Fable ( mais pas de Lafontaine )

La conclusion ( morale ?) me semble toujours d’actualité)

Antoine Furetière :
Le Meunier et le Rat

Un meunier dans une ratière
Ayant pris un puissant rat.
Çà, lui dit-il, voleur infâme, scélérat,
Je vais t’accommoder de la belle manière;
Tu payeras chèrement la farine et le blé
Que tu m’as jusqu’ici volé.
Le pauvre rat priant qu’on le délivre :
Pardonnez-moi, dit-il, mon maître, mon voisin,
Si j’ai pris votre blé, ce n’était que pour vivre.
Je ne suis point marchand, ni n’en tiens magasin ;
Puis nous sommes tous deux de même confrérie.
On sait de quelle sorte on en use au moulin.
Cessez donc d’entrer en furie,
Pour quelques petits grains que ronge un larronneau
Tandis que de ferrer la mule
Vous ne faites point de scrupule,
Et d’en voler à plein boisseau.
Ce reproche trop véritable,
Vers le meunier le rendant plus coupable :
Je t’apprendrai, dit-il, par des mots outrageants
À choquer les honnêtes gens.
Soudain il conclut son supplice
Et fait venir le plus gros de ses chats,
Exécuteur de la haute justice
Contre les souris et les rats.
Le chat sans corde et sans potence,
L’étrangla suivant la sentence.
Ainsi l’officier de police
Condamne un malheureux pour un petit péché,
Tandis que d’un semblable vice,
Et parfois d’un plus grand, lui-même est entaché
Sans qu’il lui soit seulement reproché.
C’est donc avec grande justice
Que de tout temps le peuple a dit.
Qu’un grand voleur pend un petit.

3 réflexions sur “Fable ( mais pas de Lafontaine )

    • Exact Yann ; je n’y avais pas pensé :
      Merci .
      Les animaux malades de la peste :

      Un mal qui répand la terreur,
      Mal que le Ciel en sa fureur
      Inventa pour punir les crimes de la terre,
      La Peste [puisqu’il faut l’appeler par son nom]
      Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,
      Faisait aux animaux la guerre.
      Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
      On n’en voyait point d’occupés
      A chercher le soutien d’une mourante vie ;
      Nul mets n’excitait leur envie ;
      Ni Loups ni Renards n’épiaient
      La douce et l’innocente proie.
      Les Tourterelles se fuyaient :
      Plus d’amour, partant plus de joie.
      Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
      Je crois que le Ciel a permis
      Pour nos péchés cette infortune ;
      Que le plus coupable de nous
      Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
      Peut-être il obtiendra la guérison commune.
      L’histoire nous apprend qu’en de tels accidents
      On fait de pareils dévouements :
      Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
      L’état de notre conscience.
      Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
      J’ai dévoré force moutons.
      Que m’avaient-ils fait ? Nulle offense :
      Même il m’est arrivé quelquefois de manger
      Le Berger.
      Je me dévouerai donc, s’il le faut ; mais je pense
      Qu’il est bon que chacun s’accuse ainsi que moi :
      Car on doit souhaiter selon toute justice
      Que le plus coupable périsse.
      – Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
      Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
      Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
      Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
      En les croquant beaucoup d’honneur.
      Et quant au Berger l’on peut dire
      Qu’il était digne de tous maux,
      Etant de ces gens-là qui sur les animaux
      Se font un chimérique empire.
      Ainsi dit le Renard, et flatteurs d’applaudir.
      On n’osa trop approfondir
      Du Tigre, ni de l’Ours, ni des autres puissances,
      Les moins pardonnables offenses.
      Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,
      Au dire de chacun, étaient de petits saints.
      L’Ane vint à son tour et dit : J’ai souvenance
      Qu’en un pré de Moines passant,
      La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense
      Quelque diable aussi me poussant,
      Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
      Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net.
      A ces mots on cria haro sur le baudet.
      Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
      Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
      Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
      Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
      Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !
      Rien que la mort n’était capable
      D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
      Selon que vous serez puissant ou misérable,
      Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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