frère d’Alfred, décède lors d’une visite à Cannes. Un journal est toutefois persuadé que c’est l’inventeur de la dynamite qui est passé à trépas, et publie sa nécrologie !! Alfred Nobel est sous le choc en la lisant :  » Le marchand de la mort est mort. Le Dr Alfred Nobel, qui fit fortune en trouvant le moyen de tuer plus de personnes plus rapidement que jamais auparavant, est mort hier  ».

Cet événement inattendu , fortuit va complètement bouleverser la carrière de Nobel, qui s’aperçoit soudain de l’image négative qui lui est associée et commence à se demander quel héritage il souhaite laisser à la postérité. En 1895, il dresse son testament dans lequel il exprime le souhait que sa fortune soit mise de côté à sa mort pour que soit créé le prix Nobel, une récompense internationale qui serait remise annuellement.

Alfred Nobel meurt le 10 décembre 1896, sans femme ni enfant. L’ouverture de son testament provoquera la surprise de ses amis, de sa famille et de ses collègues qui n’avaient pas été informés de son initiative. En tout, c’est 94% de sa fortune qui sera consacrée à la création du prix, ( l’équivalent de près de 2 millions d’euros ). Un montant qui s’élève aujourd’hui à plus de 337 millions d’euros en prenant en compte l’inflation. Un héritage inestimable pour l’humanité.

P.S : Le prix Nobel de la paix récompense  » la personnalité ou la communauté ayant le plus ou le mieux contribué au rapprochement des peuples, à la suppression ou à la réduction des armées permanentes, à la réunion et à la propagation des progrès pour la paix  » selon les volontés, définies par le testament, d’ Alfred Nobel

Parce Que je ne suis pas vacciné…


.…..contre le COVID :

Ces vaccins qui ont marqué l’histoire de la médecine:

1796: Les premiers pas de la vaccination

1796 : Les premiers pas de la vaccination

Alors que la variole, aussi appelée “petite vérole”, touche une grande partie de la population depuis des centaines d’années, le médecin anglais Edward Jenner constate que les personnes qui s’occupent de la traite des vaches ne développent pas la maladie. Les laitières sont en fait protégées de la variole par la maladie de la vache, une pathologie bénigne qui fait apparaître des pustules sur leurs mains et leurs avant-bras. Edward Jenner a l’idée d’injecter un peu de pus d’une laitière dans le bras d’un jeune enfant qui ne contractera jamais la variole. Pas encore connue sous ce nom, la vaccination est née.

Photo 1885: Pasteur découvre le vaccin contre la rage

1885 : Pasteur découvre le vaccin contre la rage

C’est l’une des maladies les plus effrayantes du moment : une fois contractée, la rage est à l’époque inexorablement mortelle. Lorsque Louis Pasteur débute ses recherches pour trouver un vaccin contre la rage, il s’est déjà illustré dans la conception de divers vaccins contre le choléra chez les poules, contre le rouget chez le porc ou encore contre la maladie du charbon chez les vaches.

Photo :1885: Pasteur découvre le vaccin contre la rage

1885 : Pasteur découvre le vaccin contre la rage

En 1885, après avoir fait des tests prometteurs sur des lapins, Louis Pasteur injecte pour la première fois son vaccin contre la rage sur à un jeune garçon. Mordu quatorze fois par un chien enragé, Joseph Meister reçoit dix jours de traitement qui l’empêchent effectivement de contracter la rage. C’est la consécration pour Louis Pasteur, dont l’institut aujourd’hui mondialement connu sera créé trois ans plus tard.

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1921: La naissance du BCG

1921 : La naissance du BCG

Au début du XXè siècle, la tuberculose, aussi appelée “peste blanche”, fait 100 000 à 200 000 morts en France. Le vétérinaire Camille Guérin et le médecin Albert Calmette unissent leurs forces pour étudier la maladie. Pendant 13 ans, Camille Guérin se penche sur la bactérie responsable de la maladie chez la vache et développe un bacille tuberculeux inoffensif qui ouvre la voie à l’immunité.

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1921: La naissance du BCG

1921 : La naissance du BCG

Décidés à le rendre accessible dans le monde entier, Guérin et Calmette refusent de déposer un brevet. Le BCG est le seul vaccin au monde qui porte les initiales de ses fondateurs.

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1926 : La naissance des vaccins associés

Les années 1920 marquent la conception de nombreux vaccins tels que ceux contre la diphtérie en 1923 et contre le tétanos et la coqueluche en 1926. En travaillant sur la diphtérie et le tétanos, le vétérinaire français Gaston Ramon découvre que la combinaison de plusieurs vaccins dans une même seringue permet de bonnes réponses immunitaires. C’est la raison pour laquelle les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche et la poliomyélite sont souvent rassemblés dans une même injection aujourd’hui.

Photo :1932: le vaccin contre la fièvre jaune

1932 : le vaccin contre la fièvre jaune

Dès le milieu du 19è siècle, les épidémies de fièvre jaune se multiplient en Afrique et en Amérique du Sud. Transmise par le moustique, la maladie provoque frissons, douleurs musculaires, maux de tête et une jaunisse chez certains patients. Après de longues et difficiles recherches, un premier vaccin voit le jour à l’Institut Pasteur de Dakar en 1932. Une découverte qui permet l’éradication de la maladie en Afrique francophone.

Photo 1932: le vaccin contre la fièvre jaune

1932 : le vaccin contre la fièvre jaune

La fièvre jaune est encore aujourd’hui un enjeu de santé publique dans le monde. Selon l’OMS, 200 000 cas de fièvre jaune sont détectés chaque année ainsi que 30 000 décès causés par la maladie. Comme le rappelle l’Institut Pasteur, la maladie refait actuellement son apparition dans certains pays africains et sud-américains où la couverture vaccinale n’est pas suffisante. Des cas de fièvre jaune ont également été déclarés en Chine pour la première fois.

Photo 1944: un premier vaccin contre la grippe

1944 : un premier vaccin contre la grippe

En 1944, le médecin Thomas Francis Junior est chargé de développer un vaccin contre la grippe pour protéger les soldats américains en pleine Seconde guerre mondiale. Grâce à des travaux réalisés sur un oeuf de poule ???, le premier vaccin et trouvé et la première campagne de vaccination antigrippe est lancée.

Photo 1955: Jonas Salk met au point le premier vaccin contre la poliomyélite

1955 : Jonas Salk met au point le premier vaccin contre la poliomyélite

Très contagieuse, la poliomyélite couramment appelée polio frappe principalement les enfants et peut provoquer une paralysie irréversible chez le malade. En 1955 (année de pa naissance), le médecine américain Jonas Salk met au point un vaccin qui arrive trois ans après une importante épidémie aux épidémies. Aujourd’hui, selon l’ONU, les efforts accrus de vaccination dans le monde rendent possible l’éradication complète de la maladie dans les années à venir.

Je souhaite pour mes lecteurs….


Bonne année ensoleillée de bonheur.
Ode à la vie et beauté de l’existence.
Nid d’amour et amitié pleine de sens.
Nirvana de tendresse et océan de douceur.
En cette nouvelle année je vous souhaite le meilleur.

Avec sincérité et beaucoup de bienveillance.
Ni stress ou angoisses, que de la chance.
Nuits tranquilles et doux jours paisibles.
Et que le bonheur ait vos cœurs pour cible.
Espoir, rire, optimisme et bien d’autres bonheurs.

Que l’An 2022 soit un poème qui parle de bonheur.
Que tout vous soit facilité et ne soit que douceur
Que votre famille soit protégée et heureuse
Que la nouvelle année soit gaie et joyeuse.

Qui est Saint-Sylvestre ?


Saint-Patron des fêtards sans le vouloir, Saint-Sylvestre est aussi et surtout l’un des premiers papes ayant favorisé l’essor du christianisme en Occident et en Orient.

De son nom on ne connaît rien, si ce n’est qu’il est associé à la fête, au champagne , aux cotillons, bref, au réveillon de 31 décembre ! En effet, l’éphéméride du dernier jour de l’année indique que nous célébrons la Saint-Sylvestre. Né au IIIème siècle à Rome et mort le 31 décembre 335, Sylvestre Ier a joué un rôle important dans l’histoire de l’église en tant qu’évêque de Rome puis 33ème pape. Il eut la lourde tâche d’organiser l’Église dans une société enfin pacifiée, à une époque charnière du christianisme.

Saint-Sylvestre, un pape du IVème siècle

En effet, il est le premier pape de la paix constantinienne. En 313, l’empereur romain Constantin Ier promulgue l’Édit de Milan, un ensemble de mesures prises pour mettre fin aux luttes religieuses qui opposaient à cette époque les chrétiens encore minoritaires et les religions païennes dans l’Empire romain. Une fois la paix installée, le pape doit toutefois faire face à un autre type de difficulté : la mainmise de l’empereur sur les affaires de l’Eglise. Sylvestre Ier se montre effacé face à cet empereur omnipotent et le laisse ainsi le représenter aux concile d’Arles (314) et de Nicée (325) qui réunit notamment les évêques d’Orient et d’Occident.

Sylvestre se montre plus actif dans la construction. Il entreprend de grands travaux dans la Rome impériale et fait édifier la basilique Saint-Jean de Latran, la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, la basilique de Saint-Paul hors les Murs, la basilique de Saint Laurent. Il se montre aussi entreprenant en matière de mobilier liturgique et d’ornements.

Les  »Sigillaires  », l’ancêtre du réveillon du jour de l’an

L’origine de la Saint-Sylvestre semble cependant avoir précédé au saint lui-même. Ce sont les romains et précisément Jules César qui semblent être les vrais inventeurs du jour de l’an en fixant cette date au 1er janvier. Ainsi l’ancêtre de notre réveillon du 31 était ce que l’on appelait les “Sigillaires”, qui clôturaient les festivités de décembre, les Saturnales. A cette occasion les convives s’échangeaient des cadeaux et se réunissaient autour de grands festins. Une version antique pas si éloignée de nos réveillons modernes.

P.S : La fête des sigillaires, du latin sigillum ( sceaux ou cachets de terre cuite, ou plus sûrement diminutif de signum, statue ) était une fête célébrée dans la Rome antique. Macrobe lui donne une origine religieuse, selon un rite consistant à offrir des figurines en terre cuite sur l’autel de Saturne pour assurer sa protection et celle des siens.

C’était il y a 44 ans :( billet complètement copié /collé )!


Charlie Chaplin décédait …

Né le 16 avril 1889 à Londres / mort le 25 décembre 1977( à 88 ans) à Corsey-sur-Vevey (Suisse)

Biographie Charlie Chaplin

Charles Spencer Chaplin est né à Londres dans une famille d’artistes du music-hall. Son père étant mort alcoolique et sa mère devenue folle, il quitte Londres pour les États-Unis en 1912. Il va très vite s’épanouir dans le cinéma muet avec ses courts métrages qui donnent, par la grâce du rire, une épaisseur humaine aux vagabonds et aux déshérités de la classe ouvrière. Ce qui lui vaut d’être baptisé Charlot par les Français…

Tandis que les Européens entrent en 1914 dans  »le suicide collectif  » que sera le guerre , la frénésie de la  » Belle Epoque  »se prolonge dans les studios d’Hollywood, près de Los Angeles (Californie). Parmi les jeunes talents qui vont donner vie à l’industrie du cinéma se trouve un Anglais au visage avenant qui ne craint pas de se dévaluer dans le costume d’un clochard lunatique.

Connu des Anglo-Saxons comme The Tramp ( » le vagabond  »), il sera baptisé Charlot par les Français (traduction de son petit nom anglais Charlie). C’est encore sous ce surnom que Charles Chaplin est le plus souvent désigné en dépit d’une carrière cinématographique parmi les plus longues et les plus prestigieuses du XXe siècle…

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À 5 ans, d’après ses souvenirs, il chante sur scène à la place de sa mère, victime d’une extinction de voix, et sa performance impromptue fait rire le public aux larmes !

Dès l’âge de 9 ans il participe à des tournées au sein d’une petite troupe,  »Eight Lancashire’s Lads  » . Il quitte définitivement Londres pour les États-Unis en 1912.

Engagé par Mack Sennett

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M.Sennett

, il interprète son premier film en 1914 et, la même année, réalise lui-même ses premiers films. ( au nombre de 35 !)

Très vite il va s’épanouir dans le cinéma muet, en donnant par la grâce du rire une épaisseur humaine aux vagabonds et aux déshérités de la classe ouvrière.

Charlie Chaplin acclamé à New York en 1921 (16 avril 1889, Londres ; 25 décembre 1977, Corsier-sur-Vevey)

Un mythe planétaire :

Directeur exigeant, Charles Chaplin fonde en 1919 une compagnie de production, les Artistes Associés, avec les acteurs Douglas Fairbanks et Mary Pickford et le réalisateur D.W Griffith.

La compagnie se présente à ses débuts comme une fédération de producteurs indépendants. Elle est rejointe par J. Schenck, producteur de Buster Keaton et également Samuel Goldwyn…  »Les fous dirigent l’asile  », disent de mauvaises langues.

L’arrivée du cinéma parlant (1927) ne l’empêche pas de réaliser l’un de ses films les plus beaux et plus émouvants, City Lights (Les Lumières de la ville, 1931). Sur le tournage, il accueille Winston Churchill, alors en tournée aux États-Unis. Et Albert Einstein lui fait l’honneur d’assister à la première du film, début d’une longue amitié pleine d’admiration réciproque entre les deux hommes.

Son dernier film muet, Modern Times (Les temps modernes, 1936), s’inspire très nettement du film tendre et drôle de René Clair,  »À nous la liberté  »(1932).

 » C’est Hitler qui ressemble à Charlot  »

Le Dictateur (Charles Chaplin, 1940D’un long métrage au suivant, l’engagement politique de Chaplin devient de plus en plus vigoureux jusqu’à atteindre le summum dans  »The great dictator  »(Le dictateur, 1940). Mais cette caricature de Hitler est froidement accueillie aux États-Unis.

On appréciera d’autant plus la prescience du cinéaste que la Première du film a lieu à New York le 15 octobre 1940, ( alors même que débute l’asservissement de la Pologne et bien avant que le nazisme ne révèle toute son horreur avec la Shoah, celle-ci débutant à l’automne 1941.)

Le journal  » Paris-Soir  »(27 décembre 1938) annonce la sortie du Dictateur de Chaplin avec une jolie formule :  » Ce n’est pas Charlot qui veut ressembler à Hitler, mais Hitler qui ressemble à Charlot  » .

Le Dictateur (Charles Chaplin, 1940

Après la guerre, Charlie Chaplin réalise Monsieur Verdoux (1947) en s’inspirant de l’affaire Landru.

Lui-même, bel homme et cinéaste à succès, a une vie sentimentale agitée. Il se marie quatre fois, avec des femmes à peine sorties de l’adolescence. Il a au total dix enfants dont huit avec sa dernière épouse . Le couple se marie en 1943. Oona a alors 18 ans et lui 53. Ils resteront étroitement unis jusqu’à la mort.

Critiqué pour ses engagements politiques à l’époque du maccarthysme, il doit justifier devant une commission d’enquête du Sénat sa sympathie pour le combat de l’Union soviétique contre le IIIe Reich ! Mais son plaidoyer ne convainc pas les enquêteurs… 

En 1952, il va à Londres pour la Première de son film Limelight (Les Feux de la rampe), un long métrage où figure à ses côtés Buster Keaton

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, ancien rival du temps du muet tombé dans l’anonymat avec l’arrivée du cinéma parlant. Sur le paquebot qui l’emmène en Europe, Chaplin, qui est toujours resté citoyen britannique, apprend que son visa de retour en Amérique a été annulé. Contraint à l’exil, il va choisir de finir sa vie en Suisse.

Dans son autobiographie, il considèrera ce dernier quart de siècle comme la période la plus heureuse de sa vie même s’il ne rencontre plus au cinéma le succès d’antan. Il dénonce l’intolérance dans Un roi à New York et tourne un dernier film en 1967, avec Marlon Brando et Sophia Loren : La comtesse de Hong Kong. Échec commercial. Se détournant de la caméra, Charles Chaplin va dès lors exploiter son talent de musicien et de compositeur pour refaire les bandes sonores de ses premiers films !

En 1972, le cinéaste est longuement ovationné (12 minutes) à la cérémonie des Oscars, à Hollywood. Il est aussi anobli par la reine Elizabeth II en 1975. Charlot devient Sir Charles. Il s’éteint le jour de Noël 1977 dans sa belle résidence de Corsier-sur-Vevey, au-dessus du Léman, aujourd’hui transformée en musée à sa gloire.

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Vidéos :

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Les légendes de Noël


Les nuits de Noël et les traditions liées à cette fête étaient autrefois souvent empreintes de croyances surnaturelles…

La bûche de Noël :

La traditionnelle bûche gourmande

Glacée ou à la crème pâtissière la bûche de Noël est désormais le dessert qui couronne nos repas de fête.

Pendant des siècles c’est une autre bûche qui était au cœur des festivités de Noël : une grande bûche de chêne ou d’arbre fruitier, la plus grosse que le père de famille ait pu trouver.

La bûche de Noël originelle :

Allumée dans la cheminée familiale, et aspergée d’eau bénite, elle devait se consumer le plus longtemps possible, jusqu’au nouvel an dans le meilleur des cas. Sa longévité devait augurer de l’abondance et la qualité des récoltes.

Les mères de familles accrochaient à ses extrémités des fruits et de petits présents pour les enfants.

Une fois consumée, les cendres étaient, selon les régions, conservées ou dispersées autour de la propriété afin de la préserver de la foudre. Ces cendres étaient aussi réputées pour avoir des vertus médicinales ou protéger contre les morsures de serpents.

Les trésors de Noël

Menhirs bretons

Dans certaines régions, la nuit de Noël voit réapparaître des trésors qui sont habituellement hors de portée des humains.

En Bretagne, par exemple, alors que les douze coups de minuit résonnent (même au clocher des villages engloutis), les menhirs partent s’abreuver à la source, laissant apparaître, l’espace de quelques instants, le trésor enfoui à leur pied.

Village de Saissac dans la Montagne Noire

Dans la Montagne Noire, massif qui s’étend du Tarn à l’Hérault, une légende un peu similaire raconte que pendant les douze coups de minuit, des souterrains, dont l’entrée avait disparu, s’ouvrent à nouveau avec leurs trésors.

Mais gare à celui qui serait tenté de manquer la messe de minuit pour partir en quête de ces trésors…
Toujours dans la région de la Montagne Noire, une croyance populaire veut que les personnes qui seraient parties avant la fin d’une messe de minuit seraient, à leur mort, condamnées à chasser des proies invisibles pour l’éternité.

ça s’est passé il y a ….


…..environ 118 ans :

Le 17 décembre 1903, les frères Wilbur et Orville Wright (36 et 32 ans) effectuent à tour de rôle quatre vols de quelques dizaines de mètres sur la plage de Kill Devil, à Kitty Hawk, en Caroline du Nord.

Quelques villageois témoins de ces modestes exploits ne se doutent pas qu’ils viennent d’assister à la naissance de l’aviation……

Un siècle de vaines tentatives

Un siècle plus tôt, des Français avaient réussi à s’élever dans le ciel à bord d’un engin plus léger que l’air, la   » montgolfière  » mais cette performance sans précédent avait eu peu de conséquences pratiques.

En 1890, la machine volante du Français Clément Ader

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Ader
C.Ader

, l’une des premières à avoir été appelée  » avion », vole à l’altitude de… quelques dizaines de centimètres (sur terrain plat, notons-le, et non sur des dunes). Mais son inventeur ne réussit pas à  » transformer  » l’essai. Les frères Wright vont être plus chanceux et de leur premier essai date le véritable essor de l’aviation.

Des expérimentateurs tenaces et discrets

Wilbur et Orville, fabricants de cycles passionnés de mécanique, tentent d’abord de développer le vol plané.

Ils y échouent et sans se décourager entreprennent dans leur atelier Dayton (Ohio) la construction du Wright Flyer. Il s’agit d’un biplan de 274 kg, avec deux ailes parallèles de 12 mètres d’envergure. Entre les ailes, un moteur à essence de 16 CV entraîne deux hélices en bois au moyen de chaînes de vélo.

Le 14 décembre, ils transportent leur engin jusqu’à Kitty Hawk où s’étend une longue plage déserte.

Après un premier essai raté et quelques réparations, ils se remettent aux commandes à tour de rôle trois jours plus tard, malgré un fort vent de face. Et c’est enfin le succès avec un vol de 260 mètres en 59 secondes à 3 mètres au-dessus du sol.

Orville prend soin de photographier le vol de son frère mais celui-ci passe totalement inaperçu de la presse américaine. Il est vrai que les deux frères restent très discrets sur leurs travaux et leurs brevets. Ils poursuivent l’amélioration de leur engin à travers deux nouvelles versions, les Flyer 2 et 3. Deux ans plus tard, le 5 octobre 1905, Wilbur effectue un vol de 38 kilomètres en 39 minutes sur Flyer 3  !

Essor époustouflant de l’aviation

Le 8 août 1908, après avoir conclu un accord avec l’armée américaine et une compagnie française, les frères Wright consentent à sortir de leur réserve et à se produire sur le circuit de course du Mans. Ils triomphent sur leurs concurrents, notamment le Brésilien Santos-Dumont

Santos Dumont Fotos

.

Reconnaissant l’avance de la France dans les recherches sur l’aviation, les deux Américains créent une école de pilotage dans la Sarthe puis dans les Pyrénées Atlantiques, sur l’emplacement de l’actuel aéroport de Pau, avant de retourner aux États-Unis où ils échouent à imposer leur savoir-faire.

Déjà la relève arrive. Exploits humains, investissements faramineux et innovations techniques se succèdent à perdre haleine (un peu comme aujourd’hui avec internet). Le 25 juillet 1909,Louis Blériot , ingénieur centralien enrichi dans la fabrication de phares automobiles, réussit la traversée de la Manche aux commandes de son dernier-né, le Blériot XI, en 27 minutes.

C’était il y a ….


…..110 ans :

Le vendredi 14 décembre 1911, le Norvégien Roald Amundsen devient à 39 ans le premier homme à atteindre le pôle Sud. La passion de l’aventure

Né le 16 juillet 1872 près d’Oslo, dans le ménage d’un capitaine de la marine, le jeune Roald décide de devenir explorateur après le retour triomphal de Fridtjof Nansen

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Fridtjof Nansen

, explorateur du Groenland, en 1890.

Il participe en 1897-1898 à une première expédition vers l’Antarctique, à bord du Belgica du commandant Adrien de Gerlache de Gomery. Le navire aborde la terre de Graham et hiverne dans la mer de Bellingshausen.

L’équipage est sauvé du scorbut par le médecin du bord, l’Américain Frederick Cook

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Frederick Cook

, qui fait manger à chacun de la viande de manchot.

Devenu son ami, Roald Amundsen va s’initier à son contact, lors de son expédition suivante, aux coutumes des Inuits, les habitants du grand Nord (appelés à tort esquimaux).

En 1903-1905, le Norvégien s’illustre en franchissant pour la première fois en bateau le mythique passage du Nord-Ouest, de la mer de Beaufort au détroit de Bering, à l’extrême-nord du continent américain. À cette occasion, il apprend à utiliser les chiens attelage.

Concurrence autour des pôles :

A la vue de ce premier exploit, le célèbre Nansen prête à Amundsen son navire, le Fram, en vue de la conquête du pôle Nord. Trop tard!

Roald Amundsen à Svartskog, Bunnefjorden, Anders Beer Wilse, 7 mars 1909.Voilà qu’en ce printemps 1909, Frederick Cook annonce avoir déjà atteint le pôle. Quelques jours plus tard, un autre Américain, Robert Peary

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, Robert Peary

lui conteste la primauté de l’exploit.

Du coup, le Norvégien retourne son ambition vers le pôle Sud même si, là aussi, un concurrent s’est déclaré, le Britannique Robert Falcon Scott

Le capitaine Robert Falcon Scott dans son équipement de luge
Robert Falcon Scott ?

.

Sans rien dire de son projet, y compris à son équipage, Amundsen appareille d’Oslo le 3 juin 1910. À l’escale de Madère, enfin, il informe ses hommes du but de l’expédition. Le 14 janvier 1911, au cœur de l’été austral, il installe son camp de base dans la Baie des Baleines, sur le continent antarctique.

Le 19 octobre suivant, il quitte la base avec quatre hommes, autant de traîneaux et 52 chiens du Groenland. Son concurrent Robert Scott attendra encore douze jours pour partir, pariant sur des traîneaux à moteur et des poneys de Mandchourie plutôt que des chiens

Roald Amundsen pendant son équipée au Pôle SudUne organisation minutieuse et un itinéraire optimum permettent à Amundsen d’arriver au pôle le 14 décembre, après avoir dû sacrifier la moitié de ses chiens.

Il plante le drapeau norvégien et laisse des instruments de secours à l’attention de son concurrent malheureux ainsi qu’une lettre à l’adresse du roi de Norvège pour le cas où il viendrait à périr sur le chemin du retour. Il retrouve le camp de base le 25 janvier 1912, après 2824 km parcourus en 94 jours.

De son côté, Robert Scott, qui a débarqué en décembre dans la mer de Ross avec 19 poneys de Mandchourie, 30 chiens et trois véhicules à chenilles, est retardé par ses poneys, inadaptés aux conditions climatiques. Il n’atteint le pôle Sud qu’un mois après son rival.

Dépité et handicapé par son chargement (il n’a pas voulu abandonner 150 livres de notes et d’appareils divers), il ne trouve pas la force d’achever le chemin du retour.

Il meurt à seulement 17 km d’un dépôt de nourriture. Son corps et ceux de ses quatre compagnons seront découverts un an plus tard, accompagnés de leurs derniers écrits.

Ces compétitions excessives, dans un monde fini que l’Europe domine de façon écrasante, laissent entrevoir la folie qui se déchaînera de tous côtés quelques mois plus tard, avec l’entrée dans la Grande Guerre.

Couvert de gloire, Amundsen se tourne après la Grande Guerre vers l’aviation. En mai 1925, il décolle du Spitzberg avec deux hydravions et tente de survoler le pôle Nord mais doit se poser en catastrophe.

Il renouvelle sa tentative l’année suivante avec un dirigeable, le Norge. L’appareil quitte le Spitzberg le 11 mai 1926, atteint le pôle Nord en 1h30 et atterrit en Alaska deux jours plus tard.

Le héros disparaît en mer le 18 juin 1928, à 55 ans, en portant secours en hydravion à l’expédition italienne du général Nobile, qui se déplaçait à bord du dirigeable Italia.

Comment Nicholas Winton….


…. courtier en bourse, sauva des centaines de juifs de l’Holocauste

Sir Nicholas Winton in 2007 

Au moins 669 enfants échappèrent aux nazis grâce à Nicholas Winton, un fait qu’il garda secret pendant près de 50 ans

Pendant l’été 1954, Nicholas Winton se lançait dans une campagne, qui s’avéra veine, pour obtenir un siège dans le conseil municipal de Maidenhead, une petite ville à l’ouest de Londres, en Angleterre. Sa brochure de campagne comprenait les informations de vote de base, une photo de lui, un appel au vote de trois paragraphes et, tout en dessous, une section intitulée  »détails personnels  ».

Quelque part enfui dans cette section (après le détail de ses accomplissements dans la politique locale et dans les affaires, et avant ses talents d’escrime et ses services dans l’armée de l’air) on pouvait lire :

 » Après Munich, a évacué 600 enfants réfugiés de Tchécoslovaquie.  »

Les votants de Maidenhead ainsi qu’à peu près tous ceux qui vivaient en dehors de la ville ne prêtèrent pas grande attention à cette mention. Pourtant, cette petite phrase faisait référence à une histoire douloureuse mais inspirante, pleine de courage, de ruse et d’altruisme.

Nicholas Winton, ou le Schindler britannique :

Entre décembre 1938 et septembre 1939, alors que la seconde guerre mondiale est proche, Nicholas Winton et ses associés réussirent à sauver pas moins de 669 enfants des nazis en Tchécoslovaquie.

Pourtant, personne n’aurait pu le deviner simplement en lisant cette mention très indirecte sur le dépliant de sa campagne 15 ans plus tard. Ce ne fut que 34 ans plus tard que les médias internationaux s’intéressèrent à Mr Winton et qu’on lui rendit hommage, érigeant des statues en son nom et le surnommant  » le Schindler britannique  », tout ce que Winton tentait d’éviter.

Cette position convenait à un homme qui, comme il le déclara au journal the Guardian en 2014, se disait appartenir à la dernière catégorie de l’adage  » certains naissent grands, d’autres le deviennent, d’autres encore se voient imposer la grandeur  ».

D’ailleurs, l’évènement qui l’incita à réaliser des missions de sauvetage permet de mieux comprendre pourquoi il se rangeait dans une telle catégorie. En effet, il suffît d’un seul coup de fil et d’un séjour au ski annulé pour que l’histoire de ses missions débute.

En décembre 1938, Mr Winton, qui travaillait alors comme courtier à Londres, où ses parents allemands et juifs avaient émigré 30 ans plus tôt, se trouvait sur le départ d’un séjour de ski en Suisse. Seulement, il reçut un appel inattendu d’un ami appelé Martin Blake ….Un appel qui changea définitivement sa vie.

Puisqu’il aidait déjà les réfugiés, juifs pour la plupart et originaires de la région occidentale de Tchécoslovaquie, laquelle venait d’être annexée par l’Allemagne, Martin Blake savait que la situation s’empirerait. Il demanda donc à Mr. Winton de se rendre à Prague, la capitale, plutôt qu’en Suisse.

 » Sur un coup de tête  » (selon le New-York Times, Nicholas Winton accepta.)

 »Ne t’encombre pas de tes skis,  » répondit Mr. Blake.

Sur ces mots, Mr Winton se rendit en Tchécoslovaquie. Il fut très vite horrifié de constater les conditions de vie dans les camps de réfugiés, et fut consterné de réaliser que leurs habitants ne pourraient sans doute jamais voyager sereinement à l’étranger, à cause des restrictions européennes sur l’immigration juive.

Malgré les efforts de la Grande-Bretagne pour tirer les enfants réfugiés (puisque les adultes étaient toujours soumis aux restrictions prévues dans la loi britannique) hors d’Allemagne et d’Autriche, la Tchécoslovaquie n’en faisait aucun, et sombrait ainsi dans l’engrenage nazi. Toutefois, Mr Winton ( aidé de ses associés tels que Mr Blake et d’autres amis comme Trevor Chadwik et Bill Barazetti ) ne négligerait aucun enfant tchécoslovaque.

Nicholas Winton et compagnie installèrent ensuite leur bureau à Prague, où ils prirent rendez-vous avec des milliers de parents désemparés. Chacun venait dans l’espoir d’arranger le transport sécurisé de ses enfants à l’étranger, tout en sachant que si une telle disposition était prise, il ne les reverrait probablement jamais.

Certains des enfants sauvés par Nicholas Winton à Prague en octobre 2007.

Une mission délicate

Les nazis commencèrent à se méfier en voyant autant de parents faire la queue, et se mirent à suivre Mr Winston tout en le harcelant, lui et ses associés. Mais à maintes reprises, la vivacité de leur esprit accompagnée de quelques compliments bien placés suffit à maintenir leur opération.

Ce n’était pas la première fois que Mr Winston usait de telles tactiques afin d’agir de manière juste dans un système injuste.

Avec plus de 900 enfants enregistrés sur sa liste pour un départ, il devint temps d’assurer leur entrée sur le territoire anglais ainsi que leur résidence sur place (chez des parents adoptifs volontaires qui avaient versé 1 700 $ de dépôt qui servirait à financer le retour de l’enfant dans son pays d’origine le moment venu). Toutefois, puisque le siège social britannique tarda à répondre et à délivrer les visas, Nicholas Winton et compagnie décidèrent de les falsifier.

Quelles que soient les difficultés et peu importe si leurs moyens étaient légalement douteux, ils parvinrent à réaliser toutes les pièces d’identité pour le 14 mars 1939, lorsque le premier train transportant des réfugiés quitta Prague.

Le train passa ensuite par le nord pour traverser l’Allemagne centrale jusqu’aux Pays-Bas, où des bateaux attendaient pour transporter les enfants sur la Manche jusqu’en Angleterre. Ce premier train contenait seulement 20 enfants. Les sept suivants en transportèrent bien plus.

Cependant, aussi réconfortant qu’eut été chaque départ, ce fut tout autant un bien tragique tableau : des parents éplorés partout sur les quais faisant leurs à dieux à leurs propres enfants, s’abandonnant au tragique destin auquel ces derniers étaient à présent en train d’échapper.

Il est évident qu’ils ne fondaient pas tous en larmes (et leurs histoires font peut-être d’ailleurs partie des plus déchirantes). C’est le cas d’un des rescapés, sauvé par Mr Winton :

 » Mes parents, pour me faire monter à bord, m’ont fait croire que je partais à l’aventure, en vacances chez mon oncle Hans Popper à Folkestone (Angleterre). Ils n’ont même pas versé une larme, ils ont enfui toutes leurs émotions pour ne pas m’alarmer. Je n’avais aucune idée que c’était la dernière fois que je voyais mon père vivant et qu’ils étaient destinés à l’enfer d’Auschwitz.  »

Zuzana Marešová, l’une des enfants sauvées par Mr Winton, ainsi que d’autres enfants dont les parents survécurent à la guerre et qui purent donc se revoir, ont décrit le même type de scènes poignantes à la gare :

 »Tous les parents pleuraient en nous disant au revoir. Je les revois encore aujourd’hui. Je me rappelle leurs mains en l’air et nos visages que l’on collait à la vitre du train, ce qui m’a fait comprendre qu’on se séparait. La phrase qu’on entendait le plus sur le quai, c’était “à bientôt”.  »

Ce tableau se répéta lors du départ des huit trains suivants, le dernier étant parti fin août. Le neuvième était prévu pour septembre, mais ce jour-là, les Allemands envahirent la Pologne et la Seconde guerre mondiale débuta officiellement.

La tempête que Mr Winton et d’autres comme lui avaient senti venir de loin finît par se produire. Et ses effets furent rapides et brutaux.

 » Dans les heures qui ont suivi l’annonce, le train a disparu  », déclara-t-il au New-York Times en 2015.

 » 250 familles britanniques ont attendu à la gare de Liverpool Street ce jour-là, en vain, rappela-t-il. Si le train était parti un jour plus tôt, il serait arrivé à destination.  »

Cependant, si la plupart de ces enfants, sinon tous (ainsi qu’1,5 millions d’autres) perdirent la vie pendant l’Holocauste, l’héritage de Nicholas Winton se  »refléta » dans les 669 enfants qu’il avait sauvés.

Il fallut cependant des décennies pour que cet héritage soit pleinement mis en lumière.

 » Je n’étais pas un héros  »

Même si son épouse, Grete Gjelstrup, et certaines personnes de son entourage proche étaient au courant, il n’en parlait pas et faisait absolument tout pour que rien ne soit divulgué.

Par exemple, en 1983, c’est son travail caritatif dans une organisation d’assistance aux personnes âgées qui lui valut de devenir membre de l’ordre de l’Empire britannique …..Et pas ce qu’il avait accompli durant l’Holocauste.

En 1988, le choses changèrent lorsqu’en fouillant dans le grenier, son épouse tomba sur ses albums secrets, remplis des noms et des photos des enfants juifs qu’il avait sauvés. Mr Winton les ignora et suggéra même qu’elle les jette.!!

 » Tu ne peux pas les jeter! », répliqua son épouse. » Elles représentent la vie d’enfants »

Non seulement Grete Gjelstrup ne les jeta pas, mais elle les partagea avec un historien spécialisé sur l’Holocauste. Ils firent bientôt l’objet d’une couverture médiatique internationale, et pendant trois décennies, Mr Winton reçut les honneurs et les commémorations de plusieurs pays européens (ainsi qu’une planète ????!!!!: deux astronautes tchécoslovaques la nommèrent après lui lorsqu’ils entendirent parler de son histoire en 1988).

Il resta néanmoins très modeste face à tous évènements.  »Cela devient un peu ennuyant de passer une éternité à parler de la même chose, déclara-t-il au Guardian en 2014. Mes actions se sont avérées remarquables, mais je n’en avais pas conscience sur le moment.  »

Nicholas Winton en octobre 2007

Alors qu’il aurait pu monopoliser tous les projecteurs, Mr Winton préféra soutenir Doreen Warriner et Trevor Chadwick, ses associés restés sur le sol autrichien à Prague après qu’il fut rentré en Angleterre.  » Je n’étais pas un héros, tout simplement parce que je n’ai jamais été en danger  », déclara-t-il au journal.

Les hommages ont continué jusqu’à sa mort, alors âgé de 106 ans, le 1er juillet 2015, date d’anniversaire de la plus grande évacuation (241 enfants) qu’il avait organisée 76 ans auparavant.

De nouveaux hommages apparaissent encore aujourd’hui. Toutefois, de tous les honneurs qu’il reçut, celui qui captive le plus le public et met un visage sur son héroïsme de la meilleure des manières, est celui qui aida à initier  »l’avalanche médiatique » qui se produisit juste après que sa femme eut trouvé son album en 1988.

En effet, les producteurs de l’émission télévisée de la BBC That’s Life avaient invité Mr Winton à assister à l’une de leurs émissions en faisant partie du public, sans vraiment lui en indiquer la raison : En réalité, certains des enfants qu’il avait sauvés de l’Holocauste 50 ans plus tôt le rejoindraient.

De la même manière, au moins certains des enfants maintenant adultes appelés  » les enfants de Winton  » ne se doutaient pas une seconde que leur sauveur serait dans le studio, dans le public, juste à côté d’eux.

Pendant les années qui suivirent cette réunion, Nicholas Winton minimisa le moment, tout comme il l’avait fait dans son dépliant de campagne en 1954, à Maidenhead. Par exemple, le court extrait de son interview avec le journal the Guardian à propos de l’évènement mentionnait simplement qu’il n’avait  » pas beaucoup apprécié d’avoir été piégé pour faire sensation à la télévision et provoquer des larmes  ».

Évidemment, lors de cette réunion sur le plateau de l’émission, tout le monde avait remarqué Nicholas Winton passer deux doigts sous ses lunettes pour essuyer les siennes.