Pourqoi ?


napoleon-gilet

   Sur un grand nombre de portraits, Napoléon met une de ses mains dans son gilet. On dit parfois qu’il la tenait ainsi pour soulager une douleur gastrique dont il souffrait tout comme son père. Il existerait en effet des portraits de Charles Bonaparte avec exactement la même posture.

  L’hypothèse d’une douleur semble plausible compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui de son état de santé. On peut ainsi lire dans le rapport de l’autopsie de Napoléon Bonaparte réalisée le 6 mai 1821 :

« […] en examinant cet organe [l’estomac] avec soin, je découvris, sur la face antérieure, vers la petite courbure et à trois travers de doigt du pylore, un léger engorgement, très peu étendu et exactement circonscrit. L’estomac était percé de part en part dans le centre de cette petite induration. L’adhérence de cette partie au lobe gauche du foie en bouchait l’ouverture. »

Malgré quelques querelles entre médecins, il est généralement admis que Napoléon a souffert pendant de nombreuses années d’un mal gastrique. Mais il ne fut pas à ce point insupportable qu’il ait dû soulager sa douleur en tenant la zone concernée avec sa main.

      Alors comment expliquer qu’il soit si souvent représenté ainsi ?

  Il s’agissait tout simplement, à l’époque, d’une règle de bienséance. Mettre ainsi sa main faisait partie des bonnes manières. On peut lire dans le livre de Saint Jean-Baptiste de la Salle intitulé « Les règles de la bienséance et de la civilité chrétienne » publié au début du 18e siècle:

« C’est un défaut de croiser les bras sur la poitrine, de les entrelacer derrière le dos, de les laisser pendre avec nonchalance, de les balancer en marchant, sous prétexte de soulagement ; l’usage veut que si l’on se promène avec une canne à la main, le bras qui est sans appui soit posé légèrement contre le corps, et qu’il reçoive un mouvement presque imperceptible, sans cependant le laisser tomber de côté ; si l’on n’a point de canne, ni manchon, ni gants, il est assez ordinaire de poser le bras droit sur la poitrine ou sur l’estomac, en mettant la main dans l’ouverture de la veste, à cet endroit, et de laisser tomber la gauche en pliant le coude, pour faciliter la position de la main, sous la basque de la veste. En général, il faut tenir les bras dans une situation qui soit honnête et décente. »

   Napoléon, en mettant ainsi la main dans son gilet, ne soulageait pas de douleur à l’estomac mais se tenait comme devait se tenir un gentilhomme et prouvait ainsi ses manières irréprochables !?