Surprise macabre!


TOURNAI – Thérèse Caulier avait appris par hasard, à la mi-février, qu’elle était décédée. Aujourd’hui encore, cette histoire n’est pas enterrée.

Deux mois plus tard, elle en est encore toute retournée et le ton de sa voix traduit son énervement. Rétrospectivement, elle pourrait sourire de ce qui lui est arrivé bien malgré elle. Mais elle n’y arrive pas : «L’émotion a vraiment été trop forte, et je ne suis même pas certaine que je ne subirai pas au cours des prochaines semaines de nouveaux désagréments. Tout ça me ronge continuellement dès que j’y pense, dès que j’en parle à d’autres personnes» , dit Thérèse Caulier.

Le 15 février dernier, cette habitante d’Ere apprend son décès brutalement.

Et pour cause : «Le 14 février, je n’ai pas perçu ma pension comme habituellement et je me suis renseignée le lendemain auprès de l’administration compétente. Où on m’a répondu qu’il y avait un gros souci en ce qui me concernait car j’étais selon eux décédée depuis le 9 janvier 2011» .

Un ticket décès

Le premier moment de stupeur passé, la Tournaisienne s’est immédiatement rendue à l’administration communale de Tournai (ou elle a pris son ticket «décès» avant de faire la file) afin d’obtenir un certificat de vie comme demandé par l’office des pensions qui réclamait une preuve de son état bien vivant.

Elle a envoyé par fax ce document, en pensant que cette histoire ne serait désormais plus qu’un mauvais souvenir. Elle se trompait. «Je me suis aperçue que mon compte en banque avait été bloqué : ma banque a d’ailleurs adressé une lettre à mes successeurs, par laquelle elle leur présentait ses condoléances et leur suggérait de prendre contact pour régler les détails de la succession». Tout est allé décidément très vite, si rapidement que ça en donne le vertige : «Le 16 février, je recevais du SPW (Service public de Wallonie) un courrier adressé également à ma famille, au sujet de ce que deviendrait ma télévision et la taxe sur la radio redevance», se souvient-elle.

«J’ai téléphoné à la

Région wallonne, on m’a presque raccroché au nez». Finalement, la dame s’est rendue compte qu’elle était considérée comme morte un peu partout. «Des tas de personnes étaient au courant de mon décès, à gauche et à droite, et depuis un certain temps, sauf moi».

Une Française à l’origine de l’erreurLa commune de Tournai n’a pas tardé à reconnaître son erreur. Le décès d’une Française à Roubaix, le 9 janvier dernier, parfaite homonyme de Thérèse Caulier, est à l’origine de la situation.

La dame était pensionnaire d’un home tournaisien. À sa mort, l’administration française de son lieu d’origine a fait savoir qu’elle était décédée aux employés de l’administration de Tournai, son lieu de domicile. Comme c’est l’usage.

La suite est beaucoup moins classique. «Ce n’est tout de même pas compliqué de vérifier tout ça, nos numéros nationaux ne sont quand même pas les mêmes! J’ai demandé à la ville de Tournai une indemnisation pour les problèmes financiers et moraux causés par cette affaire. Pour récupérer mes dépenses liées aux frais de téléphone, de timbres, de bus… Mais aussi pour mon dommage moral : depuis ce moment je suis constamment énervée».

L’assurance responsabilité civile de la ville de Tournai a pris contact avec la Tournaisienne miraculeusement ressuscitée pour qu’elle envoie une estimation détaillée et chiffrée de son préjudice. «Que voulez-vous que je leur dise! Ce n’est pas comme si c’était un accident, comme si j’étais allée en clinique…» s’exclame Mme Caulier.

Qui regrette par ailleurs de ne pas avoir reçu de lettre d’excuses officielles de qui que ce soit. «Lorsque j’ai dû changer de carte d’identité, une employée a pris la peine de venir chez moi pour m’éviter le déplacement; et l’échevine Ludivine Dedonder a aussi demandé aux agents de réaliser quelques démarches administratives pour débloquer certaines situations. Mais j’estime cependant que des erreurs pareilles ne devraient pas arriver : c’est trop grave».