Ce blog est NOIR

Archives de juin, 2014

La vie…..selon Aragon,….


J’arrive où je suis étranger:
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le coeur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étrangerLouis Aragon

Pour mon plaisir …..


Les oiseaux de passage

C’est une cour carrée et qui n’a rien d’étrange :
Sur les flancs, l’écurie et l’étable au toit bas ;
Ici près, la maison ; là-bas, au fond, la grange
Sous son chapeau de chaume et sa jupe en plâtras.

Le bac, où les chevaux au retour viendront boire,
Dans sa berge de bois est immobile et dort.
Tout plaqué de soleil, le purin à l’eau noire
Luit le long du fumier gras et pailleté d’or.

Loin de l’endroit humide où gît la couche grasse,
Au milieu de la cour, où le crottin plus sec
Riche de grains d’avoine en poussière s’entasse,
La poule l’éparpille à coups d’ongle et de bec.

Plus haut, entre les deux brancards d’une charrette,
Un gros coq satisfait, gavé d’aise, assoupi,
Hérissé, l’œil mi-clos recouvert par la crête,
Ainsi qu’une couveuse en boule est accroupi.

Des canards hébétés voguent, l’oeil en extase.
On dirait des rêveurs, quand, soudain s’arrêtant,
Pour chercher leur pâture au plus vert de la vase
Ils crèvent d’un plongeon les moires de l’étang.

Sur le faîte du toit, dont les grises ardoises
Montrent dans le soleil leurs écailles d’argent,
Des pigeons violets aux reflets de turquoises
De roucoulements sourds gonflent leur col changeant.

Leur ventre bien lustré, dont la plume est plus sombre,
Fait tantôt de l’ébène et tantôt de l’émail,
Et leurs pattes, qui sont rouges parmi cette ombre,
Semblent sur du velours des branches de corail.

Au bout du clos, bien loin, on voit paître les oies,
Et vaguer les dindons noirs comme des huissiers.
Oh ! qui pourra chanter vos bonheurs et vos joies,
Rentiers, faiseurs de lards, philistins, épiciers ?

Oh ! vie heureuse des bourgeois ! Qu’avril bourgeonne
Ou que décembre gèle, ils sont fiers et contents.
Ce pigeon est aimé trois jours par sa pigeonne ;
Ca lui suffit, il sait que l’amour n’a qu’un temps.

Ce dindon a toujours béni sa destinée.
Et quand vient le moment de mourir il faut voir
Cette jeune oie en pleurs :  » C’est là que je suis née ;
Je meurs près de ma mère et j’ai fait mon devoir. « 

Elle a fait son devoir ! C’est à dire que oncque
Elle n’eut de souhait impossible, elle n’eut
Aucun rêve de lune, aucun désir de jonque
L’emportant sans rameurs sur un fleuve inconnu.

Elle ne sentit pas lui courir sous la plume
De ces grands souffles fous qu’on a dans le sommeil,
pour aller voir la nuit comment le ciel s’allume
Et mourir au matin sur le coeur du soleil.

Et tous sont ainsi faits ! Vivre la même vie
Toujours pour ces gens-là cela n’est point hideux
Ce canard n’a qu’un bec, et n’eut jamais envie
Ou de n’en plus avoir ou bien d’en avoir deux.

Aussi, comme leur vie est douce, bonne et grasse !
Qu’ils sont patriarcaux, béats, vermillonnés,
Cinq pour cent ! Quel bonheur de dormir dans sa crasse,
De ne pas voir plus loin que le bout de son nez !

N’avoir aucun besoin de baiser sur les lèvres,
Et, loin des songes vains, loin des soucis cuisants,
Posséder pour tout cœur un viscère sans fièvres,
Un coucou régulier et garanti dix ans !

Oh ! les gens bienheureux !… Tout à coup, dans l’espace,
Si haut qu’il semble aller lentement, un grand vol
En forme de triangle arrive, plane et passe.
Où vont-ils ? Qui sont-ils ? Comme ils sont loin du sol !

Les pigeons, le bec droit, poussent un cri de flûte
Qui brise les soupirs de leur col redressé,
Et sautent dans le vide avec une culbute.
Les dindons d’une voix tremblotante ont gloussé.

Les poules picorant ont relevé la tête.
Le coq, droit sur l’ergot, les deux ailes pendant,
Clignant de l’œil en l’air et secouant la crête,
Vers les hauts pèlerins pousse un appel strident.

Qu’est-ce que vous avez, bourgeois ? soyez donc calmes.
Pourquoi les appeler, sot ? Ils n’entendront pas.
Et d’ailleurs, eux qui vont vers le pays des palmes,
Crois-tu que ton fumier ait pour eux des appas ?

Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

Regardez-les ! Avant d’atteindre sa chimère,
Plus d’un, l’aile rompue et du sang plein les yeux,
Mourra. Ces pauvres gens ont aussi femme et mère,
Et savent les aimer aussi bien que vous, mieux.

Pour choyer cette femme et nourrir cette mère,
Ils pouvaient devenir volaille comme vous.
Mais ils sont avant tout les fils de la chimère,
Des assoiffés d’azur, des poètes, des fous.

Ils sont maigres, meurtris, las, harassés. Qu’importe !
Là-haut chante pour eux un mystère profond.
A l’haleine du vent inconnu qui les porte
Ils ont ouvert sans peur leurs deux ailes. Ils vont.

La bise contre leur poitrail siffle avec rage.
L’averse les inonde et pèse sur leur dos.
Eux, dévorent l’abîme et chevauchent l’orage.
Ils vont, loin de la terre, au dessus des badauds.

Ils vont, par l’étendue ample, rois de l’espace.
Là-bas, ils trouveront de l’amour, du nouveau.
Là-bas, un bon soleil chauffera leur carcasse
Et fera se gonfler leur cœur et leur cerveau.

Là-bas, c’est le pays de l’étrange et du rêve,
C’est l’horizon perdu par delà les sommets,
C’est le bleu paradis, c’est la lointaine grève
Où votre espoir banal n’abordera jamais.

Regardez-les, vieux coq, jeune oie édifiante !
Rien de vous ne pourra monter aussi haut qu’eux.
Et le peu qui viendra d’eux à vous, c’est leur fiente.
Les bourgeois sont troublés de voir passer les gueux.

 

La musique  (Mr Brassens)

 


Avant de dormir….


Toujours d’actualité ….pour tous les  » étrangers »   » étranges  » ….

 


Anniversaire juin ( 2 )…..


  Mon précédent billet était un hommage à quelqu’un qui était , pour moi , un grand poète ,chanteur et surtout …..anarchiste ..décédé il y a environ 20 ans

 

Ce billet , lui ,parle de quelqu’un  que je connais très bien , quelqu’un qui a atteint ses 58 ans ce 2 juin ..

 Cet homme et moi étions très proches quand nous étions enfants .Ensemble nous protégions une personne plus âgée qui , elle aussi est née en juin ….Nous l’aidions de notre mieux à lutter contre les violences de l’être odieux qui lui sert de mari….Bien sur , ceux qui me lisent , connaissent auront compris de qui il s’agit …..C’est mon frère Alain né le 2juin…..

  Avec lui , aujourd’hui ,  je n’ai plus aucun lien , nous n’avons plus rien de commun !  Frère ou non , je ne peux aimer , ni même fréquenter une personne qui tient des propos fasciste ,raciste ,vote Lepen …Et dis de moi que c’est lui qui me nourrit ( car je suis  » reconnu invalide  » et lui est militaire en retraite !)…..

  Lui qui critique ma façon de vivre ( entre autre mes divorces , ma façon d’éduquer mon fils et..accessoirement mes idées et mon aspect   » hors norme  » ….)…

On peut être  » frère de sang » mais ne pas être amis pour autant  ! Je ne lui veux aucun mal , mais je le méprise  simplement ….

 

P.S : Juin compte aussi l’anniversaire de ma mère ( le 28 ) et de ma défunte et adorée grand-mère ( le 18)

Et ……Le plus important , bien sur le 14/06 : Emmanuel aura atteint ses 34 ans …

 

 


Anniversaires….Juin ….( 1)


 

 Léo ferré nous quittait, il y a vingt ans… Et tout le monde s’en fout dans les médias obcènes… Ferré, poète de génie, musicien considérable, Ferré qui emmerdait tout le monde, ce monde là des bien pensants qu’il s’est appliqué à dénoncer toute sa vie, sur lequel il a toujours craché… Ferré  auquel les beaux esprits de la gauche dyslexique trouvait toujours quelque chose à redire, à critiquer… En ces temps, il ne  sortait plus de sa Toscane refuge que pour venir à Marseille chez son ami Richard Martin .

 Léo n’en finissait pas , assis sur le bord de la scène, déclamant des poèmes inverses, clamant sa tristesse, sa colère, racontant, aussi son enfance… »Dans le silence de la nuit, il y a comme un balancement maudit qui te met le coeur à l’heure…. » « MuB es sein, es muB sein, cela doit il être?, cela est… »  » Et ce sourire dis donc, qu’est ce que sourire à l’intérieur de la tête , comme une ride intelligente… »

  Mr Ferré, qui avait écrit peu avant sa mort, comme poussé par une prescience de l’ineluctable:  » Hier soir, j’ai reçu un coup de téléphone:

-Allo, Ferré, c’est la Mort, j’aime bien ce que vous faites…

Alors, j’ai répondu: « Moi aussi!! » « 

Putain Léo, comme tu me manques, comme je t’écoute encore les soirs de solitude amère un peu: « Il n’y a plus rien, plus plus rien, et ce rien, on vous le laisse, foutez vous en jusque là si vous pouvez, nous, on peut pas »….


L’étranger ……


Exactement reflet de ce que je pense hormis   » Tes amis  »

 

Qui aimes tu le mieux ,homme énigmatique

dis ?  Ton père , ta mère , ta soeur ou  ton frère

Je n’ai ni père , ni mère , ni soeur ni frère .

Tes amis ?

Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté

jusqu’à ce jour inconnu ..

Ta patrie ?

J’ignore sous quelle latitude elle est située …

La beauté ?

Je l’aimerais volontiers ,déesse et immortelle..

L’or ?

Je le hais comme vous haïssez Dieu.

Eh ! Qu’aimes- tu donc , extraordinaire étranger ?

J’aime les nuages ….les nuages qui passent là bas

…Là bas , les merveilleux nuages ..!

Charles Baudelaire.

voyageur.jpg - 0,2 K

 

 

 

 


Internet nous ….omnibule


Perdu sur une île

Parti faire une croisière en solitaire autour du monde, un cadre dynamique fait naufrage et échoue finalement sur une petite île perdue au milieu du Pacifique.

Il survit pendant quatre mois dans des conditions particulièrement précaires, se nourrissant exclusivement de bananes. Un jour toutefois, il aperçoit depuis la plage une embarcation à l’intérieur de laquelle se trouve la plus jolie fille qu’il n’ait jamais vue.

Il lui fait des signes et elle débarque sur la plage. Notre homme lui demande aussitôt : Mais d’où venez-vous ?
Et la superbe créature lui explique : J’habite de l’autre côté de cette île, j’ai fait naufrage moi aussi il y a maintenant trois ans…
L’homme : Heureusement que vous aviez cette barque pour vous en tirer !
La fille : Non, ce canoë, je l’ai fabriqué moi-même avec les matériaux que j’ai trouvés sur l’île.

Le cadre demande : Mais… avec quels outils ?
La jeune femme explique : J’ai découvert sur l’île un type de pierre poreuse facile à sculpter. J’ai aussi trouvé un type d’arbre dont le bois est suffisamment souple pour être malléable… En associant ces deux matériaux, j’ai pu concevoir un outillage assez performant. Vous voulez voir ?

Les deux naufragés font alors le tour de l’île pour débarquer devant un superbe bungalow peint en rouge et bleu. L’homme en perd presque l’équilibre.
Il demande : Vous avez construit ça vous même ?
Et l’hôtesse des lieux explique : Oui, ce n’est pas grand chose mais c’est mon petit chez moi…

En entrant dans le bungalow, l’homme est sidéré par le décor harmonieux et tous les équipements façonnés à la main.
La jeune femme lui propose alors de boire quelque chose mais voyant le verre qu’elle lui tend, l’homme refuse poliment : Non, vous savez le lait de noix de coco, je ne peux plus le sentir.
Et la jeune femme : Mais goûtez donc, c’est du gin. J’en ai quelques bouteilles en réserve… Encore une fois, l’homme n’en revient pas…

La jeune femme dit alors : Vous voulez prendre une douche et vous raser ? Il y a un cabinet de toilettes et un rasoir à l’étage. Pendant ce temps, je vais enfiler une tenue plus légère pour être à l’aise.
Complètement fasciné, le jeune homme ne pose plus de questions et part se doucher.

Un peu plus tard, la jeune femme réapparaît dans un déshabillé élégant et très suggestif… Elle s’assoit sur un divan moelleux qu’elle a confectionné elle-même et invite son nouvel ami à venir s’asseoir près d’elle.

En le regardant d’un air doux, elle lui dit alors :
Dites-moi, vous êtes seul depuis si longtemps sur cette île perdue. Je suis sûre que quelque chose pourrait vous faire un immense plaisir. Quelque chose que vous n’avez pas pu faire depuis de si longs mois et qui vous démange…
L’homme n’en croit pas ses oreilles et répond :
Vous voulez dire… Ne me dites pas... Vous avez aussi de quoi lire mes mails ?