C’était il y a environ…

.….174 ans : Le 27 avril 1848

Abolition de l’esclavage en France :

Le gouvernement de la République française publie les décrets d’abolition immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises .Sont concernées essentiellement les vieilles colonies héritées de l’Ancien Régime, dont l’économie dépend encore sur les grandes plantations sucrières.

Le long parcours des abolitionnistes :

Peu après son introduction dans les colonies des Amériques en 1537, l’esclavage avait été condamné par le pape Paul III

le pape Paul III ?

mais les injonctions pontificales n’avaient pas eu plus de succès chez les planteurs d’Amérique qu’elles n’en ont aujourd’hui en matière de morale sexuelle. C’est qu’à la Renaissance, la papauté ne pouvait déjà plus, comme au Moyen Âge, faire fléchir les dirigeants chrétiens en agitant la menace de l’ excommunication .

Sous la Révolution française, les députés de la Convention abolissent l’esclavage  une première fois pour calmer la révolte des esclavages  dans les colonies des Antilles et empêcher l’Angleterre de s’en emparer. Mais Napoléon Bonaparte revient sur cette mesure et légalise l’esclavage  le 20 mai 1802.

Les Anglais, sous la pression des sociétés philanthropiques d’inspiration chrétienne, se montrent plus résolus. Ils abolissent la traite le 2 mars 1807 et l’esclavage le 26 juillet 1833 avec le  » Slavery Abolition Act  ».

Les libéraux et philanthropes français sont tout aussi disposés que leurs homologues d’outre-Manche à éradiquer cette institution indigne . Ils sont soutenus dans les colonies par les  » libres de couleur  » (affranchis) qui, n’en pouvant plus de brimades et d’humiliations, ont pris le parti des esclaves. Mais ils sont entravés dans leur combat par les groupes de pression des riches planteurs. Le traumatisme de la guerre qui a mené à l’indépendance d’Haïti et le ressentiment des anciens planteurs de Saint-Domingue jouent aussi contre eux.

En 1831, une loi supprime dans les colonies françaises toutes les entraves aux affranchissements. La même année, une convention franco-britannique autorise le  » droit de visite  » par les navires de guerre des deux pays sur les navires marchands de toutes nationalités suspectés de pratiquer la traite négrière.

En 1845, une loi interdit les châtiments corporels et le fouet !… Ces dispositions laissent espérer une disparition progressive de l’esclavage mais cela ne suffit pas aux abolitionnistes, réunis au sein de la Société française pour l’abolition de l’esclavage, fondée en 1834.

De nombreux esclaves fuient les colonies françaises vers les îles des Antilles anglaises (Dominique, Antigua, Montserrat, Sainte-Lucie…).

Tableau "Bataille de Saint Domingue", révolte des esclaves, par January Suchodolski en 1845. Musée National de Pologne, Varsovie. © Wikimedia Commons, domaine public.

(Tableau « Bataille de Saint Domingue », révolte des esclaves, par January Suchodolski en 1845 )

Le mouvement abolitionniste en France

La Société française pour l’abolition de l’esclavage est fondée dès 1834 . Le Martiniquais Cyrille Bissette …..

Cyrille Bissette ?

……..demande en juillet 1835, l’abolition immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises et propose un plan de réorganisation sociale sans esclavage, comportant un décret pour l’instruction primaire gratuite et obligatoire. Il est banni de Martinique  après avoir réclamé pour les  » hommes de couleur  » (mulâtres, métis), des droits civiques égaux à ceux des colons.

Tableau "Femmes de couleur libres avec leurs enfants et leurs servantes", par Agostino Brunias vers 1780-1790. Brooklyn Museum, New York. © Wikimedia Commons, domaine public.

Tableau « Femmes de couleur libres avec leurs enfants et leurs servantes », par Agostino Brunias.

En mai 1840, une commission est instituée par décision royale, pour examiner les questions relatives à l’esclavage et à la condition politique des colonies. Ses travaux qui se poursuivent jusqu’en 1843, font évoluer la réflexion sur la nécessité de l’émancipation. Les assemblées parlementaires refusent l’idée d’une indemnité à verser aux colons après l’abolition, comme l’a fait le gouvernement britannique. Les lobbies des planteurs et des armateurs qui pratiquent la traite esclavagiste, opposent une résistance farouche à toute modification du système existant.

Les lois Mackau

Mackau ?

de juillet 1845, du nom du ministre de la Marine et des Colonies , modifient théoriquement la vie des esclaves : leur instruction devient obligatoire, le respect du repos le samedi pour la culture de leur lopin de terre, de nouveaux horaires de travail, la possibilité d’acheter leur liberté grâce à un pécule qu’ils se constituent par des travaux extérieurs à la plantation ou la vente de leur production. Ces nouvelles mesures sont très mal reçues dans les colonies, où les conseils de planteurs s’empressent d’amender ou d’annuler les textes.

Tableau "La traite des esclaves" ou "Esclaves sur la côte ouest de l'Afrique" par François Auguste Biard en 1835. Wilberforce House Museum, Hull, Grande Bretagne. © Wikimedia Commons, domaine public.
Tableau « La traite des esclaves » par F.A Briard (1835)

Victor Schoelcher, bataille pour l’abolition

A partir de 1840-1841, lors d’un voyage aux Antilles , le journaliste Victor Schoelcher entreprend de s’attaquer au système de l’esclavage, estimant que  » les colons ne sont pas compétents pour discuter de l’émancipation des noirs  ». Il décrit minutieusement ce qu’il observe, ce qu’il lit dans les documents judiciaires que lui confient des magistrats souhaitant dénoncer le système esclavagiste colonial. Il publie des descriptions précises sur le travail, la vie quotidienne des esclaves, les moyens de résistance qu’ils adoptent, les révoltes, le marronnage  (les  » nègres marrons  » fuient les plantations pour se réfugier à l’intérieur des îles, en forêt ou en montagne). Schoelcher est convaincu de la nécessité d’une abolition de l’esclavage immédiate et non progressive. Il critique les conclusions de l’anthropologie raciste qui entreprend, depuis la fin du XVIIIe siècle, de prouver scientifiquement l’existence de races humaines et une hiérarchie de leur valeur.

Portrait de Victor Schoelcher (1804-1893) par Henri Decaisne, avant 1850. Mairie de Fessenheim, Haut-Rhin, Alsace. © Wikimedia Commons, domaine public.

Portrait de Victor Schoelcher (1804-1893) avant 1850.

Son ouvrage  »Des colonies françaises. Abolition immédiate de l’esclavage  » paraît  en 1842 : il analyse le système esclavagiste dans les colonies françaises des Antilles, pour en rendre compte à l’opinion publique française et aux parlementaires influencés par les lobbies de planteurs et d’armateurs. Il témoigne des horreurs pratiquées dans les plantations et du caractère inhumain d’un système fondé sur la servitude de 75 % de la population. Il décrit les effets bénéfiques de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques, pour démontrer aux partisans du maintien de l’esclavage que liberté du travail n’est pas synonyme de ruine des colonies.

En 1847, c’est un véritable réquisitoire contre les planteurs de Guadeloupe et de Martinique, que publie Victor Schoelcher dans  »Histoire de l’esclavage » pendant ces deux dernières années. Il rédige également une pétition réclamant la suppression immédiate de l’esclavage dans les colonies françaises, au nom de la Société française pour l’abolition de l’esclavage. Le document est adressé à l’ensemble des parlementaires et des conseillers généraux. Ce texte s’ajoute à de nombreuses autres pétitions anti-esclavagistes : celle de 191  » hommes de couleur  » de la Martinique, de novembre 1836 ; celle des ouvriers de Paris, de janvier 1844 ; celle de Cyrille Bissette envoyée au Parlement et aux Conseils généraux en août 1846.

Lithographie "Assemblée Nationale - Galerie des représentants du Peuple (1848) - Martinique - Victor Schoelcher", par Louis Marin Lavigne en 1848. Musée Carnavalet, Paris. © Wikimedia Commons, domaine public.

Victor Schoelcher ?

La Révolution de 1848

Elle provoque une exceptionnelle ouverture politique qui permet à Victor Schoelcher, de devenir sous-secrétaire d’Etat chargé des colonies et président d’une commission d’abolition de l’esclavage. Il demande au ministère de la Marine et des Colonies, tous les documents concernant les décisions des assemblées de la Révolution Française dans le domaine colonial. La commission élabore un ensemble de décrets qui, tout en supprimant l’esclavage, fixent de nouveaux cadres de la vie sociale, créant de  » nouveaux citoyens  » appelés à élire au suffrage universel (masculin) leurs représentants à l’Assemblée Nationale. Le gouvernement provisoire issu des journées révolutionnaires de février 1848, décide en théorie la suppression de l’esclavage, mais dans la pratique se heurte à de fortes résistances internes. Tous les membres du gouvernement n’acceptent pas une loi sur l’abolition de l’esclavage, qu’ils souhaitent voir débattre à l’Assemblée Nationale prochainement élue.

"Décret portant abolition de l'esclavage dans les colonies", 27 avril 1848, première page. Archives nationales de France, cote BB/30/1125/A/296. © Wikimedia Commons, domaine public.
« Décret portant abolition de l’esclavage dans les colonies »

Le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, est signé le 27 avril 1848 ; Victor Schoelcher insiste pour que l’ensemble des textes paraissent au Moniteur universel (journal chargé de la transcription des débats parlementaires) et partent aussitôt vers les colonies. Le 1er mai 1848, il écrit :  » En vérité, je ne croyais pas qu’il serait si long et si difficile de tuer l’esclavage sous la République  ». Une forte indemnité doit être versée aux planteurs dépossédés de leurs esclaves ; la proposition d’indemniser également les esclaves et de leur attribuer des lopins de terre est rejetée par le gouvernement.

En Guyane et à la Réunion, les commissaires généraux de la République proclament l’émancipation deux mois après l’arrivée des décrets. En Martinique et en Guadeloupe par contre, la tension sociale est tellement vive que les gouverneurs des deux îles proclament l’abolition de l’esclavage, les 23 et 27 mai 1848. Les deux commissaires généraux envoyés par le gouvernement pour promulguer les décrets parisiens d’abolition, arrivent début juin dans des colonies où l’esclavage est déjà supprimé.

Tableau "L'émancipation à la Réunion", par Alphonse Garreau, 20 octobre 1848. Musée du Quai Branly, Paris. © RMN - Grand Palais / J. G. Berizzi.

Tableau « L’émancipation à la Réunion », par Alphonse Garreau

A noter :

A la fin du XIXe siècle, les pays européens justifient la colonisation de l’Afrique   par l’ampleur des ressources à exploiter et par la répression du trafic d’êtres humains. La Conférence de Berlin de 1884 doit théoriquement œuvrer pour l’abolition de la traite esclavagiste, dans les territoires progressivement colonisés. En Afrique, le travail forcé succède à l’esclavage et l’on recrute la main d’œuvre dans  » des villages de liberté  ». Cette procédure de recrutement très bon marché se maintient jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale .

Les commentaires ne sont pas utiles ni nécessaires, j’écris maintenant pour moi d’abord (mais je les laisse  » ouverts  » car un com. fait tjrs plaisir , pas le  » like » !)