Le premier poête lyrique « maudit »:F.Villon

Frères humains, qui après nous vivez,
N’ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :
Quant à la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s’en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Se frères vous clamons, pas n’en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Danse macabre (détail de la fresque), XVe, Église des Disciplini, Bergame

Danse macabre (détail de la fresque), XVe, Église des Disciplini, Bergame

Le Testament est une œuvre beaucoup moins homogène que n’est le Lais. S’il reprend l’idée de parodie d’un acte juridique, ce n’est en fait qu’une colonne vertébrale sur laquelle viennent se greffer toutes sortes de digressions sur l’injustice, la fuite du temps, la mort, la sagesse… ainsi que des poèmes autonomes souvent présentés comme des legs. On retrouve cependant la plume vive et acerbe et l’humour tantôt noir et subtil, tantôt franchement rigolard et paillard qui caractérise Villon. Peut-être l’auteur souhaite-t-il présenter ici un large spectre de ses talents afin d’attirer l’attention d’un éventuel mécène, le Testament devenant une sorte de carte de visite. Le texte s’adresse aussi à ses anciens compagnons, soit la foule de miséreux cultivés que produit à cette époque la Sorbonne.

Le Testament passe pour être le chef-d’œuvre de Villon et l’un des plus beaux textes litt
Nous préservant de l’infernale foudre.
Nous sommes morts, âme ne nous harie,
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

La pluie nous a débués et lavés,
Et le soleil desséchés et noircis.
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :
A lui n’ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n’a point de moquerie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre

3 réflexions sur “Le premier poête lyrique « maudit »:F.Villon

  1. Après avoir demandé à mon (h), lol, … de m\’éclairer un peu, ben oui, bouchée moi parfois…lol, et là quand même, je trouve que c\’est pas si grave, lol, car, ben mes aïeux, lol, c\’est un "sacré" texte..lol.. et il est vrai qu\’après plusieurs lecture, j\’en comprend un peu mieux le sens… d\’ensemble, lol…
    comme si une promesse qui est sûre d\’être tenue, lol, que ce soit les bons, ou les méchants..- pas forcément du côté que l\’on croit- tous pourrirons et deviendront poussière….alors un peu d\’indulgence … tout de même…lol..
    à bientôt bisous
    (merci pour tes coms chez "nous")
    lol
    (f)
     

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  2. Je connais ce poète . En effet, j\’ai lu son Testament… non sans difficulté. La version bilingue du recueil m\’a beaucoup aidé ( ancien français et français moderne ). Ce fut tout de même pour moi un grand plaisir.
    Une petite précision, la ballade que tu donnes à lire n\’appartient pas au Testament même, mais aux oeuvres regroupées, du moins, dans l\’édition que je possède( G.F Flammarion), sous le titre de Poésies diverses.
     
    Bien amicalement.
    Morgan.

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