Basil Zaharoff…..


.…..richissime  » marchand de mort  » de la Belle Epoque

B.Zaharoff ?

Le  »tortueux  » marchand d’armes Basil Zaharoff (1849-1936) fut l’un des hommes les plus riches du monde. Il fut perçu par les médias des années 1920 /30 jusqu’à sa mort comme l’archétype du  » profiteur de guerre  » , commerçant avec toutes les puissances européennes.

Il parait que dans  » L’Oreille cassée   »(1937), album des aventures de Tintin, on peut voir le personnage de Basil Bazaroff, marchand d’armes qu’on voit paisiblement vendre des canons au San Theodoros du général Alcazar, avant d’aller faire la même chose dans le pays rival, le Nuevo Rico.( Je n’ai pas souvenir de cet album ) . Ce Basil Bazaroff ne serait autre que l’homme d’affaires Basil Zaharoff, décédé en 1936, dont Hergé a reproduit l’apparence (moustache, barbiche, canne, chapeau) et a à peine modifié le nom……

Pendant l’entre-deux guerres, le  » mystérieux  » et richissime industriel dont la biographie est alors semée de zones d’ombre, a été rendu immensément célèbre par les médias, qui ont fait de lui l’archétype du  » marchand de mort  » et du  » profiteur de guerre  » responsable du massacre de 1914-18. La vie de ce personnage redoutablement cynique, reconstituée en 2019 par l’historien Tristan Gaston-Breton

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dans le livre ‘

‘Basil Zaharoff, l’incroyable histoire du plus grand marchand d’armes du monde  », fut extrêmement romanesque…..

Issu d’une famille grecque de Constantinople un temps exilée en Russie pour échapper aux pogroms anti-Grecs, Zaharoff est né en 1849 dans l’Empire ottoman, où il mena une jeunesse aventureuse. Peu à peu , il s’éleva dans les sphères économiques et politiques, c’est dans les années 1880 qu’eut lieu son premier coup d’éclat , lorsqu’il parvient à vendre le sous-marin Nordenfelt à la fois aux Grecs, aux Turcs et aux Russes !!

A la fin du XIXe siècle , il entre au conseil d’administration de la Vickers, un des géants de l’industrie de l’armement britannique, Zaharoff vend par ensuite navires de guerre, sous-marins, pièces d’artillerie et mitrailleuses aux puissances européennes. La Première Guerre mondiale va lui permettre d’accroître considérablement sa fortune et son influence, jusqu’à faire de lui le premier marchand d’armes au monde et l’un des hommes les plus riches de la planète. …..C’est à cette époque que les journaux vont s’intéresser très fréquemment à lui, lui attribuant une influence aussi décisive que souterraine sur les grands événements internationaux de l’époque, et forgeant peu à peu un véritable mythe autour de lui. Il personnalise alors, presque à lui seul, le profil du milliardaire tirant dans son propre intérêt les ficelles du pouvoir européen.

Début  octobre 1921, dans le journal conservateur Le Matin, son nom apparait dans un article sur les relations franco-turques. Henry de Jouvenel y qualifie Basil Zaharoff d’  » homme mystérieux de l’Europe  » et de  » financier cosmopolite ,  riche de plus d’un milliard  », évoquant ses liens avec Georges Clemenceau dont il a recruté le fils ( Michel Clemenceau ) pour la Vickers .

Extrait de l’article :

 » Pour mystérieux qu’il soit, M. Basil Zaharoff n’est pas un inconnu en France. Avant la guerre, il comblait de ses dons nos instituts reconnaissants. Une fois, il acheta un journal, qui n’était politique qu’à demi ; cela passa pour une fantaisie de mécène. Pendant la guerre, il fonda une agence destinée à renseigner la presse française, ce qui était le plus habile moyen de l’inspirer et de la diriger.

Le premier à s’en alarmer fut, je crois, M. Clemenceau. A l’arrivée au pouvoir de ce dernier, M. Zaharoff fut menacé comme d’autres. L’affaire s’arrangea a merveille, puisqu‘il reçut, à quelques jours de là, la grand-croix de la Légion d’honneur.  »

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Trois ans plus tard, le même journal raconte son mariage, à 74 ans, avec  » une grande d’Espagne  », la duchesse de Villa-Franca de los Caballeros, au cours d’une cérémonie au château de Balincourt, dans le Vexin.

Les mariés !

La même année, Zaharoff défraye la chronique en tentant de racheter la principauté de Monaco pour l’offrir à sa femme.!!!!! ( Le Rocher connait alors avec de multiples problèmes financiers ). Mais malgré les pressions multiples exercées sur Louis II de Monaco

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Louis II ?

?? !, les négociations échouent. L’épouse de Zaharoff décède dix-huit mois après leur mariage, l’industriel, terrassé par la nouvelle, renonce alors à son projet.

 Le journal  »l’Intransigeant  » revient sur cet événement fin mars 1926 et en profite pour publier un nouvel article sur le destin de celui qu’il qualifie d’  » homme le plus riche du monde  » ( titre également décerné à la même époque à l’américain Rockefeller

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Rockefeller ?

. A nouveau , le journal insiste sur l’influence politique supposée de Zaharoff, qui fuit systématiquement les journalistes .

Le Petit Journal publie encore sur lui en 1932, le surnommant  » le roi de Sheffield  » :

Extrait de l’article :

 » Basil Zaharoff a dépassé Carnegie, il a fait mieux que les Krupp. Toujours invisible, il entendit imposer sa force sur le chaos de notre époque. Au sommet de la politique britannique, au-dessus même de l’Intelligence Service, il aurait pu jouer ouvertement le rôle d’un nouveau Disraéli, ce juif qui vint des ghettos portugais pour forger l’Empire ; il pouvait dépasser le deuxième apôtre des Britons, le vieux Joe Chamberlain, le marchand de vis de Birmingham.

Sir Basil Zaharoff, le faiseur et le défaiseur des troupes balkaniques, entendit demeurer, précis et impénétrable, l’homme d’affaires. Et c’est en cela que sa personnalité reste inoubliable.  »

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Zaharoff, qui vit désormais reclus à Monaco, fascine la presse, mais il est aussi l’objet de vives critiques. Comme dans l’article  consacré par Jean Huteau

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J.Huteau ( jeune )

aux très opaques  » industries de la mort  » dans Les Cahiers des droits de l’homme du 30 juin 1932 :

L’article ( extrait )

 » L’industrie et le commerce des armements , par suite, la préparation à la guerre et la guerre elle-même , fournissent, à un petit nombre d’hommes, d’énormes profits. C’est ainsi que l’illustre Sir Bazil Zaharof, sans ressources aux débuts de sa carrière, courtier international d’artillerie à partir de 1875, directeur de la Vickers après l’écrasement des Boers, tout-puissant dans l’industrie internationale en 1914, devint multimilliardaire (… ).

Il n’est pas douteux que Zaharof a exercé une influence secrète et considérable, qu’il était  » le pourvoyeur de tous les charniers du monde« , et qu’à chaque homme tué correspondait pour lui un accroissement de fortune (…).

Est-il moralement tolérable que les massacres internationaux procurent une telle fortune, une telle puissance à ceux qui en fournissent les armes ?  »

Même chose dans le magazine de tendance communiste Regards  : En juillet 1934, il dénonce  Zaharoff dans un article intitulé  » Ceux qui encaissent  ». Un texte consacré aux manœuvres auxquelles se livrèrent les puissantes industries européennes de l’acier (Schneider, Krupp, Vickers…) avant la Première Guerre mondiale :

Lorsqu’il meurt le 27 novembre 1936, à 87 ans, la presse reconstitue sa biographie en y intégrant parfois des éléments fantaisistes .L’Aube écrit par exemple : 

 » Mais est-ce bien le vrai Zaharoff qui vient de mourir ? En septembre 1933, une information anglaise nous apprenait sa mort. Le lendemain un démenti venait de France, il se reposait dans son château de Balincourt.

Un journal américain envoya un de ses collaborateurs en Europe pour éclaircir ce mystère ; ce dernier rapporta ce témoignage : Sir Basil Zaharoff serait enterré depuis longtemps et c’est un autre homme qui, sous son nom, aurait continué à diriger les diaboliques intrigues des marchands de canons. Mais je crois que ce dernier trait n’est qu’une légende et que le ciel bleu de Monte-Carlo a bien reçu hier matin le dernier soupir de l’homme le plus mystérieux du monde.  »

Basil Zaharoff sombra peu à peu dans l’oubli. Il servit de source d’inspiration à Hergé

, mais aussi à un autre artiste : Orson Welles

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, qui fonda sur lui le personnage de Gregory Arkadin, marchands d’armes richissime et inquiétant, dans son film de 1955  »Dossier secret  ».