C’était en juillet il y a…..76 ans


Le 8 juillet 1943 exactement :  Jean Moulin mourrait…………..

Jean Moulin : Qui était ce monsieur :

  Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jean Moulin a été un des principaux chefs de la résistance face à l’occupation allemande. Nommé préfet d’Eure-et-Loir au début de la guerre, Il passera dans la clandestinité dès 1940 après sa première arrestation et rejoint la France Libre aux côtés de Charles de Gaulle.    Originaire du département de l’Hérault, Jean Moulin est le dernier d’une famille de trois enfants, dans laquelle les parents accordent beaucoup d’importance à l’éducation. 
  Son père, Antonin Moulin (1857-1938) est professeur d’histoire au collège de Béziers, conseiller municipal, puis conseiller général de l’Hérault.        
   Passionné par le dessin, Jean Moulin évolue dans ce contexte familial marqué par les valeurs républicaines et par la guerre de 1914-1918.     Après des études au lycée Henri IV de Béziers, Jean Moulin obtient son baccalauréat en 1917. Bien qu’il ne soit pas un élève brillant, il s’inscrit à la faculté de droit de Montpellier puis est nommé attaché au cabinet du préfet de l’Hérault grâce à l’influence de son père .   
     Passionné de peinture et d’art, Jean Moulin fait preuve d’une personnalité aux multiples facettes, grave et réfléchi dans ses missions de fonctionnaire et en même temps bohème au cours des fêtes nocturnes de Montparnasse.   Nommé préfet d’Eure-et-Loir à Chartres en janvier 1939, Jean Moulin se retrouvera face à la Wehrmacht le 17 juin 1940 lorsque des officiers de l’armée allemande le somment de cautionner des accusations contre les troupes sénégalaises. Le préfet refuse de signer persuadé qu’il s’agit d’une calomnie. De peur de céder le lendemain sous la torture, Jean Moulin tente de se suicider en se tranchant la gorge dans la prison dans laquelle il a été enfermé. 

Passage à la clandestinité et rencontre avec Charles de Gaulle :

   Le 16 novembre 1940, Jean Moulin quitte Chartres, pour Paris où il retrouve des amis qu’il charge de découvrir des individus décidés à faire quelque chose face à l’armée allemande. En attentant son passeport et de pouvoir rejoindre Londres, il rassemble des informations sur les besoins des groupes désirant s’investir dans une force militaire clandestine. À l’aide d’une fausse carte d’identité au nom de Joseph Mercier , Jean Moulin parvient à Londres le 20 octobre 1941 en passant par l’Espagne et le Portugal.

   Cinq jours plus tard, Moulin rencontre Charles de Gaulle et les deux hommes semblent partager la même volonté de poursuivre le combat en France. Messager des mouvements de résistance, Jean Moulin fait un état des lieux des besoins et des  » forces de l’ombre  » dans le pays. Muni d’un ordre de mission, il devient le représentant personnel du général de Gaulle et le délégué du Comité national français pour la zone Sud.

Unification des mouvements de résistance :

   Sous le nom de « Rex », Jean Moulin est parachuté le 1er janvier 1942, à Eygalières avec pour missions d’unifier les mouvements qui résistent à l’ennemi et à la France de Vichy. Par son autorité naturelle et à sa diplomatie, il va parvenir progressivement à s’imposer puis a mettre sur pied des services communs le BIP (bureau d’information et de presse) et une liaison radio permanente.
En septembre 1942, Jean Moulin négocie le regroupement des forces paramilitaires dans une Armée Secrète (A.S.) dont la direction est confiée au général Delestraint. À partir de cette date, les trois mouvements (Combat, Libération et Franc-Tireur) sont coordonnés dans les MUR (Mouvements Unis de la Résistance), sous la présidence de Jean Moulin.

Conseil National de la Résistance :

   De novembre 1942 à mai 1943, Jean Moulin fera son possible  pour la reconnaissance de la légitimité de la France Combattante par les Alliés en développant le Conseil National de la Résistance. Dans la nuit du 13 février 1943, il s’envole pour Londres à bord d’un Lysander en compagnie du général Delestraint. Le Général de Gaulle lui exprime son estime et sa reconnaissance en le décorant de l’Ordre de la Libération.

  Revenu en France, Moulin réunit le 27 mai 1943, à Paris, le Conseil National de la Résistance composé de 17 membres. Ces représentants forment le parlement de la France Libre et de la Résistance. En dix-huit mois, Jean Moulin a accompli la mission qui lui a été confié par de Gaulle, mais les événements se précipitent, le chef de l’Armée Secrète Delestraint alias Vidal, est arrêté le 9 juin, à Paris par la Gestapo.

Arrestation à Caluire-et-Cuire

  Jean Moulin « Max » désire réunir l’état-major de l’Armée Secrète au plus vite. Son objectif est de réorganiser, par intérim, sa direction décapitée par l’arrestation de son chef, le général Delestraint. Jean Moulin, alias « Jacques Martel », a convoqué, ce 21 juin 1943, de hauts responsables des principaux mouvements de la résistance: André Lassagne, Raymond Aubrac, Henri Aubry, Bruno Larat, Claude Serreulles, le colonel Schwarzfeld et le colonel Lacaze.

   De la place Carnot, Jean Moulin, accompagné de Raymond Aubrac, se rend à la station Croix-Paquet du funiculaire de la Croix-Rousse où ils attendent le colonel Schwarzfeld, très en retard. Puis ils arrivent place Castellane, chez le docteur Dugoujon, avec près de quarante minutes de retard. Quelques minutes après, la Gestapo, conduite par Klaus Barbie, surgit sur le perron. Emmené, en voiture, au quartier général de la Gestapo, avenue Berthelot, puis à la prison Montluc, Max sera identifié le 23 juin comme le chef de la Résistance. Barbie va alors tenter, par tous les moyens, de lui arracher ses secrets. ( Barbie après son arrestation )

   Transféré à Paris, le 26 juin, pour être interrogé par Boemelburg (chef de la Gestapo), il est confronté à Lassagne et Delestraint qui refusent de reconnaître Max en cet homme blessé, tuméfié, râlant, sans connaissance. Moulin est alors envoyé à Berlin, pour être soigné et interrogé. Il meurt dans ce train, près de Metz, le 8 juillet 1943, d’après l’acte de décès allemand. Le 19 décembre 1964, la France lui rend un hommage national, au Panthéon.

  Qui a trahi Jean Moulin ?
     Plusieurs noms circulent après la Seconde Guerre mondiale sur la personne qui aurait divulgué le lieu et la date de la réunion. Les tribunaux tenteront de déterminer si Klaus Barbie, chef de la Gestapo est arrivé dans la maison du docteur Dugoujon sur dénonciation ou en regroupant des informations obtenus lors des interrogatoires. A ce jour, le mystère demeure entier………………….

Il y a environ 212 ans……


Le 7 juillet 1807, le tsar Alexandre Ier et l’empereur Napoléon 1er , les deux plus puissants souverains d’Europe continentale, signent un traité secret à Tilsit, une petite ville fortifiée de Prusse-orientale (on écrit aussi Tilsitt).tilsit

   Avec ce traité et celui, public, qui sera signé deux jours plus tard, c’en est fini de la quatrième coalition européenne contre la France qui a vu la défaite de la Prusse à Léna et celle de la Russie à Friedland. Les deux nouveaux alliés se promettent   » paix et amitié  ». Mieux que cela, ils s’engagent sur un partage du continent : à l’Empereur l’Occident, au tsar l’Orient et Constantinople. Mais ces engagements ne dureront guère.!

   Quelques jours plus tôt, le 25 juin, les deux souverains s’étaient rencontrés pour la première fois à proximité de là, sur un radeau au milieu du Niemen, à la frontière de l’empire russe.

   Le tsar, battu à Austerlitz , Eylau et Friedland, souhaite gagner du temps dans la guerre contre l’usurpateur français. Il feint en conséquence de se réconcilier avec lui et il ne lui déplairait pas d’en tirer profit en étendant la domination de la Russie à Constantinople, capitale d’un empire ottoman décati.

    De son côté, Napoléon croit possible d’en finir avec la résistance de l’Angleterre, maîtresse des mers depuis la bataille de Trafalgar, en associant la Russie au  » blocus continental  » destiné à ruiner son économie.

  Il s’agit d’interdire aux Européens de commercer avec les Anglais. Les Espagnols et les Portugais, très dépendants du commerce britannique, y rechignent mais Napoléon ne s’en inquiète pas et se dit qu’il saura les y contraindre le jour venu. Et pour rallier l’Europe du Nord au blocus, rien ne vaut le concours de la Russie…

  Le jeune tsar, qui a 28 ans, soit vingt ans de moins que Napoléon,  ne cache que difficilement une certaine admiration pour celui-ci bien que tout les oppose.        Alexandre est l’héritier très cultivé de la grande dynastie des Romanov et parle français sans accent alors que Napoléon est un homme aux origines communes et aux manières brutales qui conserve l’accent rude de son île natale. L’Empereur des Français nourrit pour le jeune souverain russe une condescendance qui va se muer au fil des rencontres en une affection quasi-paternelle.!!!!

Par le traité de Tilsit : Tilsitz 1807

    Alexandre Ier apporte son soutien à Napoléon dans sa guerre contre l’Angleterre ; il reconnaît l’empire français et les nouvelles frontières de l’Allemagne. Dès le 7 novembre suivant, il rompt ses relations avec l’Angleterre, ce qui provoque comme prévu un début de crise économique dans les îles britanniques.

– En contrepartie de son soutien, le tsar conserve les mains libres dans sa guerre contre la Suède et dans son projet de dépeçage de la Turquie ; il doit toutefois retirer ses troupes de Moldavie et Valachie, deux provinces enlevées aux Turcs un an plus tôt.

– Napoléon démembre la Prusse , crée avec ses dépouilles le royaume de Westphalie à l’ouest et le grand-duché de Varsovie à l’est. Il respecte le voeu du tsar de ne pas dépecer totalement la Prusse, son ancienne alliée. Mais il reste flou sur son projet de restauration du royaume de Pologne, dont ne veut à aucun prix Alexandre.

   L’affaire a tout l’air d’un partage de l’Europe. Napoléon lui-même aurait dit à Lobanov, le représentant du tsar, en pointant du doigt la Vistule sur une carte :  » Voici la limite entre les deux empires… D’un côté doit régner votre souverain, moi de l’autre  ».

  Napoléon Ier semble à l’apogée de son règne avec le traité de Tilsit, trois ans à peine après son sacre !. Mais les embrassades au milieu du Niemen ne laissent guère d’illusions aux observateurs.

Sous-entendus et illusions :

    Beaucoup d’Européens sont réticents pour ce qui est de fermer leurs ports aux navires de commerce anglais ; les habitants des ports et les commerçants commencent à maudire l’occupation française, à commencer par les Russes qui ne peuvent plus exporter vers Londres leur chanvre, leur blé et leur lin. Le tsar rumine son amertume. Il supporte mal la résurrection de la Pologne à ses portes et l’évacuation de la Moldavie et de la Valachie.

   Et Napoléon Ier, trop sûr de son fait, commet la grande erreur de son règne en détrônant les Bourbons d’Espagne avec la même désinvolture que les Bourbons de Naples   le 27 décembre 1805. Il remplace le roi d’Espagne Charles IV par son propre frère Joseph.

   Le peuple espagnol se soulève aussitôt contre l’occupant français et pour ne rien arranger, les colonies espagnoles d’Amérique, s’estimant déliées de leur fidélité au nouveau roi, ouvrent leurs ports et leur commerce aux Anglais.

L’Espagne menace d’ébranler le fragile édifice napoléonien et déjà l‘Autriche redresse la tête. Napoléon a plus que jamais besoin du soutien du tsar. Il l’invite à en débattre à Erfurt, lors d’un congrès européen tout à sa gloire.

  Erfurt :

erfurt

Ce fut  du 27 septembre au 14 octobre 1808 que se réunit un prestigieux congrès à Erfurt, en Thuringe, à l’initiative de Napoléon 1er et tout à sa gloire. Presque tous les souverains allemands y sont présents, ainsi que le tsar de Russie Alexandre 1er. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III et l’empereur d’Autriche François 1er brillent par leur absence. Les fêtes s’enchaînent. Talma ? et la Comédie-Française jouent devant un  »parterre de rois »

Derrière la fête, les complots:

L’ambiance est  gâchée par les nouvelles de l’insurrection espagnole. Tout l’édifice européen laborieusement mis en place par Napoléon semble ébranlé. Le  »Blocus continental » destiné à ruiner l’Angleterre risque de ne pas avoir lieu . Et déjà l’Autriche relève la tête

Napoléon 1er veut aller en personne en Espagne combattre l’insurrection mais il a besoin d’assurer ses arrières avec le concours du tsar dont il s’est fait un allié à Tilsit. Dès le 27 septembre, une entrevue secrète est ménagée entre les deux souverains. Elle débouche sur une convention secrète datée  du 12 octobre par laquelle l’empereur demande au tsar de s’engager à ses côtés contre l’Autriche si celle-ci reprend la guerre.

Mais ses efforts sont ruinés par Talleyrand. Après la rencontre de Tilsit, celui-ci a  » troqué  » son portefeuille de ministre des Relations Extérieures contre un titre ronflant mais vain de grand chambellan. Lucide, il est conscient de l’impasse dans laquelle s’engage Napoléon et préfèrerait, dans l’intérêt de la France et de l’équilibre européen, qu’il se rapproche de l’Autriche.

  À défaut de le convaincre, il pousse Alexandre à lui résister. Arrivé à Erfurt un jour avant l’Empereur des Français,il aurait  accueilli le tsar par ces mots : «Sire, que venez-vous faire ici ? C’est à vous de sauver l’Europe, et vous n’y parviendrez qu’en tenant tête à Napoléon. Le peuple français est civilisé, son souverain ne l’est pas ; le souverain de Russie est civilisé, son peuple ne l’est pas ; c’est donc au souverain de la Russie d’être l’allié du peuple français».

Après la fête, la guerre

Napoléon  semble ne se douter de rien. Après le congrès, il part pour l’Espagne. L’Autriche, comme il pouvait s’y attendre, reprend les armes sans que la Russie s’y oppose. Napoléon repasse à la hâte le Rhin et écrase une nouvelle fois les Autrichiens à Wagram le 6 juillet 1809. 

  Il sait alors à quoi s’en tenir concernant le tsar mais tente une nouvelle fois de l’amadouer en demandant un mois plus plus tard l’une de ses soeurs en mariage ! Le tsar se dérobe et Talleyrand en profite pour arranger le mariage de l’empereur avec une archiduchesse autrichienne, Marie-Louise.

Les relations entre Paris et Saint-Pétersbourg commencent à sérieusement se dégrader, d’autant que le tsar voit monter les protestations des commerçants contre le blocus continental qui les empêche de commercer avec les Anglais et dans le même temps s’irrite de la renaissance d’une Pologne indépendante.

Pour s’assurer de la fermeture des ports du continent au commerce anglais, Napoléon annexe peu à peu  tous les États vassaux à la France. C’est le cas de la Hollande, des villes de la Hanse puis le 10 décembre 1810 du duché d’Oldenbourg dont le souverain n’est autre que le beau-frère du tsar. La guerre entre la Russie et la France apparaît inéluctable mais Napoléon, au regret de devoir la mener, va encore patienter dix-huit mois avant de s’y résoudre………….

Si quelqu’un a lu ce billet !!! Chapeau et merci ! ( Moi , ce fut pour mon plaisir , mais…..)

Je connaissais le tableau de Géricault …..


Mais ne savais pas que cette oeuvre était tirée d’un faite réel !

Le 2 juillet 1816, la frégate La Méduse s’échoue au large de l’actuelle Mauritanie avec 395 marins et soldats à son bord. Ce fait divers va bouleverser la France et engendrer un chef-d’œuvre de l’art romantique.

Un capitaine imprudent :
   Le navire a quitté Bordeaux le 27 avril, accompagné de la corvette L’Écho, de la flûte La Loire et du brick L’Argus.
   L’expédition est commandée par le capitaine de frégate Hugues Duroy de Chaumareys, officier royaliste de 51 ans qui a émigré dès le début de la Révolution, en 1789, et vient tout juste de rentrer en France. Bien que dépourvu d’expérience, le roi Louis XVIII  lui donne la mission de reprendre le Sénégal, ( que le traité de Paris a restitué à la France après la chute de Napoléon, quelques mois plus tôt.)
   Contre l’avis de ses officiers, le capitaine veut couper au plus court. Son navire, La Méduse, s’éloigne ainsi du reste de la division et s’engage sur le dangereux banc de sable d’Arguin, à plus de 60 kilomètres des côtes africaines, où il est bientôt immobilisé. On tente de désensabler le navire en évacuant le matériel sur un radeau de fortune de 20 mètres de long. Mais cela ne suffit pas et il faut se résoudre à l’évacuation.
L’évacuation :
   Les officiers, les passagers et une partie des marins se replient sur la chaloupe et une six de canots qui, tous, sont mâtés et disposent d’une voile. Le commandant est parmi les premiers à quitter la frégate !… Mais 152 hommes, essentiellement des soldats, doivent se contenter du radeau.Méduse radeau Serrés les uns contre les autres, ils ont de l’eau jusqu’aux genoux. Dix-sept hommes, appréhendant le pire, préfèrent rester sur la frégate dans l’espoir d’être plus tard secourus.
   Le radeau est tiré dans un premier temps par les canots et la chaloupe. Mais au lieu de se rapprocher de la côte, les naufragés dérivent vers la haute mer… Une nuit, les amarres cèdent les unes après les autres. L’enquête montrera plus tard qu’elles furent volontairement larguées à l’initiative de l’officier Raynaud qui commandait le principal canot.
   Voyant cela, le lieutenant Espiau, qui commande la chaloupe, veut reprendre le radeau en remorque mais ses hommes s’y opposent :Beaucoup craignaient une mutinerie et une attaque de la part des marins du radeau, des hommes rudes et passablement éméchés.
    Finalement, le commandant Chaumareys abandonne le radeau à lui-même et met le cap sur la côte, vers Saint-Louis du Sénégal. Ses officiers, honteux mais résignés, le suivent.

  Le chef d’oeuvre :

   Théodore Géricault (25 ans), s’est inspiré du drame de La Méduse pour peindre l’un des premiers chefs-d’oeuvre de l’école romantique. Ce jeune artiste  monarchiste a suivi Louis XVIII dans son exil de Gand. Cela ne l’empêche pas de faire de son oeuvre un manifeste contre les dérives du régime.
   Soucieux de réalisme, il a emprunté des cadavres dans un hôpital et s’en est servi comme modèle !. Le chirurgien Savigny et un autre rescapé, Corréard, ont par ailleurs posé pour Géricault, avec qui ils s’étaient liés d’amitié.

     On voit sur la gauche le premier, bras tendu, doigts écartés, tourner la tête vers le second, dans l’ombre, adossé au mât. On peut aussi  identifier également deux autres personnages : le noir agitant un morceau de toile est Jean-Charles, soldat originaire du Sénégal. L’homme avec une longue chemise à fines rayures se traînant sur le milieu du radeau, le bras droit tendu, est l’enseigne Jean-Daniel Coudein, commandant du radeau, qui avait été blessé à la jambe au départ de France et pouvait à peine se mouvoir. Le peintre Eugène Delacroix, ami de Géricault, a servi également de modèle. On le voit au premier plan, face contre le radeau.
     La toile est  très grande  (4,9 x 7 m)Méduse radeau, avec des personnages deux fois plus grand que nature au premier plan. Elle montre les marins qui tentent de se faire voir du brick L’Argus le 17 juillet 1816. Par le mouvement des corps et les contrastes de lumière, elle travestit le fait divers en un drame mythologique.

     Exposée au Salon de 1819 sous le titre  » Scène de naufrage  » , elle fait scandale par son réalisme et sa violence. Certains y voient une dénonciation du pouvoir en place. Elle n’en suscite pas moins l’admiration du roi Louis XVIII qui lâche placidement : « Voilà un naufrage qui ne fera pas celui de l’artiste qui l’a peint ».        ( Elle est aujourd’hui au musée du Louvre.)
     Le peintre n’a pas osé présenter la première version de son oeuvre (ci-dessous), du fait de scènes de cannibalisme jugées trop violentes.méduse cannibalisme

  Le drame :
    Avec très peu de vivres et cinq barriques de vin, le radeau va dériver sous un soleil implacable, avec de l’eau jusqu’à un mètre au-dessus du plancher. Les officiers se maintiennent près du mât, dans la partie la plus stable. Suicides, noyades, rixes s’enchaînent. Dès le deuxième jour, certains survivants découpent la chair des cadavres et la mange après l’avoir »  boucanée  » au soleil. Quelques hommes encore valides jettent à la mer les blessés et les malades pour préserver les chances de survie des autres.
    Au bout de treize jours, ( le 17 juillet 1816 ), les malheureux aperçoivent une voile à l’horizon. C’est L’Argus qui s’est mis en quête de l’épave de La Méduse pour y récupérer des documents officiels et de l’argent ! Mais le brick s’éloigne sans voir le radeau.!

    Heureusement , il  repassera quelques heures plus tard et cette fois l’apercevra. Il recueillera une quinzaine de rescapés. Cinq succomberont peu après leur arrivée à Saint-Louis du Sénégal.
    Le lieutenant de vaisseau Parnajon, commandant L’Argus, racontera plus tard :
  » J’ai trouvé sur ce radeau quinze personnes qui m’ont dit être le reste des 147 qui y avaient été mises lors de l’échouage de la frégate Méduse. Ces malheureux avaient été obligés de combattre et de tuer une grande partie de leurs camarades qui s’étaient révoltés pour s’emparer des provisions qu’on leur avait données. Les autres avaient été emportés par la mer, ou morts de faim, et fous. Ceux que j’ai sauvés s’étaient nourris de chair humaine depuis plusieurs jours et, au moment où je les ai trouvés, les cordes qui servaient d’étais étaient pleines de morceaux de cette viande qu’ils avaient mise à sécher. Le radeau était aussi parsemé de lambeaux qui attestaient la nourriture dont ces hommes avaient été obligés de se servir… » .
    C’est finalement une goélette privée, la Bombarde, qui atteindra la Méduse 52 jours après son abandon. Elle recueillera trois survivants sur les dix-sept qui étaient restés à bord : douze avaient quitté l’épave sur un radeau et un treizième sur une cage à poules, un quatorzième était mort d’épuisement.
Les  » naufragés du désert  »
     Si Géricault a immortalisé le radeau, l’histoire a oublié par contre les  » naufragés du désert  » : Les 63 personnes que la chaloupe débarqua le 6 juillet et qui rejoignirent Saint-Louis du Sénégal en longeant la côte. Ils parcoururent les quelques 80 lieues en 17 jours, harcelés, dépouillés par les Maures contre un peu d’eau et de nourriture. Six d’entre eux, dont une femme, y laissèrent la vie.
    Trois hommes, des traînards, s’égarèrent et furent séparément capturés par les Maures. Parmi eux, le naturaliste Georg-Adolf Kummer (1786-1817). Il parlait un peu l’arabe, se fit passer pour le fils d’une musulmane égyptienne et fut traité courtoisement. Tous les trois furent ramenés à Saint-Louis contre promesse de rançon (ou de récompense).
Le scandale :
   Le Journal des Débats publie le compte-rendu adressé au ministre de la Marine par le chirurgien Jean-Baptiste Savigny, l’un des rescapés du radeau. L’auteur y dépeint les violences extrêmes auxquelles ses compagnons et lui-même ont été réduits. Son récit soulève une immense émotion dans l’opinion publique.
    Le capitaine de frégate et les officiers passèrent en cour martiale. Hugues Duroy de Chaumareys fut dégradé et radié du rôle des officiers de marine et des Ordres de Saint Louis et de la Légion d’Honneur. Il échappe de peu à la peine de mort et s’en tire avec trois années de prison. Il finira ses jours au château de Lachenaud, à Bussière-Boffy, près de Bellac (Haute-Vienne).

 

Après le décès de Madame S.Veil


S.Veil parlement    Simone Veil sur la Shoah : « Nous n’avons pas parlé parce qu’on n’a pas voulu nous écouter »

    Avec la mort de Simone Veil s’éteint aussi une voix précieuse sur la Shoah. Déportée en 1944 à 17 ans, S.Veil jeuneSimone Veil, née Jacob, a témoigné à plusieurs reprises du sort des juifs européens durant la guerre puis à la Libération. Elle dénonçait le fait que la France « n’ait pas vraiment voulu savoir, entendre ».

  C’est à Nice, dans la rue, alors qu’elle sortait très rarement, que Simone Veil a été arrêtée en mars 1944. Elle s’appelait alors Simone Jacob, son nom de jeune fille.     Elle apprit plus tard que ses faux papiers, qu’elle croyait fiables, avaient en réalité été mis en circulation par la Gestapo elle-même. A dix-sept ans, elle fait partie du 71ème convoi, et gagne Auschwitz-Birkenau en même temps que 1500 déportés.Auschwitz

Quarante-quatre ans après son arrestation, Simone Veil racontait son départ en déportation dans l’émission « L’Histoire en direct », diffusée le 4 avril 1988 sur France Culture. Elle y disait les premiers contacts avec les autres déportés, les camions qu’on voyait partir et personne n’en revenir, et l’impensable, cette fumée qu’elle pouvait apercevoir en se penchant à la fenêtre.Elle a raconté s’être faite tatouer à son arrivée au camp au petit matin :
     » Cela donnait l’impression d’une chose irrémédiable. Devenir un numéro, je crois que c’est le premier événement qui a donné à penser que ce n’était pas simplement l’envoi dans un camp de travail, une déportation ordinaire. »

Cent-trente personnes à peine reviendront de ce 71ème convoi qui en comptait 1500. Dès son retour, Simone Veil eût à coeur de raconter. Etudiante à Sciences-Po, rue Saint-Guillaume à Paris, où elle s’inscrit moins de six mois après la libération d’Auschwitz-Birkenau, Simone Jacob, qui vient d’épouser Antoine Veil, est conviée à l’Assemblée nationale pour témoigner devant les députés. Il reste une trace radiophonique de cette allocution qui date du 4 mars 1947.

« On refait beaucoup l’Histoire » :
   Puis il faut attendre plus de trois décennies, presque quatre, pour retrouver à la radio le témoignage de Simone Veil sur la déportation. Elle est pourtant devenue fort célèbre entre-temps, comme ministre de la Santé de 1974 à 1979 puis comme présidente du Parlement européen, dès 1979, et députée européenne jusqu’en 1993, date de son retour au gouvernement. Mais c’est de parité, de sécurité sociale et, bien sûr, d’avortement, qu’on lui parle, et non de son expérience des camps d’extermination. Pourtant , elle affirme sans détours avoir cherché à raconter.
     Pour Simone Veil, les rescapés de la Shoah se sont tu parce qu’on n’a pas voulu les entendre, pas voulu savoir. En 1988, dans une deuxième émission « L’Histoire en direct » diffusée cette fois le 2 mai, elle dénoncera même :
    Aujourd’hui, on refait beaucoup l’Histoire. On essaye de comprendre pourquoi on n’a pas plus parlé. Je crois que ça vaut la peine d’essayer de comprendre pourquoi mais qu’il ne faut pas refaire l’histoire autrement qu’elle n’a été en disant que c’est parce que les déportés n’ont pas voulu en parler, parce que les déportés ont cherché l’oubli eux-mêmes. Ce n’est pas vrai du tout. Il suffit de voir le nombre de rencontres qu’ils ont entre eux. Si nous n’avons pas parlé c’est parce que l’on n’a pas voulu nous entendre, pas voulu nous écouter.

     Parce que ce qui est insupportable, c’est de parler et de ne pas être entendu. C’est insupportable. Et c’est arrivé tellement souvent, à nous tous. Que, quand nous commençons à évoquer, que nous disons quelque chose, il y a immédiatement l’interruption. La phrase qui vient couper, qui vient parler d’autre chose. Parce que nous gênons. Profondément, nous gênons.

 » L’écroulement autour de soi »
     Du retour de déportation, Simone Veil parlera comme de « l’écroulement autour de soi ». Transférée à Bergen-Belsen peu avant la libération des camps avec sa mère et sa soeur Madeleine, elle ignorait que sa soeur Denise, engagée dans la Résistance, avait elle aussi été déportée, à Ravensbrück.
    On se disait toujours entre nous : « Nous ne rentrerons pas mais il restera quelqu’un de la famille. »SIMONE VEIL, ALBUMS DE FAMILLE Tout d’un coup, tout s’écroulait parce qu’on avait tellement forgé le retour sur une personne qui était restée, qui serait là à nous attendre, que l’idée qu’elle avait été déportée aussi était insupportable. J’ai eu vraiment une crise de nerf, ce qui ne m’est jamais arrivé d’autres fois…..

Dans une émission  qui date de près de trente ans, Simone Veil racontait que la misère dans laquelle beaucoup de familles juives ont vécu à leur retour en France est longtemps passée au second plan parce que primait l’attente, l’espoir de voir revenir un proche. Un espoir en décalage total avec le souvenir qu’elle conservait, au-delà de « quelques initiatives de solidarité, de gentillesse, de douceur », d’une profonde et vaste indifférence. De ce climat au retour, elle disait :
      » On était exclu du monde. Mais peut-être que nous-mêmes, nous ne nous  sentions plus dans ce monde. »

   Très marquée par cette difficulté à raconter l’inracontable dans un pays n’ayant au fond pas vraiment envie de savoir, Simone Veil confiait encore une expérience « incommunicable », « hors du monde ». En 1988, elle disait combien en parler lui apparaissant pourtant comme « une nécessité, une promesse qu’on a faite et un engagement » Nous n’étions plus dans ce monde. »

   Simone Veil est aussi très tôt montée au créneau face au négationnisme. Déjà, quand avaient émergées les premières controverses, suite à la publication des travaux de l’historien révisionniste Roger Garaudy….

    Invitée, dans l’émission « Hors Champs » en 2010, Simone Veil confiera une crainte ultime : voir la distinction entre camps de déportation et camps d’extermination s’estomper avec le temps dans la mémoire collective. Souvent comparée à Germaine Tillion, résistante et déportée, elle insistait sur « l’extrême différence » des situations :

. » Je dois dire que, de plus en plus, je suis un peu inquiète par ce mélange. Nous étions destinées à mourir. »

   Ce jour-là, celle qui précisait encore « mon numéro se voyait beaucoup et quand je suis arrivée, c’était l’été », soulignera combien la parole des déportés sera longtemps inaudible en France.

   Elle disait toujours « Mes vrais amis ce sont ceux que j’ai connus au camp » et confiait à la fin de sa vie:
Je vis beaucoup dans le passé.

S.Veil parlement

Les funérailles de Simone Veil, morte vendredi à 89 ans, feront mercredi matin l’objet d’une cérémonie nationale organisée aux Invalides.

  Un chant composé par des déportés.

    Les anciens présidents et Premiers ministres ont été conviés, de même que les membres de l’Académie française, mais aussi les autorités religieuses et des associations pour la mémoire de la Shoah. La famille a également tenu à ce que la cérémonie soit ouverte au public. Le cercueil quittera les Invalides au son du Chant des Marais, le chant des déportés composé par des prisonniers allemands du camp de Börgermoor.


   Simone Veil sera ensuite inhumé dans l’intimité au cimetière du Montparnasse, au côté de son mari, Antoine Veil, mort en 2013.

 

 

C’était il y a environ 114 ans ….


( Plus  » sérieux  » que le billet  précédent  ) :

   Le mardi 27 juin 1905, une mutinerie éclate à bord du Potemkine, le principal cuirassé de la flotte de guerre russe.
  Sur le moment, l’événement passe inaperçu dans une Russie bouleversée par une première Révolution et une guerre désastreuse contre le Japon.
   Mais il va acquérir beaucoup plus tard une notoriété mondiale et accéder au rang de mythe historique, par la vertu d’un film que lui a consacré le réalisateur Eisenstein vingt ans plus tard.
En 1965, Jean Ferrat lui a consacré aussi l’une de ses plus belles chansons :

Marine en crise :
   Depuis sa défaite de Tsushima, un mois plus tôt, face à la flotte japonaise, la marine du tsar Nicolas II est agitée par des mouvements divers et les officiers ont le plus grand mal à se faire respecter de leurs hommes. Sur terre, dans tout le pays, se multiplient grèves et rébellions depuis la révolte sanglante du   » Dimanche rouge  »  du 22 janvier 1905 à Saint-Pétersbourg.
   Sur le cuirassé Potemkine, qui porte le nom d’un favori de Catherine II, le commandant, le capitaine de vaisseau Golikov, a su jusque-là préserver la discipline par une relative humanité.
  Mis en service deux ans plus tôt, le navire mesure 113 mètres de long, déplace 12 600 tonnes et transporte environ 700 hommes. Ses marins sont pour la plupart des paysans sans éducation, recrutés de force quelques mois plus tôt pour combler les effectifs creusés par la guerre. Ils n’ont pas encore l’expérience du feu.
  Viande avariée ;!
   Tandis qu’il effectue des exercices sur la mer Noire, au large d’Odessa, le cuirassé est ravitaillé comme de coutume en provisions. Au petit matin, les marins s’approchent des carcasses qui pendent sur le pont en attendant leur mise en cale et découvrent une viande en putréfaction, puante et truffée d’asticots. Ils se rassemblent autour des carcasses. C’est l’indignation. Le médecin du bord, le docteur Smirnov, examine la viande. Avec mépris pour les brutes qui l’entourent, il prétend sentencieusement que la viande est « comestible » sous réserve d’être simplement lavée avec du vinaigre.
   Les marins murmurent et se retirent. Arrive l’heure du déjeuner. Dans le réfectoire, les cuisiniers amènent les marmites de bortsch, avec la viande bouillie. Cette fois, c’est l’explosion. Les marins refusent de manger et conspuent les cuisiniers. Alerté par le vacarme, le second du navire, un aristocrate polonais brutal et cassant, le capitaine de frégate Hippolyte Giliarovsky, alerte le commandant. Devant celui-ci, le docteur réitère son verdict sur l’état de la viande.
    Alors, le commandant a la mauvaise idée de faire battre les tambours et de rassembler l’équipage sur le pont. Il harangue les hommes et demande à ceux qui acceptent de manger la viande d’avancer de deux pas. Maladresse ! Par habitude et résignation, seuls quelques vétérans obéissent. Les autres se tiennent cois.
   Bafoué, le commandant se contente d’annoncer que les marins n’auront rien d’autre à manger. Là-dessus, il se retire et son second poursuit la harangue.
     Dans l’équipage figurent quelques militants révolutionnaires du parti social-démocrate, dont leur chef Afatasy Matiouchenko. Ils ont reçu de leur parti la consigne de préparer les marins à une insurrection générale de la flotte de la mer Noire.
Matiouchenko se dit que voilà l’occasion de devancer l’insurrection générale. Il excite ses camarades à la révolte. Le ton monte.
Dérapage :
    Selon une première version des faits, un matelot du nom de Vakoulinchouk se serait approché du second et aurait protesté contre les conditions de vie de l’équipage. Le capitaine Giliarovsky l’aurait rabroué. Celui-ci l’aurait menacé. Le capitaine aurait alors tiré son pistolet et blessé mortellement Vakoulinchouk.
     Selon une autre version, un petit groupe de matelots réfractaires se seraient rués dans l’armurerie à l’instigation de Matiouchenko.
   En remontant sur le pont, l’un d’eux, Vakoulinchouk, aurait menacé le capitaine Giliarovsky et celui-ci l’aurait blessé d’un coup de pistolet.
  Quoi qu’il en soit, suite à ce coup de pistolet, l’équipage se mutine, quelque peu dépassé par les événements mais entraîné par Matiouchenko.
Alors  que huit officiers rejoignent les mutins, le capitaine, le médecin et plusieurs autres officiers sont tués et jetés à la mer. Le commandant n’est pas épargné. Un officier, Alexeiev, prend le commandement du navire sous la haute surveillance de Matiouchenko.
   Les mutins du Potemkine hissent le drapeau rouge de la révolution. Ils dirigent le cuirassé et son navire ravitailleur vers le port d’Odessa.
Alliance entre marins et ouvriers :
   En entrant dans le port d’Odessa en cette fin d’après-midi, les marins du Potemkine ne savent pas encore que la loi martiale y a été décrétée le matin même par le général Kokhanov suite à des grèves ouvrières…
   La veille,(  le lundi 26 juin ) , une manifestation avait été sauvagement réprimée par la police et la cavalerie cosaque. Le face à face meurtrier entre manifestants et forces de l’ordre s’était poursuivi le lendemain, faisant plusieurs centaines de morts. Au moment où les grévistes et les révolutionnaires désespèrent de pouvoir résister, voilà qu’apparaît le Potemkine, arborant le drapeau rouge.
    L’arrivée du navire ravit les meneurs de la grève qui montent à bord et font alliance avec leurs homologues du navire. Le lendemain, le cadavre du marin Vakoulinchouk est porté en grande pompe à terre et exposé sur le port, sous un dais de toile grossière. Il reçoit l’hommage ému d’une foule immense d’ouvriers et de révolutionnaires.
    La foule, surexcitée, monte l’escalier monumental de 22 mètres de large et 240 marches qui relie le port à la ville moderne. Il a été construit un siècle plus tôt par un duc de Richelieu, lointain descendant du Cardinal, d’où son nom d’escalier Richelieu.
   Le général Kokhanov fait donner deux détachements de Cosaques à cheval. Du sommet de l’escalier comme de sa base, les cavaliers massacrent  » à qui mieux mieux   » la foule désarmée, faisant des centaines de victimes, hommes, femmes, enfants. A la fin de la journée, sur le quai rouge de sang, l’on ne voit plus que les cadavres… et le dais dérisoire qui recouvre le corps du martyr Vakoulinchouk.
     À bord du Potemkine, les marins ne s’attendaient pas pour la plupart à ce qu’une question de viande avariée dérape à ce point. Ils hésitent à agir. Les relations sont tendues avec les meneurs révolutionnaire. Alors, Matiouchenko, répondant à une proposition du général Kokhanov, rencontre celui-ci et obtient l’assurance que les funérailles de Vakoulinchouk pourront se dérouler dans le calme. Le général tient parole et, le lendemain, une foule immense accompagne le marin à sa dernière demeure, drapeaux rouges en tête. Le corps est porté par 12 marins du Potemkine.
    Mais à peine les funérailles sont-elles terminées que les soldats chargent la foule et tuent indistinctement hommes et femmes. Trois des douze marins figurent parmi les victimes. Sur le Potemkine, c’est la consternation. Cette fois, les marins décident de bombarder le quartier-général établi dans le théâtre de la ville. Matiouchenko commande le tir. Mais il n’arrive qu’à toucher des maisons peuplées d’innocents. Il faut interrompre le bombardement.
   Matiouchenko envoie un message au général commandant de la place d’Odessa. Le message reste sans réponse… Pour les mutins du Potemkine, il n’y a plus rien à faire à Odessa.
Fin de partie :
       Le navire largue les amarres, suivi de son navire ravitailleur, et se hâte de quitter la rade d’autant que s’approche une flotte. Elle vient du port de guerre voisin de Sébastopol avec le projet de mettre à la raison les mutins. Les officiers de la flotte sont légitimement inquiets par le risque de contagion révolutionnaire. Leurs navires s’approchent du Potemkine et celui-ci, sans tirer, passe entre eux, comme à la parade, les marins criant à l’attention de leurs camarades :  »  Vive la Révolution !  » Les marins de la flotte répondent par des  » Hourra !  »
      Prudents, les officiers choisissent de se replier. Mais le cuirassé Georges-le-Victorieux trouve le moyen de rejoindre le Potemkine, les meneurs révolutionnaires présents à son bord ayant réussi à retourner les marins et neutraliser les officiers.
   Matiouchenko, qui n’en revient pas, se voit à la tête de trois navires de guerre. Il revient vers Odessa avec l’idée d’entraîner la population dans la Révolution. Mais à bord du deuxième cuirassé, le vent tourne et les marins, hésitants, se laissent convaincre de revenir à Sébastopol. Matiouchenko ordonne de faire feu sur eux. Touché, le Georges-le-Victorieux s’échoue sur la grève plutôt que de rentrer dans le rang.
    Sur le Potemkine, c’est bientôt le sauve-qui-peut. Le cuirassé regagne le large sous les yeux ébahis du général de la place d’Odessa. Ses soldats en profitent pour réprimer sauvagement la population qui a eu le front de les défier.
   Après une longue errance dans la mer Noire et malgré les ordres  de Matiouchenko, le Potemkine se dirige vers le port roumain de Constantza où les mutins obtiennent l’asile politique. Matiouchenko, dans un dernier geste de défi, envoie des proclamations surréalistes aux gouvernements de la planète et saborde le mythique navire avant de prendre pied sur le sol roumain.
    Deux ans plus tard, le tsar Nicolas II promet une amnistie aux révolutionnaires de 1905. Les mutins, méfiants, préfèrent toutefois rester en Roumanie………..

     À l’exception de cinq d’entre eux qui font le choix de rentrer en Russie. Parmi eux, Matiouchenko. Il est reconnu à la frontière, arrêté et pendu. Ses quatre compagnons sont envoyés en Sibérie.
Un film immortel  :
   La mutinerie du Potemkine s’inscrit dans la longue série de troubles sociaux, politiques et militaires qui ont empoisonné le régime tsariste en l’année 1905. Sa célébrité est seulement venue du film qu’en a tiré le réalisateur soviétique Serge Eisenstein en 1925, Le cuirassé Potemkine. Certains considèrent ce film comme le plus grand du XXe siècle.
    À l’origine, le gouvernement soviétique avait passé commande au cinéaste d’un film sur la Révolution de 1905. S’étant rendu en premier lieu à Odessa pour des repérages, Eisenstein avait immédiatement perçu le contenu dramaturgique de la mutinerie et en avait fait le sujet exclusif de son film, sans trop s’embarrasser de la réalité historique.

Charles Tellier ….


Ses traveaux , découvertes nous sont bien utiles aujourd’hui :

  Fils d’un marchand épicier devenu industriel de la filature à Condé-sur-Noireau en Normandie mais ruiné par la Révolution de 1848, il étudie en faculté l’ammoniaque, un engrais concentré puis la production domestique de l’air comprimé.
  Le projet sur la production domestique de l’air comprimé est présenté à la ville de Paris, mais le baron Haussmann qu’aucune idée audacieuse n’effraie lui donne ce conseil :  » La glace manque à Paris quand les hivers sont chauds, vous devriez vous occuper de la fabriquer artificiellement.  »  Il faut dire qu’à l’époque, pour conserver les denrées, on remplissait un grand puits appelé glacière de deux cents tombereaux de neige et de glace. Cette conservation héritée des Romains était aléatoire.
  En 1856, Charles Tellier s’appuie sur les travaux de laboratoire de Faraday qui obtient une température de −11 °C et de Thilorien qui par liquéfaction arrivera à abaisser la température à −79 °C.
Deux ans plus tard, il crée sa première machine frigorifique à circulation de gaz ammoniac liquéfié, pour la production du froid à usage domestique et industriel.
  Cette invention qui bouleverse le monde moderne, est constamment améliorée et, en 1865, il construit une machine à compression mécanique à gaz liquéfié et l’installe dans la fabrique du maître-chocolatier Menier.
   En 1876, le navire Frigorifique parti de Rouen rapporte de la viande à Buenos Aires en bon état de conservation après 105 jours de mer.
   On lui doit également un nouveau procédé de séchage de la morue par air chaud qui avait séduit l’armateur Le Goaster.
   Quelques années plus tard en 1879, il entreprend avec Alexandre (Louis-Ernest) Bure,  ( comte héréditaire de Labenne, second fils naturel de Napoléon III et d’Eléonore Vergeot ), dont la famille s’est installé à Paimpol, la construction d’une usine grâce à la fortune de la femme de ce dernier : le 12 mars 1879, Labanne épousait en secondes noces à Paris, Marie-Henriette Paradis, âgée de 22 ans, riche héritière d’un banquier décédé en 1871. Mais l’opposition de certains hommes politiques et d’industriels de la région finit par décourager Tellier et ses deux associés l’armateur Le Goaster et Labenne ; ce dernier, déjà malade, abandonne la partie et regagne Paris où il meurt , le 11 janvier 1882, à 36 ans.
  Charles Tellier a découvert et mis au point la méthode du refroidissement par cascades, qui rend un fluide facilement liquéfiable, comme l’anhydride sulfureux, utilisé pour déterminer la liquéfaction d’un autre liquide plus difficile à liquéfier, comme l’anhydride carbonique. Ce principe sera utilisé et rationalisé vingt ans plus tard.

   Charles Tellier meurt à son domicile  de la rue d’Auteuil à Paris en 1913 dans la plus grande pauvreté et, peu avant de disparaître, il dira à un de ses proches :  » Le convoi des pauvres m’attend, mais ce sort final des travailleurs ne m’effraie pas…  ». Il repose au cimetière de Passy .Et une plaque se trouve sur le mur de la maison où il est mort 

çà s’est passé il y a environ 90 ans


    Méconnue et troublante, la guerre des  » Cristeros  » a opposé pendant plus de trois ans les paysans catholiques du Mexique à leur gouvernement.
   Elle s’est terminée le 22 juin 1929 par un arrangement (« Arreglos » en espagnol) entre le Saint-Siège et ce gouvernement socialiste et franc-maçon, dont l’intolérance avait entraîné les paysans à la révolte.
    Le représentant du pape demande aux paysans de déposer les armes sous peine d’excommunication ! . Abandonnés, les ex-rebelles vont subir pendant plusieurs années encore les exactions de l’armée.


  Tout avait commencé avec l’élection à la présidence de la République, en 1924, du général Plutarco Calles. Celui-ci consolide les acquis sociaux de la révolution de 1910, illustrée par les exploits de Zapata et Pancho Villa. Il réorganise l’instruction publique, étend la réforme agraire, nationalise l’industrie du pétrole au grand dam des États-Unis…
   Mais fidèle à une tradition anticléricale vieille de près d’un siècle, il a aussi la mauvaise idée de s’en prendre à l’Église catholique.
   Le 1er décembre 1924, il prive de droits civiques les catholiques (laïcs et prêtres) sous prétexte qu’ils obéissent à un souverain étranger, le pape ! Il expulse tous les ecclésiastiques étrangers et interdit aux prêtres toute critique du gouvernement en vertu de l’article 130 de la Constitution de 1917, jusque-là resté inappliqué. Il interdit les congrégations enseignantes et ferme pas moins de 20.000 églises !
    L’épiscopat se rebiffe et suspend le 31 juillet 1926 l’administration des sacrements dans tout le pays pour une durée de trois ans. Cette riposte ahurissante livre au désespoir les masses rurales, majoritairement indiennes ou métisses, attachées à une religiosité traditionnelle.

exécution d'un prêtre( exécution d’un prêtre ayant célébré la messe  ! )

Les paysans se soulèvent dans un parallèle frappant avec le soulèvement des Vendéens en 1793, au cri de  » Viva Cristo Rey ! , Viva la Virgen de Guadalupe !  » (Vive le Christ-Roi ! Vive la Vierge de Guadalupe).
  Ils sont par dérision surnommés « Cristeros ». Eux-mêmes qualifient leur soulèvement de « Cristiada » (Christiade) mais ils sont désavoués par l’épiscopat, à deux ou trois exceptions près.  Cependant ,avec 50.000 combattants, ils vont constituer la plus importante rébellion qu’ait connue le pays, lequel compte à cette époque moins de vingt millions d’habitants disséminés sur deux millions de km2.
    Trois ans plus tard, l’armée des Cristeros tient les trois quarts de l’ouest du Mexique et la moitié des 30 États de la fédération. Ses escarmouches occasionnent un total d’environ 90.000 tués selon l’historien Jean Meyer, dont les deux tiers dans les troupes gouvernementales, lesquelles sont en infériorité tactique face à la guérilla, malgré leur recours systématique à la terreur.
Arrangements bafoués :
     Le président Calles ose se réconcilier avec le gouvernement des États-Unis et fait des concessions sur le pétrole en échange de l’aide de l’US Air Force dans son combat contre les Cristeros.

   Désespérant malgré cela de vaincre la rébellion par les armes, il en vient à faire appel au Saint-Siège. En témoignage de bonne volonté, il autorise à nouveau le culte catholique le 3 mars 1929 et fait rouvrir la cathédrale de Mexico.
   Enfin, il conclut  »  los Arreglos  » avec le secrétaire d’Etat du pape Pie XI, le cardinal Gasparri, celui-là même qui signa les accords de Latran avec Mussolini.
   À sa demande, le président mexicain s’engage à ne plus tenter d’appliquer les articles antireligieux de la Constitution ! Il donne aussi sa parole que les rebelles seront amnistiés et qu’il ne leur sera fait aucun mal. Mais il ne s’agit que de sa parole. Aucun document n’est signé...
  Obéissants, les Cristeros se soumettent mais, dans les faits, l’amnistie ne sera pas le moins du monde respectée et des centaines d’insurgés seront assassinés dans d’atroces conditionscistéros 4 aussitôt après avoir rendu leurs armes sur ordre de leur évêque.
   L’armée ne s’en tient pas là. Elle met à sac les campagnes reculées de l’Ouest avec le désir d‘éradiquer une bonne fois pour toutes toute trace de christianisme. Le romancier Graham Greene en  » parle  » dans son roman  » La Puissance et la Gloire  » . Il s’ensuit une seconde guerre des Cristeros (la Secunda), qui réunit quelques milliers de combattants désespérés. Elle va durer de 1934 à 1938 sans qu’il soit possible d’en évaluer le nombre de victimes.
   Il faudra encore plusieurs années avant que la paix religieuse ne revienne au Mexique.
  L’émotion suscitée par « los Arreglos » entraîne la disgrâce du cardinal Gasparri, remplacé à la Secrétairerie d’État (le ministère des Affaires étrangères du Vatican) par le cardinal Eugenio Pacelli (futur Pie XII).

 

C’était il y a ….


Environ 203 ans :

  Dans la nuit du 16 juin 1816, les poètes Lord Byron  et Percy Shelley discutent avec leurs compagnes respectives, Claire C. Byron et Mary M.Shelley  , ainsi qu’un ami, le docteur John Polidori Polidori, dans une belle villa des bords du lac Léman, la villa Diodati , près de Genève.
  En raison d’un été exceptionnellement pourri, consécutif à l’éruption du volcan Tambora en Indonésie, cela fait plusieurs jours qu’ils ne peuvent sortir.

   Pour passer le temps, Les jeunes Anglais à la réputation sulfureuse commencent  un concours d’histoires macabres sur une suggestion de Lord Byron :  ( » Nous allons chacun écrire une histoire de fantôme  »).
   C’est alors  que la maîtresse de Shelley, Mary Godwin (19 ans), raconte l’histoire du docteur suisse Victor Frankenstein, qui tenta de créer la vie à l’égal de Dieu.
   À partir de quelques cadavres, Frankenstein crée un monstre de grande taille et lui  » insuffle  »  la vie. Mais sa créature ne tarde pas à échapper à son emprise : Le monstre  lui réclame une compagne. Le docteur ayant refusé , sa créature  se révolte, commet des méfaits et s’enfuit jusqu’au-delà du cercle arctique…

Frankenstein
   L’histoire lui est inspirée par la vie d’un alchimiste allemand du siècle précédent, Konrad Dippel et par les expériences du physicien Luigi Galvani sur la réanimation électrique des cadavres…..Elle prend forme dans les jours qui suivent, après quelques nuits cauchemardesques aggravées par le deuil de la jeune femme, qui a peu avant perdu son bébé.
Elle débouche sur la publication à Londres le 11 mars 1818 de trois petits volumes tirés à 500 exemplaires sous le titre Frankenstein ou le Prométhée moderne.

    Ce roman va inspirer un nouveau genre littéraire, la fiction scientifique, et devenir l’un des grands mythes de l’Occident contemporain et une mine intarissable pour les scénaristes du cinéma .
Moins inspiré par la pluie du lac Léman, Byron livre quant à lui une petite histoire de vampires qu’il réemploiera plus tard dans son poème Mazeppa. Shelley déclare forfait.
Et le plus inattendu est le docteur Polidori,  » souffre-douleur  » de Byron, qui produit une histoire de femme à tête de mort qui va déboucher en 1819 sur le roman Vampire et inspirera beaucoup plus tard, en 1897, à Bram Stoker le roman Dracula, autre mythe moderne. 

   La suite est obscurcie par des drames en série :

     Harriet, la femme légitime de Percy Shelley, se suicide, n’en pouvant plus des frasques de son génie de mari.
   Le poète se remarie avec Mary Godwin fin  novembre 1816 et part avec elle en Italie. Ils ont un deuxième et un troisième enfants qui meurent en bas âge, enfin un quatrième, un garçon, qui seul leur survivra.
   Percy lui , meurt en mer le 8 juillet 1822, à 30 ans, au large de La Spezia. Il est incinéré sur la plage, d’une   » manière très romantique  » , en présence de son ami Lord Byron. Ses cendres seront inhumées à Rome. Lord Byron,  lui, mourra de maladie le 19 avril 1824, à 36 ans, en participant à la défense de Missolonghi, aux côtés des Grecs.
    Mary Shelley décédera beaucoup plus tard, le 1er février 1851, à 54 ans, à Londres, d’une tumeur au cerveau,  laissant en héritage le monstre du docteur Frankestein.

Extraits film :

çà s’est passé il y a environ 148 ans :


  Né à Blois le 7 décembre 1805 ,décédé le 13 Juin 1871, il y a donc 148 ans ,( âgé de 66 ans ) Jean-Eugène Robert-Houdin fut non seulement un amuseur prestigieux, mais également un inventeur dont l’œuvre, quoique inconnue du grand public, est cependant considérable.
   Fils d’un horloger, le jeune Jean-Eugène avait fait ses études au collège de sa ville natale. Féru de mécanique, il s’était pris de passion pour le métier paternel, mais en matière d’horlogerie il avait des idées absolument nouvelles. Il ne rêvait d’abord que d’horloges et de tabatières à musique, alors que l’auteur de ses jours qui avait conçu à son égard d’autres ambitions puisqu’il parlait d’en faire un notaire, l’avait fait entrer comme clerc chez un notaire de la ville.!

  Cependant la mécanique finit par l’emporter sur la  » basoche  » ( Ensemble des clercs des cours de justice qui étaient constitués en associations dont l’origine remonte à Philippe le Bel ), et abandonnant dossiers et  autres corvées  , il partit  tenter fortune. Pourquoi de l’atelier d’horlogerie passa-t-il dans le cabinet d’un escamoteur ? Sans doute, pour gagner sa vie, mais surtout parce que son esprit inventif le déposait particulièrement à la réalisation de trucs   » machinés  » où la mécanique, grâce à lui, allait jouer un rôle primordial.
  Toutefois, ses randonnées à travers la France, la Belgique et l’Angleterre furent assez mouvementées, et ce fut avec un certain soulagement que, lâchant son escamoteur Houdin-Escamoteur (illustration trouvée sur le net )

     qui n’usait que de trucs primitifs tels que gobelets, boîtes à doubles fonds et compères, il s’établit à son propre compte. En 1830, Houdin  arriva à Paris, et s’y fit aussitôt connaître par ses surprenants automates parlants et gesticulants. Il resconstitua  notamment, en effet, Marie-Antoinette au clavecin et le Joueur d’Échecs ! Il en imagina d’autres, tels que l’Écrivain, la Leçon de Serinette, Antonio Diavolo, l’Oranger merveilleux, Auriol et Débriteau, etc.
   En quelques jours s’établit la réputation de Jean-Eugène Robert, car il n’avait pas encore associé au sien le nom de sa femme, afin de se constituer un nom bien spécial. A toutes les Expositions, en 1835, en 1844, 1855 et 1859, il se vit  décerner des médailles d’or et d’argent pour ses inventions qui cependant ne le rendaient pas riche. Bien au contraire, ce fut pour éviter la ruine définitive qu’il dut ouvrir en 1845 son petit théâtre au Palais-Royal, rue de Valois, où il allait faire accourir tout Paris.
   Naturellement, à ses dons prodigieux de mécanicien scientifique, Robert-Houdin joignait pour présenter son spectacle les qualités indispensables de l’escamoteur, c’est-à-dire l’habileté et la dextérité.

     Ainsi la duchesse d’Orléans, en lui annonçant qu’elle lui faisait présent d’un écrin fermé, lui avait demandé d’en faire révéler le contenu par son fils.        Astucieusement,  Robert-Houdin avait pu entrouvrir l’écrin et voir ce qu’il contenait. Sous prétexte d’arranger les cheveux de son enfant, il murmura à voix basse ce qu’il venait de voir, si bien qu’avec assurance, le jeune Houdin répéta aussitôt :  » Il y a dans cet écrin une épingle en or surmontée d’un diamant, autour duquel est un cercle d’émail bleu  » .

  Les Soirées fantastiques de Robert-Houdin connurent de 1845 à 1852 la plus grande vogue, et après avoir cédé son théâtre à son beau-frère Hamilton, il ne songeait plus qu’à se reposer tranquillement dans sa propriété du Prieuré, près de Blois, lorsqu’il dut céder aux sollicitations du gouvernement impérial qui avait décidé de faire appel à lui pour lutter en Algérie contre l’influence des marabouts et des sorciers qui soulevaient les indigènes contre l’autorité française.
   Donc, à Alger, il participait à une grande fête où avaient été contraints d’assister les aghas et les caïds des territoires soumis. Avec sa seule bouteille inépuisable, il avait servi lui-même aux assistants émerveillés cent tasses d’un café délicieux.          Puis, plaçant sous un énorme gobelet un jeune et riche agha, il l’avait escamoté. Terrifiés, les Arabes s’enfuyaient lorsqu’ils avaient aperçu l’escamoté qui revenait tranquillement des coulisses. Cette aventure du  » Maure ressuscité  »fit un tel bruit dans la région, que le prestidigitateur fut prié d’aller opérer dans le Sud, en pleine effervescence.
   Rencontrant dans un village un marabout fameux entre tous, il ne dut qu’à son habileté professionnelle de se tirer d’un fort mauvais pas.  » Choisis une de ces armes  », lui avait dit ce marabout en lui montrant deux pistolets.  » Nous allons les charger et je tirerai sur toi. Tu n’as rien à craindre puisque tu sais parer les coups ! 

     » Pour cela, il me faut être en prières pendant six heures  », avait répliqué Robert-Houdin après être revenu de sa surprise. Demain matin, je braverai tes coups !  »
    Le lendemain matin tout le monde était exact au rendez-vous. En présence de tous les Arabes réunis, le marabout saisit l’un des deux pistolets, et au signal donné par Jean-Eugène Robert-Houdin lui-même, il tira après avoir visé attentivement. Le coup partit et la balle apparut entre les dents du prestidigitateur. Le marabout voulut saisir le second pistolet. Mais, plus rapide, Robert-Houdin s’en empara.
    » Tu n’as pu me blesser ! lui dit-il. Regarde maintenant et vois combien mes coups sont plus redoutables que les tiens.  »  Et pressant la détente, il tira à son tour.Et…à la surprise de tous , sur la muraille blanche de la mosquée, à l’endroit même où la balle venait de frapper, apparut une éclaboussure sanglante. Le marabout se précipita, trempa son doigt dans cette empreinte, le porta à sa bouche pour goûter ! C’était du sang.Houdin-Algerie

    L’impression ,dit on , fut énorme ! Le grand marabout de France avait rallié tous les dissidents à la cause de son pays. Tout simplement, Robert-Houdin avait placé une balle creuse en stéarine dans le premier pistolet, tandis qu’il prenait la balle entre ses dents, et il en avait glissé une autre en stéarine dans le second, mais en ayant eu soin de l’emplir avec du sang extrait de son pouce.
    Robert-Houdin, qui fit le tour du monde avec sa boîte à malice dans ses bagages, rapporte qu’à Rome il stupéfia le Sacré Collège par un tour qui resta célèbre dans les annales papales. Ayant remarqué chez un horloger de la ville où il avait fait quelques achats, une montre particulièrement belle qu’on venait de réparer, il apprit que l’objet appartenait à un cardinal très en vue au Vatican.

    L’ illusionniste en fit faire aussitôt une copie simili-or, fit reproduire sur le boîtier le chiffre du prélat que le modèle comportait, bref, fit donner au faux l’apparence du vrai.
   Muni de cette réplique, il se rendit un soir au Vatican où il allait donner devant Pie VII en personne  (la réputation mondiale de Robert-Houdin autorisait cette exception ) une représentation. Vers la fin de la séance, lorsque l’assistance fut au comble de l’admiration, Houdin demanda qu’on lui prête une montre. Parmi celles qu’on lui tendit, il choisit celle du cardinal qui se trouvait justement à la droite du Saint-Père. Dès lors, ce prince de l’Église passe par des transes bien explicables:
   C’est qu’il voit successivement Robert-Houdin jongler avec sa montre, la laisser choir sur le parquet, finalement la réduire en miettes en la broyant dans un mortier. Le cardinal veut intervenir. Un gros éclat du boîtier sur lequel figure son chiffre a roulé jusqu’à ses pieds. Mais l’illusionniste ne s’émeut pas, reprend ce débris de montre, achève de le briser avec le reste et finalement fait disparaître le tout dans un mouchoir qu’il agite aussitôt après pour montrer qu’il est vide.
  Tout est parti, comme volatilisé. Robert-Houdin est-il devenu fou ?

     Tout le monde se regarde inquiet et Pie VII lui-même, qui souriait, a pris un visage plus grave.  » Et ma montre ? murmure le cardinal interdit. Comment la ferez-vous revenir ?  » Elle est déjà raccommodée, Eminence, dit Robert-Houdin, et elle est placée en lieu sûr.  »  Et se tournant vers le Pape :  » Votre Sainteté sait-elle que la montre se trouve dans la poche de sa robe ?  » Pie VII, incrédule, porte la main au gousset de sa  » douillette  ». La montre s’y trouve effectivement.

  À la minute où le cardinal lui avait confié l’objet, le fameux prestidigitateur avait eu le temps de le faire passer dans la poche du pape et d’exhiber entre le pouce et l’index la montre-copie qu’il cachait dans sa main. L’histoire rapporte que tant d’adresse valut  Robert-Houdin une tabatière ornée de diamants que lui remit la cour pontificale.
  Tel était le génial illusionniste qui cependant a rendu plus de services à la science par ses travaux sur l’électricité et fut un véritable précurseur. En 1851, à l’occasion de la naissance de son fils, il avait entièrement éclairé son parc du Prieuré à l’électricité et des projecteurs illuminaient le village et la plaine.

     A l’Exposition universelle de 1855, il avait présenté une dizaine d’applications de l’électricité à la mécanique et à l’horlogerie. Il avait inventé une nouvelle pile et son répartiteur électrique fut présenté en 1856 à l’Académie des sciences.
    En optométrie (  » branche  » de l’ophtalmologie ) , il étudia et construisit une série d’instruments, comme l’iridoscope, le pupillomètre, l’optomètre, le diopsimètre, le pupilloscope, le dioscope et le rétinoscope qui datent de 1867. Il imagina des régulateurs, des pendules dont l’une, placée sur une maison, à l’entrée du Grand-Pont de Blois, fut longtemps connue sous le nom d’Horloge mystérieuse !
   Retiré au Prieuré, il en poursuivit l’aménagement à sa manière, le peuplant de trucs tels que les portes s’ouvraient toutes seules, les tables se garnissaient d’elles-mêmes, les chaises s’avançaient au devant des visiteurs. Sa  » maison-machine  », comme il l’appelait lui-même, était une véritable demeure de fées. Dans le parc se trouvait un chemin creux. Pour le traverser, le visiteur n’avait qu’à s’asseoir sur un petit banc placé au bord de ce ravin. Il n’était pas plutôt assis qu’il se voyait subitement transporté sur l’autre rive, et dès qu’il avait mis pied à terre, le petit banc retournait de lui-même chercher un autre voyageur.     ( Bien entendu, c’était Robert-Houdin qui réglait lui-même ces transports automatiques et toutes les  » sorcelleries  » de sa mystérieuse demeure )………

Robert-Houdin( Affiche / timbres de l’époque )

 

çà s’est passé un 6 juin ….il y a 75 ans


Impossible de ne pas mettre un semblant de billet sur cet évènement !

Le débarquement de Normandie :


Le 6 juin 1944, à l’aube, une armada de 4266 navires de transport et 722 navires de guerre s’approche des côtes normandes. La flotte transporte plus de 130 000 hommes,  ( Britanniques, Étasuniens ou Canadiens pour la plupart) , plus de 10 000 avions la protègent.
   Baptisée du nom de code Overlord (« suzerain » en français), cette opération aéronavale demeure la plus gigantesque de l’Histoire, remarquable autant par les qualités humaines de ses participants que par les prouesses en matière d’organisation logistique et d’innovation industrielle et technique. Elle était attendue depuis plus d’une année par tous les Européens , sur le continent, luttant contre l’occupation nazie.
Le Débarquement de Normandie ……

Intox
   Au début de l’année 1944, les Soviétiques ont  envahi la Roumanie et la Bulgarie. Pour les Allemands, la défaite n’est plus que l’affaire de quelques mois. L’ouverture du « second front » à l’Ouest doit donc l’accélérer.
  D. Eisenhower et ses adjoints, les généraux américains Omar Bradley et George Patton ainsi que le maréchal britannique Bernard Montgomery, décident de débarquer en Normandie, au sud de la Seine.
   Les plages de sable qui s’étendent entre l’estuaire de la Seine et la presqu’île du Cotentin (plus précisément entre l’Orne, la rivière qui traverse Caen, et la Vire, la rivière qui traverse Saint-Lô) se prêtent à un débarquement rapide et sont moins bien défendues que les ports du nord.
   L’objectif est d’installer une tête de pont sur ces plages puis de s’emparer du port en eau profonde de Cherbourg afin d’intensifier les débarquements d’hommes et de matériels.
  Cependant , d’impressionnantes fortifications parsèment le littoral océanique des Pyrénées à la Norvège. C’est le   » mur de l’Atlantique   ». L’arrière-pays du Cotentin a aussi été inondé par les Allemands dès janvier 1944 et protégé contre d’éventuels atterrissages par des pieux, tranchées, mines etc.
   Hitler lui-même attend avec impatience le débarquement. Il croit pouvoir le repousser aisément et, de la sorte, mettre hors jeu les Anglo-Saxons avant de reporter toutes ses forces contre l’Armée rouge ! Il est convaincu qu’il aura lieu au nord de la Seine, à l’endroit le plus étroit de la Manche et à 300 kilomètres seulement du centre industriel de la Ruhr.
Les Alliés font de leur mieux pour l’en convaincre. Ils montent pour cela l’opération Fortitude (« courage » en français), avec, face au Pas-de-Calais, dans la campagne du Kent, une impressionnante concentration de blindés en baudruche gonflable et d’avions en contreplaqué. Cette intoxication permettra aux Alliés de n’affronter que 17 divisions allemandes sur les 50 présentes dans la région, les autres attendant dans le Nord un deuxième débarquement qui ne viendra jamais.
   Les forces allemandes de Normandie totalisent près de 300 000 hommes. Elles sont placées sous le haut commandement du prestigieux feld-maréchal Erwin Rommel.Rommel
   Comme le temps est mauvais sur la côte normande dans les premiers jours de juin et exclut toute tentative de débarquement, Rommel prend la liberté d’une virée automobile en Allemagne pour fêter l’anniversaire de sa femme. Il n’a pas prévu que le temps allait subitement se mettre au beau dans la nuit du 5 au 6 juin. Cette nuit-là, il n’y a que 50 000 soldats pour faire face à l’armada alliée, dont une moitié de non-Allemands engagés de force et dont la valeur guerrière n’est pas la première qualité.
    Débarquement à haut risque :
   En raison de la tempête qui sévit sur la Manche, Eisenhower a déjà reporté le débarquement du 4 au 6 juin. Le 5 juin, enfin, son service météo lui promet une accalmie de 36 heures et il décide d’engager sans délai l’opération Overlord.
  Vers minuit, trois cents éclaireurs (pathfinders) sont parachutés pour de bon derrière les marais du littoral, sur la presqu’île du Cotentin. Ils balisent les terrains d’atterrissage destinés aux planeurs qui les suivent.
23 500 parachutistes de trois divisions aéroportées (2395 avions et 867 planeurs) sont lâchés derrière les lignes allemandes. Leur mission est de dégager la plage Utah et de couper la route nationale qui relie Caen à Cherbourg à Sainte-Mère-Église.
  Certains parachutistes de la 101e Airborne tombent par erreur au centre du village où ils sont mitraillés par les Allemands avant d’avoir touché terre.
À l’intérieur des terres, les réseaux de résistance s’activent. Ils ont été avertis du débarquement par des messages codés de la radio anglaise, la BBC. Parmi eux deux vers de Verlaine :
« Les sanglots longs des violons de l’automne
Blessent mon coeur d’une langueur monotone ».
Le jour J
  Au matin du Jour J, à 5h30, les avions alliés et des cuirassés bombardent les fortifications des plages et des falaises.
  Une heure plus tard, cinq divisions (deux américaines, deux britanniques et une canadienne) commencent à débarquer sur autant de plages aux noms codés.
  De l’ouest vers l’est, Utah et Omaha (troupes américaines), Gold (troupes britanniques), Juno (troupes canadiennes) et Sword (troupes britanniques et détachement français).
Les hommes progressent sur les plages sous le feu des Allemands qui tirent du haut des blockhaus, ces derniers étant eux-mêmes pilonnés par les cuirassés alliés depuis le large.
  La résistance de la Wehrmacht est rude malgré la médiocrité des troupes, en particulier sur Omaha Beach où les Américains frôlent la catastrophe.
Une tête de pont cher payée
  La chance sourit en définitive aux Alliés. Pendant toute la journée, ils n’ont à affronter que deux avions de chasse allemands. Quant aux redoutables Panzers ou chars d’assaut allemands, ils sont inexplicablement restés en réserve à l’intérieur des terres, mis à part une contre-attaque au petit matin sur Sainte-Mère-Église.
   C’est ainsi qu’à la fin de la journée, malgré les cafouillages et les fautes du commandement, 135 000 hommes ont déjà réussi à poser le pied sur le sol français.
  Les cimetières blancs des falaisescimetierre militaire témoignent encore aujourd’hui du prix de ces actions héroïques, sanglantes et souvent désordonnées.
  Les Américains déplorent 3 400 tués et disparus, les Britanniques 3 000, les Canadiens 335 et les Allemands 4 000 à 9 000. Les trois cinquièmes des pertes alliées se sont produites sur la plage Omaha. Mais, au total, elles s’avèrent beaucoup moins importantes que prévu.
Les bombardements des villes normandes et des noeuds de communication ont par ailleurs causé la mort de 2500 civils.
   Au soir du 6 juin, les Alliés ont finalement réussi à établir une tête de pont sur la côte. Ils peuvent mettre en place toute la logistique indispensable au débarquement de millions d’hommes, en vue d’une offensive de longue haleine…