L’Amour ,centre de la vie,donner recevoir


Mettre l’Amour au centre. (merci Marie ,"à fleur de peau)

Mettre l’amour au centre

 


Mettre l’amour au centre de sa vie, c’est rencontrer la différence sans se renier soi-même. La rencontre est une insémination mutuelle qui n’est pas artificielle.
S’il y a un message à retenir, c’est qu’il ne faut rien garder « que » pour soi.

Découvrons cette capacité à ne rien garder que « pour soi », mais à garder quand même quelque chose, à garder l’amour que l’autre nous donne, à tricoter avec l’autre cet amour et à s’étayer mutuellement. La « richesse de la pauvreté », selon les mots de sœur Emmanuelle, c’est aussi se dire que lorsque nous serons à la fin de notre vie ou en train de mourir, nous devrons avoir un seul regret : celui de ne pas avoir assez aimé.
Il faut tout partager, de nos joies et nos élans, mais aussi nos peines. Il faut être capable de dire : « Quand tu fais ça, je souffre. L’écho que ça produit en moi est douloureux. »
Il ne s’agit pas de partager que des biens matériels mais aussi des idées, des savoirs, des perspectives. Partager nécessite de ne pas imposer à l’autre pour qu’il puisse choisir dans la gratuité.
Nous nous enrichissons de ce que nous donnons qui fait que l’amour est inépuisable. Chacun doit être prêt à donner sans limites et sans jamais vouloir n’en garder que pour soi. Avoir peur de manquer d’amour, c’est créer le manque d’amour.

Au début des années 1980, dans les heures sombres de la Pologne, l’auteur y enseignait clandestinement la psychologie mais aussi le massage mutuel avec le message suivant : « Ce que vous vous donnerez deux par deux, personne ne pourra vous le prendre ou le censurer. »
Il ne s’agit pas d’être dans l’oubli de soi-même, de donner dans l’excès jusqu’à s’épuiser. Il est malsain de se nier soi-même pour tout donner à l’autre. Ce dépouillement-là est impossible à vivre. Cela voudrait dire que ce que nous sommes et ce que nous possédons n’a pas de valeur. Même la pauvreté n’implique pas de s’autodétruire.
En faisant circuler l’accueil de la différence, nous faisons circuler le partage et l’acceptation inconditionnelle de l’autre.

Dans son autobiographie, le prix Nobel de la paix Desmond Tutu explique comment la culture bantoue définit l’être humain. Ubuntu ou botho sont deux expressions sans équivalent dans nos langues occidentales, qui signifient à elles seules que l’être humain est synonyme d’humanité, de gentillesse, d’hospitalité, de compassion. Elles pourraient se traduire aussi par « humanité aux autres » ou encore « je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous ».
Nous avons certainement à nous inspirer de cette notion africaine car elle résume en un seul mot l’essence même de la rencontre. Il s’agit de rencontrer un autre humain non pour lui prendre sa beauté et le consommer dans la sexualité, comme c’est trop souvent le cas, mais pour voir sa beauté, avoir envie de le rencontrer pour lui-même.

Alors, au lieu d’être enfermée dans l’emprise et la possession, la rencontre peut devenir partage, et l’attirance mutuelle se transformer en une espèce de danse mutuelle où chacun va pouvoir se nourrir de l’autre.
En nous allégeant des convoitises pour entrer dans le partage, inévitablement, nous ne gardons que l’essentiel.
Il est temps, pour chacun de nous, d’envisager d’entrer dans une dynamique où nous regarderions notre entourage, aussi bien dans l’entreprise, notre immeuble, notre quartier par l’optique du « tous gagnants et solidaires ». Arrêtons de communiquer, de dire et de montrer sans aucune idée de partage. A quoi sert, par exemple, cette frénésie de mots, de sons, d’images pour promouvoir des produits inaccessibles pour la majorité d’entre nous ?

Comment pouvons-nous parvenir à partager plutôt que simplement communiquer, être impliqués plutôt que d’être simplement concernés, coopérer, œuvrer ensemble plutôt que simplement collaborer, c’est-à-dire subir ?
La parole doit être la rencontre et la solidarité. C’est ce qui doit nous permettre de partager. Entrer dans le partage et la transmission va augmenter notre humanité, alléger notre vie.

Dans certains villages en Inde du Sud, pour accueillir l’étranger, les habitants organisent une célébration et lui offrent un châle en le disposant sur les épaules. Mais il est évident que ces châles reçus ne finiront pas dans un placard, mais serviront pour honorer quelqu’un d’autre. C’est cette circulation de l’amour qui est un enrichissement mutuel car il n’est possible de s’enrichir qu’en faisant circuler ce que l’on possède.

Alléger sa vie, c’est pouvoir entrer en contact avec l’essentiel, c’est-à-dire l’amour. Nos vies seraient tellement plus agréables si donner et recevoir étaient des données de base du quotidien. L’échange et le partage, l’amour et la création sont des valeurs qui donnent un sens à nos vies. Placer l’amour au centre de sa vie, c’est renoncer à une interprétation unique, accepter que les interprétations soient multiples et qu’il y ait plusieurs réponses justes à une même question. Une des solutions consiste à ce que chacun fasse l’inventaire de ses valeurs et de ses priorités, puis voie comment il peut progressivement saupoudrer l’acceptation et la différence sur ses propres valeurs.

Personne ne peut reprendre l’amour donné. Cette transmission se fait à chaque respiration, dans le regard et dans le geste. Et c’est parce que nous savons que nous allons mourir un jour que nous pouvons donner et nous enrichir de ce que nous donnons. Quand nous pensons à nos morts et à l’amour échangé lorsqu’ils étaient vivants, nous pensons à tout ce qui a été donné, partagé, échangé. Avec le don et le partage, nous acceptons notre place dans la grande mosaïque de l’humanité.

 

(ce texte est extrait du livre "J’allège ma vie" )

François Paul-Cavallier