La bastille….


Une forteresse sinistre
    Au Moyen Âge, la bastille de Saint-Antoine, à l’est de Paris, constituait l’une des deux portes principales de l’enceinte d’Étienne Marcel, l’autre étant la bastille de Saint-Denis, au nord.
   En 1370, le prévôt de la ville, Hugues Aubriot, entreprit de remplacer la porte fortifiée de Saint-Antoine par une forteresse formée de deux tours massives de 25 mètres d’élévation entourées de douves. Cette paire de tours fut ensuite doublée à l’intérieur du rempart de deux tours supplémentaires, destinées à surveiller le quartier Saint-Antoine.
  Aubriot compléta encore la forteresse par quatre autres tours qui firent ainsi de l’ensemble une position décisive pour le contrôle de la capitale.Bastille__plan
   La Bastille était donc devenue beaucoup plus imposante que la Tour de Londres de Guillaume le Conquérant que l’on peut visiter encore. Une forteresse similaire était érigée à la même époque à Tarascon, sur les bords du Rhône. Ce  » château du roi René  »  continue quant à lui de dominer de sa masse la ville environnante…
   Après quelques temps  son importance militaire diminua, la Bastille allait assumer la fonction de geôle pour les détenus de marque, dont Aubriot lui-même fut le premier. D’un autre côté, le développement urbain allait amener les habitations à la serrer de plus en plus près, ce qui n’allait pas manquer d’en faire le symbole désagréable de la tutelle royale sur la ville.
    Il faut savoir que l’usage des lettres de cachet (décrets d’arrestation à la discrétion du roi) était devenu aux yeux de tous un abus de droit flagrant. Il y en eut environ  80.000 sous le règne de Louis XIV. Le duc de Nemours, le maréchal de Biron, le marquis de Belle-Isle (Fouquet), le cardinal de Rohan, le duc de Richelieu, le Masque de Fer, le marquis de Sade, Voltaire furent quelques-uns des prisonniers illustres de la forteresse.
   Les prisonniers de condition jouissaient toutefois d’un réel confort au cours de leur détention, pouvant conserver leurs officiers et leur maison, se promener à leur guise, s’y faire servir d’abondance, et recevoir la visite du gouverneur qui se tenait alors debout, chapeau bas… D’autres personnages, à les en croire, n’étaient pas si bien lotis :  »  En hiver, ces caves funestes sont des glacières. En été ce sont des poêles humides, où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher  » 
   En 1789, la Bastille était donc formée de huit tours unies par des murs couverts de chemins de ronde, de mâchicoulis et défendues par 15 pièces de canon.         L’ensemble était entouré d’un large fossé contrôlé par les sentinelles en surplomb. Un bastion en demi-lune défendait l’accès du côté de la Seine et pouvait tenir sous son feu croisé d’éventuels assaillants.
   Venant de la rue Saint-Antoine, on entrait dans la Cour du Passage, puis l’Avancée donnait accès à un premier pont-levis précédant la Cour du Gouvernement, enfin un jeu de ponts-levis accouplés en parallèle amenaient à la porte principale de la forteresse proprement dite, fermée par deux grands battants cuirassés de plaques de fer. Un bâtiment construit sous Louis XV servait de logis aux officiers, et donnait sur une cour d’honneur qui occupait l’essentiel de l’espace compris à l’intérieur des murs.
      Le gouvernement avait prévu en 1784, bien avant le fatidique 14 juillet 1789, de raser la forteresse, vétuste et inutile, et de la remplacer par une place Louis XVI.
 Peu après la prise de la forteresse, un certain Amour de Saint-Maximim découvrit dans les décombres un rouleau de papier recouvert recto verso d’une écriture fine.     Il s’agissait des écrits clandestins du marquis de Sade, l’un des derniers hôtes involontaires de la Bastille. Il en était sorti quelques jours avant sa prise.